NERFS VASO-MOTEURS DES POUMONS. A
Si les lésions des poumons, consécutives à Isr section des nerfs vagues dans la région du cou, étaient dues à la solution de continuité de fibres vaso-motrices contenues dans ces nerfs et destinées aux poumons, il semble que la division transversale de ces fibres devrait avoir pour résultat immédiat une dilatation des vaisseaux des poumons, et, par conséquent, une bypérémie bien manifeste de ces organes. Or , sur des chiens curarisés, dont les poumons étaient à nu, j'ai coupé les deux nerfs vagues : aucune modification de teinte ne s'est produite dans les poumons. J'ai électrisé alors les bouts périphériques de ces nerfs et je n'ai vu se produire non plus aucun changement de la coloration des poumons.
Cependant, il est probable que le système nerveux a une influence vaso-motrice sur les poumons, puisque M. Brown- Séquard (1) a montré que les lésions expérimentales de l'isthme de Tencéphale peuvent déterminer de Teniphysème de ces organes et des foyers d'apoplexie pulmonaire. Cette dernière lésion paraît impliquer la production d'une dilatation considérable des vaisseaux du poumon, avec augmentation de la pression du sang dans ces vaisseaux et extravasalion des globules sanguins. Ce sont des faits bien connus maintenant ; je vous en ai déjà dit quelques mots, et j'aurai l'occasion d'y revenir prochainement. Les fibres nerveuses vaso-motrices, destinées aux poumons, sont probablement amenées à ces organes par les nombreux filets que les ganglions thoraciques supérieurs fournissent aux plexus pulmonaires ; mais aucune donnée expérimentale n'a confirmé jusqu'ici cette présomption anatomique. Je ne parle pas des ganglions cervicaux infé-
(1) Drown-Séqaard (Comptes rendus de la Société de biologie, 1870, p. 86^
kk SEIZIÈME LEÇON.
rieurs, parce que j'ai coustaté directement .que leur faradisation n'a aucune influence appréciable sur la coloration des poumons.
J'ai cherché aussi à voir si les nerfs pneumogastriques ont une action vaso-motrice sur les vaisseaux de la membrane muqueuse du larynx. Les expériences ont été faites sur des chiens. Voici le résumé de Tune d'elles.
Ezp. I. — Sur un chien vigoureux, de moyenne taille^ on injecte lentement et en plusieurs fois, dans une des veines crurales, la quantité de chloral, en solution aqueuse au cinquième, nccrssaire pour déterminer une anestbésie complète. Ou met le larynx à nu, puis on le coupe en travers, entre le cartilage thyroïde et Tos hyoïde; on l'attire ensuite au dehors de la plaie, en le séparant des tissus environnants. On excise une grande partie de l'cpiglotte, de façon à avoir nettement sous les yeux l'oriflce supérieur du larynx. On constate que les mouvements respiratoires de la glotte ont lieu immédiatement avant ceux du thorax, et ceux-ci avant ceux de l'abdomen.
Chacun des nerfe pneumogastriques est mis à découvert, au milieu de la région cervicale. On coupe en travers le nerf pneumogastrique droit. Les mouvements des cordes vocales du côté correspondant cessent aussitôt de se produire. On ne reconnaît aucun changement de coloration de ces cordes vocales.
On faradise le bout central du nerf pneumogastrique droit (appaseil à chariot, pile de Grenet, courant intermittent d'une intensité assez forte). La respiration s'arrête d'abord. Les deux cordes vocales supérieures demeurent rapprochées l'une de l'autre dans toute leur étendue, excepté dans leur partie antérieure, c'est-À-dire vers Jeur insertion thyroïdienne. En ce point, elles sont séparées et laissent entre elles un petit orifice. La respiration recommence, malgré la faradisation persistante du bout central du nerf vague droit : il se produit alors par cet orifice une sorte de ronflement» analogue i celui du sommeil. Il n'y a pu, à ce moment non plus^ de changement de coloration de la muqueuse qui revôt les cordes vocales supérieures.
On transporte ies électrodes sur le bout périphérique du même nerf vague droit et on l'électrise. La corde vocale supérieure correspondante se rapproche immédiatement de celle du côté opposé; il reste encore entre ces deux cordes^ au même point, le petit hiatus dont nous avons parlé, et k respiration spontanée devient sifflante et ronflante. La membrane muqueuse ne subit» du côté correspondant au nerf électrisé, aucune modification de couleur.
On coupe le nerf pneumogastrique gauche. Les mouvements des cordes vocales de ce côté cessent aussitôt ; on fait diverses expériences sur les nerfs du larynx, sans parvenir à reconnaître qu'ils exercent une action sur les petits vaisseaux de la muqueuse laryngée; mais on n'a pas électrisé les nerfs laryngés supé-
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rieon, — Les mouvements respiratoires du larynx ne sont plus représentés maintenant que par on mouTement de rapprochement entre le cartilage cricoîde et le cartilage thyroïde : ce mouTement a lieu lors de chaque inspiration.
On voit que la section des nerfs pneumogastriques et l'électrisation du bout inférieur de ces nerfs ne produisent aucune modification de la couleur de la membrane muqueuse qui revêt les cordes vocales supérieures. Mais il est clair que les fibres vaso-motrices destinées à la membrane muqueuse du larynx peuvent suivre une autre voie que celle des nerfs laryngés inférieurs; il fallait donc, chez le chien, électriser les nerfs vagues intacts, de façon à obtenir les effets que peut provoquer l'excitation du cordon cervical du sympathique; il fallait aussi électriser le bout périphérique des nerfs laryngés supérieurs.
On a donc mis à nu les nerfs laryngés supérieurs et les nerfs pneumogastriques sur un autre chien chloralisé. La faradisation du bout périphérique des nerfs laryngés supérieurs n'a paru produire aucun effet sur les vaisseaux de la membrane muqueuse du larynx ; mais en électrisant les bouts supérieurs ou centraux des nerfs pneumogastriques on a cru voir se manifester une pâleur assez marquée de cette membrane. Cet effet, sur la réalité duquel on avait conservé quelques doutes, s'est montré de nouveau et de la façon la plus nette dans une dernière expérience dont je crois devoir vous donner la relation.
En». II. — Sur un chien de forte taille, chloralisé par injection intra-veineuse, on ouTre la cavité abdominale et on met à découvert le nerf splanchnique du côté droit. La préparation est faite sans perte de sang. Le foie a sa couleur i peu près normale. On coupe le nerf splanchnique mis à nu, et le bout périphérique de ce nerf est lié arec un fil. On faradise ce bout périphérique du nerf splanchnique (appareil à chariot, pile de Grenet]. La bobine au fil induit est écartée de son point de départ de 8 centimètres^ lors des premiers essais ; pms elle est ramenée h 5 centimètres^ et enfin remise tout à fait au point de
départ, de telle sorte qu'elle couvre enlièremeut la bobine inductrice et que l3 courant possède son maximum d'intensité. Les faradisations faites successiTcroent avec ces degrés dtfTércnts d'intensité ne déterminent pas le moindre changement de la coloration du foie. Au contraire, lorsqu'on électrise les nerfs bépatiques qui aToistnent le canal cholédoque et l'artère hépatique, on obserre, au bout de quelques instants, que le tissu du foie p&lit dans plusieurs lobes de l'organe. Ce qui montrait bien que la nullité des effets produits dans le foie par l'électrisation du nerf splanchnique ne tenait pas à une altération quelconque de ce nerf, due aux manœuvres de la préparation, c'est que cette électrisation déterminait une anémie considérable du rein correspondant et une constriction extrêmement forte de la rate.
On met ensuite à découvert les deux nerfs pneumogastriques, et l'on prépare le larynx de Ciçon à exposer aux regards son orifice supérieur. Pour cela, l'animal étant sur le dos^ on a écarté les muscles qui recouvrent le larynx e^ la trachée, puis on a coupé le larynx et le pharynx, entre le cartilage thyroïde et Tos hyoïde, en prenant grand soin de respecter l'épiglotte. L'orîfloe supérieur du larynx s'offre alors à la vue. En relevant l'épiglotte, on constate que pendant la respiration, surtout si elle est un peu gênée, les cordes vocales intérieure» s'accolent lors de l'inspiration et s'écartent pendant l'expiration. Les apophyses antérieures des cartilages aryténoides n'arrivent pas au contact pendant l'expiration, ni même pendant les cris. Il reste là, dans ce moment, en arrière des vraies cordes vocales, un orifice assez étroit. Les cordes vocales supérieures ne s'accolent dans aucun point de leur longueur, au moment de l'inspiration. Les cartilages aryténoides se rapprochent l'un de l'autre pendant l'expiration forcée et se touchent même dans un point de leur longueur, en même temps que leur pariie supérieure se rapproche de l'épiglotte. L'espace situé entre ces deux cartilages se partage alors en deux boutonnilres, l'une plus longue, située en avant, l'autre en arrière du point où ces cartilages se touchent. Quand on électrise l'un ou l'autre des nerfo pneumogastriques intacts, la partie supérieure de l'un des cartilages aryténoides se rapproche de l'autre et s'accole i elle avec force ; ces cartilages restent un peu écartés l'un de l'autre à leur partie inférieure, mais ils sont comme attirés dans leur ensemble, d'arrière en avant, vers le cartilage thyroïde.
Il y a une vascularisation asses prononcée de la muqueuse au niveau de la face postérieure de l'épiglotte, surtout vers ses parties supéro-latérales. Il y a également une vascularisation asseï prononcée au niveau du bord supérieur de la base des cartilages arjténoîdes. Les cordes vocales, et, d'une façon générale, la muqueuse de l'intérieur du larynx, ne présentent pas de vaisseaux superficiels nettement visibles. En électrisant un des nerfs pneumogastriques intacts, il se produit très-réellement une p&lcur notable de la moitié correspondante de l'épiglotte et de la partie postérieure du bord de l'orifice supérieur du larynx; mais les mêmes parties du côté opposé pâlissent aussi, quoique d'une façon moins marquée. Cet effet tient évidemment à l'arrêt des mouvements du cœur, produit par la faradisation du nerf vague mis en expérience. Il y a, en même temps, arrêt momentané de la respiration. On coupe les deux pneumogastriques
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et on lie les deux bouts de chacun de ces nerfs. La faradisation de Tun ou de l'autre des bouts supérieurs (aTec 5 ou 8 centimètres d'écartement de la bobine induite) ddtermiac incontestablement une pâleur manifeste de la membrane muqueuse laryngée du côté correspondant et une diminution bien prononcée du calibre des vaisseaux visibles dans les points sus-indiqués. La faradisation d'un seul bout central arrête aussi la respiration. Sous Finfluence de la Ikradisation de l'un ou de l'autre des bouts périphériques^ la corde vocale inférieure et le cartilage arytënoîde du côté correspondant se rapprochent de l'axe du larynx. Il y a pâleur marquée, non-seulement de la muqueuse de ce côté, mais encore de celle du côté opposé, évidemment par arrêt du cœur.
La section d'un des nerfs vagues (le droit), faite la première, n'avait pas eu d'action sur la pupille correspondante^ déjà extrêmement resserrée par le chloral. La faradisation du bout central de Vun ou Vaulre de ces nerfs détermine, an contraire, une dilatation bien apparente de la pupille du même côté.
Dans cette expérience, nous avons constaté, une fois de plus, que la faradisation du nerf splanctinique (ici c'est celui du côté droit qui a été excité) n'exerce aucune action manifeste sur les vaisseaux du foie. Nous avons, en outre, reconnu bien clairement que la faradisation du bout supérieur du nerf vago-sympathique, faite sur le chien, produit une constriclion incontestable des vaisseaux de la membrane muqueuse du larynx. Les fibres vaso-motrices qui déterminent cet effet sont bien vraisemblablement contenues dans le cordon sympathique cervical, accolé, chez le chien, au nerf pneumogastrique.
Les lésions auxquelles est exposé ce cordon nerveux chez l'homme, sous Tinfluence de causes diverses, telles que traumatisme, compression par des tumeurs» par exemple, peuvent donc, sans doute, déterminer dans la membrane muqueuse du larynx des troubles vaso-moteurs plus ou moins considémbles. Quelles peuvent être les conséquences de ces troubles? Les faits nous font défaut pour répondre à celte question.
Nerfs vaso-moteurs de la moelle épinière. — Actions vaso-motrices directes. — Actious vaso-motrices réflexes. — Expériences de M. Brown-Séquard ; sa théorie des paralysies réflexes; discussion de cette théorie. — Théorie de MM. 7accoud et Weir Mitchell; discussion. —Doutes sur l'existence même des paralysies réflexes admises par difTérents auteurs.*— Rôle des vasomoteurs dans le tétanos.
Nous n'avons pas l'intention de passer en revue tous les organes, pour étudier l'influence des nerfs vaso-moteurs sur leur fonctionnement, à l'état normal et àTétat pathologique ; mais nous ne pouvons pas nous dispenser de jeter un coup d'oeil sur les centres nerveux cérébro-spinaux et d'examiner l'influence de l'appareil vaso*tnoteur sur ces centres nerveux.
Les diverses parties du myélencéphale sont parcourues par de nombreux vaisseaux qui, comme ceux des autres parties du 'corps, reçoivent des nerfs vaso-moteurs. Nous avons déjà étudié l'influence de ces vaso-moteurs sur l'encéphale, quand nous avons recherché quelle était l'action générale de ces nerfs; mais nous n'avons pas vu comment agissent sur les fonctions de la moelle épinière ceux qui innervent les vaisseaux de ce centre nerveux. C'est l'examen de cette question qui doit nous occuper maintenant
Les vaisseaux de la moelle reçoivent très-certainement
NERFS YASO-MÛTëURS DE LA MOELLE ÉPlNiÉBE. AO
des nerfs vaso-coDslricteurs : ils sont soumis aussi, sans aucun doute, à l'influence de nerfs vaso-dilatateurs.
L'action fonctionnelle de ces nerfs, pendant la vie, se produit par mécanisme réflexe, comme cela a lieu dans les autres organes.
Nous ne connaissons rien, ou presque rien, des effets physiologiques directs de l'excitation expérimentale des nerfs qui se distribuent aux vaisseaux delà moelle épinière. Aussi m'a-t-il paru intéressant de chercher à obtenir, dans ce centre nerveux, les effets de contraction vasculaire qu'on provoque facilement dans d'autres parties du corps, et que nous avons vus se manifester dans l'encéphale luimême (1 ) .
Voici l'expérience que nous avons faite :
Exp. L — Chies de taille moyenne, Tigoureux.
A 1 h. 20 m. ranimai est cnrarisé, puis soumis à la respiration artificielle.
A i h. 35 m., on ouvre le rachis, et la moelle épinière est mise à nu, dans une loDgenr de 6 centimètres, au niveau des dernières côtes. Pas d'hémorrliagie, pas de contusion de la moelle. On recoud la plaie^ on continue la respiration artificielle et on laisse l'animal en repos : on injecte dans le tissu cellulaire quelques centigrammes de curare en solution aqueuse^ lorsqu'on ¥oit qu'il 7 a tendance au retour des mouTements volontaires.
A 3 h. 40 m., le chien est placé sur le dos. On ouvre la cavité Qioradque an nireaa du sternum» dans toute sa longueur et Ton prolonge l'incision en coupant aussi la paroi abdominale, sur la ligne médiane, jusqu'à une certaine distance du thorax.
On met à nu le dernier nerf intercostal du côté droit, immédiatement audessus du diaphragme. On découvre ce nerf jusqu'au trou de conjugaison par lequel il sort et on passe un fil au-dessous de lui. On met à découvert le rameau communicant, qui va de ce nerf au ganglion sympathique correspondant : ce rameau est aussi soulevé sur un fil.
On a préparé deux fils de cuivre, fraîchement décapés, mais isolés par de la gutta'percha dans toute leur longueur, à l'exception de leurs extrémités, et enfermés dans un tube de verre. Ces fils ont une de leurs extrémités en rapport avec les pôles d'un appareil à induction. (Appareil à chariot. — Pile de Grenet.)
(i) Voy. t. 1, p. 109.
TVLPUN, II. — A
On place les extrémités de ces flls^ recourbées en crochet^ en contact dvec le nerf intercostal, à S'centimàtres à peu près du trou de coigagaison, c'està-dire en dehors du point où a lieu Tunion du nerf et du rameau communicant.
L'animal est alors placé sur le flanc gauche et disposé de telle façon qu'un des observateurs peut maintenir les électrodes en contact avec le nerf, pendant qu'un autre examine attentivement la moelle épinière, après que la dure-mère a été divisée et écartée.
On fait passer un courant interrompu dans le nerf intercostal. La bobine induite est placée d'abord à 12 centimètres, puis à 5 centimètres du point où elle recouvre entièrement la bobine inductrice. Elle est ensuite placée en ce point, c'est-à-dire dans la position où le courant a sa plus grande intensité. On ne constate aucun changement appréciable dans la vascularisation de la pie-mère spinale. Cet essai est répété plusieurs fois, les expérimentateurs alternant lenr rôle, et, en définitive, on reste convaincu que l'électrisation du nerf intercostal, pratiquée à l'endroit indiqué, n'agit pas sur les vaisseaux de la pie-mère spinale.
Les électrodes sont alors appliqués sur le nerf intercostal, près du trou de conjugaison,, après avoir étreint fortement ce nerf à l'aide d'une ligature trèsserrée, dans le point où on l'a d*abord faradisé. La faradisation est recommencée dans ce nouveau point d'application, mais sans autre résultat que dans l'essai précédent. On n'observe aucune modification de la vascularisation de la pie-mère spinale.
On place alors les électrodes en contact avec le rameau communicant mis à découvert et Ton faradisé ainsi ce rameau. Quand la bobine induite est écartée de 5 centimètres du peint où elle recouvre entièrement la bobine inductrice, on note un léger effet qui, au bout de quelques secondes, devient très-appréciable. Ou répète plusieurs fois cette faradisation, et chaque fols les effets suivants se manifestent.
Quand on farsdise le rameau communicant, on voit, au bout d'un certain temps, la moelle épinière pâlir, surtout dans sa moitié droite; les vaisseaux diminuent de calibre, quelques-uns disparaissent en partie. Quand on cesM la faradisation, les vaisseaux se remplissent, s'allongent, on y aperçoit des battements. La teinte générale est plus rouge; les vaisseau les plus gros, qui étaient noirâtres, deviennent rouges.
Lors de ces faradisations du rameau sympathique, le chien émet un peu d'urine, mais sans force de projection. Ce fût se reproduit presque à ciMque électrisation.
LorMine l'expérience a été renouvelée un certain nonbra de fols, un ttèepelit vaisseau qui, vu à la loupe, avait le diamètre d'un cheveu trèt^&n, se rompt au moment où l'on éponge la surface de la moelle épinière : il s'en échappe un petit filet de sang qu'on est obligé d'éponger très-souvent On teradise alors de nouveau le rameau communicant et l'on voit que, lors de chaque faradisation, l'écoulement sanguin s'arrête : si l'on cesM la faradisation, on voit, au bout de quelques secondes, le sang couler de nouveau. On répète
ACllONS VASO'MUtRlCES RÉFLEXES DANS LA MOLLLE. 5)
fliukurs fois la faradltatioiiy et chaque fois récoulement du sang s'ai*rèle. On cesse rexpërience à d h. 45 m. La respiration artificielle avait été continuée jusque-là; le cœur battait toujours fortement et régulièrement; quel ques légers monvements faaciculaires se montraient dans les muscles du train pottétieur; les effets de la curartsation étaient évidemment en voie de se dissiper.
On voit que la faradisation d'un rameau communicant de la chaîne intra-thoracitiue du grand sympathique a eu pour résultat une constriction bien nette des vaisseaux de la région de la moelle épinièro d'où naissait le nerf inter-. costal avec lequel ce rameau était en relation ; et la cessation de la faradisation était suivie d'uu retour des vaisseaux à leur état antérieur : peut-être même se dilalaient-ils un peu plus qu'ils ne Tétaient auparavant. Les vaisseaux de la moelle épinière auraient dû se resserrer aussi, lorsqu'on électrisait le nerf intercostal, en dedans du point où il reçoit les rameaux communicants du ganglion situé audessous de lui. Quelque circonstance qui a passé inaperçue aura sans doute empêché le resserrement vasculaire de se produire.
Les effets vaso-constricteurs n'ont pu être observés que dans la pie-mère spinale : on conçoit que l'on ne puisse pas examiner ce qui se produit dans la moelle elle-même ; mais les probabilités sont pour que des phénomènes, analogues à ceux que préseule la pie-mère, se manifestent dans la moelle.
Voyons maintenant les faits physiologiques l'elatifs aux phénomènes vaso-moteurs qui peuvent se manifester dans la moelle épinière, par action réflexe. Ils ont un intérêt tout particulier, car ils ont servi à édifier une des théories à l'aide desquelles on a cherché à expli-
52 DIX-SBPTIÈME LEÇON.
quer le mode de production des paralysies dites réflexes.
Ces faits, ce soDt les expéricDces dans lesquelles M. Brown- Séquard aurait obtenu une constriction réflexe des vaisseaux de la pie-mère spinale, et probablement de ceux de la région correspondante de la moelle épinière ellemême.
Dans le cours de ses nombreuses recherches sur les capsules surrénales et sur les reins, M. Brown'-Séquard a été conduit à examiner l'influence que pouvait exercer sur la -moelle Tirritation des nerfs de ces organes. Or, il a vu, au moment où il liait l'ensemble des vaisseaux et des nerfs d'un des reins, ou d'une des capsules surrénales, les vaisseaux de la pie-mère spinale se resserrer, et il ajoute que le resserrement vasculaire est, en général, dans ces cas, plus prononcé dans la moitié de la moelle épinière du côté où la ligature des nerfs est pratiquée (1). Il s'agit là, on le conçoit bien, d'un phénomène réflexe. Nous n'avons pas répété cette expérience, et, par conséquent, nous ne pouvons ajouter aucun détail à ceux que donne M. Brown-Séquard. Nous nous contenterons de dire que, si les choses se passent exactement comme il les indique, le résultat de ces expériences peut servir d'argument à l'appui de l'opinion que nous soutenons, relativement à l'existence de centres multiples pour les actions réflexes vaso-motrices. Gomment expliquer, en effet, que la contraction réflexe des vaisseaux, provoquée par la ligature des nerfs des reins ou des cap« suies surrénales, puisse se limiter à une région peu étendue de la moelle épinière et dans un seul côté de cette région, si tous les ner& vaso-moteurs du corps ont leur centre
(1) Bro^B-Séquftrd, Uçùm tut le diagnùttk ti ie traitement det prinei-^ paiei formée de paralytie dee membree inférieurt, tnd. fnmç., Piris, 1864 p. Sa.
EFFETS DE l'ANÉHIE DE LA MOELLE ÉPIIfliRE. 53
d*action réflexe dans un seul point du bulbe rachidien ?
Cet ai^ment, du reste, nous sérail fourni, tout aussi valable, par Tune quelconque des innombrables actions ^asculaires réflexes qui peuvent se produire isolément dans les différents organes du corps.
Mais les expériences de M. Brown-Séquard offrent un intérêt d'un autre genre : elles semblent prouver qu'une action vaso-constrictive réflexe, provoquée par une excitation portant sur les nerfs d'un organe viscéral (rein ou capsule surrénale), peut se manifester dans la pie-mère spinale, ot, par conséquent, suivant toute vraisemblance, dans la moelle épinière elle-même. Or, la constriction des vaisseaux de la moelle doit, théoriquement, avoir pour conséquence l'anémie de cet organe et, par suite, la cessation de son fonctionnement.
L'anémie de la moelle épinière détermine , en effet, avec une grande rapidité, l'abolition des fonctions médullaires. C'est un fait démontré, de la façon la plus nette, par les injections de poudres inertes dans les vaisseaux de ce centre nerveux. Ces expériences, instituées d'abord par Flourens (1\ mais dont j'ai fait voir la signification véritable, ont été répétées depuis par divers expérimentateurs, par M. Panum (2), par M. Feltz (3), entre autres, et elles ont toujours donné le même résultat. C'est avec la poudre de lycopode , en suspension dans l'eau , que Flourens avait fait quelques-unes de ses expériences, et
(i) Flourens (Comptes rendus de l'Acad. des sciences, 4847, p. 905 et soiv. — et 1849, p. 37 etsui?.).
(2) P. L. Pannm. BxperimenleUe Untersuckungen zur Physiologie wid Pa^ Utologie der Embolie^ Transfusion und Blutmenge (Aus dem 27/29 Bande von Vircbow*s ArchiT abgedmckt, Berlin^ 1864, p. 89 et soi?.).
(3) V. FelU. Étude clinique et expérimentale des embolies capillaires^ Paris, 1868, p. 106 et suit.
5i DIX-SBPTIÈHB LBQON.
c'est ce même procédé que j'ai mis en usage dans les miennes (1). On injecte quelques grammes d'eau, contenant en suspension de la poudre de lycopode, dans Tarière crurale d'un chien, vers le cœur. L'injection doit ôtre poussée avec une certaine force, de façon à faire remonter le liquide dans l'aorte abdominale jusqu'au-dessus de l'origine des artères rénales. Toutefois, on ne doit pas lancer trop violemment l'injection, car le liquide, chai^ de poudre de lycopode, pourrait parvenir jusque dans les cavités gauches du cOBur, et de là, par la contraction do ventricule gauche, il pourrait être envoyé dans toutes les branches de Taorle. Ce seraient alors des phénomènes d'embolie capillaire généralisée qui se manifesteraient. Il se produirait, entre autres, des troubles des fonctions cérébrales, et ceux qui dépendent de l'embolie des artères de la moelle épinière pourraient se trouver ainsi plus ou moins masqués.
Lorsque l'injection est faite, comme je viens de le dire, avec une force modérée, le liquide lancé dans l'artère crurale, vers le cœur, remonte dans l'aorte abdominale jusqu'au voisinage du diaphragme; puis il est repoussé par le courant centrifuge du sang, provenant du cœur, dans les branches qui naissent de cette région de Taorte. H pénètre donc dans les artères viscérales et aussi dans les artères lombaires. U passe dans les branches de ces dernières artères, par conséquent dans les branches postérieures et dans les rameaux spinaux que fournissent ces artères. Ck)nduiles ainsi dans la moelle épinière, les spores de lycopode, qui ont un très-petit volume (trois
(1) Vulplan, Sur la durée </e la persiêUmee de» propriHi» det mutclee^ de» nerfs et de la moelle épinière après tinterruption du cours du sang dan» ce» organes, (Gasette bebdom. de raéd. et de chirurgie, 1861, p. 411 et suiv.)
EFFETS DE l'anÉUIE DE LA MOELLE ËPINIÈRB. 55
centièmes environ de millimètre de diamètre), s'arrêtent dans les artérioles d'un diamètre égal au leur et interceptent de la sorte, subitement et complètement, la circulation dans la portion lombaire de ce centre nerveux.
J'ai fait rexpérience devant vous, et vous avez vu que l'injection de poudre de lycopode, ainsi pratiquée, détermine une paraplégie presque immédiate. Quelque rapidité que nous ayons apportée à détacher Tanimal, lorsqu'on Ta mis à terre, son train postérieur était déjà bien affaibli. Il a pu Taire cependant quelques pas, en se servant avec peine de ses membres postérieurs sur lesquels il était tout chancelant ; puis, au bout de quelques instants, ces membres refusaient tout service et le chien les traînait, tout à fait inertes, en cherchant à marcher à l'aide de ses deux pattes antérieures seulement.
On a serré très-fortement les orteils des membres postérieurs entre les mors d'une grosse pince, on les a pressés contre le sol à l'aide du pied, et Tanimal n'a paru rien ressentir, même au moment où ces membres n'avaient pas encore perdu toute motilité volontaire. Puis on a mis un des nerfs sciatiques à nu, et vous avez pu voir un fait intéressant, signalé par Flourens : quand on froissait le nerf entre les doigts, ou quand on l'électrisait avec un cou* rant induit d'une assez grande intensité, il n'y avait aucun signe de douleur; au contraire, sous l'influence de ces mêmes excitations, faites quelques minutes après l'ia* jection, des mouvements du pied et des orteils se produisaient encore. Un peu plus tard, le nerf avait perdu aussi toute influence sur les muscles du membre.
Dans les cas où l'animal survit à Texpérience, pendant vingt-quatre ou trente-six heures, on trouve, en examinant la moelle épinière, un ramollissement plus ou moins pro-
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nonce de la substance blanche. Ce ramollissement est ordinairement rouge, comme hémorrhagique. Dans tous les cas, qu^l y ait ou non une survie suffisante pour que le ramollissement ait lieu, on reconnaît facilement, à l'aide du microscope, sur des coupes faites après que la moelle a durci dans l'acide chromique, les spores de lycopode arrè* tées dans les vaisseaux de la moelle.
Je vais faire passer sous vos yeux la moelle épinière d'un chien, sur lequel on a fait hier une injection de poudre de lycopode dans Tartère crurale» vers le cœur, de façon à obturer les artérioles de la région lombaire de la moelle épinière. Le chien n'a survécu qu'une vingtaine d'heures, et vous pourrez voir, dans ta région dorso*lombaire» un commencement de ramollissement hémorrhagique de la substance grise.
Tels sont les résultats constants de cette expérience. Ils prouvent que Tanémie de la moelle épinière abolit presque immédiatement ses fonctions.
Puisque l'anémie produite par ce procédé a de tels effets, on peut supposer qu'elle doit avoir des conséquences du même genre lorsqu'elle est due à un resserrement de la tunique musculaire des petits vaisseaux de la moelle épinière.
M. Browo-Séquard était donc en droit de supposer que la contraction vasculaire qu'il avait observée dans la piemère spinale des animaux chez lesquels il écrasait , au moyen d'une ligature, les nerfs des reins ou des capsules surrénales, pouvait déterminer l'affaiblissement ou même la cessation des fonctions de la portion de la moelle ainsi anémiée. C'est en s'appuyant sur ces données qu'il a tenté d'établir une théorie du mécanisme des paralysies que l'on réunit sous le nom de paralysies réflexes (Graves).