‹ Leçons sur l'appareil vaso-moteur (volume 2)Chapitre 70 sur 88 · OEDÈME · texte numérisé non relu

OEDÈME

la ligature de la veine cave inférieure, cela tient à ce que, dans ces opérations, on ne coupe pas en travers, comme dans les cas de section du nerf sciatique, toutes les fibres vaso-motrices destinées aux vaisseaux des membres postérieurs.

D autre part, M. Ranvier a fait d'autres expériences sur la production de l'œdème dans des conditions toutes spéciales (1).

n met le canal de Wharton d'un chien en communication avec un manomètre à mercure, puis il électrise le nerf tympanico-lingual du côté correspondant. En quelques minutes la colonne de mercure s'élève à 20 centimètres, c'est-à-dire conformément à ce qu'a indiqué M. Ludwig, à une hauteur supérieure à celle de la pression intra-artérielle. On continue Télectrisation pendant plusieurs heures ; il y a bientôt un gonflement progressif de la glande, analogue à celui des glandes parotides dans les oreillons. Ce gonflement est produit par un œdème de la glande sousmaxillaire. .

La circulation , d'ailleurs, n'est pas arrêtée dans la glande. pendant que cet œdème se forme; et même, elle continue à être plus active que dans l'état normal, puisque le sang veineux glandulaire est rouge : toutefois, au fur et à mesure que l'œdème augmente, la quantité de sang qui traverse l'organe, tout en restant plus considérable que dans l'état normal, diminue progressivement.

Le liquide infiltré dans les espaces lymphatiques et dans le tissu conjonctif est albumineux ; il ne renferme pas de mucus et il contient de nombreux globules blancs.

Des expériences faites de cette façon sur la g ande sous-

(i) Ranvier {in Thèse d« concours de M, Kaihery).

590 VlNGT'SIXlâlIfi LëÇOM.

maxillaire, M. Raoyinr tire la conclusîoQ sniwute : « Op » peut produire roedèine en activant ia oirculatioD.; ce » Q*est doDc paslafttaseaaoguioe qui déteraÛDC L'oedèuie. • Puis, rapproehaat o» e^iériau«es de celles doBti) avaU publié les résultats auparavant, il dit : « L'œdème est ie n réttiitiit del augmentitioa de la taosîoo du mag daos les • vaisseaux capillaires. »

Les faits observés par M. Ranvier sont assurémeot trèsinvérenants, mais ils le conduisent, en somme, à use eondusioD qui ne s'éloigne pas de la manière de voir des pathologistes. En effet, nul d'entre eux, eaas doute, na considéré la siase veineuse comme ayant en aUeniièaie uiie vertu partieuli^ pour produire rœdéme, et les médedos ont toujours expliqué l'oBdène, dépendant d^sn obstack quelconque à la circulatioD wineose, par une a«giiieiilatioD de pression du sang «jaat lieu «u niveau des capîUaires sanguins, au niveau des vaieseux de transitiou des anèies aux capillaires et de eeux'^ei aux veines.

Mais les expériences de M. Ranvier ne peuvent pas être considérées eomme démotitrant qu'un olM(ade4 la cirtalatiou veineuse ne suffit pas pour produire l'«Bdèsiie, el qu'il est nécessaire qu'une modification fondioBnelie des nerfs vaso-^noteurs intervienne. M. BouîHaud, dans la séance même de TAcadémie des Sciences, où le travail de M. Ranvier a été lu, a déjà protesté contre une pareiiio interprétation de ces expéneoees. fin effet, l'observalioo clinique prouve que l'obstruction rapide de la veine principale d'un membre ou d'un sèment de ce membre, a pour résultat invariable la formation d'un csdèine plus ou moins considérable et *plus ou moins durable dans cette partie du corps, lorsque les voies veineuses collatérales oe permettent pas le libre et facHe •retour, vers le eesur, du

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sang qui afflue des artères claus les réseaux t^piliaires en communication avec la veine obstruée. Or, dans ces conditions, il est évident que les fonctions des nerfs \asomoteurs qui se distribuent aux vaisseaux de ces parties ne sont en rien intéressées, primitivement du moins.

De plus, il faut bien dire que, même chez les animaux, la ligature de la veine principale d'un membre ne donne pas des résultats constamment négatifs. J'ai eu l'occasion de citer, dans une des séances de la Société de Biologie, un fait d*œdème que j'ai observé avec M. Philipeaux, dans le membre inférieur d'un cblen sur lequel on avait simplement lié la veine fémorale du côté correspondant. J'ai vu récemment des faits du même genre.

Ainsi, sur un cblen, la ligature d'une veine crurale, pratiquée à la partie tout à fait supérieure de la cuisse, a donné lieu à un œdème assez volumineux, d'abord de la cuisse, puis de la partie inférieure du membre. Cet œdème a disparu au bout de quelques jours.

Sur un autre chien, j'ai lié la veine cave inférieure, un peu au-dessous des reins, en pénétrant dans la cavité*^ abdominale par une plaie faite à la paroi inférieure (antérieure) de cette cavité. L'animal n'a survécu qne ^*ngt heures : on avait constaté, avaint la mort, .un coaunenc ment trèsévident d'infiltration œdémateuse des deux membres (1).

Je reconnais pourtant quCi le plus souvent, la ligatuio

(i) MM. Straus et Duval ont vu que si, après la ligature de la veine cave sur un chien, on vient à lier la veine crurale, un œdème considiirablc du membre correspondant se produit, t La circulation collatérale, dit M. Straus, » avait bien réussi à neutraliser les effets d'une ligature ; mais elle ne peut j» surmonter un double obstacle, et Fœdème, dans ce cas^ se produit infoilii- » blement (*) » .

{*) I. Strans. Article HtoiopUtts (MouTtaa Dictiouniii'e dt médaeiue et dv ehirurgie pi atti|tc« u xvm. p. 41).

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soit de ]a voinc fémorale, soit de la veine cave, ne détermine pas d'œdème. Les expériences de M. Ranvier ont, en outre, mis hors de doute l'influence que la paralysie des nerfs vaso-moteurs peut exercer sur la production de Tœdème, à la suite de la ligature des veines. La section du nerf sciatique est plus efficace que celle des racines de ce nerf, ou que celle de la moelle épinière en avant du reoflement lombaire, parce que ce nerf contient uon-seulemeot les fibres vaso-motrices qui proviennent des racines des nerfs lombaires et sacrés, mais encore celles qui émanent des dernières paires dorsales, et qui vont, en partie, le rejoindre (1).

M. Boddaert a vu que la ligature des veines jugulaires, pratiquée sur des lapins, n'est pas suivie d'œdème ; tandis que si, après celte opération, on sectionne le cordon cervical du grand sympathique d'un côté, une infiltration œdémateuse se forme dans le tissu cellulaire de la face et dans celui de Torbite, du côté correspondant (2).

Je dois dire que j'ai fait plusieurs fois cette expérience sur des lapins, sans observer le résultat obtenu par M. Bo-Jdaert. Je navais lié qu'une veine jugulaire, celle du coW où le cordon cervical avait été coupé ; mais il me senib c

(1) n convient de ftdre remarquer que la section des racines du nerf sciaUqs*. faite dans le canal vertébral, devrait, si l'opinion de II. Ran^icr était ri|r<Mina- «ement exacte, produiro un œdème bien marque du pied et de la partie ii '• rieure de la jambe, chez les cbiens sur lesquels ou lie préalablement U ^f.** fémorale ou la veine cave inférieure : ces racines fournissent, en cTet, -•« sciatique, d'après M. Schi/T, les fibres vaso-motrices destinées au pied et a« tiers ou au quart inférieur de la jambe (^). On pourrait se demander si I irr^ tation traumatique engendrée par la plaie, au moyen de laquelle on aticial k nerf sciatique pour le lier, ne joue pu un certain rôle dans le» etpcneorn de M. Ranvier.

(2) Boddaert, Notes sur l*t pathogénie du tjolh^ nfMhahntque, («ami. t^*^.*.

(•) M. Sehiir. Sur Icg ncrfg i.nn-tuvUurt •'«••■« rstrcMtié* (««>-»]•! • ivn In* 4* l'Ac* r««e r* ScionrM, 1"* (MMobtv 1(02;.

EDÉHE. 503

que rœdéme n'aurait pas dû faire absolument défaut, si la seclion du cordon cervical avait une influence directe et considérable sur la production de cet état morbide local. Je n'ai pas vu non plus apparaître le moindre indice d'œdème du cou et de la face, chez des chiens qui avaient subi, du même côté, la section du nerf vago-sympathique et la ligature de la veine jugulaire, à la partie inférieure de la région cervicale. Mais, je le répète, ces expériences oe sont pas absolument semblables à celles de M. Boddaert, et quand même les faits expérimentaux qu'il a publiés seraient exceptionnels, je les considère comme venant à l'appui des données établies par M. Ranvier.

L'influence de la paralysie des nerfs vaso-moteurs sur les effets de la ligature expérimentale des veines me paraît, d'ailleurs, facile à expliquer.

La ligature d'une veine, on le comprend, ne peut pas provoquer aussi sûrement un oedème des régions qui communiquent par leur circulation avec cette veine, que Tobli* tération de ce vaisseau par des concrétions sanguines. Dans ce dernier cas, les concrétions occupent d'ordinaire une grande partie de la longueur du vaisseau ; elles se prolongent souvent dans toutes les veines afférentes, et le rétablissement de la circulation dans la partie inférieure du vaisseau oblitéré et dans les capillaires correspondants, par l'intermédiaire des voies collatérales, peut être extrêmement difficile : le mouvement du sang dans ces capillaires se trouve donc plus ou moins empêché; la pression y augmente, et les conditions de l'issue du liquide d'infiltration au travers des parois de ces canalicules, se trouvent donc réalisées. Au contraire, lorsqu'imo ligature est mise sur une veine, le cours du sang n'est arrêté qu'au niveau du point où le vaisseau est lié. Toute

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la partie inférieuro de la veine peut encore admellre da sang ; il en est de même de tous les vaisseaux veineux moins volumineux qui viennent s'aboucher dans cette veine. Grâce aux anastomoses si nombreuses qui existent entre les veines, le sang veineux trouve presque aussitôt des voies largement ouvertes, par lesquelles il peut rentrer. dans la veine liée, à une distance plus ou moins grande au-dessus du point où la ligature a été faite. D n'y a pis de stagnation dans les capillaires qui font communiquer les racines de cette veine avec les artères oorrespoD* dantes ; la pression n'y augmente pas, et il ne se produit pas d'œdème. Le rétablissement de la circulation faneuse, par des voies anastomotiques, peut môme avoir lieu dans les membres inférieurs d'un chien, sur lequel on a lié la veine cave inférieure. Quant aux voies qui permettent à la circulation capillaire des diverses parties du cou et de la tète de s'effectuer encore librement après la ligature des veines jugulaires, on sait qu'elles sont nombreuses et trèslaides : il suflSt de citer les sinus veineux crâniens et rachidiens.

Il est pourtant impossible que, même dans ce dernier cas, il n'y ait pas, au moins pendant un certain temps, une légère augmentation de pression dans les capillaires de la tète et du cou. On peut encore moins se refuser à admettre une augmentation de pression dans les vaisseaux capillaires d'un des membres inférieurs, ou de ces deui membres, chez les animaux sur lesquels on a lié soit une des veines fémorales, soit la veine cave inférieure. Mais, dâo< aucun cas, l'élévation de la pression n'est suffisante pour produire nécessairement, constamment, une transsudatii>n des iquides contenus dans les vaisseaux capillaires.

Or, c'est en rendant cette pression plus forte qu'agit

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fa section des nerfs vaso-moteurs, dans les expériences do M. Ranvier et dans celles de M. Boddaert; et c'est là l'explication déjà proposée par M. Brown-Séquard. f-ia section du nerf sclalique, en effet, pour ne parler que des faits relatés par M. Ranvier, a pour conséquence, par suite de la solution de continuité des fibres vaso-motrices que contient ce nerf, une dilatation paralytique de tous ceux des vaisseaux du membre correspondant qui sont munisd'une tunique musculeuse. Les artères de ce membre seront donc dilatées, et, comme nous l'avons vu ailleurs, par suite de cette dilatation, il y aura un afilux de sang plus considérable dans ces vaisseaux : les vaisseaux capil-^ laires eux-mêmes seront plus remplis de sang que dans Tétat normal ; ils seront passivement dilatés. La pression , déjà augmentée dans ces vaisseaux par la ligature du tronc des veines efférentes, subira un nouvel accroissement, provenant de l'afflux plus abondant du sang artériel, et la Iranssudation du liquide d'infiltration^ au travers des parois capillaires, aura lieu alors constamment (1).

Dans Texpérience où M. Ranvier provoque la formation d'au oedème très-prononcé de la glande sous-maxillaire^ en électrisant le nerf glandulaire provenant de la corde du tympan, après avoir mis le conduit de Wharton en communication avec un manomètre à mercure, il me pa^ ratt hors de doute que les veines doivent être comprimées à un certain degré par les difiërentes parties de la glanda qui se remplissent de plus en plus de salive. Cette gène

(I) Sur deux chiens, qui avaient pirésenié de l'œdème d'un des membres inférieurs^ après avoir eu, de ce côté, la teine fémorale liée et le nerf sciatîque coupé, j'ai constaté, un instant après la mort (quatre ou cinq jours après l'opération) que plusieurs' veines sous^cutanées de ce membre, au niveau du piedf étaient remplies de concrétions flbrineuses.

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n'est pas assez considérable pour que le sang veineux perde la coloration rouge qu'il offre lorsqu'on électrise le nerf glandulaire ; mais elle est assez marquée pour déterminer une. augmentation de la pression sanguine dans les capillaires et pour provoquer ainsi Tissue du liquide d'infiltration au travers des parois de ces vaisseaux.

Si la section des nerfs vaso-moteurs favorise d'une façon si puissante la production des infiltrations œdémateuses, dans les cas de gène de la circulation veineuse, on doit se demander si elle peut, par elle seule, déterminer de l'œdème; ou, d'une façon plus générale, 4}i TaffaïUissement ou la paralysie des nerfs vaso-moteurs, quelle qu'en soit la cause, peut donner lieu à cet étal morbide.

Longet cite un fait observé par Herbert Mayo, dans lequel une lésion du nerf trijumeau avait produit un gonflement oedémateux de toute la moitié correspondante de la face, en même temps qu'une anesthésie de cette même région et une ulcération de la cornée de Tœil de ce cAté(l).

n n'est pas absolument rare de voir un oedème plus ou moins étendu se développer dans une région du corps, sous l'influence d'une blessure d'un des nerfs de cette région. La thèse de Mougeot renferme plusieurs exen>p)es d'œdème dû à cette cause (2). Cet œdème a été, vraisemblablement, dans quelques-uns de ces cas, de nature inflammatoire.

On peut rapprocher ces faits de certains résultats expê-

(1) Longet. Traité de physiologie, 3« édition, t. UI, p. â86.

(2) Mougeot. Thèse citée. Obsenr. XV (Hamilton) ; Obserr. XVni(H«iiiiM0o.: Observ. XIX (Crampton) ; Observ. XX (Cramplon) ; Observ. XXll (J. Boni. ; Obwrv. XXIU (Malgaigne) ; Observ. XXV, XXVI, XXVUI, XXX \}\\ MiteWI, Morebottse et Eeen).

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riiueataux constatés à la suite de sections de nerfs. Ou sait, en effet, que la section du nerf sciatique, chez les animaux, peut déterminer un œdème de la partie inférieure du membre correspondant. Nous avons vu aussi que la section des nerfs pneumogastriques donne lieu à de l'œdème pulmonaire. Dans les cas pathologiques, comme dans les faits expérimentaux, il est probable que l'affaiblissement de l'influence trophique des centres nerveux sur les parties dont les nerfs sont coupés, joue un certain rôle dans la production de Tœdème. Ces parties deviennent alors plus vulnérables; des excitations extérieures qui, dans l'état normal, sont sans action sur les phénomènes de la nutrition intime, peuvent les troubler alors et donner naissance à une irritation subinflammatoire, ayant pour conséquence une infiltration œdémateuse plus ou moins considérable des régions où siège cette irritation.

L'œdème produit par les blessures des nerfs se montre quelquefois uniquement dans les parties auxquelles se rend le nerf blessé; il y a, du moins en apparence, un œdème direct. C'est ce qu'on voit dans le cas de J. Roux (Obs. XXII de la thèse de M. Couyba). Dans ce cas, un^ saignée avait été faite au bras droit, et il y avait eu probablement une piqûre du nerf radial. Une douleur vive avait envahi le pouce, l'indicateur et le bord radial du médius ; au bout de peu de temps cette douleur s'accompagna d'un oedème qui, au niveau de la main, n'existait que dans les doigts où siégeait la douleur.

Dans d'autres cas, l'œdème a offert plus franchement les caractères d'une affection réflexe, en ce sens que le gonfleaient s'est montré dans une région qui n'était pas en relation directe avec les cordons nerveux atteints par la

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blessare. C'est ce qui a été observé, par exemple, dans une des obserTations rapportées par Hamilton (Obs. XV de la thèse de Mougeol). Dans ce cas, il s'agissait d'une blessure faite avec la pointe d'un couteau à la partie moycDoe de la face antérieure et de la partie interne du pouce. Cette plaie s'étiût cicatrisée rapidement, mais, bientôt après, la paume de la main et le dos de la main étaient deyenus le siège d'une tuméfaction très-douloureuse, pâle d'abord,

puis rouge, et qui dura plus de deux mois. Cette tuméfaction était parfois plus considérable et plus rouge le soir; elle s'affitissait et était plus pâle le matin.

Comment expliquer ces oedèmes? D'après M. 5icbiff, « l'irritation prolongée des ner& sensibles d'un membre » a souvent pour conséquence une dilatation réflexe du- » rable de ses vaisseaux et de l'œdème (1). » La dilatation, dite réflexe, des vaisseaux, peut-elle être, par ellemême, la cause d'un oedème dans la région où elle se produit? Cela est possible, et je dirai tout à Theure comment on peut, à la rigueur, comprendre la productioo d'une infiltration séreuse sous l'influence de cette dilatation vasculaire.

Mais il me paraît y avoir, dans certains cas d'oedème, * suite d'irritation des nerfs centripètes, quelque chose de plus que le résultat d'une dilatation, dite réflexe, des vaisseaux de la région où se manifeste Tinfiltration séreuse. D y a vraisemblablement un embarras au moins momentané de la circulation capillaire. H se produit, sans doute, dans la région où va se montrer l'oedème, un trouble nutritif, plus ou moiis analogue à celui qui constitue le premier phénomène du travail inflammatoire : le sang en

(1) Schlir. U^on» sur ia phytiologiê de ta dignHon^ t. U, ^ 21S,

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circulation dans cette région subit, dans un certain nombre de capillaires, les modifications qui déterminent l'arrêt de son mouvement au début de l'inflammation. Les conditions de la fluxion capillaire collatérale et de la fluxion veineuse rétrograde se réalisent ainsi : la pression augmente dans les nombreux vaisseaux capillaires qui sont restés libres ; une certaine quantité de liquide séreux traverse les parois de ces vaisseaux et s'infiltre dans les tissus environnants. Tant que les vaisseaux ne subissent aucune altération et que tout se borne à un œdème par simple dialyse exosmotique, cet œdème peut paraître et disparaître facilement, suivant que la circulation capillaire s'embarrasse ou rede^ vient entièrement libre. Or, l'irritation, dans la plupart des cas dont nous parlons, ayant une durée passagère^ l'arrêt du sang dans les capillaires n'est pas assez persistant pour que les globules sanguins puissent s'y modifier notablement, ou même pour qu'il y ait coagulation de la fibrine : la circulation peut donc, en général, se rétablir dans ces capillaires; le liquide infiltré rentre bientôt par endosmose dans ces vaisseaux ; l'œdème disparaît rapidement. Il est clair que, dans certaines circonstances, si le sang s'est coagulé dans les vaisseaux capillaires par suite d'un arrêt trop prolongé, sous l'influence d'une irritation trop durable, l'œdème pourra persister pendant quelque temps après que cette irritation aura cessé.

l/hypotbèse que je propose n'est, en réalité, qu'une application de celle que j'ai développée dans la première partie de cette leçon, à propos des inflammations par mécanisme réflexe. Il me semble que, dans un certain nombre de faits d'œdème, dit léflexe, les diverses fibres nerveuses qui se mettent en rapport plus ou moins immédiat avec la

600 VIMGT-SIXIÈME LEÇO!f.

substance oi^nisée vivante de nos organes (fibres moirices, sensitives, sympatiques), et qui transmettent à cette substance rinfluence trophique des centres nerveux, peuvent être, par mécanisme réflexe, excitée? de telle sorte, que les phénomènes de la nutrition intime soient modifiés dans les tissus auxquels se distribuent les extrémités périphériques de ces libres.

Ces modifications peuvent être diverses, suivant la nature et l'intensité de l'irritation centripète. Elles peuvent, dans certains cas, être telles qu'un travail morbide, Tinflammation, puisse prendre naissance dans les points sur lesquels retentit, par action réflexe, cette irritation. Tantôt d'ailleurs l'inflammation, une fois provoquée, se développera d'une façon complète; tantôt, elle avortera pour ainsi dire, et tout se bornera à ces premiers phénomènes de troubles nutritifs, d'embarras de la circulation, que nous trouvons dans les cas d'œdème réflexe. Ce qui montre bien la relation de cet oedème avec l'inflammation, c'est que, dans certains cas, après quelques apparitions et disparitions de l'infiltration séreuse, une véritable phlq^masie peut prendre naissance dans les mêmes régions où l'œdème s'était montré les premières fois : il s'y forme alors uo phlegmon plus ou moins étendu.

J'ai donné quelques développements à cette hypothèse afin de la rendre plus claire. Mais je ne prétends pas qu'elle puisse trouver son application dans tous les cas d'œdème dit réflexe. Il est des observations dans lesquelles l'œdème, provoqué par une lésion traumatique des nerfs, a été si étendu et en même temps si passager, qu'il paraît diflicile de lui supposer pour cause un arrêt de la circolation capillaire, analogue à celui qui a lieu dans riuflam* mation. On peut donc se demander si l'opinion de M. Schiff,

OEDÊHB. 631

que nous venons de rappeler tout à rbeure, ne peut pas être invoquée pour interpréter ces faits, et si rœdème n'est pas dû à une paralysie artérielle déterminée par l'irritation traumatique des fibres nerveuses centripètes. LUrritalion decesfibres déterminerait une suspension de l'activité tonique de certains centres vaso-moteurs ; les vaisseaux à tunique musculaire, qui sont innervés par les fibres vasoconstrictives en relation avec ces centres, subiraient ainsi une dilatation paralytique considérable ; la vis a tergo^ c'est-à-dire la force principale sous l'influence de laquelle s'opère le mouvement du sang dans les veines, s'afiaiblirait à un degré extrême par suite de la paralysie des artères. De là, stase relative dans les veines en communi- . cation avec les réseaux capillaires qui reçoivent le sang des artères paralysées. Cette stase veineuse, coïncidant avec la dilatation des artères èorrespondantes, aurait pour conséquence assurée une augmentation de la pression dans les capillaires intermédiaires, et, pour suite possible, une transsudation séreuse au travers des parois de ces capillaires.

On pourrait objecter à cette supposition que la section . du cordon cervical du grand sympathique, ou même Texcision du ganglion cervical supérieur, n'a pas pour résultat ordinaire la production d'une infiltration œdémateuse des diverses parties de la face, du côté de l'opération. Mais on pourrait répondre que la paralysie des artères n'est jamais aussi considérable, dans ces conditions, qu'elle peut Têtre dans les cas où elle se produit sous l'influence d'une suspension de l'activité de tous les centres vaso-moleurs qui président au tonus de ces vaisseaux.

Certaines expériences de M. Brown-Séquard paraissent, il est vrai, démontrer que les lésions des ganglions du

G02 • viNGT-smiifE leçon.

(^rand sympathique peuvent donner lieu à de l'œdème. Ce physiologiste a vu, en effet, de Vcedème se développer, chez des cobayes, dans un des poumons, lorsqu'il lésait le ganglion thoracique supérieur du côté correspondant. Mais cet cedème ne se produisait que lorsque la lésion du ganglion ne détruisait pas complètement ce petit centre nerveux* Lorsque le ganglion était enlevé en entier, comme il Ta été dans vingt-deux expériences, on n'observait pis d'infiltration œdémateuse du poumon correspondant (t). Il semblerait résulter de ces faits que l'œdème pulmonaire était d(c, dans les cas où il a été observé, à Tinritation du ganglion thoracique supérieur et non pas à la paralysie de ce ganglion. Ces expériences, en admettant quelles aient une valeur indiscutable, ne peuvent donc pas tire. alléguées à l'appui de l'opinion des physiologistes qui pensent que la paralysie des vaso-moteurs peut, par elle seule, déterminer de Tœdème.

Une autre objection pourrait être opposée à l'hypothèse en question. Il semble que la coloration de la r^ion, qui devient œdémateuse, devrait être d*un rouge vif, si l'œdème avait pour cause première une dilatation des artérioles de cette région ; il devrait y avoir, en effet, réplétion exagérée des réseaux capillaires auxquels aboutissent les ramifications ultimes de ces artérioles : or, les parties dans lesquelles se produit l'infiltration séreuse, dans ces conditions, n'otTrent pas toujours une coloration anomale; et, lorsqu'elles sont congestionnées, leur teinte n*est pas celle qui devrait exister, si la manière de voir dont il s'agit était exacte. On pourrait essayer de réFiiter celte ol]gection, en alléguant que la dilatation paralytique des artàw

(1) BrowD-Séqiiard (Comptes rendos de la Société d« bMoglo, 1870, p. f «•*•>

OBDÉMB. 603

peut D'exister que dans des régions sous-*cutanées et, par conséquent, ne pas donner lieu à une congestion des ré^ seaux capillaires cutanés. Mais serait-ce là une réfutation yalable ?

Vous voyez que l'on rencontre de grandes difficultés dans les tentatives que Ton peut faire, pour chercher à déterminer le mécanisme de la production des œdèmes dus à des lésions traumatiques des nerfs. Il est facile de dire qu'il y a des osdèmes réflexes ; que des œdèmes peuvent être provoqués par voie réflexe : mais quand on ne se paye pas de mots, quand on essaie d'expliquer comment des irritations centripètes peuvent donner lieu à ces infiltrations séreuses, dites réflexes, on se heurte à des difQcultés que ne paraissent pas soupçonner beaucoup de ceux qui se servent de ces expressions.

Ai-je indiqué, toutes les hypothèses qu'on peut imaginer? Non certes. On pourrait encore supposer que les irritations centripètes dues à des lésions traumatiques des nerfs se réfléchissent, par l'intermédiaire des centres nerveux, non point sur tous les vaisseaux munis d'une tunique musculaire, mais exclusivement sur les veinules et les veines : on admettrait, en outre, que le phénomène réflexe consisterait, non dans une dilatation, mais dans une constriction des vaisseaux veineux. Les veines resserrées opposeraient un obstacle notable au cours du sang que les artères leut* envoient au travers des capillaires ; il y aurait ainsi une augmentation de pression dans ces capillaires, et^ par suite, un œdème pourrait prendre naissance dans les tissus qu'ils traversent en tout sens. Mais sur quelle donnée physiologique peut-on appuyer une telle hypothèse?

l..es difficultés qui nous arrêtent, lorsqu'il s'agit d'expli-

G0& T1!IGT'S1X1ÉME LEÇON.

quer les œdèmes qui se manifesteDt dans des cas de blessures des nerfs, nous les rencontrons encore, lorsque nous cherchons à concevoir le mécanisme des înBItrations œdémateuses, observées dans des cas de névralgies.

Divers auteurs ont rapporté des faits dans lesquels on a TU un œdème se manifester sous rinfluence d'une névralgie. C'est surtout dans les névralgies du nerf trijumeau que l'on a observé des infiltrations oedémateuses, siégeant à la face. L'œdème que Ton voit se produire alors ne doit pas, le plus souvent au moins, être attribué à un simple état de souffrance des fibres nerveuses vasomotrices, mêlées aux autres fibres du nerf trijumeau. Ordinairement la névralgie, dans ces cas, est sous la dépendance d'une altération des dents, avec irritation inflammatoire du périoste alvéolo-dentaire et des extrémités périphériques correspondantes du nerf dentaire. Cette irritation s'étend fréquemment à la joue. Il se produit dés arrêts de circulation dans un certain nombre des capillaires de cette région de la face ; les artérioles s'y dilatent, par suite de la diminution de l'activité des ganglions qui régissent jusqu'à un certain point leur tonus (dilatation artérielle, dite réflexe) ; il s'opère une fluxion veineuse rétrograde dans les veinules en communication avec les capillaires obstrués. De là une congestion plus ou moins vive de la partie de la joue, voisine de la dent altérée; de lî aussi un œdème, dû à l'augmentation de pressiru dans la capillaires de la région irritée qui restent libres. Ce sont, en un mot, les mêmes phénomènes que dar.b d autres cas d'inflammation ; et, comme dans ces cas, il y a certainement, dès le début, au travers dos parois des veinules et des capillaires, issue d'un nombre de leucocytes plus cousidérable que dans l'œdème simple. On sait d'ailleurs que

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