‹ Leçons sur l'appareil vaso-moteurChapitre 101 sur 107 · INFLUENCE DES VASO-MOTEURS SUR LES REIVS · texte numérisé non relu

INFLUENCE DES VASO-MOTEURS SUR LES REIVS

Les centres nerveux, soil direclemnnt, soit par action réflexe, exercent incontestablement une influence puissante sur les nerfs vaso-moteurs des reins. Mais il y a une autre influence qu'ils peuvent exercer aussi : ils peuvent agir sans doute sur le travail physiologique des reins par l'intermédiaire des nerfs sécréteurs de ces organes, nerfs dont nous ne pouvons que soupçonner l'existence, sans pouvoir la démonter. Il faut espérer que des recherches persévérantes parviendront bientôt à combler cette lacune de nos connaissances sur l'innervation des reins.

Nous retrouverons d'ailleurs la polyurie, lorsque nous parlerons de l'influence du système nerveux sur la production de la glycosurie, et j'aurai là l'occasion d'ajouter quelques détails à ceux que je viens de vous donner.

L'action des nerfs vaso-moteurs du rein permet d'expliquer encore le mécanisme d'autres accidents morbides.

Je vous ai déjà dit quelques mots de ce qui se passe sous Tinfluence des calculs rénaux. Nous avons vu que les calculs, qu'ils siègent dans le^ calices ou dans le bassinet, ou même dans l'uretère, peuvent déterminer une suspension de la sécrétion urinaire. Et, chose remarquable, cet arrêt de la sécrétion peut avoir lieu dans les deux reins, lorsqu'un seul des deux oi^anes contient un ou plusieurs calculs : ce qui le prouve, c'est que Ton peut observer alors une anurie complète.

Cet arrêt de la sécrétion urinaire ne peut s'expliquer que par un phénomène d'action réflexe. On peut admettre : ou bien une action réflexe, modifiant les cellules rénales qui sécrètent l'urine, et déterminant une suspension plus ou moins durable de leur activité; ou bien une excitation

réflexe des fibres vaso-constrictives des reÎDs, avec eflàcément plus ou moins complet des vaisseaux et interruptioD du travail physiologique de ces oi^anes. Quelque secondaire que puisse être ce dernier mécanisme, on ne peut guère douter qu'il n'entre en jeu dans cette conjoncture. Il se produit sans doute, par mécanisme réflexe, un etîA semblable à celui que nous avons obtenu directement, eu faradisant le bout périphérique du nerf splanchniqu» coupé. L'irritation centripète, qui provoque cette action réflexe, portant sur les cellules du ti&su rénal et sur les vaisseaux de ce tissu, peut se borner à exciter la région ganglionnaire du sympathique et la région *de la moelle épinière, qui donnent naissance aux fibres nerveuses séerétoires et vaso-constrictives du rein affecté : ou bien, si l'irritation est très-vive, elle peut ne pas se borner là -, elle peut se propager aux parties homologues des centres ner* veux d'où émanent les fibres sécrétoires et vaso-constrictives destinées à l'autre rein, et déterminer, dans cet organe, les mêmes effets que dans celui dont les voies d'excrétion contiennent un ou plusieurs calculs.

J'ai voulu voir s'il ne serait pas possible de provoquer au moins des effets vasculaires de ce genre, en électrisaot l'intérieur d'un uretère; en introduisant, par exemple, l'un des électrodes dans Tintérieur du canal et en plaçant l'autre sur sa paroi extérieure. J'avais pensé qu'eu agissant de la sorte, j'obtiendrais peut-^tre une con traction réflexe des vaisseaux du rein correspondant, mais je dois dire que les deux ou trois essais que j'ai faits ne m'ont pas réussi. Je n'en ai pas du reste été très-étonné, car il y a une différence considérable entre une excitation, faite à l'aide d'un courant électrique, et celle que peut pn>* duire un calcul ; il n'y a pas de comparaison à faire eutn

DK l'anorib hystérique. 551

ces deux agents d'irritation, et c'est par là que j'explique rinsuccès de mes tentatives.

Ce qui se passe, lorsqu'il y a des calculs dans le rein, dans les calices, le bassinet, ou l'uretère, peut se produire dans de simples cas de névralgie rénale, de nëphralgie, affection quelque peu hypothétique, qui pourrait, dit-on, donner lieu à tous les accidents des coliques néphrétiques. Il pourrait donc y avoir, dans ces cas, un arrêt de la sécré* tioo urinaire, et cet arrêt s'expliquerait encore par une excitation réflexe des nerfs sécréteurs et vaso-moteurs des reins.

C'est par un mécanisme du même genre que Ion peut se rendre compte de la production de Tanurie dans certains cas d'hystérie.

M. Charcot a fait une étude très-intéressante de ce phénomène morbide, dans ses Leçons cliniques professées à la Salpêtrière (1). Après avoir rappelé que, pour la plupart des médecins, les cas d'anurie hystérique devraient être considérés comme des faits de simulation, il rapporte une observation fort concluante, qu'il a recueillie dans son service. M. T. I^aycock serait, d'après lui, le seul médecin qui ait admis, comme une réalité pathologique, l'existence de la suppression d'urine chez les hystériques. Cette suppression serait ou complète (ischurie ou anurie), ou incomplète (oligurie).

Dans le cas publié par M. Charcot, il y a eu tantôt anurie complète, tantôt oligurie. La femme, chez laquelle ce phénomène morbide a été observé, était affectée d'hystérie

(1) J. M. Charcot, Leçons sur les maladies du système nerveux, foites à la Salpêtrière, recueillies par M. BourncviUe. 1872-1873, p. 2^5 et suit.

552 CUlNZlàMB LEÇON.

depuis plusieursannées; et, au moment oùTanurie s'est manifestée, il y avait une contracture des quatre membres, contracture sans période de rémission, ne cessant même pas pendant la nuit. L'anurie a persisté presque complète pendant plusieurs mois. Très- peu de temps après le début de l'anurie survinrent des vomissements abondants, ré* pétés plusieurs fois par jour.

M. Charcot fit recueillir chaque jour toute l'arioe excrétée et Tensemble des matières vomies. Il pm M. Gréhant d'analyser ces matières, ainsi que la petite quantité d*urine obtenue par le cathétérisme. Cette quantité n'avait pas dépassé 5 grammes dans les vingt-quatre heures, pendant plusieurs mois ; elle était un peu wœos rare au moment où les analyses furent faites.

M. Gréhant constata une certaine quantité {V^fi^) d'urée dans les vomissements d'une journée de vingt-quatre heures. Ce jour là, on avait obtenu 22 centimètres cubes d'urine qui contenaient 0",179 d'urée.

Cette malade avait les quatre membres maintenus dans l'immobilité par une contracture très-intense, et, par conséquent, il n'y avait guère à penser qu'elle pût réussir t tromper le médecin ; une surveillance très-attentive avait d'ailleurs été exercée sur elle. Mais il fallait arriver à exdure même la possibilité d'un doute. Il fallait être certain qu'elW n'urinait pas et qu'elle u'avalait pas son urine, ou une autre urine, pour la vomir ensuite ; on sait toute l'astuce que peu* vent déployer les hystériques pour ourdir une simulation, surtout lorsqu'elles supposent qu'elles pourront aina pnv voquer l'étonnement ou exciter la curiosité chez les personnes qui les entourent, ou encore lorsqu'elles penseci qu'il y a un intérêt quelconque pour elles à agir ainsi. L'anurie s'étant reproduite après une période de rémissiot

DE l'aNURIE HYSTERIQUE. 553

des symptômes, M. Charcot conseilla à cette malade de se laisser mettre uue camisole de force pendant quelques jours ; elle y consentit : or, pendant qu'elle élait ainsi maintenue, les accidents morbides se reproduisirent avec les mêmes caractères que dans la première période d'anurie. M. Charcot cite deux autres cas publiés depuis ses Leçons : l'un, par M. Fernet (Soc. méd. des hôpitaux) ; Vautre, par M. Secouet (Thèse de Paris, avril 1873). Ces deux cas se rapprochent de celui qu'il a fait connaître.

L'anurie passagère est, du reste, un phénomène assez fréquent dans les cas ordinaires d'hystérie ; mais elle ne s'accompagne pas alors de vomissements. On voit souvent, en effet, pendant les attaques d'hystérie, une anurie véritable suivie d'une abondante diurèse.

Les hystériques, qui offrent à la fois de Tanurie plus ou moins complète et des vomissements contenant de l'urée, se trouvent, jusqu'à un certain point, dans les mêmes conditions que les chiens auxquels on a enlevé les deux reins. On sait, depuis les recherches de M. Cl. Bernard, que ces animaux sont bientôt pris de vomissements et que, dans les matières vomies, on trouve du carbonate d'ammoniaque provenant de la décomposition de l'urée. Seulement, chez les animaux néphrotomisés , l'anurie est naturellement complète, et des accidents graves (urémie) ne tardent pas à se déclarer ; tandis que, dans l'anurie hystérique, il y a toujours une faible quantité d'urine excrétée, ce qui em[)êche probablement l'urémie de se produire. De plus, comme le fait judicieusement remarquer M. Charcot, à propos du cas d'hystérie dont il a donné ll'histoire (et il en est de même sans doute dans les cas analogues), il résulte des analyses comparées du sang, de l'urine et des vomissements, qu'il ne se forme que peu d'urée dans ces condi-

55i!i QUINZIÈME LEÇOX.

tions. Le travail de oombustion des matières azotées de rorganisme est très-peu actif, de telle sorte que raccuraulatioD d'urée, pouvant donner lieu à des accidents, demanderait beaucoup plus de temps qu'il Q*en but chez ranimai népbrotomisé. ¥A cette accumulation est empêchée d'ailleurs par Texcrétion supplémentaire d'urée, qai t lieu par les vomissements. Chez le chien, auquel od a enlevé les deux reins, la santé ne tarde pas à se troubler, et l'excrétion d'urée, ou de carbonate d'ammoniaque, pu les vomissemenls, se supprime bientôt, ce qui ne se produit pas chez les hystériques atteints d*anurie.

Gomment peut-on expliquer Tanurie observée dbtez les hystériques? II est évident qu'il s'agit là du résultat d'oa trouble morbide de l'appareil nerveux des reins. Or» la physiologie expérimentale nous fournit quelques données utiles pour la détermination du mécanisme de cette anurie. M. CL Bernard a vu la sécrétion urinaire cesser pendant une ou deux heures, chez des animaux dont la cavité abdominale avait été ouverte et dans les uretères desquels on avait introduit et fixé des tubes. Tous les physiologiste ont vu des faits de ce genre, dont on peut se rendre compte, en admettant une influence vaso-constrictiie exercée par action réflexe sur les reins. 11 est pénible aussi qu'il se produise, par action réflexe, un trouble fonctionnel des cellules sécrétantes des reins, une sorte d amH de leur travail physiologique.

D'autre part, M. CL Bernard (1) a constaté que la sé« crétion urinaire était supprimée pendant plusieurs heunîs chez des lapins, soit à la suite de cautérisations du plan-

Ci) ou Bernard, Leçons sur It physiologie et la pathologie dn mtème Teux, t. 1, p. 450 et tuiv.

DE l'anurie hystérique. 555

cher du quatrième ventricule, soit après la section des corps restiformes, soit après la division transversale de la moelle, vers la partie inférieure de la région cervicale. Ces Faits nous montrent que les lésions de Tisthme de l'encéphale et de la partie inférieure de la moelle cervicale peuvent déterminer une suspension plus ou moins prolongée de Texcrétion d'urine par les reins. On est en droit d'en tirer cette conséquence : que des troubles fonctionnels de ces parties des centres nerveux peuvent vraisemblablement produire un elTet du môme genre. Alais il est facile de citer des expériences montrant, d'une façon encore plus nette, Tinfluence du système nerveux sur la sécrétion urinaire. Si Ton introduit un tube dans le segment rénal des deux uretères, après section de ces deux canaux, à une assez longue distance des reins, et si Ton électrise le bout périphérique d'un des nerfs grands splanehniques, lorsqu'on s'est convaincu que la sécrétion urinaire continue dans les reins, on voit, en même temps que le rein correspondant pâlit, tout écoulement urinaire cesser bientôt de ce côté. Il semble bien qu'il y ait là arrêt de la sécrétion rénale, sous l'influence de l'excitation des nerfs vaso-constricteurs de cet organe et de la diminution de la circulation, qui en est la conséquence. L'anurie des hystériques ne peut-elle pas se produire par un mécanisme plus ou moins analogue à celui-ci? N'est-on pas en droit d'admettre que l'excitation vaso 'Constrictive des nerts splanehniques peut durer pondant des jours, des semaines, ou même des mois, puisque l'excitation des nerfs qui se rendent aux muscles de la vie animale, atteints de contracture, peut persister pendant un temps plus long encore ?

Il faut ici, d'ailleurs, tenir compte de ce que je disais

556 QUINZIÈME LlrÇO?;.

tout à l'heure, à propos des données expérimentales relatives à Taction du système nerveux sur la sécrétion urinaire. Il se peut que, chez les hystériques, il y ait encore, soit comme cause adjuvante, soit comme cause principale, un trouble fonctionnel des cellules sécrétantes des reins, déterminé par Tintermédiaire des nerfs sécréteurs de cet organe.

Je termine là ce que je voulais vous dire, pour le mv»ment, de l'influence des nerfs vaso-moteurs des reins sur les fonctions de ces organes. Cette influence entre encore en jeu dans des conditions dont j'aurai sans doute à vous entretenir plus tard. Je veux parler de l'action des médicaments considérés comme diurétiques.

Il est évident, en effet, que l'appareil vaso-moteur doit jouer un rôle considérable dans Teffet de ces médicaments, et je vous citerai, par exemple, l'alcool. L'action diurétique de celte substance est due vraisemblablement, d*abord. àTexcitation directe des éléments rénaux, puis à la dilatation vasculaire réflexe qui en résulte et qui favorise la sécrétion d'une abondante quantité d'urine.

Étudions maintenant les nerfs vaso-moteurs du foie.

Le foie est un organe éminemment vasculaire, plus vasculaire peut-être que le rein, et qui ne saurait être comparé, sous ce rapport, qu'au poumon. Je n'entrerai pas dans les détails de sou anatomie que vous devex coo* naitre ; je me bornerai à vous rappeler qu'il est cooslitat! par un nombre immense de lobules ou acini, incomplète-

Page 1