INFLAMMATIONS RÉFLEXES
M. Brown-Séquard a admis que rinflammation peut quelquefois être provoquée par action réflexe (1). Il cite comme exemples : les faits d*orcbite due, d'après Barras et M. Marrotte, à une névralgie iléo-scrotale; les faits d'inflammation du même organe, que J. Paget attribue, dans le cas d'uréthrite, à une action nerveuse. M. Brown-Séquard a observé un cas dans lequel une otorrhée purulente se montrait chaque fois que survenait un accès de névralgie auriculo-temporale. Il fait allusion aussi aux altérations, dites sympathiques, de l'œil, c'est-à-dire à ces cas dans lesquels on voit une affection d'un des yeux être suivie, au bout d'un temps plus ou moins long, d'un état naorbide plus ou moins semblable dans l'autre œil. Vous connaissez ces affections' oculaires ; elles ne sont pas absoment rares, et elles exigent parfois impérieusement l'intervention du chirurgien. M. Brown-Séquard cite encore d'autres faits, mais je crois inutile de les rappeler ici (2). Ou pourrait d'ailleurs augmenter beaucoup le nombre do CCS exemples, en rangeant parmi les inflammations réflexes, tous les cas où des phlegmasies de divers organes se développent sous Tinfluence de l'exposition au froid ; ou encore, les inflammations viscérales qui naissent à la suite des brûlures étendues de la surface du corps.
L'hypothèse qui considère la phlegmasie, dans toutes ces circonstances, comme due à une action réflexe, estelle admissible ?
Disons d'abord que quelques-uns au moins des faits dont il s'agit peuvent évidemment s'expliquer, sans qu'on soit obligé d'avoir recours à cette hypothèse. Ainsi, l'épididy-
(1) Brown-Séquard. Lsçons sur les nerfs vaso-moteurs.,. (Trad. française par le docteur Beni-Barde^ p. 45 et suit.).
(2) Brown-Séquard. Loc. cit,y p. 46, 47 ; p. 59 et tniT.
blk VINGT' SIXIÈME LEÇOSI.
mile consécutive à une urélhrite est, de Tavis de tous les chirurgiens actuels, la conséquence d'une propagation du travail inflammatoire, du canal de Furèthre à l'épididyme, par les voies spermatiques. La péritonite observée à la suile d'une affection du col de l'utérus ou d'une opération faite sur cette partie de l'utérus (ce serait encore là, d'après M. Brown-Séquard, un exemple d'inflammation réflexe) est aussi, vraisemblablement, le résultat d'une simple propagation du travail morbide qui a le col de rutérus pour siège, LUnflammation envahit soit le tissu de l'utérus el le péritoine; soit la membrane muqueuse du corps de l'utérus, puis celle des trompes utérines, et, enfin, la séreuse intra-abdominale.
Mais il est d'autres circonstances, et ce sont les plus nombreuses, dans lesquelles une pareille propagation ne saurait être alléguée. Ce sont, par exemple, les faits d'érysipèle de la face, dans des malades atteints de névralgfe du nerf de la cinquième paire (1) ; ceux, beaucoup plus fréquents, d'inflammation de la conjonctive oculaire, sous l'influence d'une névralgie du même nerf (2) ; ceux d'inflammation, dite sympathique, de l'œil; ceux d'orchîte par suite de névralgie iléoscrotale, ceux de pblegmasies viscérales consécutives à l'action brusque du froid sur la surface du corps, etc. Il est réellement difficile de ne pas admettre l'intervention des centres nerveux dans ces diverses catégories de faits. Pour les cas d'inflammation provoquée dans la membrane conjonctive de l'œil par des
(i) AnsUe, AUéfXiiions de la mUrUion et de la circulation, conséadictt è la névralgie de la cinquième paire, — Deux obtervaiionê d'érjfsipèle de la frtt, — (The Laocet, noT. 1866).
(2) Je dois mentionner en outre les faits de pseudo-angines inflammatairr* décrites par If. Marrotte dans un travail très-intéressant {FéM-névralgin et Viêihme du gosier et du pharynx,,. Bulletin de thérapeutique, 15 août I87i,.
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névralgies du 5* nerf crânien, ou pour ceux d'orchite due à une névralgie îléo-serotale, on peut, ce me semble, faire appel à la théorie que je viens d'exposer tout à l'heure, à propos des affections cutanées, consécutives à une lésion des nerfs. Il y a, sans doute, dans ces conditions, un véritable trouble réflexe de la nutrition des tissus dans lequels se développe l'inflammation. L'irritation névralgique des fibres nerveuses centripètes peut produire, dans le centre trophique du nerf affecté, une modification fonctionnelle, qui retentit, par l'intermédiaire de ces fibres, ou d'autres fibres du même nerf, sur le^ tissus avec lesquels leurs extrémités périphériques sont en rapport. Si l'activité fonctionnelle des centres trophiques est diminuée, les phénomènes nutritifs qui ont lieu dans ces tissus offriront une moindre intensité que dans l'état normal ; si cette activité s'exagère , ces phénomènes s'exagéreront aussi; enfin si cette activité se pervertit, ces phénomènes subiront une perversion plus ou moins prononcée. Il est possible de se représenter ainsi comment une névralgie pourra, par une véritable action réflexe, troubler les actes nutritifs, qui s'exécutent dans les tissus avec lesquels les extrémités du rameau nerveux souffrant ou des autres rameaux du même nerf sont en rapport (1), et déterminer, de cette façon, une inflammation plus ou moins aiguë de ces tissus.
Dans certains cas déterminés, les souffrances d'un nerf destiné à un organe d'une des moitiés du corps pourront provoquer des lésions inflammatoires dans l'organe homologue du côté opposé. C'est ce qui a lieu dans le cas d'affections dites sympathiques de l'œil. Par quels nerfs s'opère
(1) C'est de cette Taçou seulemeat que l'on pourrait comprendre la possibilité de la production de véritables atrophies musculaires réflexes (voy. p. 441).
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•vient, en général, à peu près normale). L'abolition du mouvement volontaire a pour conséquence une immobî* lité permanente des jointures; le contact réciproque des surfaces articulaires agissant, d'une façon continue, produit une irritation qui peut devenir le point de départ d'un travail inflamms^toire : la tension persistante des ligaments et de la synoviale qui revêt les diverses parties des articulations, peut être aussi, dans certaines jointures, uue cause d'irritation. La dilatation des vaisseaux, qui exista incontestablement dans les tissus vasculaires des jointures du côté paralysé, comme du reste dans toutes les autres parties de ce côté, ne peut donc être tout au plus considérée, dans les cas de ce genre, que comme une conditioa prédisposante.
H en est de même dans les cas d'arthrite développée chez des malades atteints d'affections de la moelle épinièr» , soit que la moelle ait subi un traumatisme, soit qu'il s'agisse de cas de maladies diverses de ce centre nerveiâx (ataxie locomotrice, atrophie musculaire progressive, etc.). Je me contenterai de vous rappeler, comme exemple, Tarthropathie des ataxiques, sur laquelle M. Charoot i appelé l'attention et dont il a décrit les caractères clinique» et les lésions (1). Dans tous ces cas, l'influence que les altérations du système nerveux central exercent sur le dévelo-K pement de ces arthropathies, ne diffère évidemment pas Je celle qu'elles ont sur l'apparition des éruptions cutanées doot nous venons de nous occuper, éruptions qui se montreot aussi dans le cours de ces affections de la moelle épioiëre.
(1) Gharcot, Leçtms sur tes ma/adies du système nerveux ^ p. 106 et Et : Sur yueiquei arthropathies qui paraissent dépendre tfune léum •« ffrvfou ou de la moelle épiniére (Archives de physiologie, 1868, p. Ui
et lUiT.).