MÉCANISME DE L ACTION DES POISONS DU COEUR
observé un ralentissement anal(^ue de l'action de l'extrait d*upas antiarj chez des grenouilles qui avaient été curarisées avant d'être soumises à l'action de cette substance toxique.
On sait que, chez les grenouilles, le curare abolit l'action des nerfs pneumogastriques sur le cœur. Il résulte donc de ces expériences, tant de celles qui ont été faites sur les chiens que de celles qui ont été faites sur les grenouilles, (|ue les poisons du cœur, s'ils agissent sur cet organe par l'intermédiaire du système nerveux, ne produisent pas exclusivement leurs effets caractéristiques par une excitation des nerfs pneumogastriques, soit au niveau de leurs extrémités centrales, soit au niveau de leurs extrémités périphériques.
M. Schiff a émis une théorie toute spéciale, d'après laquelle les poisons du cœur agiraient sur les dernières extrémités des nerfs cardiaques, en affaiblissant leur excitabilité (1). D'après lui, la cause des mouvements allefDatifs du cœur serait l'excitation produite sur les nerfs de cet organe par le sang. Cette cause ne pourrait plus déterminer ses effets ordinaires^ lorsque les extrémités de ces nerfs auraient ainsi perdu leur excitabilité. Je ne fais que mentionner cette hypothèse : je ne puis pas Texaminer d'une façon approfoudie. Je me contente de dire, en passant, que les faits expérimentaux, allégués par M. Schiff à l'appui de son opinion, sont bien discutables.
Parmi les arguments opposés à l'opinion des physiologistes qui attribuent l'action des poisons du cœur à une
(4) M. Schiff, Sogênanntê HtrxgifU (Pflûger's Archlv, 1871, p. 227). f utfUl* H. - 46
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influence directe de ces substances sur le myocarde, le plus sérieux est celui que M. Àckermann a fait connaître. Cet expérimentateur a eu l'idée de soumettre préalablement à une intoxication par le suirate d'atropine les animaux auxquels il faisait ensuite absorber de la digitaline (1). On sait, par les expériences de MM. de Bezoldet Bloebaum , que, chez les animaux atropinisés, l'excitation faradique des nerfs pneumogastriques, pratiquée daos la région cervicale, n'arrête plus les mouTements du cœur, comme elle le fait dans les conditions ordinaires. Les expériences de M. Rutherford ont appris, en outre, que la faradisation des nerfs vagues, chez les animaux empoisonnés par l'atropine , a même pour résultat une accélération des mouvements cardiaques. Je vons ai rendus témoins de ces intéressants résultats expérimentaux dans une de mes dernières leçons de démonstration. L atropine paralyse donc, sans doute, les ganglions cardiaques auxquels se rendent les nerfs vagues, et respecte plus ou moins complètement ceux sur lesquels agissent les fibres accélératrices, contenues dans ces mêmes nerfs. C'est du moins une manière de se représeuter le mode d'actioD de cette substance toxique, et d'expliquer les faits coostattis par les expérimentateurs que je viens de citer.
Or, M. Ackermann a reconnu que» chez les chiens présilablement atropinisés, la digitaline ne produit plus defiet sur le cœur. Pour mieux dire, elle n'arrête plus les mouvements cardiaques : elle exerce sur eux, au contimirv. une légère action accélératrice.
M. Schmiedeberg prétend que la vératrine et la ntcotirc mettent les animaux, vis-à-vis de l'influenoe de la digiu*
(i) Ackermann, /oc« c^.
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lij)e, dans le même état que Tatropine. Mes expérieuces ne parlent pas clairement dans ce sens.
Occupons-nousseulemenl de l'action exercée par Tiutoxication atropinique préalable sur les effets des poisons du cœur. Je ne nie pas la réalité de cette action. Mais je dis qu'elle n'a pas une énergie suflSsante pour empêcher les effets de tous ces poisons, du moins de ceux qui ai'rêtent le cœur de telle sorte que le ventricule {chez la grenouille) reste resserré et vide de sang.
J'ai fait pénétrer sous la peau d'une des jambes, dans la région du muscle gastro-cnémien, chez plusieurs grenouilles, une forte dose de sulfate d'atropine : au bout de quinze à vingt minutes, c'est-à-dire lorsque celte substance avait produit son action sur l'appareil nerveux du cœur, j'introduisais sous la peau de l'autre jambe une petite quantité de solution aqueuse d'extrait alcoolique d'inée* J'ai toujours vu, dans ces conditions, les mouvements du cœur s'arrêter complètement : cet effet de Tinée se produit, il est vrai, au bout d'un temps un peu plus long que celui qui est nécessaire pour qu'il ait lieu chez une grenouille intacte. Afin de fixer le moment où l'on pouvait considérer la grenouille comme atropiuisée, j avais fait des essais sur d'autres grenouilles ^ que je soumettais ensuite à l'action de la muscarine. J'avais vu que cette substance n'agit plus, par absorption sous-culanée, sur le cœur des grenouilles sous la peau desquelles on a injecté une petite dose de sulfate d'atropine quinze ou vingt minutes auparavant (1).
D'ailleui*s l'expérience peut être faite d'une façon en-
(1) 11 ca e«t de même de i'cxlrait de jaborandi, introduit sous U peau des (renouiUes préalablement atropioiséet;
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coro plus frappante. On sait, depuis les recherches de MM. Schmiedeberg et Koppe, avec quelle rapidité une goutte de solution aqueuse de sulfate d'atropine au millième, mise en contact avec le cœur, ranime les mouvements de cet organe, arrêtés chez une grenouille par la muscarioe. Quelques secondes suffisent d'ordinaire pour que les révolutions du cœur reparaissent, et reprennent leur fin^ quence et leur énergie normales (!)• Si l'on a mis d'abord le sulfate d'atropine en contact avec le cœur, la muscarioe ne peut plus arrêter les mouvements cardiaques, Dième si l'on en place une quantité considérable sur cet organe. Or, voici ce qu'on obtient, lorsqu'on fait rexpérience avec l'extrait alcoolique d'inée.
Eip. U. — Grenouille rousse d'asses forte Uille, mâle. On mel le ccor à découTert à 1 h. de raprès-midi. A 1 h. 20 m.^ on place une goutte d*extiiit aqueux concentré de jaborandi en contact ayec la surface du cœur Qe péhcarde a été enleyé dans cette expérience et dans la suivante). Au bovt et quelques minutes, il y a arrdt des mouvements du cœur ; les oreQletles tMt en diastole, le yentricule est dans an état intermédiaire i U diastole et à U systole (2). On quitte le laboratoire pendant une heure et demie. Lorsqu'à y revient, les battements du cœur ont lieu de nouveau ; maïs ils soat tre»> . ents, irréguliers et très-incomplets. La systole des oreillettes et ceUe cfai wstricule ne vident pas complètement ces parties du cœur. On met alon sur k cœur deux gouttes d*une solution aqueuse de sulfate d'atropine au uâSbèmf. Quelques secondes après, les contractions des oreillettes et du rentrieule »et devenues plus énergiques et plus rapides. Une minute ne s*ett pas écoekr que les mouvements ont repris les caractères de l'état normal ; fit SMit w^hmc plus fréquents et un peu plus énergiques que dans cet étal»
Un quart d'heure après cette atropinisation du cœur, à 8 b. 30 m., m
(1) Le snltàte d'atropine ne ranime pas les mouvements du cœvr, sfm qu'ils ont été arrêtés par l'inée. Je m'en suis assuré, à diverses reprises* et plaçant en contact direct avec la surfiue du cœur mis à découvert, sur des grt nouilles, quelques gouttes de solution de suUkte d'atropine, lorsque les ■ee>^ ments cardiaques avaient complètement cessé sous rinflaeace de ViuioxiailMi par l'eitrait d'inée.
(S) Cette expérience et la suivante ont été fUtes pendent l'inpressise éi cette fsulUe (avril 1875).
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iatrodnit sons la pean de la région Jambière d'un des membres postérieurs, deux gouttelettes d'une solution aqueuse, an millième, d'extrait alcoolique d'inée (il y a plus d'un an que cette solution est faite, et il est probable que, par suite de l'éTaporation d'une certaine quantité d'eau, elle s'est concentrée). Le Tentricule du cœur s'arrête en systole à 3 h. 50 m. : il est vide, blanc jaunAtre, un peu mamelonné, un peu ridé à sa surfoce, comme par suite d'une contraction très-énergique, spasmodique. Les oreillettes ne se vident plus complètement, bien qu'elles se resserrent encore un peu, d'une façon riiythmique. Les oreillettes deviennent immobiles à 4 h.
Cette expérience est faite en même temps sur une autre grenouille, dans les mêmes conditions, et donne absolument les mêmes résultats. Cependant l'arrêt des mouvements du ventricule n'a lieu qu'à 3 b. 55 m., c'est-à-dire 5 minutes plus tard que chez la première grenouille.
Comme ces gi'enouilles avaient été soumises à Tactiou de l'extrait de jaborandi, avant de servir à l'expérience relative h Tinée, il était nécessaire de contrôler les résultats obtenus chez ces animaux, par une autre expérience faite sur une grenouille intacte.
Exp. m. — Sur une grenouille rousse, mêle, d'asses grande taille, on met le cœur à découvert, et l'on incise le péricarde.
A 3 h. 45 m., on met sur le cœur deux gouttes de la solution de sulfate d'atropine qui a servi dans les expériences précédentes. 11 y a, un moment nprès, un ralentissement des battements du cœur pendant quelques secondes, pais ces battements récupèrent leurs caractères normaux.
A 3 h. 53 m., on introduit sous la peau de la région jambière de Tun des membres postérieurs, deux gouttelettes de solution aqueuse d'extrait alcoolique trinée (la même solution que dans les expériences précédentes).
A d b. 8 m., le ventricule s'arrête en systole, après avoir présenté pendant une ou deux minutes les irrégularités de contraction que l'on observe d'ordinaire. Les oreillettes se contractent encore, d'une façon incomplète, et asseï lentement, à 4 h. 20 m.; leurs mouvements cessent à 4 h. 30 m.
Ces expériences conduisent donc, comme les précédentes, à admettre que l'arrêt des battements du cœur, produit par les poisons qui agissent sur cet organe, à la façon de Tinée, n'est pas dû exclusivement à une influence irritante exercée par ces substances sur les extré-
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mités cardiaques des nerfs vagues, ou sur les ganglions avec lesquels ces nerfs entrent en relation dans l'épaisseur du myocarde.
Mais les résultats expérimentaux que je viens de rapporter ne nous donnent pas le droit de refuser à ces poisons toute espèce d'influence sur l'appareil nerfeux du cœur. H est certain, eu effet, que le curare et l'atropine retardent l'action de ces substances sur le cœur; et, tout en faisant jouer un rôle considérable, dans ce retard, au ralentissement de l'absorption (surtout lorsqu'Q s'agit du curare), je ne crois pas que ce soit là la seule cause à incriminer. Les poisons du coeur, tels que Tinée, l'upas antiar, le venin de crapaud, la digitale, agisseot très-vraisemblablement, au moins au début, sur l'appareil nerveux du cœur.
Nous sommes embarrassés, dans nos efforts pour pénétrer au fond de cette action physiologique, par notre ignorance relative au point essentiel de l'histoire du mécanisme physiologique de Tatropinisation du cœur. Nous ne savons pas si c'est en paralysant les extrémités cardiaques des nerfs pneumogastriques, ou en excitant celles des ner& sympathiques du cœur, qu'agit l'atropine; nous ignorons même si c'est sur les extrémités de ces nerfs ou Mr les gangUons, contenus dans l'épaisseur du myocarde, qne porte l'influence de cet agent toxique. Il nous est donc impossible de décider sur quels éléments de l'appareil nerveux du cœur agissent les poisons analogues à Tinée.
La diflSculté est d'autant plus grande que, suivant toote vraisemblance, l'influence de ces poisons ne |H>rte pis seulement sur l'appareil nerveux du cœur, comme pantt le faire celle de la muscarine. Il n'est guère possible de soutenir que la digitaline, l'extrait d'inée, etc.» n'ool
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aucune action sur le myocarde lui-même. II suflSt de considérer l'état du ventricule, chez une grenouille intoxiquée par ces substances^ pour comprendre que leur effet ne se borne pas à une simple paralysie ou à une simple excitation des nerfs cardiaques (1). Cependant, on pourrait admettre, à la rigueur, que ces poisons déterminent, en même temps qu'une action excitante sur les extrémités des nerfs vagues ou sur les ganglions en relation avec ces extrémités, une irritation énergique des extrémités périphériques des nerfs sympathiques destinés au cœur ; et l'on pourrait attribuer à cette irritation l'état de resserrement comme spasmodique qu'offre le ventricule du cœur, chez la grenouille, au moment de Tarrèt des mouvements de cet organe. Disons toutefois qu'une pareille hypothèse serait difficilement acceptable.
Quoi qu'il en soit, ces substances toxiques n'agissent pas exclusivement sur l'appareil nerveux du cœur : elles exercent sur le myocarde lui-même une influence qu'on ne peut pas mettre en doute.
Si l'on examine l'état de la contractilité du cœur sur une grenouille, chez laquelle les mouvements de cet organe viennent d'être arrêtés par l'extrait d'inée, on constate que cette contractilité est déjà diminuée. L'excitation des oreillettes, à l'aide d'un courant galvanique (celui, par exemple, d'une forte pince de Pulvermacher) peut ne réveiller que de bien faibles contractions des parois de c^s cavités. Quel-
(1) L'action de la muscarine (et de relirait de jaborandi) sur le cœur paraît être plus «impie que celle de Tince, de l'upas antiar, etc. La muscarine semble Qgir, aoit en excitant les extrémités des nerfs vagues, soit en paralysant les extrémités des nerfs sympathiques cardiaques, ou plutôt les ganglions avec lesquels ces nerfii entrent en relation, avant de se terminer dans les parois du cœur.
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ques minutes plus tard, le même courant galvanique D*y provoque plus la moindre contraction. Il en est de même, comme l'ont montré MM. Polaillon et Carvîlle, pour le cœur des mammifères et pour celui des autres vertébrés^
Ce n'est là d'ailleurs que le premier effet de Faclion que l'inée et les autres poisons analogues exercent sur tous les muscles à fibres striées. La contractilité de ces muscles est atteinte elle-même par ces substances toxiques, et, ainsi que je le rappelais tout à l'heure, elle est abolie plus rapidement dans ces conditions, que si la circulation a été purement et simplement arrêtée par la ligature ou l'excision du cœur.
Les substances, dites poisons du cœur, agissmt^les aussi sur l'appareil vaso-moteur? Cette action, si elle exbte, joue-t-elle un certain rôle dans le mécanisme des effets physiologiques produits par ces substances? Est-ce en iofluençaut cet appareil d'une certaine façon que la digitale et la digitaline, par exemple, déterminent, chez les animaux et chez l'homme, des modifications soit de la forme et de la fréquence du pouls, soit de la température, soit des sécrétions, etc. , etc. ?
Théoriquement, on comprend que de pareilles modi6cations fonctionnelles puissent résulter de l'action de It digitale sur les vaisseaux. Supposons que la digitaline, introduite dans la circulation, provoque un resserrement de toutes les artérioles du corps, les mouvements du cœur devront être ralentis, si toutefois d'autres influences modificatrices n'interviennent pas. En effet, M. Marey t démontré que l'augmentation delà pression générale intraartérielle a pour conséquence un ralentissement des bâtie-