‹ Leçons sur l'appareil vaso-moteur (volume 2)Chapitre 76 sur 88 · MÉGANISMB DE L ACTION DBS POISONS DU COEUR · texte numérisé non relu

MÉGANISMB DE L ACTION DBS POISONS DU COEUR

ces grenouilles ; mais il a eu lieu comme chez desgrenouilles saines, el le cœur, soit au moment des premiers troubles produits par le poison, soit au moment de l'arrêt définitif de ses battements, a présenté exactement les mêmes carac* tères que lorsque les animaux ont leurs centres cérébro spinaux intacts (1). Le retard des phénomènes toxiques s'explique très-facilement dans ces circonstances. Nous avons montré ailleurs, avec d'autres expérimentateurs, que la destruction du myélencéphale détermine un affaiblissement extrême de la circulation périphérique. Il en résulte nécessairement un retard dans l'absorption des pois(His. L'extrait d'inée, introduit sous la peau d'uue grenouille ainsi opérée, ne se trouve donc dans le sang, en quantité suffisante pour agir sur le cœur, qu'après un temps beaucoup plus long que si le myélencéphale était intact.

Ces faits montrent que l'expérience, qui avait servi de point de départ à l'hypothèse de M. Traube, n'a véritablement aucune valeur. D'autre part, Il est facile de voir que l'état dans lequel s'arrête le cœur, chez les animaux intoxiqués par les vrais poisons du cœur, est tout autre qu'il devrait être si cette hypothèse était exacte. Si l'on excite les nerfs vagues sur un mammifère ou sur un autre vertébré, les mouvements du cœur, il est vrai, s'arrêtent; mais Tarrêt de cet organe a lieu en diastole : le myocarde veotriculaire est en résolution paralytique. Or, nous savons

(1) M. Pelikan (*) avait coiutaté que Vupas antiar arrête le cœur de la grenoaiUe après ablation de la moelle allongée et de la moelle épinière ; plus tard, &f . DÔbm (^) avait tu que ractton de la digitaline sur le cœur n'est pas empêchée par la destruction préalable da cerveau et de la moelle épinière.

(*) Palikao. Action ph\faiotogiqM c(e r«jNi« «nffar $t de Vantimrinê (Complet mdiu ô» U Sociale àmtnologi; 1857, p. 150.

(*^ Hadolf BO^m. Vntenuvhungtn uber dU pkffêioloçitvht Wirkung dtr JMgitalii und dtê ln'ffitaiin0 (Pfliieori AicIiît, 1871-79, p. 158).

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que, chez la grenouitto, lorsque les iMawmeots da cœur cessent, sous rinfluence de la digitaline^ de Tinée, da Vupas antiar, et des autres poisons analogues comme lotion, le ventricule roTient sur lui-même, ae ^ide etdemeure resserré.

Aussi la théorie de M. Traube s'est^elle pm à peu tnaaformée. Au lieu d'admettre une action de ces poisons sar le bulbe rachidien, ou fiur les nerfe vagues^ les partiau de cette théorie supposent que les substances toxiques e& question exercent leur influence sur les ganglions situés dans Vépaisseur des parois du cœur, ou même sur la extrémités périphériques de certaines des fibres neneoses qui se distribuent au cœur.

L'expérimentation physiologique nous conduit à mettre hors de cause les extrémités cardiaques des nerfs ^mgues (c'est-à-dire les extrémités des fibres nerveuses cardiaqMs, fournies aux nerfs vagues par les nerfs accessoires de Willis}. J'ai fait voir que la digitaline, injectée dans une des veines crurales, chez un chien curarisé, soumis à la respiration artificielle (et chez lequel on a même préalablement coupé les deux nerfs pneumogastriques)^ détermine Tarrèt du cœur. M. Gourvat (1) a obtenu le même résultat, à savoir : Tarrêt des mouvements du cœur, sou» rinfluence de la digitaline, ch^ les mammifères oararisés.

MM. Polaillon et Carville (2) ont injecté une dose toxique d'inée sous la peau et dans une des veines crurales, chez des chiens préalablement empoisonnés par de fortes quantités de curare. Avant de pratiquer Tin-

(1) Gourvat. Physiologie eoipérimâHUUe mr la digilak et U d^ètm^v (Thèse inaugurale, Paris, 1871).

(1) PolaUlon et CarviUe^ loc. cit.

KtOANWMS Dl L*ACTigff OW POISONS DU COBUR. 708

jection de solution aqueuse d'extrait d'inée, on s'était assuré, par la faradisation des nerfs vagues, que ces uerls n'avaient plus d'aclion sur le cœur. Or, MM. Polaillon çt Carville out vu le cœur s'arrêter chez les chiens souiqis à l'action de Tinée, dans ces conditions.

M. Ackermann (1 ) assure cependant que la digitaline absorbée par des animaux préalablement morphiniséa ou curarisés, ne détermine plus, .surtout dans le dernier cas, le moindre ralentissement du cœur. Il en conclut, avec M. Traube, que le principe actif de la digitale influence les mouvements du cœur par Viotermédiaire des extré* nnités du nerf vague. Le fait indiqué par cet expérimentateur est exact, dans une certaine mesure toutefois. J'ai pu, ainsi que je viens de le dire, arrêter le cœur sur des chiens fortement curarisés» en injectant directement de la digitaline dans une des veines crurales : mais je reconnais que l'action de cette substance est très-notablement amoindrie par une ourarisation préalable de l'animaL n est di£Bcile d'arrêter le cœur, à Faide de ce poison , sur une grenouille complètement curarisée. Quelquefois on n'observe môme pas de ralentissement des mouvements de cet organe. Mais il faut bien remarquer que l'absorption est ralentie chez un animal curarisé. Lia circulation périphérique n'est pas aussi active que chez un animal sain. La cause principale de cette torpeur rela« tive de la circulation daus les petits vaisseaux me paraît être surtout FaffaibUssraient des mouvements du cœur, ou du moins l'amoindrissement du volume :des ondées

(1) Tb. Ackfirmann. Veber die physiologischen Wirkmgen dès Digitaline ati/ den Kreislaufund die Temperatur (Deutschen Archir f. Klin. Med., 1872, Xlf p. 125). — Du même : Ueber die Wirkungen der Digitalis (VoUunann'i Bammlimg Uin. Vortrige, n« 48). Anal, m Gentnlblatt.*., 1873, p. SOS*

cardiaques lancées dans l'aorte. Cet amoindrissement tient sans doute lui-même, non-seulement à raction du cmwe sur l'appareil nerveux du cœur, mais eDCore à la dilatation de tous les vaisseaux munis d'une tunique musculaire. Dans ces conditions de langueur relative de la circulation, l'absorption est assurément ralentie ; la digitaline peut ne se trouver, à aucun moment, en quantité suffisuule dans le sang pour agir sur le cœur.

Si Ton expérimente avec un poison plus énergique, avec Toxirait d'inée, par exemple, les résultats ne sont pins les mêmes. Nous avons déjà dit que MM. Polaillon et Carvillf ont vu le cœur s'arrêter, chez des chiens curarisés jusqu à abolition de l'action des nerfs vagues sur le cœur. Le cœur s'arrête aussi chez une grenouille préalableroeot curarisée et soumise ensuite à l'action de Tinée (introduite dans lu peau) ; il n'y a qu'un simple retard dans l'appai'ition des phénomènes caractéristiques. MM. PobûUon et Carville avaient bien constaté ce retard (1).

Sur une grenouille rousse intacte, une faible doœ de solution d'extrait alcoolique d'inée, introduite sous la pean d'une jambe, au niveau du muscle gastrocnémien, a déterminé l'arrêt du cœur au bout de dtx*huit minutes. La même expérience, faite au même moment sur une autre grenouille rousse, de même taille, préalablement cundsée, a produit l'arrêt complet et définitif des mour^ ments du cœur au bout de quarante-cinq mmutes. Cbea les deux grenouilles, le cœur offrait, après Tarrêt de ses battements, les mêmes caractères. Les oreillettes étaient dilatées, pleines de sang ; le ventricule était resserré, ali> lument vide, blanc jaunâtre, un peu ridé à sa surface. J'ai

{i) Lùc* cit., |i. 0^2,

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