‹ Leçons sur l'appareil vaso-moteur (volume 2)Chapitre 8 sur 88 · DES NERFS VASO-MOTEURS DU CŒUR · texte numérisé non relu

DES NERFS VASO-MOTEURS DU CŒUR

tien des capsules surrénales. Mais cette influence s'exercet-elle directement sur les vaisseaux de ces capsules? Ou bien y a-t-il d'abord une excitation des éléments anatomiques propres des capsules surrénales, avec action réflexe vaso-dilatatrice portant sur les vaisseaux de ces organes?

Je passe maintenant aux organes intra-thoraciques, au CQ^ur et aux poumons.

J'aurai encore bien peu de chose à dire de l'action des nerfs vaso-moteurs sur ces deux organes.

Les vaisseaux propres du cœur, c'est-à-dire les ramifications des artères coronaires et les racines de la veine coronaire, doivent recevoir des fibres vaso-motrices provenant du plexus cardiaque et des ganglions de Remak. Nous ne connaissons rien de positif, relativement à l'action de ces fibres nerveuses sur les vaisseaux du cœur. 11 convient cependant de dire quelques mots du rôle que M. Brown*Séquard leur a attribué dans la production du phénomène si remarquable, découvert par les frères Weber, à savoir de l'arrêt du cœur en diastole, ou plutôt en relâchement paralytique, sous l'influence de l'irritation électrique des nerfs pneumogastriques.

Pour M. Brown-Séquard, les nerfs pneumogastriques doivent être considérés comme contenant un bon nombre des fibres vaso-motrices destinées aux vaisseaux propres du cœur. L'électrisation de ces nerfs doit donc, d'après lui, produire* un resserrement considérable de ces vaisseaux, resserrement pouvant aller jusqu'à un effacement complet. L'anémie du myocarde, ainsi déterminée, aurait pour efl'et une incapacité de contraction, et, par

liO Seizième leçon.

couséquent, un arrêt paralytique des mouvements du cœur.

C'est eucore ainsi que M. Brown-Séquard a expliqué la syncope et la mort subite, observées dans des cas de lésions brusques intéressant le plexus solaire, les nerfs splanchniques, ou d'autres branches du sympathique (1).

Cette hypothèse, très-séduisante au premier abord , a donné lieu à diverses objections. On a allégué que la ligature des artères coronaires, qui doit cependant anémier le cœur autant que l'excitation de ses vaso-moteurs, n'arrête pas sur le coup ses mouvements ; la pénétration de matière pulvérulente ou de petites boulettes de cire dans l'intérieur des vaisseaux coronaires, devant produire à peu près le même résultat que leur constriction, ne paralyserait pas non plus d'une façon immédiate les mouvements cardiaques (Panum). Ainsi donc, quand même la circulation s'arrêterait d'une façon brusque et complète, sous l'in^ fluence d'un resserrement des vaisseaux allant jusqu'à leur effacement, les contractions cardiaques ne cesseraient pas aussitôt, comme cela a lieu dans l'expérience des frères Weber.

Cette objection, qui a une grande valeur lorsqu'il s'agit de l'explication proposée par M. Brown-Séquard, pour l'arrêt paralytique du cœur sous Tinfluence de la laradisation des nerfs vagues, n'est plus décisive quand on veut l'appliquer à la théorie de ce physiologiste, relative à la syncope, suivie ou non de mort, que peuvent produire les ébranlements violents des plexus sympathiques intra-abdominaux. En effet, si les contractions du cœur ne s'arrêtent pas brusquement, lorsque les artères coro-

(i) Brown-Séquard, Leçoni v.r ics nrrfs vny-o-moiKurs-, p. 100.

DES NERFS YASO-MOTEUES DU COEUR. ki

n aires sont liées, ou lorsqu'elles sont obturées par des corpuscules emboliques, ces contractions s'affaiblissent presque aussitôt, deviennent irrégulières et la mort peut survenir en quelques instants , comme je l'ai constaté chez des chiens chez lesquels j'injectais dans la carotide, vers le cœur, de l'eau contenant en suspension des spores de lycopode, ou des graines soit de tabac, soit de pavot. Mais Je lerépète, l'objection conserve sa force, dans le cas del'arrètdu cœur par l'électrisation des pneumogastriques.

En tout cas, ce n'est pas la seule objection que l'on puisse opposer aux hypothèses dont il s'agit. Par l'observation directe du cœur , quand on faradise les nerfs pneumo* gastriques, après avoir ouvert la cavité thoracique, sur un chien curarisé et soumis à la respiration artificielle, on ne voit se produire aucune modification dans les vaisseaux cardiaques. C'est là une des expériences que j'ai faites devant vous, dans une de nos leçons de démonstration, et vous avez pu vous convaincre que, comme je l'ai vu tant de fois, les vaisseaux du cœur ne subissent réellement aucun changement pendant que Ton faradise les deux nerfs pneumogastriques avec des courants môme extrêmement intenses. Non-seulement les vaisseaux visibles à l'œil nu restent, lorsque les mouvements du cœur sont arrêtés, ce qu'ils étaient quand les mouvements s'r xécutaient d'une manière régulière ; mais encore la couleur du myocarde ne change pas d'une façon appréciable, ce qui montre bien que les petits vaisseaux ne se sont pas resserrés.

J'ajoute que l'électrisation des nerfs vagues arrête aussi les mouvements du cœur chez des animaux dont le myocarde est, pour ainsi dire, privé de vaisseaux, chez la grenouille par exemple.

Ainsi donc, ce n'est pas en donnant Heu à une constric-

A3 SBIZIÈMB LEÇON.

tioD des vaisseaux du myocarde, que rirritation des nerfs pneumogastriques, soit direclemént par Télectricité, soit indirectemeut par des excitations réflexes, provoque Tarrôt paralytique du cœur. Les nerfs vaso-moteurs du myocarde ne paraissent pas être contenus dans les nerfs pneumo* gastriques (vago-sympatbiques chez le chien).

J'ai cherché aussi sur plusieurs animaux (chiens curarisés ou chloralisés, et soumis à la respiration artificielle) à obtenir un resserrement des vaisseaux du myocarde, en électrisant directement, dans le thorax ouvert dans toute sa longueur au niveau du sternum, un des ganglions cer vicaux inférieurs, celui du côté gauche, ou les filets cardiaques qui en émanent : le cœur était entièrement mis à nu par une incision du péricarde. Mais je n'ai rien vu qui puisse foire admettre une influence de ce ganglion ou de ces nerfs sur les vaisseaux du tissu musculaire du cœur.

Pour les poumons, même absence de renseignements positifs. On a reconnu depuis longtemps que la section des pneumogastriques détermine des engouements pulmonaires et même des pneumonies lobulaires ou lobaires; mais comment conclure avec certitude que ces congestions, que ces pneumonies, qui ofl'rent d'ordinaire les caractères des inflammations catarrhales des poumons, dérivent de la section de fibres vaso-motrices contenues dans les nerfs pneumogastriques et destinées aux poumons? Ne sait-on pas que les lésions qu'on observe dans ces conditions ne sont ni très-étendues, ni constantes comme distribution? Ne sait-on pas aussi que, comme M. Traube Ta fait voir, ces lésions pulmonaires ont souvent pour point de départ la pénétration de parcelles d'aliments dans les bronches, par suite de la paralysie de la plupart des muscles du larynx ?

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