‹ Leçons sur l'appareil vaso-moteur (volume 2)Chapitre 87 sur 88 · BELLADONE ET ATROPINE · texte numérisé non relu

BELLADONE ET ATROPINE

bien que Tarrèt des sécrétions, produit par l'atropine, n'a point pour cause un resserrement des vaisseaux sanguins glandulaires. En effet, sur un chien curarisé et soumis ensuite à Faction toxique de Tatropine, la faradisation de la corde du tympan (ou du lingual uni à ce rameau nerveux) provoque encore, comme Ta découvert M. Heidenhain, une dilatation considérable des vaisseaux de la glande maxillaire, et cependant il ne s'écoule plus, ainsi que l'a fait voir M. Keuchel, le premier, la moindre goutte de salive par le canal de Wharlon.

En un mot, des faits expérimentaux nombreux autorisent à mettre en doute l'influence vaso-constrictive que l'on a attribuée à l'atropine, ou du moins à afBrmer que cette influence est loin de s'exercer dans toutes les régions du corps. De plus, ils nous donnent le droit de rejeter la théorie qui veut expliquer les effets physiologiques, toxiques et thérapeutiques de la belladone et de l'atropine, par celte action vaso-constrictive.

Ces substances agissent rraisemblablement sur les extrémités périphériques dos nerfs, et sur les éléments des centres nerveux. Peut-^tre leur action porte-t-elle aussi sur d'autres éléments anatomiques. Toujours est-il qu'elles paraissent exercer une influence excitante sur les extrémités périphériques des nerfs sympathiques. C'est par suite (!e cette influence que l'atropine dilate la pupille. C'est probablement par le même mécanisme qu'elle fait cesser certaines sécrétions.

L'abolition passagère du pouvoir modérateur des nerfs pneumogastriques sur le cœur, que Ton explique d'ordinaire en admettant une paralysie des extrémités de ces nerfs par l'atropine, dépend peut-être elle-même d'une irritation des extrémités des nerfs sympathiques cardiaques,

7i6 TRENTIÈME LEÇON.

et de la résistance qu Wrent alors ces extrémités à FactioD d'arrêt que peuvent exercer sur elles, dans l'état normal, les nerfs vagues, ou plutôt les fibres des nerfs accessoires de Willis, contenues dans ces nerfs.

Od le voit donc : l'action vaso«constrictive, attribuée aux substances toxiques et médicamenteuses que nous venons d'examiner, est, pour le moins, très-contestable. En tout cas, cette action ne saurait expliquer les eflets produits, chez l'homme et les animaux, par ces substances.

— Il convient de jeter aussi un coup d'œil sur les agents toxiques et médicamenteux du second groupe, c'est-à-dire sur ceux qu'on a considérés comme doués d'un pouToir vaso-dilatateur. Nous examinerons, comme pour les substances du premier groupe, si ces agents détermioent réellement une modification des vaisseaux ; si cette mo* dification consiste en une dilatation; et enfin, si les troubles fonctionnels qu'ils provoquent sont dus à cette dilatatioo vasculaire.

Dans le groupe des substances regardées comme Tasodilatatrices, nous trouvons d'abord Vopium; son extrait, et certains des alcaloïdes qu'il contient, ia morphine^ entre autres.

L'effet produit sur la pupille par l'o/mim, effet inverse de celui qui est déterminé par la belladone, a dû suggérer l'idée d'une action, inverse aussi, sur les vaisseaux. Mais rien ne démontre d'une façon bien nette que l'opium fasse dilater les vaisseaux. Nous avons vu, en nous occupant des théories physiologiques du sommeil, que les vaisseaux de la pie-mère cérébrale et ceux de l'écorce grise du cerveau

FÂVES DE CALABAR ET É8ÉRINB. 7&7

ne sont pas manifestement dilatés par l'opium. Uexamen des membranes muqueuses accessibles à la vue, chez les animaux narcotisés à l'aide de cette substance, n'y révèle pas une rougeur bien nette : il en est de même de la membrane muqueuse de la bouche, chez l'homme, dans les cas d'absorption volontaire ou involontaire de doses toxiques d'opium. La sécheresse de cette membrane muqueuse, la diminution de la sécrétion salivaire, à la suite de l'ingestion de l'opium, la guérison de la diarrhée par ce médicament, porteraient plutôt à croire qu'il exerce une influence constrictive sur les vaisseaux, si l'on ne savait que ces différents effets peuvent s'expliquer d'une tout autre manière. On sait que la diminution des sécrétions, dans ces conditions, peut être attribuée à l'action de l'opium sur les nerfs dont les extrémités sont en relation avec les éléments des glandes.

On a aussi attribué une action vaso-dilatatrice à la fh^e de Calabar^ et à son alcaloïde, Yésérine. Ce sont encore des substances qui, sous certains rapports, peuvent être considérées comme des antagonistes de la belladone et de l'atropine.

Ainsi, l'ésérine provoque un resserrement considérable de la pupille, tandis que l'atropine la dilate. L'extrait de fèves de Calabar, d'après MM. Àrslein et Sustschinsky, aurait la propriété de rendre aux fibres modératrices des nerfs va* gués, paralysées par Falropine, leur action sur le cœur (1).

(i) Voir : Thomas R. Fraser. An Expérimentai Research on the Antagonism betvoeen the Actions of PhijsoUigma and Atropia. Edinburgta, 1872; — J. RossbachetC.Frôhlicb. Untersuchungen Uber die physiologischen Wirkungen des Atropins und Physostigmins au f Pupille tmd Herz (Centralblatt...^ 1873, p. 92A) ; — F^ Hamack. Ueher die Wirkung des Atropins und Physostigmins Quf Pupille und Herz (Anal, in Centralblatt..., 1874, p. 876), etc.

7ft8 THamiiiE lbqoii.

J'ai vérifié le fait à plusieurs reprises. Je vous citerai les expériences que j*ai faites le plus récemment sur ce sujet.

Exp. U — Sur un jeiue chien lénier, on iojecte bous U peaa da centre, à I h. 50 m., 20 centigrammes de sulfate d'atropine. Quelques miniites aprèf eeUe injection, les pupilles sont dilatées an maximnm ; la membiAne muqnente buccale est ronge et absolument sèche.

2 h. 45 m. Les nerft pneumogastriques sont mis à nu, liés et coopéf. Le bout périphérique de ces deux netfs est faradisé avec on courant très-intesse. U n*y a pas d'airèt des mouvements du cœur.

On iiyecte alors sous la peau 40 centigrammes d'extrait de fèves de Ca/abnr, en solution dans une faible quantité d'eau*

3 h. 10 n. I/excitilkHi des nerft vagues (boots périphériques) n'anréte pu le cœor.

3 h. 12 m. On ii^ecte dans le tissu cellulaire sons-cotané 2 gramme* d'iodure de potassium en solution dans 30 grammes d*eaa : l'iigection est fût^ en plusieurs fois et dans différentes régions du corps.

3 b. 25 m. La faradisation des deux nerfs vagues (bouts périphériques) n'ar rôte pas le cœur, mais modifie cependant un peu les battements qui devieaneat plus faibles pendant quelques instants.

Il en rst de même à 3 h. â5 m.

4 h. 12. m. La faradisation des bouts périphériques des nerfs vagues ralentit bc'aucoup les battements du cœnr, et même les arrête pendant un monent. Il est érident que ces nerb recouvrent leur action d*arrêt snr le cour.

Quelques minutes après Tiiviection de l'extrait de fèves de Calabar, on avait constaté des contractions musculaires isolées, passagères, se produisant tantût Uana une région, tantêt dans une autre, et visibles surtout k la surface.

4 h. 45 m. Convulsions généralisées et, presque aussitôt, mort de l'aninaL Oq fait immédiatement la nécropsie. Les diverses parties du corps paraissent Disangues : tout le sang est accumulé dans les veines caves. — AociBe dans les cavités viscérales.

Vestomac est vide d'aliments et offre une pneumatose considérabk.

Vurine prise dans la vessie ne contient pas d'iodure de potassium.

Chez ce chien, l'exlrait de fèves de Calabar a donc litué au nerf vague, du moins en partie, son action sur le cœur, action que le sulfate d'atropine avait abolie d^une façon complète. La dose de sulfate d'atropine injectée sous la peau était considérable, et le résultat obtenu à l'aide de l'extrait de fèves de Calabar n'en rsl que plus probant.

FÉV£S DB GALABAR BT ÉSÉRlNfi. 7^9

C'est daDs des conditions analogues , que nous avons observé le même effet produit par cet extrait, chez un autre chien.

Eip. II. — Chien adulte, vigoureux, de moyenne taille. On ouvre la trachée* .ii-lire et on la met en communication avec l'appareil à respiration artiûciclle. La carotide droite est mise à nu.

1 h. 50 m. Injection de 09^,06 de curare en solution aqueuse concentrée, dans le tissu cellulaire sous-cutané.

2 h. Température rectale, 39^,4 G. La respiration spontanée est sur le point de s'arrêter ; on commence la respiration artificielle.

2 h. 5 m. Température rectale, 39^3 G. Les pupilles sont étroites. On met U bout cardiaque de la carotide en communication avec rbémodynamomctre, ei Ton prend un tracé du pouls carotidien, à l'aide du cylindre enregistreur.

Tension, 0",128.

2 h. 10 m. Injection sous U peau de Tabdomen de 0>%i25 de sulfate d'atropine en solution aqueuse asses concentrée.

2 h. 20 m. Pupilles trës-dilatées. Le chien a encore de légers mouvements, comme spasmodiques, des membres, de la queue, des lèvres. La curarisation n'est pas complète. On injecte de nouveau, dans le tissu cellulaire sous-cutané, 0<>^^03 de curare,

2 h. 30 m. On prend un nouveau tracé du pouls carotidien.

Tension 0»,120. T. R 38o,4 G.

Les secousses des membres continuent, mais s'alTaiblissent. 2 h. â5 m. Troisième tracé. Tension, 0'",liO. Iiûection sous-cutanée de 09', 125 de sulfate dt atropine,

T. R 38 degrés.

2 h. 50 m. Injection de 3 grammes à'iodure de potassium en solution dans AO grammes d'eau environ. Cette injection est faite dans le tissu cellulaire sous-cutané des régions axillaires.

3 h. 28 m. Quatrième tracé du pouls carotidien. Tension O^ilOO.

T. R 37 degrés.

3 h. A8 m. Cinquième tracé. Tension 0",100.

A h. On met les deux pneumogastriques à nu.

A h. 15 m. On reprend tme tension O'^.IOO ; on lie et Ton coupe les deux pneumogastriques, puis, pendant que Ton prend un tracé, on électrise les bouts périphériques de ces nerfs avec un très-fort courant d'induction. Il n'y a pas d'arrêt des mouvements du cœur ; la tension augmente un peu.

T. R 36 degrés.

750 Ta£NTitllfS LKÇOlf.

Papilles extrêmement dilitées.

à h. 30 m. iDJection sous-cutanée de 0*%040 d'extrait de fèves de Cakibar en solution hydro-alcoolique.

à h. 50 m. Frissons asses forts ; mouvements spontanés de membres. Injection sous-cutanée de O^^^OS de curare.

T. R 35 degrés.

5 h. Nouveau tracé du pouls carotidicn. Tension 0",080. Pendant qu'on prend ce tracé, on faradise, avec le courant maximum, les bouts péripbiîriqiiN des deux nerfs vag:ues. Le cœur ne s*arrète pas, et la tension artérielle angmente légèrement pendant la faradisation.

Les pupilles sont encore très- dilatées.

5 h. 15 m. Nouveau tracé du pouls carottdien. Tension 0",070.

Pendant qu*on prend ce tracé, on faradise les deux nerfs pneumogastriques (bouts périphériques). Le cœur s'arrête.

5 h. 25 m. Les tubes de rhémodynamomètre ayant été nettojés et remis m rlace, on reprend un tracé du pouls carotidien. Tension O^iOTS.

A trois reprises, les bouts périphériques des nerfs vagues sont électriscs ; pendant qu'on prend ce dernier tracé, et chaque fois Tarrêt du cœur a eu lie*.

Le chien, très-affaibli^ est alors employé pour une autre expérience qui détermine la mort

Nécropsie faite aussitôt après la mort. Aucune lésion des différents organes. Le chien n'avait pas uriné pendant toute la durée de Texpéneace. La terni ne contenait que peu d'urine. Celte urine ne contient pu de socn*, pas d'iodure de potassium (essai par l'amidon et l'acide aiotique ; essai par le chlereforme et l'acide aiotique). Elle contient des traces d'albumine.

L'extrait de fèves de Calabar peut aussi contre-balancer Faction de Fatropine sur la sécrétion salivaire. D'apn< les expériences de M. Keuchel, que je rappelais tout a l'heure, recherches conQrmées par tous les physiologistes, l'atropine agit sur les éléments nerveux en relatioD avtH.^ la glande sous-maxillaire, de telle sorte que la faradisation du nerf lingual, — au-dessus du point où se sépare de lui le filet de la corde du tympan, destiné à celte glande, — ne peut plus déterminer la suractivité sécivtoire qu'elle provoque dans Tétat normal. Or M. Heidenham a montré que Fésériue ou l'extrait de fèves de Calabar

FÈVES DE C.VIABAH BT ÉSÉRINB. 751

peut rendre à la corde du lympan l'influence excito-sécré* toire que l'atropine lui a fait perdre (1). J'ai pu constater, dans diverses expériences, que les choses se passent bien comme les a vues M. Heidenbain. Voici l'une de ces expériences.

Exp. III. •— Chieiuie de chasse, de moyenne taille, Tig^ourense.

Injection de à grammes d'hydrate de chloral en solution aqueuse au cinquième dans la Teine crurale droite. L'iojection est faite en plosieun fois. On irù^cte, chaque fois, 1 gramme de chloral hydraté ayec une grande lenteur. Anesthésie complète, sommeil profond.

On met à découvert le conduit de Wharton du côté gauche ; on y introduit et Ton y fixe un tube métallique. Le nerf lingual gauche est lié au-dessus du point d'où se détache le filet glandulaire, et on le coupe au-dessus de la ligature.

2 h. d5 m. Excitation faradique du bout périphérique du lingual, dans le point où il est uni au filet glandulaire proTenant de la corde du tympan, et destiné à la glande sous-maxillaire. Aussitôt de grosses gouttes opalescentes de salive s'écoulent par le tube fixé dans le canal de Wharton. Salive très-filante* L'écoulement cesse presque aussitôt après la cessation "de la faradisation.

Pupilles très-resserrées. L'animal ronfle.

On injecte^ sous la peau du pli de l'aine gauche, 2 centigrammes de sulfate d'afropifte, en solution dans un demi-ceotimètre cube d'eau distillée.

Quelques minutes après, l'animal pousse des aboiements plaintifs» On iqjecte dans la veine crurale 1 gramme d'hydrate de chloral,

3 h. 10 m. Pupilles extrêmement dilatées. L'animal recommence à s'agiter, on injecte 1 gramme d'hydrate de chhral,

3 h. 30 m. Nouvelle injection de 1 gramme d'hydrate de chloraf. On faradise le bout périphérique du nerf lingual uni au filet glandulaire. Pas d'écoulement de salive par le tube, même lorsqu'on emploie le maximum du courant» Pupilles tout aussi dilatées qu'auparavant.

3 h. d5 m. Injection de 2 grammes d'hydrate de chhral. Presque aussitôt après on ii\jecte sous la peau de l'aisselle gauche 1 centigramme d'extrait de fèves de Calahar^ en solution dans l'eau.

4 h. Faradisation du bout périphérique du nerf lingual. Une petite goutte tie salive limpide s'écoule par le tube. Nouvelle iigection de 1 centigramme d'extrait de fèves de Calabar, en solution aqueuse.

(1) R. Heidenbain. De Vaction de quelques poisons sur Us nerfs de la glande sous^maxillaire, (Pflûger's Archiv, V^ d0-d5. — Anal, in Archives de Physiologie, 1872, p. 520). — Voir aussi : M. Schiff. Physiologische Untersw chungen ûber den Antagonismus des Àtropins und des Colabars (Gentralblatt. é « 1873, p. 87).

d h. 5 m. F«radisatioii dn nerf Uoguah Une petite gonttelette 4e nlife parait à l'extrémité de la canule, et elle y rentre dès qa*on cesse la (aradisatioo. Pupilles très-dilatées.

à h. 10 m. Iigection de 1 gramme de Moral hydraté dans la veine cninlCi Iqjection de 2 centigrammes ^* extrait de fèves de Calabar^ en solution aqneiuc, dans le tissu cellulaire sous-cutané.

Faradisation des deux nerb pneumogastriques pris snr un fil, an milieu de la région cervicale^ mais non liés. Ecoulement de deux ou trois gouttes Uc saliTO par la canule mise dans le conduit de Whartoa. Une ajguilie-index arail été mise en contact avec le eœur, au travers de la paroi tlittraciq[ae. Soos l'influence de la faradisation des nerfs vagnes, on voit la rapidité des osdllatioub de l'index diminuer considérablement ; mais elles ne s'arrêtent pas complètement. On cesse la faradisation; les oscillations de raiguillc-index deTienneat extrêmement rapides pendant quelques instants.

A. trois reprises, on renouvelle la Csradisatioo simultanée des deux netf» pneumogastriques ; chaque faradisation, faite avec le maximum d'intensité da courant (appareil à chariot, pile de Grenet grand modèle), détermine un ralea* tissement des oscillations de l'index cardiaque; mais il n*y a plus d'écoulement salivaire.

4 h. 40 m. Iigection de 2 centigrammes d'ear^raiY de fèves de Calabar* Les pupilles sont toujours Irès-dilalées. Electrisation directe de la glande soos maxillaire mise à découvert. Pas d'écoulement de salive.

On prend, sur une baguette de verre, une goutte d'extrait de ftves de Calabar en solution épaisse, et on dépose cette goutte snr rail gandM, entre les paupières»

5 h. Pupilles très-dilatées.

6 h. 25 m. Pupilles très-dilatées. Faradisation dn bout périphérique dn nerf lingual gauche avec un courant de force moyenne (bobine au fil induit, écartée de 10 centimètres du point où elle recouvre entièrement la bobine an fil inducteur. Longueur de cette dernière bobine : 12 centimètres). La nbvc s'écoule goutte à goutte par la canule mise dans le conduit de Whaitan dn côté gauche.

Faradisation, avec le même courant, des deux nerfs vagues, à deux La salive s'écoule par la. canule : les battements cardiaques sont ralentis l'électrisation ; ils s'accélèrent pendant quelque! instants après qu'on a de faradiser les nerlé. ,

Le lendemain matin, ranimai est trouvé mort dans la position où en 1 a laissé la veille. U s'est fût une hémorrfaagie considérable par la plaie dn ce«.

Le péricarde contient un peu de sang noir, et l'on trouve i la snHkce du cœur deux piqûres faites avec l'aiguUle-index, et qui ont Intéressé deux petiu vaisseaux veineux superficiels du ventricule gauche.

Les pomums oflhsnt en quelques points des Ilots de congestion (edématevsc.

Petite ulcération de la membrane muqueuse stomacale,

La fmsi» renferme nnc qulntaine de grammes d'urine très sanguioolentn.

FévEs DE calâbah et ésërine. 753

Ainsi Fésérine et l'extrait de fèves de Calabar se montrent, sous différents rapports, de véritables antagonistes de l'atropine et de l'extrait de belladone, au point de vue de l'action physiologique.

Cet antagonisme n'a pas été admis par tous les physiologistes. Ainsi, M. Rossbach assure que les données indiquées par M. Heidenhain, sont inexactes (I). D'après lui/si l'ésérine paraît restituer aux fibres excito-sécrétoires de la corde du tympan l'aptitude fonctionnelle que l'atropine avait abolie, cela tiendrait à ce que les effets de l'atropine n'ont qu'une durée relativement courte. M. Heidenhain aurait pris le retour spontané de l'activité de la corde du tympan, chez les animaux empoisonnés par Tatropine, puis soumis à l'influence de l'ésériue, pour un résultat de l'action de cette substance.

Je dois dire que mes expériences sont absolument contraires à cette interprétation. J'ai constaté que l'injection de 2 centigrammes de sulfate d'atropine, dans le tissu cet* lulaire sous-cutané d'un chien, abolit l'action de la corde du tympan sur la glande sous-maxillaire pendant plus de cinq heures. Or, dans l'expérience III que je viens de relater, on peut voir que Tabsorption de 6 centigrammes d'extrait de fèves de Galabar, commencée une heure après rinjection de 2 centigrammes de sulfate d'atropine, dans le tissu cellulaire sous-cutané d'un chien, a ranimé l'activité excito-sécrétoire de la corde du tympan en une heure et demie environ.

D'autre part, M. Heidenhain a montré, par des expé-

(i) J. Rossbach. Der Antagonismtu in der Wirkung des Atropins und Physoêtigmin auf die Speichelsecretion und die Geseize des physiologischen Ântagonismus (Yerhandl. der phys. med. GeseUsch. in Wûrzbiirg, t. VIÎ^ p. 20). — Anal, m Reme des Sciences méd., t. Y, II, p. d65.

VULFUll. II. — dS

75^ Tft£!rriÉlfB LEÇON.

rîeDoes oonclaantes, que l'injection d'une petite quantité d'ésérine dans les vaisseaux d'une des glandes sous-maxillaires, chez un chien empoisonné par l'atropine, peut fendre à la corde du tympan, du côté correspondant, Finfluence excito-sécrétoire que cette dernière substance lui avait lait perdre (1).

On ne peut donc pas mettre en doute l'antagonisme physiologique qui existe entre l'extrait de belladone ou l'atropine et l'extrait de fèves de Calabar ou l'ésérine. Un pareil contraste entre ces substances, sous le rapport de leur influence sur l'iris, sur le cœur, sur la sécrétion salivaire, a conduit naturellement à penser qu'elles devaient agir d'une façon inverse sur les vaisseaux. Gomme on avait admis que l'atropine est un médicament vaso-constricteur, on s est cru autorisé à supposer que l'ésérine est un agent vasoHlilataleur. Or, nous avons vu que l'iufluence vasoconstrictive de l'atropine est loin d'être prouvée, et les expériences qui ont paru confirmer Thypothèse relative à l'action de l'ésérine sur les vaisseaux sont certainemeot peu significatives (2).

On a cité encore, parmi les substances qui peuvait &ire dilater les vaisseaux : le tdtriie damyky X oxyde de car-bone^ Xéiher sulfuriquey le chloroforme^ le ddoral Aydratéy etc.

U est certain que la pression intra*artérielle générale s'abaisse chez les animaux soumis à l'action de ces substances.

(i) R. Heidenhain. Einige yermehen an dm SpeieheUtriitm ^Ptlà^ r • Archif, t. IX, p. 335. Anal, m ReTve des sciencei méd., t. V, II, p. i&7..

(2) De Beiold et GôU. Àctùm de la fève de (kUabar ew k crtUrr ff«M- Moleur (CentnObUtt..., 1867, p. 24S).

Rien de plus constant que cet abaissement de pression chez les animaux soumis aux injections intra-veineuses à' hydrate de chloraU Je vous ai montré à plusieurs reprises ce résultat expérimental. Il tient, en partie, à Taction dépressive du sang chbralisé sur le .cœur (1), action qui s^exerce non-seulement sur l'appareil nerveux de cet organe, mais encore sur le myocarde lui-même. D'autre part, il est dû aussi à Teugourdissement plus ou moins prononcé des aptitudes fonctionnelles des centres nerveux, déterminé par cette substance.

Les régions vaso-motrices des centres nerveux subissent, aussi bien que les autres, cet engourdissement fonctionnel . Mais il est difiBcile, même avec des doses considérables d^hydrate de chloral, d'abolir complètement chez les mammifères, chez les chiens, par exemple, les phénomènes de réflectivité vaso-motrice.

Sur des chiens, j'ai faradisé le bout central du nerf sciatique, lorsque les animaux étaient profondément endormis par le chloral. Il n'y avait aucune agitation pendant l'électrisation. On observait seulement un peu d'accélération des mouvements respiratoires. Mais la pression intra* carotidienne, indiquée par l'hémodynamomètre, augmentait d'une façon notable, bien que le résultat fût moindre que dans l'état normal. '

On peut d'ailleurs, en poussant beaucoup plus loin la chloralisation , engourdir plus fortement encore la réflectivité vaso-motrice des centres nerveux; et alors, « l'électrisation du bout central d'un des nerfs scialiques ne

(1) Cette action da chloral hydraté sur le cœur est bien plus marqucf lorsque l'ii^ection est faîte par une des ▼eiiies jugulaires (*), que lorsqu'i ILest pratiquée par une des Teines crurales.

O Heidenhain. Vthtr Cyen'ê tuuê Thmri* ier ctntrmlen Injumiim tUr Gtfâ»$n€rvtn (Pflûf e * AicLir, lY. 4871, p. ftM. — iliiA«if, p, 557;.

756 TRENllÈME LEÇON.

détermine qu'une très-faible élévation de la pression inlracarotidienne (15 millim., 10 millim., ou même moins

encore) .

Tandis que Ton constate cet aiTaiblissement si prononcé des actions \aso- coLstrictives réflexes, les actions vaso-constrictives directes conservent à peu près la mémo énergie que dans l'état normal. Ainsi, sur un chien chloralisé, si Ton électrise le boni supérieur du nerf vago-sympathique, au cou, après avoir sectionné ce nerf, on peut provoquer un resserrement très-net des vaisseaux de la moitié inférieure de la langue. On peut aussi, dans ces mêmes conditions, en éleclrisant le bout inférieur du nerf sciatiqiîo, faire cesser complètement l'hémorrhagie à laquelle on aura donné lieu, en excisant la pulpe d*un des orteils du côté correspondant. En interrompant et en reprenant successivement la faradisation du nerf sciatique, on voit alternativement rhémorrbagie reparaître et cesser. Peut-être même Texpérience réussit-elle mieux chez des chiens chloralisés que sur ces mêmes animaux curarisés (1).

La faradisation du bout périphérique du nerf splauchnique agit sur les vaisseaux, comme je Tai dit ailleurs, de deux façons. Il y a évidemment une constrictiou des vaisseaux des intestins, de ceux des reins, etc. ; mais il y a, en outre, une action vaso-constrictive réflexe généraUsée, parce que le segment périphérique du nerf splanchnique

(1) n n'en eit pas moins vrai qae Texpérience est plus probante nr \e^ animaux cufarisés et M>amiif a la respiration artificielle, parce qve, cbet eux, la faradisation du nerf sciatiqiue ne détermine pas» en même temps qu'on rea*ei^ rement des vaisseaux du pied correspondant, des contractions des muscles du membre. Ces contractions se produisent^ au contraire, cbes l'animal cblorali», et les effets vaso-moteurs pourraient, par conséquent, être attribués, jasqu h un certain point, dans ces conditions, à la pression exercée sur les pir les mnMles tétanisés.

est doué, comme Ta montré M. Ci. Bernard, d'une grande sensibilité. Le chloral affaiblit beaucoup Tinfluence que le bout périphérique du splauchnique exerce, par action réflexe, sur la pression générale intra-artérielle du sang : mais ce segment du nerf conserve toute son action directe, constrictive, sur les vaisseaux de l'abdomen ; de jelle sorte que l'on peut encore, en Télectrisant, sur un chien chloralisé profondément, constater une notable élévation de la pression générale du sang artériel. C'est ce que démontre Texpérience suivante.

Exp. IV. — Chien Tigoureux. — 3 grammes de chloral hydraté, en solution dans 15 grammes d'eau dislUléei sont iigectés dans une des veines fémorales.

On met l'artère carotide droite à nu, et Ton découvre le nerf sciatique droit. On ouvre Tabdomen ; on lie et l'on coupe le nerf grand splauchnique gauche, de façon à pouvoir électriser son bout périphérique.

L'animal rend spontanément de l'urine sanguinolente (1). Toutes les opérations préparatoires ont été faites très-rapidement, et, vingt minutes environ après la première injection de chloral, l'animal étant encore profondément endormi, on pratique une seconde injection de 3 grammes d'hydrate de chloral^ dissous dans 15 grammes d'eau. L'injection est fuite, comme la première fois, avec une grande lenteur.

On met alors le bout ^iférieur de la carotide droite en communication avec un hémodynamomètre. On prend un tracé de la tension intra-carotidienne, et pendant que ce tracé s'inscrit, on faradise le segment périphérique du nerf aplanchniquc. Le pression s'élève presque aussitôt de 24 millimètres.

On laisse reposer le nerf splauchnique pendant quelques instants. On reprend un second tracé. L'électrisatiou du splauchnique détermine encore une augmcntation de pression, de 2d à 25 millimètres.

L'animal meurt de syncope, pendant qu'où pratique une nouvelle électrisintion du nerf splauchnique.

Nécropsie, Les reins sont extrêmement congestionnes. Les uretères contiennent du sang. La vessie est remplie d'urine sanguinolente ; ses parois n'offrent pas la moindre hypérémie.-

(1) Cette production d'urine sanguinolente n'est pas due à la section du nerf splauchnique, mais bien à l'action du chloral sur les reins. J'ai observé plusieurs fois l'hématurie chez des chiens chlorniisés qui n'avaient pas subi d'autre opération que l'injection d'une solution de chloral dans une des veines crurales.

758 IRKNllilIE LBÇOIf.

Pas de eotgiilttimi dms la Teine iliaque dn côté où rii^ectioii a été Ule* Le sang pria dana le ventriciile droit a un peu l'aspect de sang diasow : ma benre après qu'on Ta^fait TeeqeflH dans iu Terre ooncave, Q n'était pas eoeore coagulé. Les globules sanguins y parainent moins nombreux qu'à rêtat normal ; ils sont, pour la plupart, crénelés sur leur circonférence. On constate, en outre, dans le plasma, un très-grand nombre de granulations brillantes «a noires, ei de très-fins et très-courts bâtonnets agités de mouTements aaa rapides.

Le sang dn ventricide gancbe n'offre pas les mftmea camclèrei ; H piéifitt à peu prèa oenz de Tétat normal.

Le chloral paraît exercer une influence bien plus prononcée sur les actions vaso-dilatatrices réflexes que sur les actions vaso-constrictives réflexes. J'ai constaté que Télévttion de température, qu'on observe au niveau des orteils d'un membre postérieur, lorsqu'on soumet à une forte excitation faradique la peau qui réunit ces orteils les uns aux autres, est beaucoup moins grande chez un animal profondément chloralisé que chez un animal à l'état sain.

Non-seulement les actions vaso-dilatatrices réflexes sont affaiblies chez un animal chloralisé, mais il en est de même des actions vaso-dilatatrices directes. Si l'on chloralisé un chien, par injection iiitra- veineuse d'une solution aqueuse au cinquième d'hydrate de chloral dans uœ des veines crurales, jusquà produire un complet engourdissement, avec abolition à peu près absolue de h sensibilité, on pourra soumettre le bout périphérique d'un de.s nerfs linguaux de l'animal à un courant faradique très-intense, sans provoquer, dans la moitié correspon* dante de la langue, la congestion et la dilatation vasculaire que Ton fait naître si facilement ainsi sur un chien non chloralisé. J'ai répété souvent cette expérience, et eDe a toujours donné le résultat que je viens d'indiquer, pourvu que la chloralisalion fût très-profonde. Peut-être y a-t-il exagération à dire que Ton n'obtient aucun efiet vaso-dila*

CHLOHia HYDRATÉ. 759

tateur ; mais la dilatation vasculaire peut réellement être trop peu marquée, pour être nettement reconnaissable.

En même temps que Taffaiblissement des actions vasodilatatrices directes, on constate, chez les chiens fortement chloralisés, une diminution de Tinfluence du rameau glandulaire du nerf lingual sur la glande sous-maxillaire. Je rappelle que ce rameau provient de la corde du tympan. Si Ton a coupé le nerf lingual au-dessus du point d'oii se détache ce filet nerveux glandulaire, et si Ton électrise le bout périphérique du lingual en même temps que ce filet, dans ces conditions, même à l'aide d'un courant faradique Irès-intense, on détermine, il est vrai, un écoulement de salive par le canal de Wharton; mais la quantité qui sï'coule alors est beaucoup moins considérable que celle qu'on avait obtenue sur le même animal, en électrisant ce nerf, avant la chloralisation ; de plus, la salive est beaucoup plus épaisse, plus visqueuse, plus opalescente.

L'affaiblissement des actions vaso-dilatatrices directes, observé chez les animaux anesthésiés par le chloral, quand ces animaux sont plongés dans le plus profond sommeil , les paupières à demi-fermées, les yeux fortement tournés en bas et un peu en dedans, de telle sorte que leur cornée soit en grande partie cachée par la paupière inférieure, les pupilles extrêmement rétrécies; cet affaiblissement, dis-je, est un fait intéressant, en ce qu'il indique que Taclion du chloral porte non-seulement sur les centres cérébro-spinaux, mais encore sur les ganglions sympathiques. C'est probablement parce que le chloral paralyse en grande partie l'activité des ganglions situés sur le trajet des nerfs vaso-constricteurs, que l'excitation des fibres de la corde du tympan ne produit plus sur les vaisseaux de la langue une action vaso-dilatatrice

760 TumfivE VÊÇptim

aosa proQOocée qoe dans les autres coaditioBS (1). Ces ▼a^eaux, déjà dilatés par suite de l*iaflaeiice pandysaote qu'exerce le ehloral sur les ganglions qui gouTement, dans U2e certaine mesure, leor tonos, ne peuTent pins guère se pr^er à une Douvelle dilatation.

Cette interprétation du mécanisme par lequd le ehloral reod pius ou moins impuissantes les excitations vaso-dilatatrîces directes» imp!Î4ue, comme point de départ, laconsta- Li':«:a d'iise dllitation paralytique des faisseaux, produite par cet a^nt anesthésique. Or cette pandjsie vasculaire n est pits douteuse. Si Ton examine la cavité buccale d'uo cÎLea chV»ri!iiê jusqu'à anesthésie complète, il est fiicile ce Tccr que toute Tetendue de U membrane muqueuse des paroc5 de cette caTÎté offre une congestion assez vive : celte ccc^estixi est surtout accusée dans la muqueuse de la

N:a-sedement le chk>ral détermine une dilatation de5 v;iisseaux de U memlcaoe buccale, mais il exerce ena>r>* urse activo anal-j^ue sur les vaissseaux des autres membranes moqueuses, sur ceux de différents viscères freins, ectre autres' rt sur ceux de la peau.

Ce5t ct::e diatiSjn des vaisc^aux cutanés qui explique e-j jurt:e îe refn:cJîsseaieot si rapide que Ton observe cbei W JL::::ua;ix ch'oralises- On sait que cet abaissement peut a'>r jusqu 1 douie de^Tes centigrades et même être plus cvo^Ai.rj.! le eccore. Xai vn un chitMi chei lequel, en tn-is

Àiv u 4LWA±^m. À» *Lt:>:ns i«à«^<.^aift:rv«f. Le aap 4o^t «tiv ptmme a«o. wa\ . jure« » w^Ha^»nz m Twa «xr.t.* >» i^rv» nwdi.iflfuM et te cw4e àm

f^^ Ifi Sk^jdàc^jua» ée i'^::

44 ;^4^^4a io; kft j" '-H

OU quatre heures la température rectale s'est abaissée, d€ 39*, 5 G. (mensuration Taite avant la cbloralisation ) jusqu'à 27* C. Ce chien a survécu. L'amoindrissement des mouvements dMnspiration contribue aussi, et pour une grande part, à l'abaissement de la température, chez les animaux chloralisés. Il faut tenir compte encore, sans doute, de l'engourdissement des régions des centres nerveux qui exercent une certaine influence sur les actes physico-chimiques de la nutrition intime. «

Le chloroformCi Téther sulfurique et la plupart des vrais anestbésiques se rapprochent beaucoup du chloral, sous le rapport de leur action sur les vaisseaux et les centres vaso-moteurs (1). Si Ton examine, sur une grenouille éthérisée ou chloroformisée, les vaisseaux cutanés et sous-cutanés, ou ceux des palmures interdigitales des membres postérieurs, avant et après l'anesthésie, on constatera facifement qu'ils se dilatent sous l'influence de l'éthérisation ou de la chloroFormisatiou.

Mais peut-on attribuer les effets physiologiques du chloral, du chloroforme, de l'étber, etc., à la dilatation vasculaire provoquée par ces substances? Comment expliquer ainsi le plus saillant de ces effets, c'est-à-dire l'anesthésie? Il est clair que l'abolition de la sensibilité, produite par ces agents, chez les animaux ou chez l'homme, tient à une tout autre cause. C'est par l'influence qu'ils exercent sur les éléments anatomiques des centres nerveux, en tordues non plut exclusivement à une paralysie plus oa moins marquée de l'activité fonctionnelle de ces fibres : il faut considérer aussi que, comme Je Tiens de le dire^ rafflux sanguin, déterminé d'ordinaire par Télectrisation de ce nerf dans les vaisseaux de la glande, est notablement amoindri cbei les animaux t'iiloralisés.

(1) Voy. : Bowdilch et Minot. The influence of Ânàstheik$ on ihe vato-^notor cen/re«(Ana]. mCenlrjlblatt..., 1875, p, 128).

768 TUimiiiB uçon.

mant avec la substance de ces éléments des combinaisons plus ou moins passagères, que Télher, le chloroforme, le cbloral, etc., déterminent Tanesthésie et les autres phénomènes par lesquels se traduit leur action sur les animaux vertébrés.

Le nitrite damyle a été l'objet d'un grand nombre d'expérimentations, et plusieurs physiologistes lui ont attribué une influence yaso-dilatatrice très-nette. C'est par suite de celte influence que, d'après quelques médecins, le nitrite d'amyle pourrait faire cesser ayec une grande rapidité certains accès de migraine. M. Richardson (1) et M. Lauder Brunton (2) auraient constaté que l'inhalatioD de quelques gouttes de cette substance détermine une roageur intense de la face, avec sentiment de chaleur locale, injection des conjonctives, accélération des mouvements du cœur, affaiblissement de la pression, etc. Ces médedos ont employé le nitrite d'amyle : le premier, dans le traitement du tétanos; le second, dans le traitement de Tangine de poitrine. M. 0. Berger (3) l'a préconisé contre la migraine, et il aurait obtenu des effets heureux, presque instantanés, par une inhalation de 5 gouttes seulement de cette substance. M. Yc^el et M. Holst (&) ont observé aussi

(1) Richardson. On Method ofStudy in Therapeuiics and $ome Aâtitlnmi h Means of Cure (Med. Timet and Gaiette, 1870, U, p. 469). — GUtiom de MM. Eulenburp et Gnttmann. Loc. eit, p. 27.

(2) Lauder Brunton (Arbeiten des physiol. Instituts m Leipag» 1869, p. 101). Citation de MM. Eulenburg et Guttmann. Loc, cit,, p. 27.

(3) 0. Berger. Das Amylnitrit, ein neuet Paliiativmittel hei Hemkiwue. (Berlin, klin. Wochensch., 1871^ n* 2). — Citation de MM. Eulenburg rt Guttmann. Loc. cit., p. 28.

(4) Holst. Veber das Wesen der Hemicranie und ihrê electrotkempmiitr^ Behandiung nach der polare Méthode (Dorpater med. Zeitsch., 1871, Dd. II, p. 261-288). *- Citation de MM. Eulenburg et Guttmann. Loc, et/., p. 28.

mTRiTB d'amtlb. 788

des faits de disparition presque immédiate de la migraine, sous l'influence de cette médication. Le nitrite d'amvle a été essayé encore, dans le traitement de Tépilepsie (1). Des recherches assez nombreuses ont été faites, en somme, sur Taction physioI(^ique et thérapeutique de cette substance (2).

Je ne mets pas en doute les faits constatés par ces divers médecins et expérimentateurs. Je n'ai pas vu par moimôme les effets du nitrite d'amyle chez l'homme et je ne puis pas, par conséquent, soumettre à un examen critique les observations publiées sur ce sujet. Je me contenterai de dire que rien ne prouve que les résultats heureux, obtenus dans le traitement de diverses affections et particulièrement de la migraine, puissent être attribués à Taclion vaso-dilatatrice du nitrite d'amyle. Cette substance produit une modiGcation du sang (S), et, en outre, elle peut agir,

(1) Weir MitchelU Du nùrite (tamyie danê tépiiepsie, (Anal, in Central* blatt..., 1872^ p. 56d). — J. Crichton Browne. Nttrite of amyl in Epilepiy /Anal, m Centralblatt...» 1874, p. 236). — * BourneTiUe. Du nitrite <tamyiâ (Renie critique in Progrès médical, 1874^ p. 578).

(2) Aux indications que nous avons déjà données, nous pouvons jouter les suivantes : Ame^Droi. Etude sur le nitrite cTamyle (Archives de physiologie. 1873, p. 467 et suiv.). — Veyrières. Recherches sur le nitrite (Tamyle ; action physiologique y effets thérapeutiques (Thèse de Paris, 1874). — Bemheim. Veber die Wirkung des Salpetrigsauren Àmyloxyds (Centralblatt..., 1874, p. 237). — A. Eulenbnrg et P. Gattmann. Zur Kenntniss der Wirkung des Amylnitrits (Anal, in Centralblatt..., 1874, p. 573). — R. Pick. Uêber das Amylnitrit und seine therapeutische Anwendung (Centralblatt. . . , 1874, p. 332). — Schuller. Loc. cit. — Fuckel. Die therapeutische Anwendung des Amylnitrits (Anal, in Centralblatt..., 1874, p. 912). — Ladendorf. Ueber das Verhaîten der Kôrpertemperatur bei Amylnitritinhalation (Anal, in Centralblatt..., 1875, p. 47). — Labadie-Lagrave. Effets physiologiques du nitrite d*amyle (Revue critique, in Gaz. hebdomad.^ 1874, 13 et 20 nov.) ; etc.

(3) Le nitrite d'amyle altère le sang d'une notable façon. Le sang, ches les animaux soumis à l'influence de l'inbalation de cette substance, prend, lorsque la dose absorbée est considérable, une coloration brun-chocolat, toute spéciale, déjà signalée autrefois par Flonrens, lors de ses recherches physiologiques sur

76& TRBimtllB LEÇON.

par rintermédiaire de la circulation, sur les centres nerveux. Les effets thérapeutiques, déterminés par le nitrite d'amyle, ne peuveot-ils pas être rapportés à Tune ou à Tautre de ces actions?

Chez les animaux (cobayes), loi'sque l'inhalation des vapeurs de nitrite d'amyle, à petite dose, est continuée pendant un quart d'heure ou une demi-heure (1), on observe un état d'anesthésie plus ou moins profond, et, en même temps, uoe pâleur de la peau et de la membrane muqueuse buccale, qui est tout à fait en désaccord avec l'hypothèse d'une action vaso-dilatatrice exercée par cet agent. Mais il est possible que les premiers effets de Tinhalalion soient bien, chez les animaux, les mêmes que ceui qui ont été observés chez l'homme.

A forte dose, l'inhalation* du nitrite d*amyle peut déterminer la mort en quelques instants.

Quant à Voxyde de carbone^ on sait par les travaux de M. Claude Bernard et de M. Hoppe-Seyler que son action pernicieuse est due à sa combinaison avec rhémoglobine des globules rouges, combinaison qui détruit la propriété (lue possèdeut ces globules, à l'état normal, d'absorber el de fixer l'oxygène de l'air inspiré. Si Tinhalation de l'oxyde

les éthen, sur le chloroforme, etc. (1847), et indiquée de nouveau, dans cet dernières années, par M. A.. Gamgee (*).

^1) Dans mes expériences, on plaçait un cochon d'Ifâde sous une cloche de ▼erre cubant environ 3 litres d'air, et, sous cette même cloche, qu'on tenait un peu soulevée par un de ses bords, pour permettre un certain vellement d*air, on introduisait une éponge sur laqueUe on avait versé qoelqnrs gouttes de nitrite d'amyle. De temps en temps on versait de nouveau qnelqnrs gouttes de ce même liquide sur cette éponge. J*ai d'ailleurs observé les mènes effets sur des lapins auxquels on faisait respirer des vapeurs de nitrite d*amvle. à l'aide d'une éponge maintenue près des narines.

(*) A. GamgM. Dt Fmetim du nitriieê $mr le mm ( :utiiptM faàa» d* TAflad. 4m 1809).

OXTOE DE CARBONE. 705

de carbone donne lieu à un abaissement de la pression sanguine intra-artérielle, cet effet n'est donc pas produit vraisemblablement par le même mécanisme que lorsqu'il s'agit des véritables agents anesthésiques. Il est probable que, chez les animaux soumis à l'inhalation de l'oxyde de carbone, il y a d'abord un léger degré d'élévation de la pression sanguine intra-artérielle, par suite de l'excitation qui naît dans toutes les parties excitables des centres nerveuxy sous l'influence de l'anoxémie (1). Quelques instants après, un effet inverse doit se maiûfester, par suite de l'abolition ou de Taffaiblissement rapide des propriétés des centres nerveux.

En résumé, qu'il s'agisse de substances auxquelles on a attribué une action vaso-dilatatrice, ou que l'on étudie celles qui ont été considérées comme douées d'une influence vaso-constrictive, on voit que les opinions, émises dans l'un comme dans l'autre cas, n'ont, cjj'une façon générale, que des bases expérimentales bien peu solides. En outre, — on peut l'assurer sans hésitation, — quand même l'action, soit dilatatrice, soit constrictive, de ces différentes substances sur les vaisseaux serait prouvée, on ne pourrait pas expliquer ainsi les effets déterminés par elles sur l'homme et les animaux.

Les agents toxiques et médicamenteux qui ont pénétré

(1) L'asphyxie délermine, comme ou le sait, une excitation passagère des centres neryeux, excitation qui peut se traduire par des convulsions, et qui donne lieu constamment à une augmentation de la pression sanguine intra-artcrielle. Ce dernier effet est dû à Texcitation de tous les centres vaso-moteurs du myélencéphale, et surtout de la région du bulbe rachidien et de la protubërauce qui exerce une action d*ensemble sur la plupart des nerfs vaso-moteurs du corps. Il se produit ainsi un resserrement d'un très-grand nombre d'artères et artérioles périphériques ; et, par suite, la pression sanguine s'élève dans les troncs artérielt.

dans le sang, et qui n'ont pas contracté des combinaisons tenaces avec la substance des globules sanguins, sortent par dialyse osmotique au travers des parois des capillaires et vont, de la môme fieiçon que les malériaux nutritifs, se mettre en contact avec tous les éléments anatomiques de l'organisme. Ils pénètrent même dans ces éléments, et, suivant qu'ils modifient plus ou moins leur état physicochimique, ils allèrent, d'une façon plus ou moins marquée, leurs propriétés physiologiques. Il en résulte nécessairement une perturbation plus ou moins notable des fonctions des organes formés par la réunion de ces éléments.

lies modifications du calibre des vaisseaux ne sont, dans l'immense majorité des cas, que des phénomènes secondaires, et, comme j*ai cherché à le montrer, elles ne jouent jamais un rôle dominant dans rensemble des effets physiologiques produits par telle ou telle substance médicamenteuse ou toxique.

FIN DU SECOND VOLUAlfi

Page 1