‹ Leçons sur l'appareil vaso-moteur (volume 2)Chapitre 40 sur 88 · INFLUENCE DB LA DOULEUR SUR LA CHALEUR · texte numérisé non relu

INFLUENCE DB LA DOULEUR SUR LA CHALEUR

du curare, sont tout autant de conditions qui peuvent, comme le rappelle M. Riegel, modifier la température des animaux, et ce ne sont sans doute pas les seules qui peuvent intervenir dans ces expériences.

En supposant que la température s'abaisse dans la veine cave et dans l'aorte, sous Tinfluence de Texcitation d'un nerf sensitif, comme persiste à l'affirmer M. Heidenhain, on pourrait peut-être l'expliquer par l'abondance du sang refroidi qui arrive dans les veines caves, au moment de l'irritation douloureuse. Les petits vaisseaux se resserrent, eneflTet, très-rapidement, surtout ceux de la peau et du tissu cellulaire sou^cutané; le sang doit donc être, plus rapidement que dans l'état normal , chassé des capillaires et des veinules de la peau, après s*y être refroidi, et il peut revenir en plus grande quantité, pendant quelques instants du moins, dans les veines caves ; on conçoit qu'il puisse en résulter un certain degré de réfrigération plus ou moins durable de la masse du sang.

On pourrait peut-être expliquer aussi de cette façon, comment l'irritation des nerfs seusitifs, chez un animal Oévreux, ne produit plus, d'après M. Heidenbain, d'abaissement de la température du sang de la veine cave ou de l'aorte. Ce ne serait pas, comme le pense M. Cl. Bernard, parce que le grand sympathique est paralysé dans la fièvre, mais ce serait parce que le sang, qui rentre rapidement dans la circulation, sous l'influence de la contraction vasculaire périphérique, produite par l'irritation douloureuse, a une température qui ne s'éloigne pas beaucoup de la température intérieure du corps.

En tout cas, nous pouvons affirmer en toute assurance que la douleur ne peut pas être considérée comme une cause d'augmentation de la température intérieure du

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corps. Ce serait plutôt le contraire qui aurait lieu, si les faits observés par M. Heidenhaîn sont exacts : les expériences de MM. Breuer et Ghrobak ne laissent mèaie aucun doute à cet égard. Ce n'est donc pas la douleur qui peut jouer un rôle dans la production de Télévation de la température intérieure chez un individu atteint de fièvre traumatique , ce qui n'avait d' ailleurs guère besoin d'être démontré.

L'appareil vaso-moteur exerce une influence réelle, nonseulement sur l'activité de la thermc^énèse, dans la fièvre, mais encore, on le conçoit bien, sur la rougeur et la chaleur des téguments. M. Schiff a insisté à plusieurs reprises sur ce point de physiologie pathologique.

Pour le prouver, voici l'expérience qu'il fait : Il coupe les principaux nerfs du membre d'un animal; il laisse li plaie se cicatriser. Il constate que la température du membre opéré est restée supérieure à celle de l'autre membre. Il injecte alors, dans une des veines jugulaires ou une des veines crurales, du pus, des matières septiques, ou bien il irrite d'une façon ou d'une autre, soit la plèvre, soit une autre membrane séreuse. Lorsque la fièvre, déterminée par ces opérations, est dans son plein développement, et que la température intérieure a subi une élévation considérable, il prend la température des deux membres et constate qu'elle est plus élevée dans le membre dont les nerfs ne sont pas coupés (1).

(1) Yoyei l'appendice (Abdnick aut den Berner Schriflen» 1856) pied i U lin du traftfl de M. Schiff, intitulé : Veber die Zttckerbikkmg. J*ai àéik cite ce tnyaily t. I, p. 407. Les expériences que je mentionne p. A08 et 109, et dans lesqoeUes il est question de rinQuence de la section des sefti t«v^ OMyteors sur l'action des causes taso-diiatatrices (échauffement du ailieH ambiant, mouTement de course), sont de M. Schiff, et sont relatée dan l'extrait qne je viens d'indiquer de nouveau. Xoyet aussi : ^ chiff, Ltçoiu sur U physiologie de ia digestùm, t. 1, p. 260 et 26i.

CDALEDR GUTANÉB FÉBRILE : BOLB DES VASO-MOTEURS. ^C)\

M. Scbiif explique ce résutlat, en admettant que Texcitation de l'appareil vaso-moteur, produite par la fièvre qui résulte de l'introduction de substances pyrétogënes ou de rirritation expérimentale d'une membrane séreuse, peut agir sur les vaisseaux du membre intact, et y provoquer uue* dilatation très-prononcée , tandis qu'elle n'a plus d'action sur les vaisseaux du membre dont les nerfs sont coupés. Ces vaisseaux, qui ne sont phis aussi dilatés que lors de la section de ces nerfs, ne se modifient pas, et la température ne peut pas s'élever dans ce membre à un aussi haut degré que dans l'autre.

Ce raisonnement est très -juste; mais, en réalité, les cboses se passent d*ord inaire d'une façon tout autre. Sans doute, je crois que M. ScbifFa vu ce qu'il a décrit, mais il ne doit pas l'avoir vu un grand sombre de fois, et, je le répète, le résultat qu'il a obtenu me paraît exceptionnel. J'ai répété cette expérience à plusieurs reprises sur le chien, et j'ai observé un résultat entièrement différent de celui que M. Scbiflfa obtenu. J'ai toujours constaté que la température était plus élevée dans le membre où les nerfs avaient été coupés. J'ai déjà cité un fait de ce genre (1). En voici encore un exemple.

EiF. IL ^ Chien adulte, Tigonreax. Le à mai 1873, on coupe sur cet animal le nerf Kiatique gauche, Ten la partie supérieure de la cuisie.

Le 9 Juin niif ant, on prend la température du rectum et des deux membres pootérieurs. Le membre postérieur gauche est tuméfié et offre une ulcération an nÎTeau de la face supérieure des orteils. La température des membres est prise, comme on le fait d'ordinaire, en plaçant le réservoir du thermomètre entre les orteils, à leur face inférieure.

Température du membre postérieur gauche 38^,2

— — droit 29«,8

— du rectum 30%6

263 YINGTIÈMB LEÇON.

Al b. 55 m., on injecte dans la Teine jngolaire da cAté gaoche, 10 eentimètret cubes d'un liquide putride (macération aqueuse de cbair musculaire).

Une minute après l'iEyection» Tonûssemeiits* L'animal vomit une teceods fois, dès qu'il est détacbé. Il est baletant ; il se lècbe constamment le nmseau; il tient la tète basse, reste debout, mais flécbit sur ses membres. A 2 h., il semble ne plus pouToir se tenir dressé sur ses membres et il se couche.

A 2 h. 18 m. Température du membre post. gauche. . 31*

— — droit.... 80«,4

— du rectiim 89*,2

A 2 h. 30 m., Tomissement, à la suite duquel le chien se lèye pour vomir encore. L'animal se tient dressé sur ses membres ou assis sur son train postérieur et il semble moins malade.

A 2 h. 45 m., firissons généraui peu intenses.

A 2 h. 58 m. Température du membre post. gauche. . 31*,8

— *- droit 25S8

— du rectum 40^,A

A 3 b. 45 m., les frissons continuent; ils sont plus forts encore à â h.

A 4 h. 45 m. Température du membre post. gauche. . 36*,5

— — droit 27«

— du rectum 41M

L'animal parait entièrement ranimé.

Le 10 Juin, à 12 h» 30 m., l'animal est vif; il a mangé; il a cependant encore des frissons continus, il a eu de la diarrhée pendant la nuit.

Température du membre postérieur gauche 87*

— — droit. 35*

-~ du rectum 89%2

Même température, à peu près, à 1 h. 50 m*

Le 11 JniA« même état du chien ; diarrhée pendant la nuift; IHssoas; il a mangé.

Température du membre postérieur gauche 37*

— — droit 36«,6

— du rectum 39*^4

Chez ce chien, on n'avait point coupé tous les nerfs vasomoteurs allant aux orteils, puisque Ton n'avait sectionné que le nerf sciatique. Mais nous savons que ce nerf con* lient un certain nombre de ces vaso-moteurs, et la

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