‹ Leçons sur l'appareil vaso-moteur (volume 2)Chapitre 79 sur 88 · ACTION DBS POISONS DU COEUR SUR LES VASO-MOTEURS · texte numérisé non relu

ACTION DBS POISONS DU COEUR SUR LES VASO-MOTEURS

vaso-moteurs eux-mêmes. En effet, s'il en était ainsi, il est clair que la digitaline devrait encore produire ses effets vascutaires dans Toreille, malgré la section du cordon cervical du grand sympathique; car elle pourrait encore, par la voie circulatoire, atteindre la partie supérieure de ce cordon et surtout les extrémités périphériques des fibres qu'il fournit aux vaisseaux de la moitié correspondante de la tête. Cette expérience prouve-t-elle que la digitaline agit primitivement sur les centres nerveux et, par leur médiation, sur les vaisseaux ? Disons qu'elle ne pourrait avoir une valeur réelle, même dans ce sens, que si elle donnait des résultats bien nets. Or, il est loin d'en être ainsi.

La palpation des artères, les tracés sphygmographiques, pris sur Fhomme soumis à l'action de la digitale ou de la digitaline, ont paru démontrer que ces substances produisent un resserrement des artères. Mais il est clair que ces procédés d'investigation ne peuvent fournir» à cet égard, que des renseignements sans signification rigoureuse. 11 n'en est pas ;de même des recherches hémodynainométriques^ lesquelles ont parlé, d'ailleurs, dans le même sens.

M. Traubea reconnu que, chez les animaux soumis à la digitale, la pression intra-artérielle s'élève, dans la première partie de Tiuloxication, au-dessus du degré normal, et s'abaisse ensuite au-dessous de ce degré. 11 avait d'abord pensé que cet effet dépendait d'une action de la digitale sur la musculature du cœur; plus récemment, il a admis qu'il était dû à l'influence exercée par cette substance sur Tappareil vaso-moteur. Il a vu qu'après une section transversale de la moelle épinière dans la région cervicale, la digitale produit encore un ralentissement du pouls, mais ne déter-

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mine plus d'augmentation de la tension artéridle. D'où l'on peut tirer la conclusion que la digitale agit, d'une façon indépendante et distincte, sur le cœur, d'une part, et d'autre part, sur les vaisseaux. L'expérience de M. Traube conduit, en outre, à admettre que Vaction de la substance toxique sur les vaisseaux a lieu par Tintermédiaire de la région du* myétencéphale qui a été considérée comme le centre de toutes les actions vaso-motrices, c'est-à-dire par l'intermédiaire de la partie supérieure du bulbe rachidien et de la partie inférieure, contiguë, de la protubérance, le vous rappelle que celte région, quoique ne méritant pas te nom qui lui a été donné, surtout en Allemagne, n'en a pas moins line influence incontestable sur l'ensemble des neris vaso-moteurs du corps.

Le résultat constaté par M. Traube (4), à la suite de la section de la moelle épiniëre, chez les animaux empoisonnés par des préparations de digitale, n'a pas été obtenu par tous les expérimentateurs. Ainsi, M. Âckermann a vu b pression augmenter encore, sous Tinfluence de la digitaline, chez des animaux sur lesquels il avait préalablement pratiqué cette opération. Il a été naturellement conduit à en conclure que la digitale agit sur les vaisseaux , non par l'intermédiaire du centre nerveux bulbaire, mais par l'intermédiaire des nerGs vaso-moteurs eux-mêmes. Ce serait, d'après lui, sur les parties périphériques de ces nerCique porterait l'action des préparations de digitale.

Je dois vous faire remarquer que la conclusîoD de

(1) MM. Lnudcr Brunton et A.-B. Meyer disent avoir coDflmié les lions de M. Traube {Action of Digiiaiù on the Blood^VeêseU, Joaml «i Anatomy and Physiology, t. VUl). -* Voir aussi : V. Schroff joa,, Beùrà^ sur Kenntnist der Antiarinwirkung auf die Kreisiaufiorgane, 1871. <AuU •" Centralblatt..., 1874, p. 880).

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M. ÂckermaDD est très-attaquable. En effet, il est possible d'attribuer le résultat qu'il a obtenu, à une action de la digitaline , sur la partie de la moelle épiniëre située en arrière de la section subie par ce centre nerveux; car cette partie de la moelle peut encore influencer les vaisseaux de la plupart des régions du corps et y produire un resserrement plus ou moins considérable. D'autre paii;, il est possible d'admettre que la digitaline exerce une influence directe sur les fibres musculaires des vaisseaux : on comprend, s'il en est ainsi, que cette substance détermine encore» malgré la section de la moelle , un resserrement de tous les vaisseaux du corps, et, par suite, une élévation de la pression générale intra-artérielle. Enfin, il se peut que la digitale ait modifié la pression sanguine intraartérielle, en augmentant l'énergie des systoles cardiaques, soit directement, soit indirectement, par l'intermédiaire de l'appareil nerveux du cœur. C'est la théorie soutenue par quelques auteurs, par M. Bohm, entre autres (1).

Il est, en réalité, bien difficile de savoir à quoi s'en tenir au sujet de l'action des poisons du cœur, tels que la digitaline, rinée, Tupas antiar, etc., sur les vaisseaux. Le cœur est dans de telles relations avec les vaisseaux, directement ou par l'intermédiaire du système nerveux, qu'on ne voit pas comment parvenir à reconnaître, avec quelque netteté, si ces poisons modifient le calibre des canaux vasculaires et la pression sanguine intra-artérielle, par action directe sur la tunique musculaire des vaisseaux ou sur l'appareil vaso-moteur; ou bien, si les modifications

(1) R. Bohm, Uebev den Binfluss des Digitatins auf den Biutdruck dev SOugethiere. (Dorpater med. Zeitsch., 1873, IV, 63-66. — And. m Centralblatt..., 1873, p. 86A).

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dont il s'agit sout dues à une inflireDce exercée par ces substances toxiques sur l'organe central de la circulation.

A. l'appui de cette remarque, je citerai une expérience qui démontre que la digitaline modifie le calibre de cer* tains vaisseaux, par suite de l'action qu'elle exerce sur le cœur. MM. Carville et Gourvat, après avoir constaté, sur un lapin soumis à l'influence de la digitaline, que la pression intra-artérielle générale offrait, au bout d^un certain temps, un notable abaissement, ont sectionné sur cet animal les deux nerfs dépresseurs, au milieu de la hauteur du cou. La pression, mesurée de nouveau au bout de quelques minutes, était remontée à un degré supérieur à celui qu elle atteignait, avant qu'on eût injecté la substance toxique dans le tissu cellulaire sous-cutané (1). On voit donc que la digitaline détermine une excitation des nerfs iépresseurs^ ou, pour mieux dire, de leurs extrémités ntra-cariliaques. Sous l'influence de cette excitation, les vaisseaux des diverses parties du corps, ceux de la cavité abdominale surtout, se dilatent; il en résulte une diminution de la quantité de sang lancée par chaque ondée ventriculaiie dans l'aorte et toutes ses branches : la pression intra-arté* rielle doit donc s'abaisser, comme cela a lieu lorsqu'on électrise les nerfs dépresseurs.

Cette accumulation de sang dans les vaisseaux des viscères abdominaux, si le fait dont je viens de dire quelques mots était bien prouvé, pourrait avoir pour cooséquence une anémie relative de diverses autres parties du corps, des centres cérébro-spinaux, par exemple. Est-ce à l'anémie ainsi produite dans ces centres qu'il faudrait

(i) Gourvat. Loc, ':U.^ p. 55.

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attribuer la diminution de la réflectivité médullaire^ diminution que M. A. Weil aurait constatée chez les grenouilles empoisonnées par la digitaline? D'après cet expérinientaleur (1), quelques minutes après l'injection d'une solution d'un milligramme de digitaline sous la peau d'une grenouille, la réflectivité de la moelle s'affaiblirait, et il y aurait un retard assez considérable dans l'apparition des mouvements réflexes provoqués par une excitation. Pour constater le degré de cet affaiblissement, M. Weil employait le procédé indiqué par Tiirck et consistant à compter, à r&ide d'un métronome, le temps qui s'écoule entre le mo-> ment où l'on fait plonger l'extrémité des orteils de l'animal dans l'eau acidulée, et celui où le membre se fléchit, pour léchapper à l'action irritante de ce liquide. Pour M. Weil, ce ralentissement des mouvements réflexes serait dû à rinflùence du poison sur les mouvements du cœur et à la diminution de l'irrigation sanguine des centres nerveux, par suite des troubles cardiaques. D'après M. Meihuizen, qui a observé les mêmes effets que M. Weil, il faudrait attribuer ce ralentissement à l'action de la digitaline sur le centre vaso-moteur.

Je ne discuterai pas les interprétations de ces auteurs^ parce que je crois que le fait dont il s'agit aurait besoin d'être mieux établi. Les expériences sur lesquelles on s'appuie peuvent effectivement recevoir une autre interprétation. Le retard constaté dans la production des mouvements réflexes peut tenir à une autre cause qu'à un affaiblissement de la réflectivité médullaire. Les poisons du

(1) A. Weil. Die physioiogiscfte Wirkuny der Digitalis auf die Reftexkem* mungscentra des Fi'osches tiebst Versuchen ûber den Einfluss der Biutcircuiaiion auf dièse Orgaw (Reichert's und du Bois-Rcymond's Archiv, 1871, p. 252. — AAâl. m Centralblatt..., 1871, p. 839).

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cœur agissent eu effet non-seulement sur le myocarde, mais encore, comme je Tai déjà dit, sur les muscles à fibres striées des diverses parties du corps. MM. Polailloo et Carville ont même démontré que Tinée agit aussi, assez énergiquement, sur les muscles à fibres lisses. L'action sur les muscles à fibres striées, sur ceux des membres, par exemple, est assez lente pour que la contractilité ne soil perdue que longtemps après l'arrêt du cœur ; m«is elle commence sans doute à se produire très-peu de minutes après le début de Tabsorption du poison. 11 est donc permb de supposer qu'au moment où M. Weil examinait Tétat de la réflectivité médullaire, les muscles des membres avaient déjà subi une légère modification fonctionnelle. Ne peuton pas admettre que cette modification avait suffi pour déterminer un retard de la manifestation du mouvement réflexe, provoqué par l'immersion des orteils dans l'ean acidulée?

Je reviens, pour conclure, à Taction des poisons du cœur sur les nerfs vaso-moteurs et sur les vaisseaux. Vous voyez, d'après les développements dans lesquels je suis entré, que ceux de ces poisons qui agissent à la façon de la digitaline, del'inée, etc., n'exercent pas une influence bien évidente sur ces organes. En tout cas, — on peut l'affirmer, je crok, — ce n'est pas à des modifications primitives des vaisseaux que les effets produits sur le cœur par ces substances toxiques sont dus. Ce n'est pas, autrement dit, en modifiant la circulation périphérique, que ces poisons déter* minent des changements dans la force, la fréquence et le rhythme des mouvements du cœur.

Ce n'est pas ainsi non plus que ces agents toxiques donnent lieu à d'autres modifications fouctionuelles. Co

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n'est pas de celte façon, par exemple, qu'on doit, ce me semble, expliquer les troubles gastro-intestinau;^ que Ton a constatés chez les animaux mis en expérience, ou chez rhomme, à la suite de l'ingestion de doses toxiques de digitaline. On sait qu'on a observé, dans ces cas, de la diarrhée accompagnée de coliques plus ou moins vives, des vomissements plus ou moins répétés (1), un refroidissement plus ou moins rapide. Ce dernier symptôme pourrait à la rigueur être attribué à une constriction des vaisseaux. Mais les autres phénomènes morbides, la diarrhée et les vomissements, comment s'en rendre compte, en supposant qu'ils dépendent d'une altération fonctionnelle de l'appareil vaso-moteur? Ne voit-on pas qu'il s'agit, suivant toute vraisemblance, d'une action de la substance toxique sur la membrane muqueuse de Testomac et de l'intestin, action due peut-être à ce que le poison tend à s'éliminer par ces membranes muqueuses? C'est probablement aussi par l'action excitante spéciale qu'exerce son principe actif sur le tissu des reins, que la digitale provoque la diurèse qui est un des effets les plus connus de Tingestion des diverses préparations pharmaceutiques de cette plante (2). Les parties de l'appareil vaso-moteur qui innervent les vaisseaux des reins, n'entrent eu jeu que d'une façon secon-

(1) Un fait à noter, c'est que tous les poisons du cœur, ou tout au moins ceux qui agissent comme la di^ituiine, i'inée, etc., déterminent presque toujours, à dose toxique, des vamissements.

<2) MM. Lauder Brunton et H. Power (*) ont trouvé que la sécrétion urinaire diminue an momeut où| sous Tinfluence d'une ii\jectiou de digitaline clans les veines, la pression aitérielle générale augmente, et qu'elle devient plus abondante au moment où la pression artérielle diminue. Ce résultat est évidemment en opposition avec la théorie la plus généralement admise du mode d'action de la digitale sur la sécrétion urinaire.

(») T. Lnukr Bnmtoa al B» Pow«r. INuriMMAt WMkM^ dtr EHgifUi (CentnilblaU.... 1874, p. 4OT).

VOMâM* ll« — A6

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daire et sous l'influence de Texcitation du lissu rénal. Cette excitation détermine sans doute, en suspendant Taotivité tonique des centres vaso-moteurs des reins, oDe dilatation des vaisseaux de ces organes et favorise ainsi b production de la diurèse.

Influence des substances toxiques et médicamenteuses sur Vappareil tssomoteur (suite). — On a attribué à certaines de ces substances une action Taso-constrictive ; à d'antres, une action Taso-dilatatrice.

1" Substances toxiques et médicamenteuses considérées comme vaso-constrictiTcs ; examen sommaire de l'action de quelques-unes d'entre elles sur l'appareil Taso-moteur. — a). Seigle ergoté et ergotine. — b). Nicotine. — * c). Quinine. — d). Caféine. ~ e). Bromure de potassium. -«- /). Belladone et atropine.

2® Substances toxiques et médicamenteuses considérées comme taso-dilatatrices. •— Quelques mots relatib à l'action des principales d'entre elles sur l'appareil vaso-moteur. — a'). Opium et morphine. — b'). Extrait de fèves de Galabar et ésérine. > — Antagonisme de l'extrait de Qves de Galabar et de l'atropine. — c'). Hydrate de chloral, éther, chloroforme. — df). Mitrite d'amyle. ~ e'). Oxyde de carbone.

Nous avons recherché, dans les précédentes leçons, si l'action du curare, de la strychnine et des diverses sub-> stances toxiques, dites poisons du cœur^ sur l'appareil vaso* moteur, peut rendre compte des effets déterminés par c^s agents sur les animaux ou sur l'homme. Je n'ai plus le temps de faire, en me plaçant au même point de vue, un examen aussi détaillé du mode d'action des autres sub-p stances toxiques ou médicamenteuses. Je dois me borner à jeter un coup d'œil général sur cet important sujet d'études. J'éprouve d'ailleurs, je l'avoue, un médiocre regret d'être tenu à ne vous présenter qu'un rapide résumé des travaux entrepris dans cette direction, car jusqu'à présent, les données sérieuses, établies par ces travaux, sont en bien petit nombre» Des assertions sans preuves,

'±1 TKEmÈME LEÇON.

,^ei?eneac« équivoques, des observations cliniques sans -^=.^- V, uace que nous rencoutrerions presque àchaque ^ eu 2usmt une revue approfondie des innombrabk's .:.au..::s r^aûves à linfluence des poisons el des nié- .xoiucuts iur i apparefl Taso-moteur.

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