MIGRAINE
Cette opinion a été adoptée par des médecins contemporains : Stokes, M. Lebert, M. Ânstie et divers autres paihologistes ont, en effet, considéré la migraine comme une névralgie de la branche ophtbalmique du nerf trijumeau. M. Piorry présume que la migraine est une irisàlgie, et il se fonde surtout, pour émettre cette bypotbèse, sur Tendolorissement du globe oculaire et sur les sensations lumineuses subjectives et variées qui peuvent se produire dans la première période de Taccès. Il est à peine besoin de faire remarquer que ces sensations ne peuvent pas dépendre d'une souffrance de Tiris. Pour Calmeil, pour Romberg, il s'agirait d'une byperestbésie du cerveau {névralgie céré^ orale) y et cette supposition a été admise par divers médecinsy entre autres par M. Leubuscber. M. Liveing place aussi le siège de la migraine dans le centre encéphalique, vers Tisthme de l'encéphale (1).
M. Du Bois-Reymond a émis une autre manière de voir (2). L'étude attentive qu'il a faite de la migraine sur lui-même, l'a conduit à penser que cet état morbide est produit par une contraction spasmodique de la tunique musculaire des artères de la région affectée de la tête, contraction due à une excitation durable des nerfs sympathiques correspondants. C'était le côté droit de la tête qui, chez lui, était le siège de la migraine. Or, la face, de ce côté, était pâle et affaissée ; l'ouverture palpébrale était rétrécie ; la conjonctive était rouge ; la pupille était dilatée ; l'œil semblait retiré vers le fond de l'orbite. L'artère tem-
(i) Edward LÎTeing. On Megrin^ Skh^headache and some aiied ditorders (Anal. I» Oai. hebdom., 1873, p. 822.— Voyex aussi : Anal, in London Medlc. Record^ 1873, p. 113).
(2) Du Bois-Reymond. Zur Kenntniss der Hemicrante (Archiv f. Anat. und Pbjsiol., 1860, p. 461-468),
C36 VIII6T-SEPTIÊMB LEÇCXI.
porale droite paraissait revenue sur elle-même, plus dure que dans Tétat normal (1). La toux, Taction de baisser la tète, augmentaient la céphalalgie. Vers la fin de l'accès, l'oreille droite devenait rouge et chaude.
L'excitation du cordon cervical sympathique, suivant H. Du Bois-Reymond, dans les cas de ce genre, pourrait nattre dans ce cordon lui-même, ou dans la moelle épinière, au niveau de la r^on cilio-spinale. Chez lui, la pression faite sur les apophyses épineuses, qui correspondent à cette région, déterminait de la douleur, pendant et après l'accès (2).
Parfois, c'est la pression sur le trajet du cordon cervical du sympathique qui est douloureuse.
D'après MM. Eulenburg et Guttmann, on observerait, dans les cas de migraine, un rétrécissement de la papille vers la fin de l'accès (3). Brunner, au dire de ces auteurs, aurait observé, sur lui-même et sur sa mère, une sensibilité douloureuse dans la région du ganglion cervical supérieur et du ganglion cervical moyen.
H. Du Bois-Reymond attribue les nausées et les vomis* sements de la migraine, aussi bien que les bluettes qui tourmentent le malade, aux modifications de la pression intra-encéphalique déterminées par l'excitation du sympathique.
(1) U convient de noter que ces phénomènes ne s^tccordeat pet iom aise rhypolhèse d*ane irritation dn cordon cenical da tympetbiqne. On sait, ci effet, que la faradisation de ce cordon produit nn moufevent de propubioa de l*œil^ avec écartement des paupières et un resserrement des faissesui de Is cet* jondife oculaire.
(2) VoTei un cas analofpne rapporté par M. Annaingaud^ dans sen mcsoir^ Intitulé : Du poùU apophytairt dans ies névralgiet^ ei d$ tirrUaHim tpîMle. Paris, 1872, p* 16.
(3) A, Eulenburg et P. Guttmann. Die Pathologie tfes jnfmpatkicn •■/ phytiohffitcher Grundiage» Berlin, 1873, p. 17 tt sii^.
MIGRAIKIIS. 6â7
Celte excitation du sympathique est-elle primitive ou secondaire? Est-elle le résultat d'une névralgie à laquelle il faudrait rapporter le mal de têle de la migraine? M. Du Bois-Reymond pense que le spasme tonique des artérioles pourrait bien être, par lui-même, la cause des douleurs, lesquelles seraient analogues aux douleurs musculaires de Tutérus dans l'accouchement, de l'intestin dans les coliques, à celles de la crampe, ou même aux douleurs de la peau dans le frisson fébrile. MM. Ëulenburg et Guttmann supposent qu'une autre cause peut entrer aussi en jeu, à savoir : l'anémie temporaire de la moitié (ou de la région) atteinte de la tête, par suite de la constriclion des artérioles : c'est là une cause d'irritation pour les nerfs sen* si tifs des diverses parties de la région affectée : peau, péricr&ne, membranes cérébrales, départements sensibles du cerveau lui-même ; et cette irritation pourrait déterminer de la douleur. Ces médecins allèguent, à l'appui de leur hypothèse, l'augmentation de la douleur de tête par la toux, par l'action de se baisser, par la compression de la carotide du côté correspondant à celui où existe la migraine : la compression de la carotide du côté opposé diminuerait au contraire la céphalalgie. Si cette influence de la compression des carotides semble plaider en faveur de l'hypothèse en question, on ne comprend pas bien que l'augmentation de la céphalalgie par la toux, par l'action de se baisser, puisse servir à prouver qu'il y a anémie de la moitié affectée de la tête pendant la migraine; car il semble que, dans ces conditions éventuelles, il doit se produire un afflux de sang vers l'encéphale : par conséquent, la céphalalgie devrait momentanément diminuer. Disons, d'autre part, que, d'après ces mêmes auteui*s, on observe le plus souvent, sous Tinfluence de la compression de Tune
0S8 VlNGT-SlîPnÈftlIS LUÇON,
ou de Tautre carotide, des effets inverses de ceux que nous venons de mentionner.
M. Du Bois-Reymond avait déjà noté que l'on ne rencontre pas, dans tous les cas de migraine, l'ensemble de symptômes qu'il constatait sur lui-même : il avail remarqué surtout que Ton ne trouve pas toujours la pupille resserrée du côté où si^ la céphalalgie* Aussi avait-il proposé, pour le genre particulier de migraioe dont il était atteint, un nom spécial, celui de Hemicram sympaikico-tomca (migraine sympathico-tonique).
Plus tard, M. Môllendorff a émis une théorie qui se rapproche de celle de M. Du Bois-Reymond, en ce qu*elie attribue aussi le principal rôle à un trouble des nerfs vasomoteurs, mais qui s'en éloigne, en ce qu'elle admet une paralysie des vaisseaux au lieu d'un spasme vasculaire (il. D'après ce médecin, les nerfs vaso-moteurs destinés à la carotide et à ses branches seraient paralysés, et il y aurait, par suite, dilatation des vaisseaux de la moitié corre^ndante de la tôte.
L'effet ordinaire de la compression de l'une ou de Taotre carotide, c'est--à-dire la diminution de la migraine par la compression de l'artère du côté affecté, et son augmentation par la compression de Tartère du côté opposé, semble un argument favorable à celte hypothèse. J'ajoute que M. Môllendorff a constaté, à l'aide de Tophthalmoscope» une dilatation des vaisseaux profonds de l'œil (artère et veines de la rétine).
Cette hypérémie cérébrale aurait pour effet, suivant M. Môllendorff, de déterminer un ralentissement des mouvements du cœur, dont le nombre^ de 72 à 76, peut
(i) llôllendorr» Ueher HemkianU (Archi? f. pAtb. Aiut. XII Bd« p. 385).
MIORAINB. 639
tomber à 56 ou &8 par minute, et de produire un affaiblissement du pouls radial : le pouls deviendrait, au contraire, large et mou au niveau de la carotide et de l'artère temporale. MM. Eulenburg et Guttmann expliquent le ralentissement des mouvements du cœur et la petitesse du pouls radial, au moyen des résultats fournis par les expériences de MM. Hermann et Escher (1) et par celles de M. Landois(2). MM. Hermann et Escher auraient prouvé que rhypérémie, provoquée rapidement dans l'encéphale, a pour effet un certain degré d'irritation de la moelle allongée. Quant à M. Landois, il aurait démontré que la conséquence de l'irritation ainsi produite pouvait être une excitation des nerfs vagues et des différents nerfs vaso-moteurs du corps.
La migraine, telle que M. MôUendorfi l'a observée, diffère donc de celle que M. Du Bois-Reymond a étudiée sur lui-même ; il y aurait ainsi, comme le disent MM. Eulenburg et Guttmann, une sorte particulière de migraine, qu'on pourrait désigner sous le nom de Hemicrania neuroparalyHca ou angio-paralytica.
A la fin de l'accès de la migraine, le resserrement des vaisseaux des diverses parties du corps (en exceptant la région de la tôte où siège la céphalalgie), ferait place à une dilatation, et il y aurait alors, par suite, uneaugmen tation des sécrétions salivaire (3), urinaire, biliaire; on observerait de la pléthore des oignes abdominaux et de la tendance au catarrhe trachéo-bronchiquo. La ré-
(i) Hermann et Escher (Pflûgrer*s ArchW, 1870, p. 3).
(2) Landois (CentralbUtt, 1865, n« 44; 1867, n» 10).
(3) Voyei : 0. Berger. Zur Pathogeneseder Hemicratne (Virchow's Archi?, LiX, p. 315-340. — Anal, in Gentralblatt..., 1874, p. 488). — Le sujel de la troisièaie observation relatée par rauteor rendait, dans chaque accès,
UftO V1N6T-SEPTIÈMB LEÇON.
pétition de ce catarrhe pourrait donner lieu à de l'emphysème.
L'hypothèse de M. Du Bois-Reymond et celle de M. Mo. lendorff, c'est-à-dire les théories de la migraine que nous pouvons désigner sous le nom de théories vaso-motrices (1), ont servi de guides à la thérapeutique. M. Du Bois-Reymond a proposé d'employer des moyens topiques appliqués sur la région cilio-spinale. M. Bernatzik, d'après MM. Eulenbui^ et Guttmann, à Touvrage desquels nous anpointons ces indications, a essayé l'effet de la caféioe et de la quinine, à cause de l'action constrictive que ces substances pourraient exercer sur les vaisseaux. Cette action, dans les cas analogues à celui qu'a décrit M. Du Bois-Reymond, ne s'exercerait que daus la période consécutive de la migraine : elle se produirait, au contraire, dans la première période des accès, lorsqu'il s'agit de cas analogues à ceux que M. MôUendorff a eus en vue. MM. Eulenburg et Gutlmann disent avoir retiré de bons efif^ts de la quinine donnée à un enfant qui avait des accès quotidiens de migraine du côté gauche. C'est là, du reste, un médicament qui a été essayé, comme vous le savez, dans le traitement de la migraine, bien avant que Ton
environ 2 litres de nlive filaote. M. Berg^er attribue cette hypercrinie à nme excitation des fibres sécrétoires fournies par le sympathique cervical aux ^tand.» saliTaires. L'exagération de la sécrétion salÎTaire avait lieu dorant Taccèf même, et il y avait en même temps une tendance à réphidrose, da côié droit
de la Aice.
(1) Les médecins qui ont admis ces théories supposent que la cause pale de la tendance de la migraine à disparaître chcx les individus qoi eu âge, consiste dans les changements qu'éprouvent les tuniques vascalsire». La contractilité de la tunique moyenne s'affaiblirait progressivement, et les troubles de Tionervation vaso-motrice ne détermineraient plut, à partir d'aa certain âge, les mêmes modifications des vaisseaux que dans la jennesse •
UIGRAINB. 6jl
songeât à attribuer cette affection à des troubles vaso- Qioteui*s de la tète, et qui a donné d'excellents résultats dans un certain nombre de cas.
Les mêmes idées théoriques ont conduit à employer l'extrait aqueux de seigle ergoté (P. Vogt, Woakes).
D'autre part, M. Richardson, guidé par l'hypothèse de M. Du Bois-Reymond, a fait usage du nitrite d'amyle, et il a été imité par MM. Lauder-Brunton, Berger, Yogel, Holst. Le nitrite d'amyle, suivant certains expérimentateurs, aurait une influence paralysante sur les vaisseaux.
On a été jusqu'à proposer remploi de l'oxyde de carbone (Â. Meyer), sans qu*il soit bien possible de comprendre à quelle indication on cherchait à répondre ainsi.
L'électricité a été aussi essayée ; on a employé surtout les courants continus, en appliquant les électrodes sur le trajet du cordon cervical sympathique, ou en plaçant l'un des excitateurs au niveau du ganglion cervical supérieur (Benedikt, Moriz Rosenthal, Holst) (1).
Ces théories de la migraine sont^lles admissibles ? Il est indubitable que, dans un bon nombre de cas, il y a des troubles fonctionnels du grand sympathique cervical. On observe un resserrement, ou plus souvent une dilatation de la pupille : on constate une congestion de la conjonctive, parfois avec gonflement des paupières correspondantes ; une rougeur ou une pâleur de la joue du même côté. Mais ces troubles morbides ne se manifestent que dans les cas, d'ailleurs nombreux, où la migraine occupe les régions
(1) U. Hobt. Ueber dos Wesen der Hemicranie und ihre electrotherapeuiische Behandiung nach der polaren Methoden (Dorpat med. Zeitscbrilt, 11^ Heft IV, p. 261-288. — Anal in CcntralblaU..., 1874, p. 280. — "Voir auaûO. Berger, toe. cU,
▼ULPUV* lU — Ai
(Îft2 Vingt-septième leçon.
Ironlale elorbitaire; et dans ces cas, ils ne sout même pas constants. 11 est donc impossible de tenir pour satisfaisaDte une théorie de la migraine, ayant pour base Thypothèse d'une perturbation primitive et cousiante des foucUoos du grand sympathique cervical. Tout au moins, pour rendit; cette théorie à peu près vraisemblable, devrait-on admettre que les fibres vaso-motrices de cette partie du sympathique ne sont pas toujours toutes afTectées. Chez cerlaîus malades, les Gbres destinées aux parties superficielles de U tète seraient souffrantes, en même temps que celles qui se distribuent aux vaisseaux des parties profondes; chez d'autres malades, ces dernières fibres seraient seules atteintes. El encore, même ainsi présentée, Thypothèse eo question ne me paraît pas acceptable.
On ne tient pas assez compte, dans ces essais dexplication, de conditions qui jouent souvent un grand rôle dans la pathogénie des accès de migraine, à savoir : de Tétai df Testomac (1) ou, chez les femmes, des phénomènes dout Tappareil génital est le siège, au moment de la menstruation. Si donc la migraine était due à des modifîcation> fonctionnelles de la partie cervicale du grand sympathique, ces modifications seraient fréquemment secondaires. Elk^ sont même précédées incontestablement par un état de souffrance de certaines parties du système nerveux; peutêtre, dans un bon nombre de cas, par nue névralgie spt^ciale de la branche ophthalmique de Willis. Quant au mécanisme par lequel survient celte souffrance nerveux'
(1) D'après le docteur Niemeyer, la migraine serait sons la d*UDe congestion du foie, reTenant périodiquement, ou délenniaée psr ét% causes spéciales (Deufsche Kliiiik, n* 28. — Anal, in Union médie., 2> (^^> tobre 1855). Le docteur Allbuth attribue la migraine i des détordras iMc> tionnels du foie at de Testomac (Anal, m London OMdîe. Racicd« 187), p. iiZ)i
MIGRAINE. 6/ld
primitive, il nous échappe tout à fait. Si je ne me trompe, la céphalalgie initiale de la migraine n'est due, dans aucun cas, à des troubles vaso-moteurs. Aucun médecin, ayant eu des accès de vraie migraine, ne pourra admettre une pareille hypothèse, quelle que soit rautorité du physicienphysiologiste qui Ta émise.
Les effets heureux qui ont été obtenus à Taide des traitements inspirés par les théories vaso-motrices n'ont aucune valeur démonstrative. Il faut dire d'abord que les propriétés qu'on a attribuées aux divers moyens employés, sont loin d*ètre prouvées. L'action soit vaso-constrictive, soit vaso-dilatatrice, qu'exerceraient ces moyens, au dire des médecins qui les ont prônés, est très-douteuse ; et, dans de telles conditions, il est difScile de formuler, à l'aide des résultats thérapeutiques, des conclusions relatives à la palh(^énie de la migraine. Le nombre des médications essayées pour le traitement de la migraine est considérable, et l'on sait que si chacune de ces médications a réussi dans certains cas, elles comptent toutes de nombreux revers. On a fait cesser des accès de migraine à l'aide de la paullinia^ de la monesia, du café^ du thé^ du bromure dépotas-' sinm, du sulfate de quinine^ de Yacide arscmeuXj de Xeucahjptus ylobulus^ du chloroforme^ de Véther sulfurique^ du ^ cmnphre^ du chanvre indien (1), du croton-chloral^ de la valériane et des valérianates^ des applications A'eau froide ou de solution aqueuse de cyanure de potassium sur le front, etc., etc.; on a obtenu aussi la guérison de l'accès par un vomitif. Dans un bon nombre de cas, tous les moyens sont absolument inefficaces.
fi) Williams. On Cunahis Indien U Mifjraine (Anal; in London medioil Ui:corJ, lo73, 2 juillet;.
6h^ VINGT-SfiPTIÉllE LF.ÇON.
Le coup d'œîl que nous venons de jeter sur les théories des aateurs qui ont voulu attribuer la migraine à des troubles vaso-moteurs nous conduit donc à conclure que ces théories sont insuffisantes ou même inexactes. La pttbof^nie de cette affection reste aussi ot»curet il convient de l'avouer, quelle Tétait avant qu'on eût fait ces teola* lîves dVxplicatîoo.
Du rô!e de Tappareil ncryeux Taso-ir.oteur dans la cachexie exophthalmtqtte^ — Examen critique de Thypothèie diaprés laquelle les principaux phénomènes de cette affection dépendraient d'une lésion ou d'un trouble fonctionnel de la partie cervicale du grand sympathiqne.
Influence des substances toxiques et médicamenteuseï sur l'appareil Tasorootcur. — Action physiologique du curare. — Immunité relative des nerds vaso-moteurs, par rapport à l'action du curare. — Les nerfs vaso-dilatateurs échappent^ jusqu'à un certain point, comme les nerfe vaso-constricteurs, à l'influence de cet agent.
Action de la strychnine sur l'appareil vaso-moteur. — Influence de la strychnine sur la température profonde, chex les mammifères. — La -pression sanguine intra-artérielle s'élève sous l'influence de la strychnine. — Mécanisme de cette augmentation de la pression intra-artérielle. — État des centres nerveux chex les animaux strychnisés. — Les effets de la strychnine ne sont pas dus à l'action de cette substance sur Tappareil vaso-moteur.
Avant de passer à Tétude de l'action des substances toxiques et médicamenteuses sur l'appareil vaso-moteur, je veux vous dire encore quelques roots de deux affections que l'on a attribuées k des troubles fonctionnels de cet appareil, c'est-à-dire de la cachexie exophthalmique et de V angine de poitrine.
La cachexie exophthalmique n'est bien connue que depuis une trentaine d années ; jusque-là, les symptômes, si caractéristiques pourtant, par lesquels se révèle cette affection, n'avaient pas frappé l'attention. C'est Basedow, en «840 (1) et en 18û8, et Graves en 1843 (2), tjui ont
(1) Basedow. Exophthalmos durch Hypertrophie des Zeugevxbes in der Augenhôhle (Casper's Wocbenschrift , 1840. — Indication donnée pur M. Charcot).
(2) Grades. On ciinical Medicine, Dublin, 1843, p. 674. — Indication (tonnée par M. Charcot.
6&6 VINGT-nCITliME LEÇON.
tracé les premiers un tableau complet de cette maladie : on la nomme aussi, à cause de cela, vous le savez^ maladie de Basedow ou maladie de Graves. On pourrait, il est vrai, la désigner, à très-juste titre, sous le nom de maladie de Parry^ car Parry, ainsi que cela a été rappelé par M. Charcot (i), et plus récemment par M. Warbarton Begbie, avait déjà, dès 1825, rapporté huit cas de cette affection, sous le nom de : Enlargement of ihe Tkyroid Gland in Connection with Enlargement or Palpiiaùon of ihe Heart. Parry n'avait observé rexophthalmie que dans un seul de ces cas (2).
La cachexie exophtbalmique, appelée aussi ^oftlre «jnopAthalmique, est caractérisée, dans son développement complet, par trois symptômes principaux : 1* des palpitations du cœur et des artères, avec ou sans hypertrophie cardiaque ; 2* un gonflement permanent et plus ou moins considérable du corps thyroïde ; 3"* enGn, une exophthalmie plus ou moins marquée. Il y a d'ailleurs, en même temps, chez la plupart des malades, des troubles plus ou moins prononcés de l'état général ou des diverses fonctions : amaigrissement, aflaiblissement, chaleur des t^uients, tendance à la sueur, dyspepsie, soif, anémie, dyspnée, etc.
D'ordinaire, ce sont les palpitations qui apparaissent en premier lieu. Quelquefois c'est le gonflement du corps thyroïde qui se produit tout d'abord ; l'exophlbalmie est bien plus rarement le premier symptôme. Ces trois états morbides ne se rencontrent pas nécessairement ensemble chez le 'même malade, bien que leur coexistence soit h
(1) Cbarcot. Mémoire sur une affeeiiwe earaetériiée par cfe» paipilùhoms da cantr et des etrtèreSy la tuméfaction de la glande thyrtdde et wte damble rxo^Â • thalmie (llém. de la Soc. de biol., 1856, p. 43 et wiiT.).
(2) C. Parry. Collections from the unpublùthed Ued, Writm^s^ 1825 (citation de M. Chnroot}.
CACHEXIE EXOPHTHALMIQUB. 6&7
règle, à un certain moment de révolution de Taffection. Il peut ne pas y avoir d'exophthalmie ; dans d'autres cas, c*est le goitre qui ast peu apparent ou qui fait complètement défaut*.
Cette affection atteint la femme d'une façon presque exclusive ; on l'observe, toutefois exceptionnellement, chez l'homme et même chez l'enfant.
On a attribué une influence déterminante à la cbloroanémie notée chez la plupart des malades. Il est incontestable que l'on rencontre cet état morbide dans le plus grand nombre des cas. Outre la décoloration plus ou moins accentuée de la peau , outre les troubles habituels de la menstruation, on constate Texistence d'un souffle à la région de la base du cœur : on perçoit, en outre, un souffle continu, avec renforcements, au niveau des vaisseaux du cou, et un autre souffle au niveau du . corps thyroïde tuméûé. On a parlé même d'un bruit du même genre qui s'entendrait dans la cavité orbitaire, lorsqu'on applique le stéthoscope sur Tœil. Mais ce dernier bruit peut s'entendre dans l'état le plus sain ; il ne s'agit pas d'un souffle, mais vraisemblablement d'un bruit rotatoire musculaire.
Cette hypothèse, relative à la pathogénie de la maladie de Diisedow, n'est pourtant pas fondée. En effet, la chloroanémie peut exister pendant longtemps et peut être trèsprofonde, sans être accompagnée d'intumescence du corps thyroïde, d'exophthalmie, de violentes palpitations car^ diaques et artérielles. D'autre part, lorsqu'on étudie les données relatives à l'ordre du dévelo{)pement des phénomènes morbides, on voit que, le plus souvent, l'anémie a été secondaire. Enfln, j'ajoute que cette maladie peut prendre naissance chez de$ sujets pléthoriques.
6A8 VINGT-HUmiMK LEQOlf.
Od ne peut pas Don plus adopter la manière de voir de Stokes, qui rattachait tous les phénomènes morbides à une affection initiale du cœur, à une forme spéciale de névrose cardiaque ; car l'observation quotidienne nous démontre que les affections du cœur ne produisent ni gonflement da corps thyroïde, ni exophthalmie comparable à celle qui fait partie de la triade pathologique de la maladie de Basedow.
La théorie qui attribue le développement de la cachexie exophthalmique à une affection du système nerveux a-t-€)le plus de valeur?
Koeben, le premier, émit l'idée que le grand sympathique devait être lésé dans cette maladie (i), ou du moins il supposa que Texophtbalmie était due à la pression exercée sur le sympathique cervical par le gottre. Mais cette hypothèse avait contre elle un fait absolument décisif. C'est * que les goitres les plus volumineux peuvent exister sans qu'il y ait la moindre saillie anormale des yeux. D'autre part, le degré de l'exophthalmie, même dans la maladif de Basedow, n'est pas dans un rapport constant avec Tauj:mentation de volume du corps thyroïde.
M. Gharcot avait fait allusion, dans son mémoire» à la possibilité d'un trouble vaso-moteur comme cause des principaux phénomènes de la cachexie exophthalmique. ou au moina comme cause des palpitations artéridles. Aran, prenant pour point de départ l'ensemble des recherches faites sur la physiologie du grand sympathique. se crut aussi en droit d'attribuer les symptômes caFactêristiques de cette maladie à un trouble fonctionnel de cett^ partie du système nerveux (2). Depuis lors, cette hvpo-
(1) Koeben. De Exophthaimo ac struma cum cordis afftctHme (Dmttt inaug. Berlin, 1855).
(2; Iran. De la nature et du traitement de taffeetion connue fom k nom éi
CACHEXIE EXOPHTHALMIQUB. 6/i9
thèse a fait fortune, et on voit qu'elle a été admise et développée par plusieurs des auteurs qui ont étudié la maladie de Basedow.
Mais, quelque séduisante que soit cette hypothèse, des difficultés sérieuses se présentent, lorsqu'on cherche à la formuler d'une façon précise. Il ne suffit pas, en effet, de mettre en cause le grand sympathique ; il faut savoir si les divers phénomènes de la cachexie exophthalmique peuvent s'expliquer par des troubles fonctionnels de ce système. Or, dès qu'on y réfléchit, on voit qu'il est impossible de rattacher ces phénomènes à un seul et même état morbide du grand sympathique, c'est-à-dire à une paralysie ou à une excitation de ce système nerveux. S'il y a un symptôme, l'exophthalmie, dont on peut rendre compte en admettant une excitation du cordon cervical du grand sympathique, il en est un autre, la dilatation des vaisseaux du cou et du corps thyroïde qui parait indiquer Texistence d'une paralysie de ce même cordon. Il faut, de toute nécessité, supposer la coexistence de ces deux états morbides opposés, si l'on adopte l'hypothèse qui attribue les phénomènes principaux de la maladie à une perturbation fonctionnelle du grand sympathique.
En réalité, il n'y a pas d'impossibilité radicale dans cette supposition. Les expériences de M. Cl. Bernard ont démontré que le cordon cervical contient deux ordres de fibres, distinctes au point de vue de la physiologie : les fibres oculo-pupillaires et les fibres vaso-motrices. Ces fibres, comme je Tai rappelé ailleurs, n'ont pas la même origine médullaire, et elles sortent de la moelle épinière
goitre exophthalmique (léance de rAcadémie de médecine, d déc. 1860 ; Gai. Ilebdam., 1860, p. 795 et siiiv.).
650 VinGT-HUITIÈMB LBÇOlf.
par des racines différentes. Les fibres oculo-pupillaires se trouvent dans les racines antérieures des deux premiers nerfs dorsaux ; les fibres vaso-motrices proviennent surtout du troisième nerf dorsal. On conçoit donc théoriquement que ces deux parties du cordon cervical puissent être affectées d'une façon inverse, les unes étant excitées et les autres étant paralysées.
Si cette hypothèse était fondée, on expliquerait donc rexopbthalmie, dans la maladie de Basedow, comme Tavail fait Âran, par une excitation morbide des fibres sympathiques qui vont animer le muscle de H. Millier : rœil serait poussé de dedans en dehors par la contraction de ce muscle, comme dans les expériences où Ton soumet, chez un animal, le cordon cervical du grand sympathique à Taction d'un courant faradique d*une certaine intensité.
Les vaisseaux se dilateraient sous l'influence d'une paralysie des fibres vaso-motrices contenues dans le cordou cervical du grand sympathique : la dilatation paralytique des vaisseaux aurait lieu surtout dans le corps thyroïde.
Quant au cœur, ses mouvements violents et précipités s'expliqueraient par une excitation des fibres que legrmnd sympathique envoie aux ganglions cardiaques, et surtout do celles qui forment les nerfs, accélérateurs du cœur.
Eh bien, a franchement parler, tout cet échafaudage est bien peu solide. Pouvons-nous admettre, sans hésiter, qu'une double lésion se forme dans tous les cas de maladie de Basedow : une lésion irritative et une lésion paralysante, et que ces états morbides si différents vont se développer cdte à côte, pour ainsi dire, dans les ganglions du grand sympathique, ou dans la région cervico-dorsale de h moelle épinjère? Quelles conditions pourrait-on imaginer pour rendre compte d'une pareille singularité palholo-
CACHKXIE F.XOÎ'HTIIALMIQUB. 651
gique(I)? Mais acceptons, pour un instant, cette étrange conceplion. Peut-on expliquer ainsi tous les phénomènes de la maladie?
L'exophthalmie, dans la maladie de Basedow, peut être exlrèniement prononcée, beaucoup plus considérable que celle que pourrait produire une excitation du cordon cervical du grand sympathique. Je ne parle pas de la diflSculté de comprendre une irritation du grand sympathique, persistant pendant des semaines et des mois. Nous ne pouvons pas afCrmer qu^il ne puisse pas en être ainsi. Pour ce qui concerneledegréderexophthalmiejesaisbien qu'on peut alléguer que, outre la contraction du muscle orbito-ocuiaire de Millier, il peut y avoir une dilatation considérable des vaisseaux rétro-octilaires, dilatation qui peut contribuer à pousser l'œil hors de l'orbite. Disons toutefois qu'il y a bien certainement autre chose. On a trouvé, en effet, dans des cas où l'exophthalmie avait duré longtemps, une augmentation de la graisse dans l'orbite. Je ne parle pas de Texistence d'un œdème rétro-oculaire. Si M. Boddaert a vu, dans les expériences qu'il Faisait sur des lapins, la ligature des veines jugulaires, surtout lorsque les cordons cervicaux du grand sympathique étaient liés en même temps, déterminer de l'œdème de la tète, un gonflement des glandes thyroïdes et une saillie anormale des yeux, je ne
(1) S'il était prouvé que d«i fibrei Taso-dilaUtrices existent dans toutes les réglons du corps, on pourrait imagioer une théorie plus satisfaisante. En effet, les phénomènes principaux de la cachexie exophthalniique pourraient être otlribués a une irritation du système nerveux. 1^ saillie anormale des yeux •^expliquerait par une irritation des fibres destinées aux muscles de Mûller ; la dilatation des artères, par une irritation des fibres dilatatrices destinées & ces vaisseaux. Mais, ainsi que je Tai dit, on n'est pas en droit, jusqu'à présent, d'admettre l'existence des fibres Taso-dilatatrices dans toutes les régions du corps, et l'hypothèse que nous venons d'indiquer n'a, par coniéquent, aucun ^>ntieu, '
yefsst fst^ »{.«> c» nésahils apérimeotaux jettent la nhjîiidre Ijmi^f? sur h pothcçênîe du gottre exophthalinî«|iie (l^'.
Une antre remarque, qoe d-jpos devons bire à propos de rexophthalmie de b maladie de Basedow» c'est que Ton ne constate une dilatation coocomitante de la pupille que dans certains cas. Comment comprendre que ce phénomène morbide ne se rencontre pas plus souvent 7 Dans les cas où il fait défaut, il faut Jonc supposer que les fibres sympathiques destinées au muscle de H. Mûller sont irritées, tandis que les fibres sympathiques qui animent les fibres musculaires rayonnantes de Tiris resteraient dans leur état d'activité tonique normale !
Dans certains cas, rares à la vérité,* on a observé un certain degré de congestion inflammatoire de la conjonctive et même des ulcérations de la cornée. Si l'on peut, à la rigueur, expliquer ces phénomènes morbides par des lisions supposées du grand sympathique cervical ou des centres nerveux qui lui donnent naissance, il faut bien dife que Texplication la moins contestable serait fournie par rhypothèse d'une altération fonctionnelle du nerf trijumeau.
Et rhypertrophie du corps thyroïde, la supposition d*un trouble fonctionnel du grand sympathique cervical en rend-elle un compte suffisant? Je pourrais invoquer, à l'appui de cette explication, les résultats que j'ai constatés plusieurs fois sur des chiens, à la suite de la section du nerf vague au milieu du cou. On a trouvé, dans ces cas, une augmentation très-notable du corps thyroïde du ctAé correspondant. Mais ce résultat n'a point eu lieu dans cer-
(ly Boddacrt. Notes *wr la pathogénie du goitre rrufJtiKnlmique (SockU Mnl. do Cfnnd, 1872).
cachexie; i£XOphthalmique. 653
taines expériences faites de mème^ et, par conséquent, on peut conserver des doutes sur la significatiou des faits dans lesquels ou a vu le corps thyroïde s'hypertrophier, à la suite de la section du nerf vague. D'ailleurs, il eût fallu, sur des aniofiaux chez lesquels le nerf pneumogastrique n'est pas accolé intimement au cordon cervical du sympathique, constater le même effet à la suite de la section isolée de ce cordon.
Quant au cœur, il est possible que ses palpitations dépendent d'une excitation des nerfs accélérateurs cardiaques. Mais le trouble des mouvements de cet organe a, ce me semble, une analogie plus grande avec celui que produit la section des nerfs vagues qu'avec celui auquel donne naissance la faradisation des nerfs accélérateurs.
Ou voit donc que 1* hypothèse qui attribue les principaux phénomènes de la maladie de Basedow à une altération fonctionnelle de la partie cervicale du grand sympathique, ou des centres qui lui donnent naissance, est loin d'être entièrement satisfaisante. Il faut dire cependant que, dans quelques cas, on a\rouvé, à l'autopsie, des lésions du sympathique. MM. Eulenburg et Gultmann ont coUigé huit cas dans lesquels la nécroscopie aurait démontré Texislence de lésions siégeant soit dans le cordon cervical, soit dans des ganglions du grand sympathique. Le premier de ces cas a été publié par M. Peter (1) et se trouve reproduit dans la Clinique de Trousseau. Il s'agit surtout, dans ces observations, d'une multiplication du tissu interstitiel des ganglions cervicaux, principalement de l'inférieur.
Dans quatre faits, au contraire, l'autopsie, pratiquée aussi avec soiu, n'aurait révélé aucune altération du
(1) M. Peter. Notes pour servir à V histoire du goitre exophiftalmique (Gax. Hebdom., 1864» p. iSO}.
6o& VINGT-HtlTlÙlb LEÇOM.
oordoo cervical et des ganjçlions avec lesquels il entre en rapport. Dans im de ces cas, publié par MM. Fournier etOUivîer(l)^ Texamen du grand sympathique a été fait par H. Ranvier et n'a fourni que des résultats absolument négatib.
MM. Eulenbui^ et Gnttoiann disent bien que ces derniers faits ne sauraient avoir la même valeur que les précédents, parce que des troubles fonctionnek peuvent exister dans le domaine du grand sympathique comme dans les antres départements des centres nerveux, sans qu*il y ait la moindre lésion reconnaissable. Alais c'est la une raisoi dilatoire à laquelle il est permis aussi de n'attribuer qu'une valeur relative. Si Ton pouvait ex* pliquer aisément les différents symptômes de la maladie de Basedow, en les attribuant à des lésions ou k des troubles fonclionnels du grand sympathique, on pourrait faire assez bon marché des autopsies négatives ; mais il n*en est pas ainsi, ou du moins on rencontre des dilficultes assez grandes pour construire, sur cette hypothèse, une théorie qui ne soit pas incohérenter On est donc autorisé à se montrer quelque peu sceptique et à tenir compte des faits dans lesquels on n'a trouvé aucune lésion du grand sympathique. On est d'autant plus en droit de le faire, qu'en somme, les lésions constatées dans les cas ou l'on a signalé des altérations du grand sympathique sont le plus souvent assez discutables. Il s'agit, en effet, presque toujours, d'épaississemenl du tissu interstitiel des ganglions et des cordons du grand sympathique ; or, on peut dire que la structure normale de ces parties du système nerveux
(i) Fournier et Ollivier. Soie tw un cas de goUre exophthalmtym^^ par d$s gamgt'énet muiitpiet (Uoioo Méd., iS68, p. 90 et auiv.).
CACHëXIK EXol'llTUALMIQUE. 655
et les variations qu'il peut présenter ne sont pas .assez connues, pour que les caractères assignés aux lésions en question puissent être regardés comme inconte^ilablemenl morbides.
On a allégué aussi, à Tappui de l'hypothèse qui fait dé|)endre la cachexie exophthalmique d'un trouble fonctionnel du grand sympathique, les résultats de Télectrisation des cordons cervicaux de ce système nerveux. On aurait, dit-on, obtenu de bons effets en soumettant ces cordons à des courants galvaniques continus.
Mais 1 amélioration obtenue dans les cas dont il s'agit était-elle bien due à l'élcctrisation des cordons cervicaux du grand sympathique? Sait-on réellement ce qu'on électnse quand on place les deux rhéophores d'une batterie galvanique en contact avec la peau, sur le trajet des cordons cervicaux du grand sympathique, ou au niveau des ganglions cervicaux supérieurs? Il sufût de se représenter les diverses couches de tissu qui existent entre la peau et ces parties du grand sympathique, pour comprendre que Taction d*un courant galvanique sur ces parties ne peut être qu'incertaine et très-faible. Qu'observe-t-on d'ailleurs dans ces conditions? Le plus souvent il y a une dilatation de la pupille, mais cette dilatation est très-peu marquée. Il est impossible de savoir si cet effet tient à une excitation directe du sympathique, ou si elle n'est pas produite par action réflexe, comme celle que déterminerait l'irritation de toute autre région du corps. L'action sur les vaisseaux de la conjonctive et sur ceux du fond de Tœil est encore plus inconstante et d'une signification tout aussi indécise.
M. Onimus a communiqué à la Société de biologie des expériences desquelles il résulterait que Télectrisation (par des tx)urauts continus), faite au niveau du ganglion cer«
656 VINGT-HUITIÈME LEÇOff.
vical supérieur, aurait pour effet de produire d'abord un léger mouvement de coutraction des vaisseaux de la rétine, puis une dilatation de ces vaisseaux, avec fréquence plus grande de leurs mouvements normaux de dilatation et de resserrement (1). Il est difficile de croire, je le répèle, qu'on puisse faire pénétrer un courant, au travers des tissus, jusqu'au ganglion cervical supérieur, sans qu il y ait diffusion dans tous ces tissus, et il n'est pas certain que le résultat observé soit bien dû à l'action du courant sur ce ganglion si profondément situé. 11 eùl fallu examiner si la galvanisation, portant sur un autre point que celui qui correspond au lieu où se trouve le ganglion, n'aurait pas déterminé des effets du inéme genre. Rien ne prouve que la dilatation vasculaire observée par M. Ouimus n'ait pas été un phénomène réflexe, analogue aux dilatations des vaisseaux de l'oreille qu'on provoque, chez le lapin, en électrisant une région sensible quelconque du corps (2) .
On pourrait, pour chercher à prouver que l'on peut électriser le cordon cervical du grand sympathique, au travers des tissus qui le recouvrent* invoquer les effets constatés par M. Meyer. Ce médecin a observé une augmentation de la sueur, sous l'influence de la galvanisation du sympathique cervical (3). Mais ce phénomène ne se manifeste pas dans les régions innervées par cette partie
(1) Onimuf . EffeU de Vélectrisatùm du ganglion cervical supériewr mr k circulation intra-oculaire (Comptes rendus de la Soc. de bioL, 1873, p. S8S}.
(2) G*est d'ailleurs ce qu'on observe aussi sur les vaisseaux du fond de i'srd. lorsqu'on faradise la peau avec un courant énergique, ou lonqu*oB toamti à ce genre d'excitation le bout supérieur d*nn nerf mixte coopé (le mK sdatique, par exemple).
(3) M. Meyer. Ueber Galvanisation des sgmpathicus bei der AosarlDcvdka KratMeit (ciUtion de MM. £ulenburg et GutUnann, loe, cil., p. 61 el ^ §5).
GÂCIIEXiE EXOl'UTUALMiQUE. 657
du sympathique. Cest au niveau du bras et de la main que l'on constate une élévation de la température et une augmentation notable de la sueur, lorsqu'on place le ca^ tkode au niveau du ganglion cervical supérieur et Vanoae au niveau de Tapopbyse transverse de la septième vertèbre cervicale. Et encore cet effet n'est-il pas constant, car on a vu aussi un résultat inverse se produire (1). Lorsqu'on observe de l'augmentation de la chaleur et de la sueur dans ces conditions, il convient de s'assurer si l'effet est borné au bras du côté correspondant à la région électrisée. J'en dirai autant des cas dans lesquels M. Maurice Raynaud a vu une sécrétion abondante de sueur se produire dans les régions axillaires, chez des individus sur lesquels il pratiquait une électrisation de la région de la colonne vertébrale, à l'aide de courants continus (le pôle positif placé sur la septième vertèbre cervicale, le pôle négatif sur la région lombaire) (2). L'hypersécrétion durait pendant tout le temps du passage du courant. Il est bien possible que cette exagération de la sécrétion sudorale ait lieu sous riufluence de la sensation spéciale produite par le passage du courant et qu'elle prenne naissance dans toutes les régions où se montre facilement, dans d'autres conditions, une sueur plus ou moins abondante^ C'est du moins ce que j'ai constaté sur des malades chez lesquels on pratiquait une faradisation du thorax ou des lombes, dans des cas des douleurs pleurody niques ou lombaires. Des sueurs, souvent abondantes, se manifestaient dans les régions axillaires, dans les mains, sur le front.
D'ailleurs, pour en revenir à la maladie de Basedow, ces
(1) Nitzeinadel. Uebernervose Hyper idrosis und Anidrosù (Inaug^ur. Diss., lena^ 1867. — Citation de MM. Enlenburg et Guitmann, loc. ciL^ p. 65). .
(2) M. Raynaud (ArehiTes de Méd., 1874, p. i3}.
vulpiàm. 11. — A2
658 TINGT-HUITIÉIIH LEÇOX.
derniers résultats de la faradisation du sympathique ceryical ne peuvent en rien élucider fat pathogénie de celte affection.
En résumé, je crois que Ton n'a pas encore prouvé que la cachexie exophthalmique ait pour cause réelle une altération des fonctions du grand sympathique cervical. Il faudrait, pour que cette hypothèse eût une base solide, qu'on eût pu reproduire chez les animaux quei(|ue chose d'analogue à cette affection, en soumettant le grand sj-mpatbique à des lésions expérimentales. Or, il n'en est rien. Pour ne parler que de la dilatation et des palpitations dt^ vaisseaux du cou, ni Tahlalion des premiers ganglions thoraciques et du ganglion cervical inférieur, ni l'avulsioQ ou l'excision du ganglion cervical supérieur, ne déterminent des dilatations et des palpitations artérielles comparables à celles que Ton constate dans la mabdie de Basedow. Les dilatations vasculaires qui se manifestent à la suite de ces vivisections, ne sont même pa< persistantes, et, après un temps plus ou moins long, elle> peuvent être remplacées par un rétrécissement des vaisseaux. Peut-être la destruction de tous les ganglions vasomoteurs périphériques, si elle pouvait être faite» donoerait-elle lieu à des dilatations vasculaires aussi considérabx's que celles qu'on observe dans cette maladie. Mais aHte destruction, on le conçoit, est impossible à exécuter; a, quand même cette opéiation serait possibib, 1% dilatali*. d vasculaire ainsi provoquée n'aurait sans doute pas encon; une durée très-prolongée, et ne pourrait pas, par coom*queut, être rapprochée, sous ce rapport, de celle q^ forme l'un des symptômes principaux de la malulie de Basedow.
ACTION VJS8 POlSONd SUR L^PPABBIL VASO-MOTEUR. 659
Si le temps me le permettait, je chercherais à vous montrer combien sont hasardées aussi les opinions des auteurs qui ont voulu expliquer V angine de poitrine^ au moins dans certains cas, par des troubles vaso-moteurs. Les difficultés sont bien plus grandes encore ici que pour la maladie de Basedov^, et si le grand sympathique est affecté dans Tangine de poitrine, il me paraît hors de doute que ce n'est pas Taltéralion fonctionnelle des fibres vaso^ motrices, contenues dans les nerfs de ce système^ qui est surtout en cause (1).
Nous devrions peut-être étendre ces études de patbo^ logie et passer en revue toutes les affections dans lesquelles on a fait jouer un rôle aux lésions fonctionnelles de Tappareil vaso-moteur; mais le temps nous presse, et il me semble suffisant d'avoir fait un examen un peu détaillé d'un ou deux types de ce genre d'affections. J'ai pu vous montrer ainsi, — et c'est le but que je me proposais, ^-^ toutes les incertitudes des applications que Ton a voulu faire des données de la physiologie des nerfs vaso-moteui's à rîntorprétation de la palhogénie et de la symptomatologîe de ces affections : je crois avoir réussi, de cette façon, à vous mettre eh garde contre les prétentions dTes médecins qui construisent, avec une bâte regrettable, des théories sans bases suffisantes.
Je dois aborder maintenant la dernière des questioniï que j'ai voulu examiner dans ce cours, à savoir celle qui concerne l'influence des substances médicamenteuses et
(1) Voir Euienbttrg et Gattmann^ Ioq. ciY., p. 102-123}
C60 VINGT-HCITIÈME LEÇON.
toxiques sur l'appareil vaso-moteur. Je ue pourrai pas être complet non plus dans cette partie de nos études : je me bornerai à vous exposer un résumé des recherches qui ODt été entreprises, dans cette direction, sur Taction de quelques-unes de ces substances. Ici cucore, les connaissances que nous avons acquises sur la physiol(^e de l'apparei! vaso-moteur vont nous être de la plus grande utilité.
Je vous parlerai d'abord du curare. Je vous en ai dit déjà quelques mots; mais il est nécessaire d'in^ster, d*uoe façon spéciale, sur l'action qu'exerce celte substance sur les nerfs vaso-moteurs.
Le curare, on le sait depuis les recherches de M. Q. Bernard sur cette substance, paralyse les nerfs moteurs qui sont en connexion avec des muscles à fibres striées. Il n'agit pas sur les nerfs sensitifs; ou, du moins, il n'abolit pas leurs fonctions. Les expériences de M. Cl. Bernard, de M. Kôlliker, les miennes et bien d'autres, ont mis œ fait hors de doute. Quand on sectionne» sur une grenouille, le prolongement postérieur de la colonne vertébrale ainsi que les os coxaux, et quand on lie ensuite, au niveau de ces os sectionnés, tous les tissus de la partie postérieure du corps, à l'exception des nerfs lombaires, on supprime toute circulation dans - les deux membres postérieurs. Si Ton empoisonne alors l'animal, en introduisant une petite quantité de solution de curare sous la peau d'un des membres antérieurs, toute la partie antérieure du corps subira les effets de la substance toxique, tandis que les membres postérieurs seront entièrement préservés de ces effets. Or, lorsque la curarisation de la région antérieure du corps est complète, lorsque cette r^on est entièrement en paralysie flaccide, si Ton irrite un point de
ACTIOfT DU CURARE SUR L* APPAREIL VASO-MOTEUR' 661
la tèle, du dos, d'un des membres antérieurs, aucune contraction n'aura lieu dans ces parties, tandis qu'on verra des mouvements plus ou moins vifs et étendus se produire dans les membres postérieurs. On pourra rendre ces mouvements encore plus brusques et plus considérables, en faisant absorber à l'animal, par introduction sous la peau des parties antérieures du corps, une petite quantité de sel soluble de strychnine. La sensibilité persiste donc dans les parties antérieures du corps de cette grenouille, bien qu'elles aient perdu toute espèce de motilité, et bien que l'excitation directe de leurs nerfs moteurs (nerfs brachiaux, par exemple) ne détermine plus aucune contraction dans les muscles correspondants.
Le curare, qui abolit la motilité volontaire, n'annule donc pas la sensibilité, du moins à dose toxique ordinaire.
L'un des premiers, j'ai mis en évidence l'immunité relative dont jouissent les fibres cardiaques du nerf vague (provenant en réalité du nerf accessoire de Willis) et les nerfs sympathiques qui se rendent à des muscles à fibres lisses, chez les animaux soumis à l'action du curare. C'est ainsi que, chez un chien curarisé et dont les nerfs sciatiques n'agissent plus sur les muscles de la jambe, on peut, si l'animal n'a pas absorbé une dcse excessive du poison, produire l'arrêt diastolique du cœur en faradisant les nerfs vagues dans la région cervicale (I) : c'est encore ainsi que cette même faradisation détermine, en excitant le cordon cervical sympathique, uni au pneumogastrique chez le chien, une dilatation de la pupille, un mouve-
(i) On sait, depuis près de vingt ans, qu'il n'en est pas de même pour les filets cardiaques des pncumogpastriques de la grenouille. L'action de ces filets sur le cœur est paralysée, chei cet animal, par Tintoxication cnrarique.
M8 TDPR-minfafB uqûii.
ment d'écarteraoït des paupières a^ec saillie do globe oculaire, une coostriction des vaisseaux des diverses parties de la face et de la tète, da c6té où la faradisatioD est fiûte, etc.
Les Derfc irasiviiioteors participent à cette immunité relative, puisque, comme je TÎeos de le dire, on observe un reaKHrement des Taisseaux de la moitié de la tète, du cèté où Ton Cuadise le cordon cervical sur un animal curarîsé, La démonstration peut être confirmée par ud« autre eipérience : si Ton coupe le nerf sciatique à la partie supérieure de la cuisse, sur un chien curarisé, et si FoQ excise la pulpe d*un des orteils du même côlê, on détermine une hémorrfaagie plus abondante que si le nerf était intact On peut déjà tirer de là )a conclusion que les nûsseaux des orteils ont été paralysés par la section du nerf sciatique. Après avoir constaté la rapidité avec laquelle coule le sang, si on électrise le bout inférieur du nerf sciatique, on voit l'écoulement sanguin se ralentir et quelquefois s^arrèter même complètement. Cet arrêt de rhémor» rbagie dure pendant quelques instants encore après qu*oo a cessé Télectrisation, puis le sang recommence à couler avec autant de rapidité qu*auparavant (I). Les nerfs vaso* constricteurs ont donc conservé leurs aptitudes fonctiounelles chez les animaux curarisés. Le tonus vascukirf* bien qu'un peu affaibli, persiste dans ces conditioas.
(I) rai teit cette opérieace nir des cUcm qiri CMipé hait i dix joan aupumvaat U voakii notricet avuent perds leur motridté, eomne les mn» riaflMoce da tnviil d'iIIdntMMi qui caTtfail les parties sera coopét. Let uûman Maieal en ciafiié* om cMermlMiL L' du bout inférieur du sdatiqne covpé depuis plnfàent Jem, ■*avail action lor rhémorrhagie produile par l*exdmw de la palpe dHn ém pied corretpondaiity on, dn moinSy t*il y avait encorr «■ eCet, fl ment dmiteux.
ACTION DU GURAEE SUR l' APPAREIL VASO-MOTEUR. 66&
Les nevk vaso-dilatateurs conserveut aussi, chez les ani maux curarisés^ leur action physiologique, et cela, même lorsque la curarisation est poussée jusqu'au point d'abolir Tinfluence des ner6 vagues sur le cœur. Après avoir fait, dans la veine crurale d'un chien, vers le cœur, plusieurs injections successives de solution aqueuse de curare, j'ai constaté que la faradisation des nerfs vagues n'arrêtait plus les mouvements du cœur. A ce moment, en faradisant le bout périphérique d'un des nerfs linguaux, on produisait encore une dilatation des vaisseaux de la moitié correspondante de la langue. La face inférieure de cette partie de la langue prenait une teinte rouge, très-différente de celle de la moitié opposée de l'organe, et les vaisseaux superficiels (veineux) contenaient un sang plus rouge que celui des vaisseaux correspondants de l'autre côté. Je dois ajouter que les nerfs vaso-constricteurs n'étaient pas non plus complètement paralysés, car la section du nerf lingual avait produit, par elle seule, une légère dilatation des vaisseaux de la base de la moitié correspondante de la langue, avec coloration moins sombre du sang veineux, et l'électrisalion du bout périphérique de ce nerf ne faisait qu'exagérer considérablement ces modifications circulatoires. L'effet vaso-dilatateur, produit sur la langue par la faradisation du nerf lingual, se manifestait encore sur un chien chez lequel ce même mode d'excitation, appliqué au bout supérieur du nerf vago-sympathique, n'avait plus d'action sur la pupille ni sur les muscles lisses orbito-oculaires.
Mais les nerfs vaso-moteurs n'échappent pas entièrement aux effets toxiques du curare ; leur immunité n'est point absolue. Ce qui le démontre bien, c'est qu'il y a certainement, comme Ta indiqué M. Cl. Bernard, une
aUWkm do petits wsbuol, dès le moment où les neift Bolears de b TÎe animale cessent de pouvoir, sous lldbientt d'oM dotation directe» provoqua des oodtndîoosaiBscnlaires.Onconslite efiectivement un échauffement remarquable de la sorfaoe du corps et surtout des diveises extrémités : orteils, nés, oreilles, etc. En même temps se montre une exagération notable de diflérento sécrétions : larmoiement, ptyalisme, léger degré de diurèse, etc. Ces dÎTcrs phénomtees sont plus ou moins durables ; mais îk ne sont bien accusés que pendant la première pàiode de la curarisation.
On doit se demander si cette élévatiim de la température de la peau et des extrémités du corps, pendant cette périude de l'iatoxication, est le résultat d'un affaiblissement des ner£s vaso-constricteurs, par action directe du poison sur les extrémités périphériques de ces ner6, oo par action sur les centres yaso-moteurs bulbo-médullaires et gaoglioDDaires. Dans ce dernier cas, le curare pourrait déterminer une dilatation des petits vaisseaux des diverses parties du corps, en paralysant jusqu'à un certain degré l'activité tonique de ces centres. Je ne parle pas de la pos* sibilité d'une action du curare sur les nerfs vaso-dilatateurs, parce que, ainsi que j'ai eu plusieurs fois l'oocasioQ de vous le dire, rien ne prouve qu'il y ait des nerfs de ce genre dans tous les points du corps. On ne peut pas fonder une explication générale sur une hypothèse aussi conter table.
Même pour les parties qui sont en relation indiscntable avec des nerfs vaso-dilatateurs, comme la glande sou»maxillaire, ou la langue, il n'est pas certain que la diktation des vaisseaux de ces organes, chez les animaux eurarisés, soit produite par une influence excitatiice* extvxic
]iar la substance toxique sur les fibres vaso-dilatatrices. 11 se peut que, comme pour les autres régions du corps, cette dilatation soit le résultat d'une action paralysante du curare, soit sur les fibres vaso-constrictîves destinées à la langue et à la glande sous-maxillaire, soit sur les ganglions vaso-moteurs et les centres vaso-moteurs bulbo-médullaires.
Le curare détermine, il est vrai, une légère augmentation de la sécrétion de la glande sous-maxillaire, et M. €1. Bernard a prouvé que ce phénomène a pour cause une stimulation des fibres excito-sécrétoires de la corde du tympan. J'ai répété devant vous Texpérience à l'aide de laquelle il a démontré ce fait. Si Ton place un tube dans chacun des deux conduits de Wharton, sur un cbien, et si Ton coupe, d'un seul côté, le nerf lingual uni à la corde du tympan, avant do soumettre l'animal à la curarisation, on voit, au moment où se manifestent les effets de l'intoxication, un écoulement de salive se produire seulement du côté où les nerfs sont intacts. Il y a donc, à ce moment, une excitation du centre d'origine des fibres fournies par la corde du tympan à la glande sous-maxillaire. On pourrait, par suite, être entraîné à supposer qu'il y a aussi une excitation des fibres vaso-dilatatrices, contenues dans ce même rameau nerveux. Mais la stimulation des fibres excito-sécrétoires de la corde du tympan n'est pas durable, tandis que la dilatation des vaisseaux périphériques, dans les diverses parties du corps, est persistante. On n'est pas, ce me semble, autorisé à attribuer, sans réserves, ces deux eflets, l'augmentation de la sécrétion de la glande sous-maxiliaire et la dilatation des vaisseaux, à une seule et même cause, il est possible qu'il y ait, pendant un certain temps, coexistence d'un afiaiblissement
6t ractrr^ toc: Toe des fibres Beneuses fiso-ooostrictives, H dcne Jtgêre eidutk4i des fibres nerveuses destinées asx «vémects propi« de k ^aiide.
La dL.AULoB des tûbbuix^ sqqs Tinflaeiiee do curare, wt constate Doo-arakneBt diei les mammifères, mais cocoie cbet les grenoiiîlîes^ dont tons les réseaux vaseukines soos-fiila!>es se coc^restioDDent plus on moins. 11 en nêsi:!:e, cbei ces derniers animaux, un amoindrissement du Tc'u!De du cœur pen *^nt les diastoles auriculo-ventri* cuaires, parce que le suif retenu en partie, pour ainsi dire, dans les i^^seaux périphériques, n*afflue plus en aussi gracde quantité dans le coeur. Cette dilatation des Taisseaux sotts-^rotanés cbez la grenouille est particulièrcmeut intéressante* parce quVIle EtTorise la respiration cutanée : eïle aide ainsi à 1 entretien de la Tie pendant tout le temps de linterruptioo de la respiration pulmonaire, c'esl^à-dire pendant deux, trois^ dix jours et même damniage, suivant que raboiitiou de Faction des ner£s moteurs sur les muscles à fibres striées dure plus ou moins longtemps. Diisoos, en pa5v^ant, qu on obserre aussi une congestion marquée des réseaux cutanés et sous-cutanés chex les grenouilles aiiestbésiées et immobilisées par l'action de Télher, du cbloroforme ou du diloraU
Cette dilatation des vaisseaux périphériques et la modification qui en résulte rclatiTement au volume des ondées lancées par le cœur dans les artères, déterminent un retard notable de Tabsorption des substances dissoutes, introduites sous la peau. U est facile de s*assurer, au moyen de œr* tains agents toxiques, tels que la vératrine ou la di^taline, par exemple, que labsorption est beaucoup moins actiie chez une grenouille curarisée que chex une grenouille qui ne Test pas.
ACTION DU CURARE SUR l' APPAREIL VASO-MOTEUR. 667
Quoi qu'il eu soit du mode d'action du curare sur Un- DervatioD vaso-motrice, il est certain que les nerfs vasomoteurs ne sont que faiblement atteints par la curarisation, du moins quand la dose de curare introduite dans l'organisme n'est pas excessive. On peut, sur des animaux curarisés, obtenir tous les résultats que donnent les expériences sur les nerfs vaso-moteurs chez les animaux à Télat sain. Non-seulement on peut, comme je le disais tout à rheure, déterminer, chez des animaux curarisés, soit un resserrement des vaisseaux en électrisant les nerfs vasoconstricteurs correspondants, soit une paralysie vasculaire en sectionnant ces nerfs; ou provoquer une dilatation des \aisseaux de la glande sous-maxillaire et de la langue, par Félectrisation des nerfs dits vaso-dilatateurs qui se rendent à ces organes: maison peut encore étudier toutes les actions vaso-motrices réflexes, constrictives ou dilatatrices.
Nous avons eu l'occasion bien des fois, dans ce cours, d'apprécier les avantages considérables que les expérimentateurs ont trouvés dans l'emploi du curare, pour l'examen de diverses questions afférentes 'à la physiologie des phénomènes vaso-moteurs. On élimine, à l'aide de ce poison, les causes d'erreur qui peuvent provenir des mouvements de l'animal. Lorsque l'animal s'agite, des 'contractions musculaires peuvent s'effectuer dans tous les muscles du corps ; les gros troncs veineux et artériels peuvent être comprimés, et, par suite de cette compression, il se produit quelquefois, dans les régions où Ton veut observer les effets d'expériences faites sur les vaso-moteurs, des modifications circulatoires qui rendent les résultats tout à fait incertains. D'autre part, sous l'influence de l'agitation générale, des perturbations cardiaques violentes peuvent avoir lieu et modifier aussi les résultats de ces sortes d'ex-
périences. Le curare abolit complètement les contractions déterminées dans les muscles striés par l'excitation des nerfs ; une cause d'erreur se trouve ainsi annulée. Comme il ne paralyse pas entièrement, lorsque la dose absorbée n'est pas considérable, l'action des nerfs du cœur sur cet orfçane, il n'empêche pas, dans ces conditions, les troubles cardiaques réflexes déterminés par les opératîoDs auxquelles on soumet l'animal ; mais on peut dire que ces troubles sont moins prononcés chez un animal curarisé que chez un animal sain (1). Cet agent toxique est donc, je le répète, d'un grand secours pour les recherches expérimentales, relatives aux fonctions de l'appareil vaso-moteur.
Nous avons indiqué, comme preuve de la dilatation des vaisseaux sous l'influence de la curarisation, l'élévatiOQ de température que l'on constate dans les extrémités des membres, dans les oreilles, au niveau du nez, chez les mammifères soumis à l'action du curare. On pourrait alléguer aussi rabaissement de la tension intra-arlérielle dans ces mêmes conditions, lorsque l'hématose pulmonaire est entretenue par la respiration artificielle.
Théoriquement, la dilatation des vaisseaux cutanés et sous-cutanés, devrait avoir pour résultat, chez les animaux curarisés, une diminution de la température centrale, à moins toutefois .qu'il ne fût prouvé que les actes physiccH chimiques de la nutrition intime sont activés dans toutes les parties du corps, sous l'influence de la curarisatioo. Or, d'après MM. Âug. Yoisiu et H. Liouville, qui ont étudié l'action du curare sur les animaux et surtout sur l'homme^
(1) Chez la grenouille curariiée» les troubles cardiaques réflexes, du ceux qui ont lieu par la médiation des nerfs pneumogastriques, sont totale ment supprimés.
ACTION DU GURAHB SUR LAITAHEIL VASO-MOTEUR. 6o9
le curare produirait une élévation de la température centrale, de V à &* C. (1). Hs ont constaté en même temps les autres phénomènes principaux de la fièvre : sensation de froid, puis augmentation de la chaleur cutanée ; fréquence et largeur du pouls, dicrotisme bien marqué; rougeur générale du tégument cutané, notable surtout à la face et aux oreilles ; injection des conjonctives oculaires, et enfin sueur profuse. C'est sur Thomme que ces observations ont été faites; la quantité de curare introduite par injection sous-cutanée restait nécessairement inférieure à la dose toxique ; la respiration spontanée persistait. Les résultats constatés par MM. Voisin et Liouville sembleraient prouver que le curare, administré par injection hypodermique, à dose relativement faible, peut déterminer une suractivité des actes de la nutrition et de la combustion intime. Mais il n'en est pas de même chez les animaux, lorsqu^on leur fait absorber une dose de curare suffisante pour abolir Taction des nerfs moteurs sur les muscles à fibres striées, et lorsqu'on entretient leur respiration, à l'aide de TinsuiDation pulmonaire. Alors, comme l'ont vu la plupart des expérimentateurs, entre autres M. Tscheschichin, MM. Rôhrig et Zuntz, M. Riegel (2), on observe un abaissement progressif de la température rectale, à partir du moment où se montre la paralysie du mouvement volontaire. Suivant M. Riegel, l'abaissement de la température
(1) Aup. Voisin et H. Liouville. Des phénomènes physiques produits par le curare chez Vhomme ; doses r/ue Von peut donner ; indications thérapeutiques (Gaz. des Hôpitaux, 18 et 22 sept. 1866). — Voir aussi : Recherches et expériences sur tes propriétés physiologiques et thérapeutiques du curare (Jouroal de Robin, 1867, p. 113).
(2) Frani Riegel. Ueber den Einfla^s d^s Curare auf die KÔrpertemperatur (Gentralblatt..., 1871, p. âO). M. Riegel relate les résultats obtenus pur M. Tscbeschicbin et par MM. Rôhrig ut Zuntz.
6?0 VINQT-UUlTiEMB LBÇOM.
rectale, chez les cbiensy pourrait aller jusqu'à S* C. et même davantage. Dans mes expériences, l'abaissement do température a atteint parfois, en deux heures et demie, jusqu'à 5* G. Cet abaissement thermique suit une marche progressive et presque uniforme, comme Ta indiqué ce môme physiologiste.
La dilatation des vaisseaux cutanés explique bien, en partie, cette diminution graduelle de la chaleur intérieure du corps. La déperdition de calorique par la surface du corps se trouve ainsi accrue dans une grande proportion (!)• Mais d'autres causes doivent intervenir. Si l'on enveloppe, en effet, Tanimal curarisé, d'une couche épaisse d'ouate, le refroidissement intérieur du corps se produit encore, quoique un peu moins rapidement.
Les modiflcations de la circulation pulmonaire, dues à la dilatation des vaisseaux périphériques et à l'insufDalioo des poumons ; la diminution probable de la quantité d'oxygène absorbée, dans ces conditions, par le sang qui circule dans les organes respiratoires ; Tamoindrissemeul du ro* lume des ondées sanguines, lancées par le cœur dans l'aorte; raffaiblissement de Tinfluence exercée sur les acta de la nutrition intime par les centres nerveux : telles sont, suivant toute vraisemblance « les principales circonstances qui contribuent à faire baisser la température centrale chez les animaux curarisés et soumis à la respiratiou artificielle.
(1) L'immobilisation des animaux joue bien un cerUiii rèlc^ car, tin» qa< je l'ui dit ailleurs, cette condition suffit à ftùre baisser notablement b toinp.^ rature centrale. J'ai encore vu récemment la température rectale batsaer df 2* G. en une heure, chei un chien attaché sur le dos, et qui D*«viil mhi aucune expérience.
ACTION DU CURARE SUR L^APPAREIL VASO-MOTEUR. 67l
J'ai dit que le curare, lorsque la quantité de ce poison, introduite dans la circulation, n'est pas trop forte, ne déterminé qu'un affaiblissement de l'action des nerfs vasoconstricteurs sur les vaisseaux. En est-il de même, lorsque cette quantité est considérable ? D'après M. Cl. Bernard, le curare, à très-forte dose, paralyserait les nerfs vasomoteurs, comme il paralyse alors l'influence que les nerl^ pneumogastriques exercent sur le cœur. Les expériences que j'ai faites sur ce point de l'histoire du curare me laissent quelques doutes. En tout cas, j'ai vu bien nettement le bout ii]férieur du nerf lingual uni à la corde du tympan provoquer encore de la congestion dans la moitié correspondante de la langue, lorsqu'on soumettait ce segment de nerf à la farad isat ion, chez des chiens assez fortement curarisés pour que le pneumogastrique n'eût plus d'action sur le cœur, ni le cordon cervical sympathique, sur Tiris. Les nerfs vaso-*dilatateurs conservent donc leur influence sur les vaisseaux» chez les animaux très-profondément curarisés.
Pour vous mettre à môme d'apprécier le degré de résistance qu'opposent les nerfs vaso-moteurs à l'action paralysante du curare, je crois devoir ajouter quelques mots à ce que je vous ai dit tout à l'heure sur ce sujet.
J'ai d'abord cherché à détruire par le curare l'action des nerfs vaso-moteurs de la langue, en injectant des quantités progressivement constantes de solution aqueuse de cette substance dans une des veines crurales. Les animaux (chiens) étaient soumis à la respiration artiflcielle. On avait mis à découvert, d'un côté, le nerf vago-sympathique et le nerf lingual, au-dessus du filet glandulaire ; une canule était placée dans le conduit de Wharton. On injectait) à chaque fois, dans la veine crurale, vers le cœur,
679 VlXGT-UvITÏÊ.IK LEÇON.
5 centigraiumes de curare eu solutioa dans 10 à 15 grammes d'eau. (Il suffisait d'injecter 3 centigrammes de œ curare, en solution diluée, dans la veine, pour abolir tous les mouvements volontaires et les mouvements respiratoires spontanés) . On a pu injecter jusqu'à 35 centigraniDios de curare sur un chien, sans que les nerfs vaso-moteurs (constricteurs et dilatateurs), explorés après chaque injection, aient perdu leur action sur les vaisseaux. Cette expérience a été faite sur trois chiens, toujours avec le même résultat.
Sur un autre chien, on a injecté dans Tarière carulidc, vers la lête et du côté où le nerf pneumogastrique et le nerf lingual étaient mis à nu, une solution de curare, qui veuait d'être filtrée. On a d'abord injecté 5 centigramoies de curare en solution dans 20 grammes d'eau environ. Quelques instants après cette injection, les mouvements volontaires ont cessé, et Ton a été obligé de soumettre Vanimal à la respiration artificielle. La faradisation du nerf vago-sympathique faisait resserrer les vaisseaux de la face inférieure de la langue ; la même excitation portant sur le nerf lingual les faisait dilater. Même résultat aprts une nouvelle injection de 5 centigrammes de curare dans 20 grammes d'eau. On injecte alors 10 centigrammes de curare dans une même quantité d'eau. On coDstate encore que la faradisation du nerf vago-sympathique fait resserrer les vaisseaux de la face inférieure de la langue, et que la faradisation du nerf lingual les fait dilater. t>) dernier résultat est devenu surtout évident après qu'on a eu sectionné quelques-uns des vaisseaux de cette région de la langue. Dès qu'on électrisait le bout périphérique du nerf lingual, l'écoulement sanguin, produit par la section des vaisseaux, augmentait très-notablement. Lenerf vago-
sympathique avait d'ailleurs conservé encore de Tinfluence sur l'iris et les muscles lisses orbito-oculaires, car, lorsqu'on électrisait ce nerf, on voyait le globe oculaire devenir un peu plus saillant, en même temps que les paupières s'écartaient, et que la pupille se dilatait.
Quant aux fibres allant du nerf lingual, ou plutôt de la corde du tympan à la glande sous-maxillaire, lorsqu'elles étaient soumises à l'action d'un courant faradique intense, elles exagéraient encore, mais à un faible degré, la sécrétion de cet organe. Il en était de même des fibres nerveuses excito-sécrétoires que le cordon cervical du grand sympathique fournit à cette même glande.
Le curare agit, en somme, bien plus faiblement sur les nerfs vaso-moteurs que sur les nerfs uiusculo-moteurs de la vie animale. Aussi n'est-il venu à l'esprit d'aucun physiologiste^ d'aucun médecin, d'attribuer les effets du curare à l'influence de ce poison sur l'appareil vaso-moteur. Nous allons voir que ce n'est pas, non plus, par ce mécanisme, qu'on peut expliquer l'action physiologique de la slrvchnine.
— Je n'ai pas l'intention de tracer ici une histoire complète de l'action physiol(^que de la strychnine. Comme pour le curare, je veux me borner à l'examen du rôle que peut jouer l'appareil vaso-moteur dans cette action.
Tandis que le curare est un type parmi les poisons paralysants, la strychnine est le type des poisons convulsivants. Lorsqu'une dose suCSsante de cet agent toxique est introduite dans la circulation, quel que soit le mode d'introduction dans l'économie, on voit se produire bientôt un état convulsif des plus violents, dont l'intensité dépend
VOtfUII* U. — 43
674 VllIGT-HUlTl&MB LEÇON.
surtout, chez les individus d'une même espèce, de la quantité du poison qui a pénétré dans lé sang. Je vocb ai montré dans notre dernière leçon expérimentale le développement des effets de la strychnine sur un chien et sur des grenouilles. Vous avez vu un chien, dans le tissu cellulaire duquel on avait injecté 4 milligrammes de chlorhydrate de strychnine en dissolution dans ane petite quantité d*eau distillée, ofirir, au bout de quelques minutes, un état tout spécial d'anxiété. Couché jusque-là sur le ventre, il s'est dressé sur ses quatre membres, a fait deux ou trois pas mal assurés,; puis il s'est arrêté» en écartant ses membres comme pour affermir son aplomb. En même temps, la respiration s'accélérait, les yeux prenaient une expression dUnquiétude ; de petits frissons agitaient tout le corps. Puis, les mouvements respiratoires sont devenus encore plus fréquents et plus brusques, un tremblement convulsif a parcouru le corps et les membres, et ranimai est tombé sur un des flancs, les membres étendus, roides, la tète dans une extension rigide, les ma* choires violemment serrées, les yeux largement ouverts et les globes oculaires saillants, la respiration entièrement suspendue. Au bout de quelques instants, l'étal convuk:! s'est un peu détendu, quelques mouvements respintoiivs courts, brusques, se sont produits, bientôt suivis d'une nouvelle attaque de spasme tétanique tout à fait semblable à la première, mais plus violente encore. Une troisième attaque a eu lieu après un court intervalle : cette fois, les mouvements respiratoires n'ont pas repara; k spasme tétanique a fait place à un relâchement musculaire général, avec immobilité définitive de toutes les parties du corps : l'animal était mort.
Lorsque la dose de strychnine est un peu plus faibV .
ACTION DB u STavcumiCB. 675
lorsqu'on injecte, par exemple, de 2 & 3 milligrammes de chlorhydrate de strychnine, en solution aqueuse, sous la peau d'un chien, l'animal peut ne pas mourir; mais il est pris aussi de convulsions plus ou moins violentes qui se déclarent sous forme de crises, séparées 1^ unes des autres par des intervalles plus ou moins prolongés. Le caractère des crises convulsives est le même que chez des chiens empoisonnés par de plus fortes doses de strychnine, mais ces crises ont généralement une moins longue durée; pendant les intervalles de relâchement des muscles, l'animal est haletant, il respire la gueule ouverte, comme s'il venait de se livrer à une course rapide. Le moindre contact de la peau durant ces intervalles, l'ébranlement du sol, un bruit un peu intense, un geste de menace même, fait éclater une nouvelle attaque convulsive.
La température centrale s'élève beaucoup chez les mam-mifères strychnisés. J'ai vu, il y a trois jours, chez un chien empoisonné par la strychnine et qui offrait des accès de convulsions depuis une heure environ, le thermomètre, placé dans le rectum, marquer &&'' C.
Je vais vous exposer les principaux détails de cette expérience :
Exp. — Chien de taille moyenne, tig;oureux, mis eu expérience le 2 juil, let 1873.
3 h. 35 m. Température rectale 39^4 G.
3 fa. d7 m. Iiyection, dans le tissu cellulaire sous-cutané de la cuisse droite de OS'yOOA de chlorhydrate de strychnine en solution aqueuse.
a h. Frissons, quelques spasmes musculaires.
â h. 5 m. Attaque violente de strychnisme T. R. A0®,3 G.
â h. 7 m. Deuxième attaque convulsive T. R. â0<^,5
A partir de ce moment, salivation ahondanle.
à h. 9. m. TroUièmc ultaque T. R. 46»,6
Ah. 10m T. R. 40«,8
676 viNGï-uuni£MË leçon.
H h, 11 m. Quatrième attaque T. R. &i 4le^ro>.
d b. 12 m T. R. AlV
à h, 13 m. Nouvelle attaque convulsive T. R. hi*,^
H b. 15 m. Secousses presque continuelles et crises tubin-
trantes. Selle à demi-liquide T. R. Al*,6
A h. 16 m. Attaque convulsife T. R. Al*,8
A h. 17 m. Secousses répétées T. R« A2 dfgriis.
4 h. 18 m. Température trèt-élevée des téguments, constatée à Taide du topcfaer, sur toute la surface du corps : membres, ventre, museau, etc. Suenr sur les membres. T. R. 42* ,3
a h. 20 m. Convulsions T. R. 42*,5
I^e thermomètre qui est placé & demeure dans le rectum marque une élévation progressive de la température T. R. 4*i»,6
4 h. 23 m T. R. 43 degrés.
4 h. 34 m. T. R. 44 degrés.
La température reste statlonnoire.
Le chien, qui jusque-là était snr une table, est placé sur le sol du labonloire. Dppnée intense. Contracture presque permanente.
4 h. 60 m T. R. 44 degiv*.
5 h. Il n'y a plus de grandes crises. La dyspnée diminue ; le cliicn rtsu étendu snr le ventre ; il est très-affaissc.
5 h. 15 m. Les membres antérieurs seuls sont agités. Le train posiériev reste comme paralysé. Toutefois il y a un spasme tétanique généralisé loisq«'<« touche Vanimal. Température rectale, 42 degrés.
5 b. 40 m *. T. R. 40 degrés.
L'animal ne peut pas se (cntr drossé «ur im» membres posléri«ui« biea qu^ils exécutent quelques mouvements ; il cherche i marcher à Taide dt to membres antérieurs, et il les meut asses énergiquemeat pour entraSafr le reste du corps.
Quelques minutes plus tard, il commence à se tenir dressé sur wm qsst?* membres, mais il est titubant,
6 h. Plus de crises. Température rectale, 30*,4.
L'animal marche asses facilement, mais il ne fait que quelques pas cft «* couche bientôt, comme accablé.
3juiiiet, — Diarrhée abondante, matières liquides jaunes verd4trcs.Le est très-teible ; il ne peut pas se tenir dre«é sur ses OMmbres.
1 h. ds l'après-midi. VomisMment d'un liquide saagnlBolent«
1 11. 5 ni. Selle liquide, fortement SAnguinolente. Teropér. rectale 36o,9. Mort vers 2 b. 1/2.
A 3 h., lorsqu'on revient au laboratoire^ après le cours, le corps du cliien est encore cbaud^ non rigide. ^
Néeropsie (faite à 3 b. 1/d).
Cavité crânienne» Vaisseaux de la pie-mère encéphalique, pleins de sang, turgides. Au-dessous de la pie-mère, l'écorce grise des circonvolutions présente une teinte rose^ asseï prononcée.
Cavité raehidienne, La dure-mère rabhidienne est congestionnée au niveau de la région dorsale et de la région cervicale. La substance grise de la moelle présente, comme celle de Tencéphale, une teinte rosée assez vive.
Cavité thoradque. Le péricarde viscéral et l'endocarde offirent des ecchynoses nombreuses.
Sous les plèvres on voit des plaques d'un rouge foncé, qui font une légère saillie à la surface des poumons. Ces plaques correspondent à des ilôts de congestion apoplectique ; ces ilôts pénètrent asseï profondément dans les poumons.
Cavité abdominale, La membrane muqueuse de Vestomac présente, dans la plus grande partie de son étendue^ une congestion extrêmement intense, presque eccbymotique. Dans un point, elle est même noirâtre et fortemem tuméfiée. Ce point correspond à une infiltration eccbymotique sous-muqueuse, de 1 centimètre au moins d'épaisseur.
Cocgeslion très-intense de la membrane muqueuse de Viniestin grêle.
Congestion tout aussi vive de la membrane muqueuse du rectum,
La rate présente trois Ilots de congestion, ressemblant à des infarctus récents.
On a examiné plusieurs masdes (ceux de la région dorso-lombaire, ceux des parois abdominales, ceux des cuisses), sans y trouver d'ecchymoses.
Les effets de la strychnine peuvent, pour la plupart, être étudiés aussi sur les grenouilles; et même, ce n'est guère que chez ces animaux que Ton peut examiner l'influence des doses ultra- toxiques de strychnine sur les principaux organes, en particulier sur les centres nerveux et sur les nerfs.
Voici des grenouilles sous la peau desquelles on a introduit une très-faible quantité de solution aqueuse de chlorhydrate de strychnine ; vous pouvez voir naître et se développer chez elles Télat convulsif particulier auquel donne lieu ce poison. Les grenouilles qui ont déjà absorbé
678 viNGT-HomAifB leçon.
une notable quantité de la dose toxique introduite, ont, a chaque instant, une nouvelle crise convulsive avec extension roide du tronc et des membres postérieurs, flexion des membres antérieurs sous le sternum ou extension le long des flancs, suivant que ce sont des mâles ou des femelles. Chaque crise convulsive comprend plusieurs reprises spasmodiques, et, dans les intervalles des crises, on peut ramener une nouvelle attaque convulsive, en touchant très^légèrement un point quelconque de la surface du corps.
Lorsqu'une grenouille absorbe une quantité de strychnine supérieure à celle qui suffit pour provoquer des accès convulsifs, on voit bientôt, après une période plus ou moins longue de crises spasmodiques, Tanimal tomber dans la résolution, av^c flaccidité et paralysie absolue de toutes les parties du corps. L'action des nerfs moteurs sur les muscles peut être abolie quand l'animal est dans cet état. Si la dose de strychnine n'est pas trop considérable, la paralysie cesse au bout d'un temps variant de quelques heures à deux ou trois jours, et, en même temps, se montrent de nouveau des convulsions semblables à celles de la première phase de l'intoxication. Cette nouvelle période de convulsions strychniques peut durer plus d'un mois : puis, peu à peu, l'excitabilité exagérée des centres nerveux se dissipe, et l'animal revient progressivement à Tétat normal.
Les accès qui nous paraissent spontanés, chez les mam« mifères comme chez les batraciens, sont sans doute provoqués par des impressions ressenties par les animaux et provenant, soit des mouvements respiratoires, soit de tentatives de mouvements volonlaireS| soit d'excitatioDs
sensorielles spéciales, soit de souffrances viscérales, etc.
Les physiologistes sont presque tous d'accord maintenant, pour admettre que les effets caractéristiques de Fintoxicalion par la strychnine ont pour cause la modiQcation spéciale, produite par cet agent toxique, des propriétés physiologiques et des fonctions de la substauce grise du bulbe rachidien et de la moelle épinière. L'im* pressionnabilité et Texcitabilité réflexe de cette substance grise sont exaltées à un degré extrême chez l'animal empoisonné par la strychnine, de telle sorte que la moindre excitation d'un nerf sensitif quelconque se généralise aussitôt dans toute l'étendue de la moelle épinière et du bulbe rachidien et se réfléchit sur tous les nerfs moteurs.
Cette modification des propriétés physiologiques de la substance grise du centre bulbospinal, est-elle due à un trouble fonctionnel subi par l'appareil vaso-moteur sous rinfluence de la strychnine? Dépend-elle, par exemple, d'une dilatation des vaisseaux de cette substance grise? C'est une hypothèse qui a rencontré des partisans. Il n'est donc pas inutile d'apprécier sa valeur. Pour cela, il cou* vient d'examiner, d'une façon générale, si la strychnine a une action primitive sur les nerfs vaso-moteurs et les vaisseaux.
Certains auteurs ont prétendu que la strychnine exerce une influence énergique sur Fappareil vaso-moteur. Ainsi Richter (1) a constaté une forte contraction des artères de la membrane interdigitale chez les grenouilles strychnisées ; il a vu le même effet se manifester, sous l'influence de la strychnine, dans l'aile des chauves-souris. Il a observé, en
(I ) Ricbter. Die Wirhtng des amerikanischen Pfeilgiftes und der Kûnstliehen nespiraiion hei Strychninvergiftung (ZciUch, f. rai. Mcd., 1863, Bd. XVUr, p. 76).
680 VINGT- nUITlÈME LEÇOK.
mesurant la pression artérielle chez des chiens strydinisés, que cette pression peut, dans ces conditions, monter jusqu'au double du degré normal.
M. S. Mayer a publié des recherches intéressantes, relatives à l'action physiologique de la strychnine sur le cœur et les vaisseaux sanguins (1). Ses expériences» faites sur des chiens et des lapins, dont les uns étaient engourdis par Finjection d'une certaine quantité de teinture d'opiom dans les veines, et dont les autres étaient curarisés, le conduisent à conclure : que la strychnine produit, au début de son action, une excitation énergique du centre vaso-moteur, puis une excitation du centre d'origine des fibres nerveuses modératrices, conduites au cœur par les nerfs vagues. Je laisse de côté les autres déductions énoncées par M. S. Mayer, et ne veux même m'occuper que de celle qui concerne le centre vaso-moteur.
Cet expérimentateur a vu que la courbe d'enregistrement des puLsalions et de la tension du sang dans la carotide, s'élève d'une façon considérable chez les animaux soumis à l'action de la strychnine (solution de nitrate de strychnine injectée dans les veines ou introduite dans le tissu cellulaire). Cette élévation de la pression sanguine intra- artérielle s'observe non-seulement chez les animaux engourdis par l'opium, mais encore chez les animaux curtrisés. Elle ne peut donc pas être attribuée à l'influence des contractions spasmbdiquesdes divers muscles du corps» puisque ces contractions sont supprimées chez les auimanx curarisés. Elle est bien due au resserrement de tous \» vaisseaux, ou, au moins, de la plupart d'entre eux, car
(!) Sigmund Mayer. Sludien xur Phy$iohgie fie* fleriems umd éer Bimt^fi» * (SiUimgftber. d. k. Akad. d. Wis». Bd. 64).
eOe n'a plus Heu si l'on a coupé préalablement la moelle épioière vers la partie supérieure de la région cervicale : or, on sait qu'on intercepte ainsi Faction constrictive que le bulbe rachidien peut exercer sur l'ensemble des vaisseaux sanguins du corps. Cette déduction acquiert une plus grande valeur, si Ton se représente que la section transversale de la partie supérieure de la région cervicale de la moelle épinière ne peut pas empêcher l'action de la strychnine^ sur le cœur. Eu effet, la strychnine peut agir encore, dans ces conditions, sur le cœur ou sur les ganglion nerveux de cet organe, soit directement, soit indirectement par l'intermédiaire du bulbe rachidien, de la moelle épinière, et des nerfs cardiaques qui prennent naissance dans ces centres nerveux. Puisque la strychnine ne produit plus d'augmentation de la pression sanguine intraaortique, après la section préalable de la moelle épinière vers la partie supérieure de sa région cervicale, ce n'est pas à l'influence de ce poison sur le cœur qu'on peut rapporter cet effet de Tintoxication strychnique, mais bien à l'excitation vaso-constrictivo générale que cette substance détermine par son action sur le bulbe rachidien.
Les expériences de M. S. Mayer ne peuvent pas laisser de doute sur l'exactitude du fait de l'élévation de la pression intra-artérielle, sous l'influence de l'empoisonnement pat la strychnine. J'ai répété ces expériences et j'ai obtenu des résultats qui confirment ceux qui ont été publiés par Rîchter et par M. S. Mayer. Sur des chiens curarisés et soumis à la respiration artificielle, nous avons pris des tracés du pouls de l'artère carotide, et nous avons noté la hauteur de la pression dans cette artère*. Puis on a injecté dans le tissu cellulaire sous-cutané ou dans la veine cru-
682 VINGT-HUITIÂME LEÇON.
raie, 2 milligrammes et demi à 3 milligrammes et demi de chlorhydrate de strychnine en solution aqueuse. Au bout de quinze à vingt minutes, on a repris un nouveau tracé du pouls de l'artère carotide et Ton a mesuré la hauteur de la pression. On a constaté une augmentation de cette pression, variant de 2 à 8 centimètres. L'augmentation de 8 centimètres a été observée sur un chien curarisé, chez lequel la tension intra-carotidienne était de 12 centimètres (hémodynamomètre à mercure) : quinze minutes après une injection de 2 milh'grammes et demi de chlorhydrate de strychnine dans la veine crurale, on notait une pression de 20 centimètres.
Ces expériences prouvent-elles que la strychnine agit d'une façon spéciale sur le centre vaso-moteur? Je ne discute pas en ce moment Texistence de ce centre ; nous savons à quoi nous en tenir sur ce point. Les nerfs vasomoteurs ne sont pas soumis à un seul centre, situé dans la f artie supérieure du bulbe et dans la partie conliguë de la protubérance. Mais cette région des centres nerveux n'en exerce pas moins une action d'ensemble sur la généralité des nerfs vaso-moteurs, comme elle en exerce une, d'ailleurs, sur tous les nerfs musculo-moteurs de l'or* ganisme.
Je ne crois pas qu'on puisse admettre l'opinion de M. S. Mayer, relativement à l'action de la strychnine sur le centre vaso-moteur dont il s'agit. On peut même se demander si les expériences de ce physiologiste démontrent bien nettement que la strychnine détermine une irritation directe des centres nerveux. S'il en était ainsi, b théorie de Magendie se trouverait justiBée jusqu'à un certain
point. On sait quç, d'après Magendie, la strychnine irriterait la moelle épinière et provoquerait ainsi des convul-
sions dans les diverses parties du corps. Mais l'augmentation de la pression intra-artérielle, chez un animal cura- /isé, puis strycbnisé, ne peut-elle pas s^expliquer par la théorie généralement adoptée aujourd'hui, c'est-à-dire parcelle de Marshall- Hall et de M. Brown-Séquard ? Ne ;>cut-ou pas supposer que, l'impressionnabilité et l'excitabilité réflexe de la moelle épinière et du bulbe rachidién étant considérablement exaltées par la strychnine, chez un animal curarisé, des stimulations latentes, naissant dans divers points du corps, ou des impressions sensorielles (visuelles, auditives, etc.), peuvent exciter les centres nerveux et mettre en activité, par mécanisme réflexe, les nerfe qui ont conservé l'intégrité complète, ou presque complète, de leur fonctionnement? Les nerfs vaso-moteurs pourraient ainsi entrer en jeu et donner lieu à une constriction plus ou moins généralisée des vaisseaux, constriction ayant pour conséquence une augmentation de la pression intra-aortique.
Du reste, dans ces conditions, on n^obsorve pas uniquement des modifications vasculaires, spontanées en apparence (constriction généralisée des vaisseaux, élévation de la tension sanguine intra-aortique) ; et c'est là ce qui me fait dire que la strychnine n'agit pas d'une façon spéciale, élective, sur les nerfs vaso-moteurs, ou plutôt sur les centres d'innervation vaso-raolrice. Chez les chiens curarisés, puis strychnisés, on voit se produire, sans provocation reconnaissable, une saillie des yeux, avec écartement des paupières, et une dilatation des pupilles, indiquant une excitation du cordon cervical du grand sympathique. De môme, la rate offre une contraction très-prononcée et persistante (1).
(1) Les mouTemonts dn cœur no présentent pas, chez les mammifères^ une
68/j VINGT-HUITIÈME LEÇON.
Ainsi, la strychnine n'agirait pas d'une façon spéciale sur la région des centres nerveux à laquelle on a dooDé le nom de centre vaso-moteur ; la contraction des petits vaisseaux serait une des manifestations spasmodiques réflexes, auxquelles donneraient lieu les stimulations excito-motrices de. la substance grise bulbo-médullaire, modifiée par cette substance toxique. L'expérimentation confirme d'ailleurs ces présomptions ; elle prouve que l'élévation de la pression sanguine intra-aortique, sous l'influence de l'intoxication strycbnique, est bien réellement le résultat d'un resserrement réflexe d'un grand nombre de vaisseaux périphériques. Si l'on a mesuré la pression du sang dan^ la carotide d'un chien chloralisé, et si on la mesure d*' nouveau y sur le même animal, vingt ou vingt-cinq minutis après avoir fait dans son tissu cellulaire sous- cutané unt injection de quelques milligrammes de chlorhydrate de strychnine, on constate que cette pression n'a pas augmenté. Or, les centres vaSo-moteurs peuvent encore, s'ils sont excités directement, produire des constrictions vasculaires, chez les animaux chloralisés. Si la strychnine agissait, par excitation directe, sur ces centres, on devrait donc observer une élévation de la pression intra-carotidiennc, chez un animal chloralisé, puis strychnisé. Si ivt effet n'a pas lieu, c'est que cette modification de la pre^ sion sanguine est bien la conséquence d'un phénomêo<f vasculaire réflexe, phénomène qui ne peut plus se manifester, parce que le chloral abolit, ou plutôt affaiblit tr^
modiflcation constaote. Chei les grenouiUes, au contraire, de Ibrtei chlorhydrate de Btrychnine, introduites sous la peau, détermiaeot um tissement très-marqué des mouvements cardiaques, et ce ralentissemeoi bien dû, eu grande partie, à une action de la strychnine fiir le tpiit^te vcui, car il n'a pas licu^ ou est beaucoup moindre ches les grenoiiUles pr- •lablcmonl rurarisées.
Dotablement, et d'une façoo plus ou moins durable, la réflectivité vaso-motrice du bulbe rachidien et de la moelle épinière (1).
Lorsque la dose de strychnine n'est pas excessive, il est probable que la constriction généralisée des vaisseaux, d'abord assez prononcée, s'aflaiblit ensuite (2). Toujours est^il que, dans ces conditions, si Ton mesure la pression sanguine intra*arlérielle au bout d'un certain temps, une demi-heure, par exemple, après l'injection sous-cutanée de chlorhydrate de strychnine chez un animal curarisé, on peut déterminer un accroissement passager de la près* siou, en frappant brusquement la table sur laquelle repose l'animal. En même temps, on voit les globes oculaires devenir plus saillants et les pupilles se dilater davan^ tage. En outre, on constate, comme Ta vu M. le docteur Bticchi, à l'aide de l'ophthalmoscope, chez les chiens qui présentaient ces derniers phénomènes, une dilatation rapide et passagère des vaisseaux du fond de l'œil, presque aussitôt après que Tanimal a été soumis à un ébranlement soudain.
(1) Od tait que le chlorul, le chloroforme, et lei aatrea taetthésiqaes, annulent complètement lei autres manifettations réfleies du slrychnisme, c'està-dire les convulsions tétaniques des diTerses parties du corps, la dilatation des pupilles, etc.
(2) M. Muron a fait des expériences très-intéressantes, relatlTes à Taction de la strychnine sur la température des mammifères (*). Il a to que rinjection d*une certaine quantité de chlorhydrate de strychnine (0>',03) sous la peau de l'aine, sur un chien curarisé et soumis à la respiration artificielle^ a pour effet de fiiire baisser la température rectale pendant quelques instants. La température baissait d*un degré au moins, puis roTenait asses rapidement au degré que l'on avait constaté avant d'iiyecter la strychnine. 11 est probable que cet abaissement de température (mesuré dans la carotide) était dû à la contraction de la plupart des artères périphériques et à la rentrée brusque d'une grande quantité de sang refroidi dans la circulation.
(*) A. Mnron, De U faute 4» l'éfrintion de i« tetêtpérmturv dans /c lètanu» (Ifém. de U Soc. ds biologie, i87'3, p. ^ et •uiv. — Voir l'urÉH. V;.
686 VINOT*UUlTlfcME LEÇOK.
Ce dernier fait prouve que la constriction des vaisseaux n'a pas lieu dans toutes les parties du corps, chez un animal strychnisé.
En réalité, qu'il s'agisse d'un résultat primitif ou secondaire de l'action de la strychnine, on trouve, après la mort, dans ce genre d'intoxication, les vaisseaux des centres nerveux plutôt dilatés que resserrés. Il y a là une ressemblance de plus entre le tétanos et le strychnisme. Chez les mammifères qui succombent, empoisonnés par la strychnine, la substance grise des centres nerveux offre une teinte beaucoup plus rosée que dans l'état normal. J'ai pu voir la dilatation des vaisseaux des centres nerveux, d'une façon bien nette, en examinant^ au microscope, des tranches minces de la moelle épinière, sur une grenouille qui avait présenté des convulsions de strychnisme pendant un mois (1). Cette congestion des vaisseaux s'observe aussi dans la rétine, chez les mammifères, pendant les crises convulsives. Nous avons dit que les vaisseaux du fond de l'œil se dilatent même chez des chiens préalablement eurarisés, puis strychnisés, lorsqu'on soumet ces animaux a une excitation un peu vive. On ne peut donc pas attribuer exclusivement la congestion vasculaire qui a lieu dans le fond de l'œil, au moment des accès convulsifs, aux obsta* clés opposés à la circulation veineuse, par les convulsioDs du thorax et par l'afi'aiblissement des mouvements du cœur. La congestion vasculaire que j'ai observée dans la moelle de la grenouille, pouvait bien tenir, en partie, aux stases répétées auxquelles le sang veineux avait été soumis, pendant les accès convulsifs ; je crois pourtaut qu*d
(i) A. Vulpian. Convulsions pendant un mois chez une grenouiHe empoUMT par la strychnine, — IntégriU complète de la moelle Minière (Apchi».*i c* phy»iologie, 1868, p, 306 j.
ACTION DB IK STRTCHIfUIB. 687
faut tenir compte aussi des irritations excito-motrices, presque incessantes, de la moelle épiniëre, et du travail exagéré auquel elle avait été condamnée.
Quant au resserrement des vaisseaux, constaté par M. Richter dans la membrane interdigitale de la grenouille, ou danis l'aile des chauves-souris, elle tenait sans doute aux accès d'excitation des centres vaso-moteurs, d'une part, et peut-être aussi, d'autre part, à l'affaiblissement des mouvements du cœur, qui a lieu chez les animaux strychnisés, pendant ces mêmes accès.
En tout cas» ce n'est pas à une action primitive et élective de la strychnine sur les centres ou les nerfs vaso-moteurs, que l'on peut attribuer les effets produits par cette substance. Conduite par la circulation dans les tissus, la strychnine pénètre partout, sans doute, dans la substance organisée, à la façon des matériaux de la nutrition. A cause de la constitution histo-chimique spéciale de la substance grise des centres nerveux qui président aux manifestations réflexes, la strychnine détermine une certaine modification de cette substance tout entière, ou seulement des cellules nerveuses qu'elle contient. La modification ainsi opérée exalte les propriétés physiologiques de cette substance^ Qu'une stimulation soit transmise aux centres nerveux, les convulsious du strychnisme éclatent. Telle est, suivant moi, ridée sommaire qu'on peut se faire du mécanisme de l'action [ hysiologique de la strychnine.
tofloenee de la respiration artificielle «t de Vapnée sur l'actioa cmiTalfiraii« de la strychnine.
Influence des substances dites poison» du cœur mr l'appareil Tato-moteiir. — Enumération des principaux poisons du cœur. — Troubles cardiaques produits par ces agents toxiques. -^ Recherches sur le mécantsoie de l'adioa exercée sur le cœnr par ces poisons. — Hypothèse de Stannios. ^ Hypothèse de M. Traube. — Influence de la curarisation et de ratropiaisatioa préalables des animaux sur Taction des poisons du cœur. — Inflaence et ces substances sur le calibre des Taisseaux périphériques et sur la presâoa sanguine intra-aorttque. — L'action des poisons du cœur sur Tappareil naomoteur n'est pas démontrée. — Ce n'est pas à cette action que l'on àoU Attribuer les diverses modifications fonctionnelles produites par eei sabsUncet.
Nous avons vu, contrairement aux assertions de divers auteurs, que la strychnine n'exerce probablement pas une influence directe sur l'appareil vaso-moteur. Si nous avions examiné tous les points de l'histoire physiologique de la strychnine, j'aurais essayé de vous montrer que d'autres assertions relatives au mode d'action de cette substance sont aussi très-contestables. C'est ainsi que je crois inexacte l'opinion de M. Cl. Bernard sur le mécanisme de cette action. Vous savez que, d'après lui, la strychnine agirait d'une façon primitive et spéciale sur les nerfs sensîti& rt ({u'elte anéantirait mêine, chez les grenouilles , si la dose est sufBsamment forte, les propriétés physiologiques de ces nerfs. J'ai cherché à prouver ailleurs (1) que, conforoiê*
(i) A. Vulpian. Remarquée tomchant C action de la vtrychnime sur èsu HuuUtes (Archives de pb\\.iologie normale et pathologique» 1870^ p. 117;
AGI ION DE LA 8TaYCHMN£. 689
ment aux résultats publiés par Martiu-Magron et Buis* son (1), la strychnine laisse la sensibilité intacte chez tes grenouilles.
D'autre part, j'aurais été amené à mettre eu doute l'influence deV apnée suT\dL production des convulsions strychniques. Vous savez que MM. Leube (2) et Rosenthal ont annoncé que Ton peut, au moyen de la respiration artificielle, en supprimant pour ainsi dire le besoin de respirer et en amenant par cela même cet état que le second de ces auteurs a désigné sous le nom d'apnée, empêcher ces convulsions de se produire chez un animal strychnisé, ou les arrêter et les suspendre indéfiniment, si elles ont commencé déjà à se manifester. M. Uspensky aurait constaté que l'on peut, de la même façon, faire cesser les convulsions produites par la brucine, par la thébaïne et par la caféine (3). Ce seraient là des fails pleins d'intérêt, s'ils étaient indiscutablement démontrés. Mais je crains que ces pliysiologistes n'aient été entratnés à généraliser d'une façon beaucoup trop large les résultats qu'ils ont obtenus dans quelques expériences. Il se peut que chez des animaux auxquels on fait absorber de petites doses de strychnine, les convulsions n'éclatent pas lorsqu'on pratique la respiration artificielle, soit avec de Tair atmosphérique, soit avec de l'oxygène pur. Mais la nécessité d'abaisser la dose jusqu'au degré oix se luontrent de faibles convulsions chez les animaux qui ne sont pas en état d'apnée^ inspire déjà quelque défiance; car, lorsqu'on a pratiqué de nom-
(1) Martiii«MagTon et Buisson. Action comparée de fexirait de noix vcmique ci du curare (Journal de Brown-Séquard, iS59 et 1860).
(2) W. Lenbe (Reichert*s und Du Bois-Rejmond't ArchiT, 1867).
(3) P. Uspensky. Der Einfluss der kwutlichen Respiration auf die nach Vergi[tung mit Brucin^ Nico/tn, Picroioxin, Thebatn und Coffehi eintretendtn KiUmpfe (Reicbert's und Du Bois-Reymond'f Arcbiv, 1868, p. 522).
yoi^iAM. u. — 44
090 vif«aT-ifeuvitiiB tsçosc.
breuses expériences avec la strychnine, on sait que la dose conTulsivante varie, dans nne certaine mesure, suivant les individus de la même espèce animale que Ton soumet à rintoxication.
Si la dose est franchement toxique, la respiration artificielle n'a réellement aucune influence bien reconnaissable sur rintensîté des accès convulsîfs, ni sur Tissue deT^npcisonnement. M. Rossbach (1) a constaté, en effet, qae des lapins, qui ont absorbé une dose mortelle de strychnine, meurent, même lorsqu'on pratique la respiration a^ tificielle. Seulement, la mort n'est pas aussi prompte qne chez des animaux de même taille qui ne sont pas soumis à rinsufflation pulmonaire. On conçoit facilement qQ*3 en soit ainsi, puisque, dans ce dernier cas, les animaux meurent d'asphyxie, soit dès le premier accès, soit dans un des accès qui suivent de près celui-ci. Les recherches de M. Jochelsohn (2) ont confirmé celles de M. Rossbacb. J'ai fait tout récemment une expérience qui témoigne dans le même sens que celles de ces auteurs. En voici le résumée
Ex». I. — Le 6 juiUei 1873, à 2 h. àti m,, on met à na la trtcbée-«rt^ mr un chien figouraia, d'awes petite taiUe.
2 h. 55 m. Injoction «ous-eutanëe de à mllNgraimnêi de cUeHiy**!* dr Itrycbnine dans un demi-eentimètre cube d'eau dittiUée,
2 h. 67 m. Première crise convulsive commençant par un peu d*opistb^ bnos et arrivant en quelques instants à une extrême Intenstté.
(i) J.-M. Rossbach. Uebcf den Sinflusi der KUnstHehen Besp^tiem wk* ^irychninvtrgiftung {QAnirzM^ii..,^ Î873, p. 869).
(2) J. Jochelsohn. Veber den Kiufluss der Kùntstitken Hetpirùt»^ An Birychninvergiftung (Verhandlun^en der Phjstcal-Hedic. Oeselbdiall b Wûrrburg, nouTclle série, t. V, p. 107. — Anal, ûi Renie des ScJeac« 1874, t. IV, I, p. 66)
AOriOlf DK U iîftYCBIIIIIB. 601
Oa 0ommeBM imiwAdIatoiaettt U rmfiniiwik artiftoielle. Les convuliioiis eontinoent. On cooftato an nystagmni tràt^firononeA. I<es papilles ont one
dimension moyenne.
Les convulsions sont incessantes. La respiration artIfieieUe est ai«ti:}uéa sans interruption.
8 fa. 15 m. T. R 4l»,7G,
Les convolsio!» cessent maintenant de temps en temps. Elles se montrent d'une Cicon spontanée, en apparence. Le moindre contact, portant sur l'animal, provoque un accès. I^s pupilles sont très-dilatëes; les iris font presque eŒscés ; pas de ayitagmus.
3 h. 35 m. Accès conntlsif général, très-violent» avec trémulation spasouH dique de tous les muscles pendant deux minutes au moins. T. R. 42^,2 G* La main appliquée sur la peau de l'animal prouve une vive sensation de chaleur.
La papille optique de r<nU gaochei vue à l'ophtjialmoscope, est très*roagei un peu sombre. Les vaisseaux contiennent un sang noirfttre.
4 h. 5 m. On interrompt la respiration artificielle, comme on l'avait d^jà fait à deux ou trois reprises» pour voir si la respiration spontanée n'avait plus lieu. Gette fois (cela ne s'était pas prodnit dans les précédentes périodes de suspension de l'insuffiatlon pulmonaire), après deux ou trois respirations spour tanées, tout mouvement respiratoire cesse. Au bout de quelques secondes, on reprend la respiration artificielle. Il y a des convulsions tfsmbUuites, paraissant spontanées, presque à chaque minute.
A 4 h. 30 m., il n'y a plus de convulsions.
On constate, à l'aide d'une aiguille implantée entre les côtes jusqu*au cœu^, qtM lea hattamenlt de cet organe sont arrêtés. On cesse la respiratiou artificielle.
11 semble y avoir déjà un commencement de roideur cadavériqoa des mutclet des membres ; cette raideur existe bien réellement dans les muscles releveurs du maxiUflIca infiiciaor î on a de la peine à écarter les mâchoires.
092 viKGT-NBinriàiiB liçoh.
▲ A h. 85 m., on met à découvert un des nratclet de la fMe aniêrîeere de l*ane des caisses. La réaction de ce muscle, examinée an moyen d'un papier bleui par le tournesol, est plutôt acide qu'alcaline.
Le thermomètre retiré du rectum, où il est resté à demenre, est reco«f«ft Je matières fécales jauu&tres, 4 demi liquides.
Néeropsie foite le 7 Juillet.
Pas d'infiltrations ecchymotiques dans les muscles.
CcBur et poumons : Sains.
Estomac, Congestion de toute l'étendue de la membrane nuiquense. U contenu de l'estomac est un liquide rouge foncée noirâtre.
Pas de rougeur bien manifeste de la membrane moqueuse de VoifctfM grète^ si ce n'est dans un point asses limité de l'iléon. Les fSoUiciilet du gr» intestin sont volumineux.
L'tirme recueillie dans la vessie n'offre aucun caractère morbide Ima prononcé. On évapore ruriiic, et le résidu de Tévaporaiioa est iojede sous la peau d'une grenouille. Cet animal ne tarde pas à être pns de convulsions tout à fait semblables à celles auxquelles donne lieu la fiiry cbnine.
On voit que la respiratioa artificielle n'a point sauvé œ chieU) et qu'elle n'a iDÔme pas empêché la reproductioo incessante des convulsions. Seulement, lorsque la respiration artificielle n'est pas pratiquée, la vie, au lieu de se prolonger pendant deux heures, comme chez ce chien, cesse parfois, comme nous Tavons dit, dès l'un des premiers accès tétaniques. C'est ainsi que les choses se passent toujours, lorsque la quantité de strychnine dépasse un peu, si légèrement que ce soit, la dose qui n'est pas fatalement mortelle. Lorsque la dose est plus faible, la mort n'a pas lieu ; mais l'animal survit alors, le plu^ souvent, même lorsqu'il n'est pas soumis à la respiratiûo artificielle.
La persistance des convulsions a entraîné une forte augmentation de la chaleur intérieure du corps; U température rectale est montée de 89* ,5 à &S%3. Cette élévation de température est la r^le, dans le strychnisme, lorsque l'animal survit asseï pour que Y
poisopfs DU GoeuR« ' 69ft
thermogène des contractions exagérées des muscles puisse modifier la chaleur centrale du corps (1).
— Mais j'ai hâte de terminer cette digression et d'en venir au sujet de ma leçon actuelle.
Je me propose d'examiner si, comme on Ta dit, les poisons du cœur exercent sur les nerfs vaso»moteurs une influence qui expliquerait, du moins en partie, leur action physiologique.
Vous savez qu'ion a donné ce nom de poisons du cœur aux diverses substances toxiques qui produisent , chez les animaux, comme effet principal ou primitif, un affaiblissement notable des mouvements du cœur, et qui peuvent même arrêter ces mouvements et déterminer la mort par ce mécanisme, alors que les autres fonctions s'exécutent encore.
La première des substances toxiques dont l'action spéciale sur le cœur ait été bien reconnue est la digitale. Cependant B. Brodie avait déjà, en 1811, constaté que Vupas antiar arrête les mouvements du cœur. Stannius d'abord (2), puis Traube, en 1851 (S) ont étudié les effets delà digitale sur les animaux, et ils ont pu ainsi chercher à démêler le mécanisme par lequel le suc de cette plante modifie et ralentit les mouvements du cœur, comme les médecins le savaient depuis longtemps. J'ai publié en 1855 (&) les résultats d'assez nombreuses expériences faites
(1) Vo7«i reipérience relatée dans U précédente leçon.
(2) Stannins. Untersuchungen ùcber die Wirkung der Digiialis umi dts Ch'giiaiin. (ArchW. f. physiol. HeUkunde, X Jahrg., U Heft).
(3) Traube. Vcrsuche veber die Wirkung der Digiialis (Gesammelte fieitr&ge sur Pathologie und Physiologie^ I, p. 190 ; abgedruckt ous dcm 2 Jahrgang der Charité- Annalen» i85i).
(4) A. Vulpian. De Factiofi de la digitaline sur les batraciens (Comptes rondns de la Société de biologie, 1855, p. 67 et suiy.).
69ft TiNOTHffBunim ugmrr
sur les grenouilles à Taide de la digitaline dlfomolle et Quevenne. rétablissais, dans la note à laqueRe je fUsallosion, que la digitaline, introduite sous la peau d'une grenouille, détermine Tarrèt des mouvements du cœur (1), avant que la motilité volontaire, la sensibilité et les autres propriétés et fonctions de l'animal aient subi une modification bien reconnaissable. Les recherches d'un grand nombre d'expérimentateurs sont venues, depuis lors, omfirmer ce que j'avais vu sous ce rapport. Du reste. Tannée précédente (1 85&), j^avais déjà fait connaître les effets da venin du crapaud, et j*avais montré que ce venin arrftte les mouvements du cœur de la grenouille, avant d'abolir h motricité des nerfs de la vie animale ou la contractiliié des muscles des membres (2).
La digitale ou son principe actif, la digitaline, et le venin du crapaud ne sont pas les seules substances toxiques qui agissent ainsi sur le cœur. Le venin de la salamandre aquatique ou triton {Salamandra cristata^ Latr.) produit un effet du même genre (3).
Nous avons cité aussi Vupas antiar (Antiaris toxicam. famille des artocarpées) dont l'extrait et l'alcaloïde (ûh/h arine) sont des poisons du cœur très-énergiques (Brodie. Emmert, Pelikan et Dybkonski) (&)•
(1) Bfauiniai mrait d^à reconnu qoa la digitale pent arrêter plut o« rapidement le cœur des grenouiUes, avant ^e le reste da Torgaiilme Mi affecté dHue façon notable, n avait oonttata anari qne PcicitakiUU 4n «nr est complètement abolie par le principe actif de cette planta.
(2) A. Vnlpian. Bur le venin du erap»Êd mmmwi (Gmptet wmÊm et 1^ Société de biologie; 1859, p. 183 et rahr.).
(3) A. Vnlpian. Étude physiologique dee wnôlt «Ai ttei^emi^ eu hMm tf df la salamandre ierrettre (Mémoires de la Société da Molagie, ISM« ^ 1^ et sniv.).
(4) W. Dybkonski et E. Pelikan. Bedierehet ph^h^ifmê tmt rmbtkm M différents poisons du cœur. (Mémoires de la Sodété de bMagle, ta#l, ^ tT et sntv.).
Powms m OOBUR. 095
n en est de même de Yinéê ou mafe {Str^pkantUê kispidus^îfixAV\<àà&fi Apocynéeê). L'extrait alooolique des graines de cette plante arrête aussi les mouvements du cœur, avec une grande promptitude et à très-faible dose (Pelikan (4), Fraser, Carvîlle et I^olaillon).
Je citerai encore, parmi les poisons du cœur, le tanguin {Tanghinia tenenifera^ famille des Apoeynées) étudié par MM. Pelilan etKôlliker, Gbatin flls; divers poisons de flèches, tels que le vao^ WcorawdU (Hammond, Weir Mitchell) (2) ; le poison de Malacca^ poison de Jakun ou MirUras (Rosenthal, H. Meyer) (8) ; le Dajaksh^ ou poison des flèches de Bornéo( Braywood) (4).
A ces substances toxiques il faut ajouter Vellibore vert (Pelîkan), ^extrait de nerium oleander (Pelikan) (5) et la saponine (6).
Vaconiiine, au dire de MM. R. Bôbm et Wartmann, du moins à une certaine dose, c^e9l-à'*dire à la dose d'un
(1) Eug. Pelikan. Sur un nouveau poison du caur, provenant de Finée ou o.'tnge^ ti emploi/é au Gabon (Afrique occidentale) comme poùon de flécht$, (CoinptM rendus de rAcadcmie des sciences, juin i865},
(2) W. A. Hammond et S. Weir Mitchell. Recherches expérimentales sur te COBBOWAL et le yao, deux nouvelles espèces de eurarê ou poison de flèches dans VJaniMpm d9i SMd (t^ AamnoaQ Joumil ot the Ueà* Scieocet, July 1859).
(3) 1. Rosenthal. Veber Berzgifte. (Archiy Yon Beichert and Du Bo{s«- Reymond, 1865, p. 601). — Herroann Meyer. Ueber dos neue, von D' Jagùr ont Mtdaûûa miit/Blmichtg Gift* (Ardnt r^n hè^heri und Du Boii- Reymond, 1866, p. 284).
(4) P. Bni4woo4« Recherches sur faction phymlogique du dcffnksch, poison de fiècfK9 en^loifé d Bornéo CEdinbucgU Med« Joufnal, août 186A).
(5) Eug, PeluUa* Nouvelles recherches eur le poison du jm&ii'v ouuiinii (Comptes rendi» de l'Académie des sciences, 1866, — Note reproduite dans la Gaz. des Hôpitaio» lo février 1866)*
(6) H. Kôhler. Die Locale Anâsthesirung durch Saponin et Veber den intagoni^wus der physiohgischen Wirkung des Saponin und Digitalin (Anal n CentraibUtt..., 1873, p. 409).
696 viifGT'«mu viiiiit uçoir.
milligramme, en injection aoQs«cutanée, serait aun on poison du cœur. A une dose plus faible, à un dixième oq à un vingtième de milligramme, ce poison n'arrêterait pss le cœur et il aurait sur les nerfs une action du même genre que celle du curare (Gréhant et Duquesnel) (i).
D'après M. Traube et d'autres expérimentateurs, il badrait ranger dans ce groupe d'agents toxiques la 6ik et les sek biliaires. Mais je dois dire que les expériences qœ j'ai faites ne confirment ((uère ce qu'on a dit de l'actioo de ces substances sur le cœur. Lorsqu'on introduit do glycocholate ou du taurocholate de soude, sous la peu d'une grenouille, à une grande distance du cœur, ai niveau de l'extrémité d'un membre postérieur, par exempte, on n'observe point l'arrêt des battements cardiaques. Tout au plus remarque-t-on un peu de ralentissement de ccb battements.
Je ne cite pas, parmi les poisons du cœur, divers sek métalliques que l'on a considérés comme ayant aussi uoe action d'arrêt sur les mouvements de Torgane central de la circulation (les sels de cuivre, de mercure , de potassium, etc.), parce que ces matières salines , introduite^ sous la peau de l'extrémité d'un des membres postérieurs d'une grenouille, peuvent tuer l'animal avant d'avoir bii cesser les battements du cœur.
Les différentes substances que nous venons de grouper
(1) Gréhanl et Dnquemel. Sur taetùm phytiologique de lisée (Comptes rendos de rAcadémie des sdences, 17 JaillcC I87t>. - M. Aschschaniniow a?ait observé, vnjoX ces expérimentatenn, qa» le <> rhydrate d'aconitine arrête les mouTements do ccenr des {rrenooilles. M. »«« laud (*}, dans on travail récent, a contesté rexacMtode des pnpoMtiM» e*-"par HM. Grébant et Duquesnel.
O A. J. GniUand, De Vaemil tt éê Pmcànittiê {TU- inangnniU, M«Btp«UMr, 187^
POISONS bo GOBUB. OU?
SOUS le nom de poisons du cœur agissent toutes ou presque foutes de la même façon. Elles déterminent, au bout d'un certain temps, lorsqu'elles sont introduites dans la circulation, pat* absorption sous-cutanée, ou de toute autre façon, des troubles progressifs des mouvements du cœur. C'est sur la grenouille que ces effets peuvent être bien étudiés, parce qu'il est facile de mettre le cœur à nu, sur cet animal, sans porter atteinte à la vie, et parce qu'on peut tenir cet organe en observation pendant des heures entières, dans ces conditions expérimentales. Les mouvements du cœur peuvent présenter, au début de Tintoxication, une légère accélération ; mais bientôt ils se ralentissent et deviennent plus ou moins irréguliers. Les systoles ventriculaires ont lieu d'une façon partielle et incomplète; parfois aussi chaque systole du ventricule est précédée par deux systoles des oreillettes. Le ventricule cesse de se contracter après un temps variable, et, d'ordi naire, il revient sur lui-mômo et reste immobile, en état de resserrement ; il est blanc jaunâtre et absolument vide de sang. Le mouvement rhylhmique des oreillettes continue encore pendant quelques minutes, mais il s'affaiblit visi* blement et les cavités de ces parties du cœur se remplissent de sang. Lorsqu'elles cessent de se contracter, elles sont fortement dilatées, pleines de sang noir, et contrastent entièrement par ces caractères avec le ventricule qui est, ainsi que nous venons de le dire, pâle et resserré.
A ce moment, la grenouille , d'ordinaire , n'a encore presque rien perdu de la vivacité et de Ténei^ie de ses mouvements. Si on la laisse libre, elle saute avec vigueur, bien que son cœur ne batte plus. Les muscles de la vie animale ne tardent pas cependant à s'affaiblir; leur coutractilité diminue peu à peu. Si Ton compare une gre-
096 ymiT«]«nniiiB uçon.
QQirilld ebez Incite le cœur Yient é& à*arrêler, par saito àe raetioû d'un poism da cœor (abswbé aous la pean)^ et am autre j^tiouilte de même taille et de mAme aenet aor laquelle on lie, & œ »oiiieDb«là- mAme, les ^rabseanx eo rapport avec la basedtr cœur, pout intorrompre aiissî traie circulatioD , on toit que ht côûtraotililé des musdei des membres persistera' biett j^ longtemps chez ce dernier animal que cb^ le pr^w. Les substances toxiques, ditei poiaoni du cœnr , agissent donc sur tous les miBcles à fibres striées et tendent à détruire leur contraolilité. Quant am nerfs moteurs de la vie animale, ces sidistances ne parussent pas avoir d'action spéciale sur eux.
A îcôté de cef^ agents toxiques, on ponrrait inscrire aussi la muicariney c'est*à-dire Taicaloîde que MM. Sdimieddwrg et Koppe sont parvenus à extraire de la fausse oroi^ {Ammita muscaria), La muscarine agit, en efiet, trèsénepgiquement sur le cœur. Elle diffère des autres prâons dti oœur, en ce que, chez la grenouille soumise à ara actiob, le ventricule, an moment de Tarrèt du oœur, demeure toujours en pleine diastole (1).
Les remarques que je vais vous présenter sur le méea* nisme de l'action physiologique des poisons da cœur œ concerneront directement que les substances qui agineat à la façon de la digitaline, de Vtpas antUer et de l'inée.
La recherche du mécanisme de l^etion (diysîolegîqM des stthstances dites poisons du cœur, adonné naissuoeà de nombreux travaox; mais on peut dire, aujourd'hui
(1) (.'extrait oq^ueus 4« jaboraïuiif comme jo m'ea soif usaté^.amt* wm le cœur de la grenouille une action très-andogue, moi la plupart des rapports^ à TèUo dtf U noiéàr^ê (i»7C)i
uécANTSMB DE tVcTIOlf DBS POIflOUS DU COBUR* 690
Gore, que toutes les obscurités du sujet sont bien loin d*é.tre dissipées* Plusieurs physiologistes répoussent cette déftdniination de poisons du cœur; ils allèguent qu'appeler ainsi les substances en question, c'est laisser croire qu^elIes agissent d'une feçon exclusive sur le eœur. Au point dé vue de la rigueur du langage scientifique, ifs ont raison, sans doute, puisque Faction de ces poisons ne se borne pas à Parrèt des mouvements du cœur ; mais devons-nous abandonner pour cela une expression qui, en somme, rappelle le caractère principal de tout un groupe de substances toxiques, oW-à-dire la propriété qu'elles ont d*arrèter le cœur avant de produire toute autre perturbation mortelle des fonctions? Je ne le pense pas. C'est en interrompant les battements du cœur que ces substances tuent les ani« maux, au inilieu de troubles fonctionnels plus ou moins apparents, et cela me paratt suffire à légitimer l'expression contestée.
Deux principales hypothèses ont été émises pour rendre compte de Taction de ces poisons sur le cœur , et sont encore en présence; Parmi les physiologistes, les uns adoptent l'opinion de Stannius; ils admettent avec lui que les poisons du cœor agissent sur le tissu musculaire du cœur: les autres, avec M. Traube, pensent que ces substances ne troublent et n'interrompent les mouvements du cœur qu'en modifiant le fonctionnement de Tappareil nerveux cardiaque. Il i&ut ajouter toutefois que, dans cette dernière théorie, on n'élimine pas complètement Taction des poisons du cœur sur le myocarde; seulement, on la relègue au second plan.
M« Traube, en 1851, avait étudié surtout Teffet de la digitale sur les mammifères. Des expériences variées Tavitient conduit à supposer que la digitale agit sur le cœur
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en excitont la moelle allonge. Les nerfs vagues ae troaveraient ainsi excités au niveau de leur foyer d^origioe dam le bulbe rachidien, et il en résulterait un affaiblissemeot et un ralentissement des mouvements cardiaques. M.Traube assurait qu'après la section des nerfs vagues, sur un mam* mifère, sur un chien par exemple, Tinfusion de digitale, introduite dans la circulation, n'avait plus, en gônéraK d'influence sur la fréquence et la force du pouls. Dans les cas exceptionnels où, après la section des nerfe vagues, il observait encore un ralentissement des mouveoients do cœur, il attribuait ce résultat à une action de la substance sur la partie périphérique de ces nerfs.
On reconnut bientôt que Texpérirace de M. Traube ne donne pas le résultat indiqué, et qu'il ne l'avait obtens probablement que par suite de T intervention de circonstances accidentelles spéciales. J'ai eu Toccasion de mon* trer, à diverses reprises, dans mes cours, que la digitaline, lorsqu'elle est introduite dans le tissu cellulaire d'un chka, et surtout lorsqu'elle est injectée dans une veine crurale, eo solution alcoolique étendue d'eau, chez un animal de œtic espèce, peut arrêter le cœur, après que les deux nesiU pneumogastriques ont été sectionnés au milieu de la r^^ cervicale.
MM. Polaillon et Carville (1) ont introduit de Textrait iVinée sous la peau de grenouilles, sur lesquelles ik avaient préalablement enlevé l'encéphale et la moelle épinière, c'est-à-dire la totalité du myélencéphato/Dans œ conditions, Tarrèt du ccBur a été simplement retardé dba
(1) Polaillon et Carrille. Étude physiologique sur les effbU finée, ou poison des Pahouins (Archif«8 de physiDlogie normale d inique, 1872, p. 607 et mhX