HÔLK DES VASO-MOTEURS DANS :.A GLYCOGÉNIE
glycogène, en exaltant le travail glycogénique, mais encore sur la métamorphose de cette matière en sucre^ soit en provoquant une plus abondante production de ferment dans les cellules hépatiques, soit en apportant au foie une plus grande quantité des substances pouvant agir comme ferment.
Les nerfs vaso-moteurs destinés au foie semblent donc pouvoir agir sur la glycogénie dont cet organe est le siège, en modifiant la circulation sanguine hépatique, c'est-à-dire en produisant une dilatation ou un rétrécissement des vaisseaux. C'est là une hypothèse qui paraît légitime a priori j d'autant plus que Texpérimentation a démontré rinfluence du système nerveux sur la glycogénie hépatique. Reste à savoir si cette hypothèse est réellement admissible, ou, en d'autres termes, si, dans Faction du système nerveux sur la glycogénie, on peut attribuer une part quelconque à l'appareil nerveux vaso-moteur.
L'expérience qui a prouvé que le système nerveux agit sur la formation du sucre dans le foie est bien connue. Cest M. Cl. Bernard, vous le savez, qui a montré que l'on peut déterminer une glycosurie expérimentale, en piquant le plancher du quatrième ventricule, dans un point dont il a bien précisé la situation. Ce point siège entre l'origine des nerfs acoustiques et celle des nerfs pneumogastriques. En même temps que ce diabète passager, on constate souvent un certain degré de polyurie. De plus, les caractères de l'urine se modifient. Chez lo lapin surtout, il est facile de reconnaître ces modifications. L'urine de ces animaux, qui est, dans l'état normal, trouble et alcaline, devient claire, limpide et acquiert une réaction acide.
Voici l'urine provenant d'un laj)in qui a subi l'expérience de M. Cl. Bernard, il y u deux neures environ. Vous
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voyez qu'elle offre les caractères que je viens de vous rappeler. On la Tait bouillir avec une certaine quantité de liqueur de Fehling. Il se forme aussitôt un précipité d'oxydule de cuivre. Celte urine contient donc de la glycose, comme le démontrerait, d'une façon plus précise, l'épreuve de la fermentation.
Ainsi donc, la piqûre du plancher du quatrième ventricule détermine la glycosurie. Quel est le mécanisme des effets de cette lésion? Elle agit sur le foie par l'intermédiaire des nerfs sécréteurs, dont nous avons admis l'existence dans cet organe, comme dans toutes les glandes en général. Cette lésion produirait une irritation des nerfs sécréteurs hépatiques. Le travail nutritif des cellules du foie serait activé, et il y aurait formation simultanée d'une plus grande quantité de substance glycogène et de ferment susceptible de métamorphoser cette substance en sucre. De là, un afflux exagéré de glycose dans la circulation par les veines sus-hépatiques, et conséquemment, glycosurie.
Mais on comprend que la lésion du plancher du qua* trième ventricule puisse agir encore sur la glycogénie hépatique, en modifiant la circulation. Cette lésion, en tout cas, donne lieu à une congestion considérable du foie et en même temps, presque toujours, de différents autres viscères abdominaux. Nous avons dit comment cette augmentation de la quantité du sang, amené au foie par la veine porte et l'artère hépatique, peut, à la rigueur, influencer la glycogénie hépatique et la transformation de la matière glycogène en sucre. La lésion en question pourrait donc aussi provoquer la glycosurie par l'intermédiaire das vaso-moteurs du foie.
J'ajoute incidemment que ce n'est pas seulement par les
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modifications physiologiques des nerfs vaso-moteurs destinés au foie, que la glycosurie peut être produite, mais encore par les troubles fonctionnels de ceux des divers points du corps. Il peut se former, en effet, dans toutes les parties de l'organisme, du ferment susceptible de convertir la matière glycogène en sucre et ce ferment peut être amené ensuite par le sang jusque daus le foie. M. SchifF (1) a insisté beaucoup sur celte production de ferment dans les capillaires de la circulation générale, et il a cherché à expliquer par l'exagération de ce phénomène dans quelques circonstances données, principalement dans les cas de stase sanguine, un certain nombre de faits de diabète chez l'homme. Si les idées de M. SchifF sont fondées, ou voit que l'appareil vaso-moteur pourrait influencer la formation du sucre dans le foie, non-seulement par son action sur la circulation hépatique, mais encore par celle qu'il exerce sur la circulation générale.
On sait comment l'augmentation de la production de glycose dans le foie peut, lorsqu'elle atteint un certain degré, déterminer la glycosurie. Le sucre provenant de la métamorphose de la matière glycogène, dans le foie, est conduit par les veines sus-hépatiques dans la veine cave inférieure et le cœur droit, traverse les poumons et se déverse ensuite dans la circulation générale. Dans les conditions ordinaires, la proportion de sucre qui, après avoir passé au travers des vaisseaux pulmonaires, arrive dans l'aorte et les artères qui en naissent, même au moment de l'absorption des produits de la digestion, c'est-à-dire dans la période de la métamorphose la plus active de la substance glycogène, est tiop faible pour que les reins en
(1) SchifT, ioc. cit.
éliminent une partie. L'urine normale, quoiqu'en aient dit M. Briîcke et de nombreux médecins après lui, ne contient pas de glycose. Ce sucre se détruit, par combustion et transformation en eau et en acide carbonique, dans les capillaires de la circulation générale, au fur et à mesure qu'il les traverse; il ne s'accumule pas par conséquent,et la quantité qu'en renferme le sang artériel, pen* dant la période d'absorption des produits de la digestion, reste toujours extrêmement faible. Mais il n'en est plus de même lorsque, sous l'influence de la piqûre du plancher du quatrième ventricule, une grande quantité de glycose hépatique afflue dans le sang des veines hépatiques et passe dans la circulation générale au travers des poumons. Dès que le sang contient plus de â pour 100 de son résidu sec en glycose, lorsque ce liquide traverse les vaisseaux des reins, une certaine quantité de cette substance s'en échappe avec l'urine par les canalicules rénaux; il y a, en un mot, glycosurie.
Ainsi, la piqûre du quatrième ventricule pourrait influencer la formation du sucre dans le foie par l'intermédiaire des nerfs vaso-moteurs hépatiques, soit en produisant une paralysie directe des fibres vaso-constrictives contenues dans ces nerfs, soit en donnant lieu à une excitation des fibres vaso-dilatatrices qui accompagnent orobablement les précédentes, au moins dans une certaine partie de leur trajet. Cette explication est, dans ses principaux éléments, celle que donnait M. Cl. Bernard dès 1857. Il admettait que la piqûre du plancher du quatrième ventricule donne lieu u une excitation réflexe des nerfs vaso-moteurs du foie, laquelle a pour conséquence une dilatation active des vaisseaux de cet oipine : de là, exagération des phénomènes de nutrition dans les
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cellules hépatiques et production plus abondante de glycose.
Quant à la polyurie, elle provient évidemment d'une augmentation deraclivité de la circulation intra-rénale : c'est un effet qui se manifeste aussi sous Tinfluence de la piqûre du plancher du quatrième ventricule et que nous avons étudié, lorsque nous avons examiné les modifications des fonctions rénales produites par les lésions de diverses parties du système nerveux.
Les lésions du plancher du quatrième ventricule ne sont pas les seules qui déterminent la glycosurie. M. Schiff a montré que la glycosurie expérimentale peut être produite aussi par les lésions de la protubérance annulaire, des pédoncules cérébraux ; mais, dans ce cas, elle n'est pas constante et elle est beaucoup moins considérable que celle qui se manifeste dans l'expérience de M. Cl. Bernard. M. Schiff a fait voir encore que la glycosurie peut prendre naissance, par suite des lésions des faisceaux antérieurs, dans toute la hauteur de la moelle épinière, depuis la moelle allongée jusqu'au niveau de la moelle lombaire» et même par suite de celles des faisceaux postérieurs de la moelle épinière. La lésion de la moelle, dans' ce dernier cas, donne lieu à une irritation qui, conduite au bulbe rachidien, agit sur les fonctions hépatiques comme les lésions du centre bulbaire lui-même, et provoque le passage de la glycose dans l'urine (1). La glycosurie a été observée, en outre, chez les animaux, à la suite de lésions du vermis du cervelet (Eckhard") ; de lésions des couches
(i) J.-M. Scbifl, Unlersuchungen ûber die Zuckerbildung in de" Leher und den Kinftuss des Nervetisystems aiif die Erzeugung des Diabètes. ^Anburg, 1859^ p. 71 et snlv.
optiques» des pédoncules cérébraux, du pont de Yarole, des pédoncules moyens du cervelet (Schiff).
Une expérience de M. Thiernesse semblerait même prouver que la glycosurie peut résulter de lésions cérébrales. En effet, il aurait produit ce trouble morbide chez un chien, en introduisant un gros 61 de fer dans le lobe occipital du cerveau. ]'ai à peine besoin de vous faire remarquer que cette expérience n'a qu'une signification douteuse, parce qu'il est impossible de savoir si une pareille lésion n'agit que sur les parties directement intéressées.
Enfin y M. Schiff aurait même vu la section du nerf sciatique produire la glycosurie.
On a recherché les voies par lesquelles les lésions du bulbe agissent sur la formation du sucre dans le foie. C'est là un point qui nous intéresse tout particulièrement, puisque ces lésions doivent agir sur la formation du sucre dans le foie par l'intermédiaire de fibres nerveuses vasomotrices et de fibres nerveuses sécrétoires. Or, ce n'est pas par la médiation des nerfs pneumogastriques, ni des nerfs sympathiques cervicaux que ces lésions exercent leur influence, car elles déterminent encore la glycosurie après la section de ces nerfs. Si l'on faradise, après section de ces nerfs, leur bout inférieur, on ne provoque pas le diabète, et, par conséquent, il est permis d'en inférer que ces nerfs n'ogissent pas sur la production du sucre hépatique, dans une direction centrifuge. Si l'on faradise le bout central des nerfs pneumogastriques, on produit la glycosurie, comme l'a montré M. Cl. Bernard. Est-ce, ainsi qu'on l'admet, le résultat d'une action réflexe, ayant le bulbe rachidien pour centre de réflexion et allaut influencer la formation du sucre dans le foie.
MÉCAPflSMB DE l'iNPLURNGB DES VASO-MOTEURS. 23
Si la section des nerfs pneumogastriques ne met pas obstacle à Vaction qu'exercent les lésions du bulbe rachidien sur la formation du sucre dans le foie, c'est-à-dire sur la métamorphose de la matière glycogène en glycose, elle empêche du moins la production de la matière glycogène dans cet organe. M. Cl. Bernard, qui a découvert tous ces faits remarquables, a montré, en outre, que Ton ne pouvait pas expliquer cette influence de la section des ner& pneumogastriques en Tattribuant à Tinterruption d'une action centripète qui, partant du foie, serait conduite au bulbe rachidien par ces nerfs, et qui mettrait en jeu cette partie des centres nerveux. En effet, M. Cl. Bernard fît voir que la section des nerfs pneumogastriques, pratiquée au-dessous du diaphragme, ne détermine pas le même résultat que lorsqu'elle est faite dans la région cervicale : la substance glycogène, dans le premier cas, continue à se former dans les cellules hépatiques. Pour H. Cl. Bernard, la section des nerfs pneumogastriques au cou agirait bien, en empêchant certaines excitations cen* tripètes, de parvenir au bulbe rachidien ; mais le résultat serait dû à l'interception, non pas des excitations ayant le foie pour point de départ, mais de celles qui proviennent des poumons. Dans l'état normal, ces excitations, partant des poumons et conduites d'une façon incessante au bulbe rachidien, détermineraient dans le foie, par action réflexe, une incitation particulière, provoquant et entretenant le travail physiol(^ique, par suite duquel se produit la matière glycogène.
Cette interprétation est-elle la seule acceptable? Ne peut-on pas supposer que la différence si intéressante, qui existe entre les résultats de la section des nerfs pneum(^astriques au cou et de celle de ces nerfs au-dessous
2/i SEIZIÈME LEÇON.
(lu diaphragme, tient surtout à la difTérence de gravité de ces deux opérations. Tandis que la section des nerfs pneumogastriques au-dessous du diaphragme est une opération relativement bénigne, qui n'interrompt ni la formation du suc gastrique, ni celle du suc pancréalique, ni celle de la matière glycogène, etc. , la section de ces ner& dans la région cervicale est une lésion d'une gravité extrême, puisqu'elle entraîne toujours (sauf quelques cas bien exceptionnels) la mort en quelques jours, et qu'elle a pour conséquence presque immédiate un état morbide grave, pendant lequel la production de la matière glycogène et la plupart des sécrétions afférentes à la digestion sont interrompues plus ou moins complètement.
Si rinfluence du bulbe rachidien ne se transmet pas au foie par l'intermédiaire des nerfs pneumogastriques ou du cordon sympathique cervical, elle doit se transmettre par la moelle épinière et les nerfs sympathiques naissant de ce centre nerveux. M. Cl. Bernard (1) a prouvé qu'il en est ainsi, en montrant qu'après la section transversale complète de la moelle épinière, à la partie inférieure de la région cervicale, ou à la partie supérieure de la région dorsale, la piqûre du bulbe ne produit plusde diabète. Mais de la moelle l'influence passe-t-elle dans le grand sympathique au niveau des origines du ganglion cervical inférieur et du premier ganglion thoracique ou ganglion thoracique supé* rieur t D'après M. Pavy, ia section du ganglion cervical inférieur déterminerait la glycosurie; mais cette assertion, conflrmée par MM. Cyon et Aladoff (2), est combattue par
(I)G1. Bernard, Uçmnwh système nerveux^ t. I, p. 4A4.
(3) C70D et Altdoff, Die IMle der Nervefi bit Et'zevgttng von Kututlichem Diabetu meiiUui (Bulletin de rAcadëmie impériale de Seint-Pétenboiirg. AséL AiGentrtlbktt..., 1872,r. 152.
MÉCANISME DE l'iNFLUENGB DES VASO-MOTEUBS. 25
M. Eckhard(J). Ce physiologiste s'accorde, au contraire, avec MM. Cyon et Aladoff pour admettre qu'on obtient ce résultat, lorsque l'on coupe en travers le premier ganglion thoracique, ou les cordons qui vont du ganglion cervical inférieur au premier ganglion tboracique, en formant Tan* neau de Yieussens. De même encore, on provoquerait un diabète expérimental, en coupant les nerfs qui accompagnent l'artère vertébrale dans le canal des apophyses transverses des vertèbres cervicales. Cependant chez le chien, d'après M. Eckhard, la section de ces nerfs ne produirait pas la glycosurie d'une façon constante.
Ces diverses vivisections^ il faut bien le reconnattre, sont, pour la plupart, assez difficiles à exécuter, et lorsqu'elles ne sont pas suivies du résultat indiqué par les expérimentateurs, on peut toujours se demander si Ton ne doit pas imputer Tinsuccès à l'étendue et à la gravité du traumatisme.
J'ai cherché à produire la glycosurie en arrachant ou en écrasant, sur des lapins, le ganglion cervical inférieur et le ganglion thoracique supérieur. Je n'ai pas obtenu l'effet que je cherchais à déterminer. 11 en a été de même chez des chiens, auxquels nous enlevions le ganglion thoracique supérieur. Dans ce dernier cas^ surtout lorsque l'expérience était faite par le procédé indiqué par MM. Carville et Bochefontaine (2) , le traumatisme n'était réellement pas très-considérable ; et cependant nous n'avons pas constaté le moindre degré de glycosurie. Toutefois, en présence de l'accord qui existe entre divers physiologistes, on ne peut pas nier la réalité des faits qu'ils ont publiés.
(1) Eckbard, BeilrOge,.., Bd. VU, 1873, Ucft. I.
(2) Comptes rendus de la Société de biologie, 187 A, p. 140.
23 SEIZIÈME LEÇOIÏ.
Mais, suivant toute probabilité, c'est surtout par les nerfs splancbniques et par les diverses branches nerveuses qui émanent de la moelle lombaire, pour se rendre au plexus solaire, que l'influence des lésions du bulbe rachidien se transmet au foie. Les nerfs splancbniques semblent même être les principaux organes de transmission, car M. Cl. Bernard a fait voir qu'après la section transversale de ces nerfs, la piqûre du plancher du quatrième ventricule ne peut plus déterminer le diabète (1). Chose singulière au premier abord ! Il a constaté que la glycosurie persiste, lorsque la section de ces nerfs est pratiquée après que la piqûre ventriculaire a été faite. Il est à croire que la modification nutritive, provoquée dans le foie par la lésion du bulbe, persiste malgré la section de ces nerfs. Le premier de ces deux faits ne se présente pas d'ailleurs dans des conditions de netteté satisfaisante, et il semble difficile à concilier avec le résultat publié par M. de Graefe et confirmé par M. Schiff (2) : ces expérimentateurs auraient trouvé que la section des nerfs splanchniques peut, par elle-même, déterminer la glycosurie.
(1) D'après MM. Cyon et Aludoff {ioc. ciï.), si U section des spUnchiiiques on la section du cordon sympathique tboracique, au-dessus de la dixième c6te, empêche la lésion du plancher Tentriculaire de produire son effet habituel, ceU tiendrait à ce que cette section détermine une dilatation de tous les vais* seaux de la cavité abdominale : dans de telles conditions, la piq&re du bulbe rachidien ne pourrait plus produire un afllux de sang aussi cousidérable dans les vaisseaux hépatiques que lorsque les nerb splanchniques on les cordons syropathiquet thoraciques sont intacts. Il est difficile d'accepter cette explication. Tout au plus, pourrait -on admettre, en tenant l'hypothèse de MM. Gyon et Aladoff pour valable, qae la section préalable des splanchniques, par exemple, met obstacle à ce que la lésion du plancher du quatrième ventricule détermtnn des effets amsi prononcés que lorsque cette section n'a pas été pratiquée ; mais on ne saurait comprendre comment ces effets pourraient être complètement supprimés par la dilatation préalable des vaisseaux de la cavité abdominale; de ceux du fuie comme de ceux des intestins, dci reins, etc.
(3) Schiff, Leçoiu tur la physwiogie de h digestion^ t« 11, pti 4S8.