‹ Leçons sur l'appareil vaso-moteurChapitre 26 sur 107 · ACTION DU GRAND SYMPATHIQUE SUR LES VAISSEAUX · texte numérisé non relu

ACTION DU GRAND SYMPATHIQUE SUR LES VAISSEAUX

l>as non plus la même que celle du sang de la jugulaire du côté opposé. Comme le sang artériel traverse pUis rapidement les vaisseaux capillaires de celle moitié de la têle que ceux de la moitié opposée, il s'y modifie à un moindre degré ; et, dans les veines en communication avec ces capillaires, il contient une plus grande proportion d'oxygène, une moindre quantité d'acide carbonique ; il se coagule plus rapidement; en un mot, il conserve en partie les caractères du sang artériel.

La rougeur des tissus ne se borne pas à l'oreille, elle se constate encore avec facilité sur la conjonctive, en particulier sur la membrane nictitante, et dans les culs-de*sac palpébraux.

I^ pression artérielle est accrue dans les branches de la carotide du côté opéré, ce qui tient certainement à l'augmentation de l'afflux du sang dans cette artère, car théoriquement, à cause de la dilatation des artérioles et des capillaires, la pression devrait, au contraire, s abaisser.

L'augmentation de température du côté lésé est généralement très-facile à percevoir. On la constate aisément par la palpation comparative des deux oreilles ; mais si on veut la déterminer avec quelque exactitude, il est absolument nécessaire de faire usage du thermomètre. On peut alors reconnaître qu'il y a souvent un écart considérable entre les températures des deux oreilles. Cet écart, suivant la saison, peut être de 5, 10, 15 degrés centigrades et même plus. Des différences aussi fortes ne se trouvent d'ordinaire, que lorsque la cuvette du thermomètre est mise en contact avec l'extrémité des oreilles. Il faut d'ailleurs certaines précautions pour obtenir un résultat exact, et ces précautions étant fondéessur nos connaissances rela* tives à la physiologie des nerfs vaso-moteurs, il est bon que

96 TROlâliMB L^^H.

VOUS ne les ignoriez pas. La principale de ces précautions, pent-èlre plus importante que ceKe de ne pas toacber les oreilles avec une main trop chaude» oonaiale à ne pas les tenir trop longtemps en contact aiwc te thei*momèt«e, même en se servant comme moyen de contention d'on linge ou d'une pince. En effet, un contact un peu prolongé d'un corps quelconque avec Toreille du edlé ofi le grand sympathique n'est pas lésé, pourra donner lieu à des acliras réflexes vaso-dilatatrices qui diminueraient la diffiérenee entre les deux oreilles.

La sensibilité du côté lésé est exagérée ; je ne sais si cela est très-appréciable sur le lapin que vous pouvez observer, mais le fait n'en est pas moins iuconteslable, et tous les expérimentateurs Tout constaté depuis qae M. Cl. Bernard Ta signalé. De même, la sécrélion de la sueur est augmentée, ce qui se voit surtout chez le cheval (Dupny).

Les propriétés des muscles et des nerfs, du cêté 9ur lequel est faite l'expérience, persistent pins longtemps après la mort que cela n'a heu du côté opposé. Les mouveinenls réflexes peuvent être déterminés, après la mort, dam les muscles du côté du sympathique coufié, alors qu'Hs n'existent plus du côté intact (Cl. Bernard). Sur desdriens empoisonnés avec du curare, on peut se convaincre faei* lement que les mouvements réflexes sont plus vifs du côté où le sympathique cervical est lésé que du côté opposé. Si Ton souffle alternativement sur les deux yeux, alors que rintoxication n'est pas encore comph^ley on voit les paupières de l'œil du côté opéré se femer plus brusquement, et en même temps, il se produit presque constammeiit d«ns l'oreille du même côté un mouvement réflexe associé. Ce dernier phénomène fiitt souvent défaut, lorsqu'on sonfle sur l'œil du côté non opéré.

ACTIOff DC GRAND SYMPATHIQUE SUR LES VAISSEAUX. 97

L'augmentation des mouvements réflexes du côté opéré a été aussi signalée par M. Brown-Séquard. Ce physiologiste a noté d'autres différences, relatives à la rapidité moins grande d'apparition de la rigidité cadavérique et de la putréfaction dans les parties qui correspondent au sympathique lésé ; à la durée plus longue de la possibilité de la régénération des propriétés des nerfs et des muscles dans ces parties, par le moyen d'injection de sang oxygéné dans les vaisseaux après la mort, etc. Il a d'ailleurs réuni, dans des tableaux très-instructifs, tous les phénomènes qui sont consécutifs soit à la section, soit à la galvanisation du grand sympathique (1).

L'augmentation de la vascularisation produit, comme Ta prouvé M. Cl. Bernard, une résistance .différente à l'action des poisons : c'est ainsi que la sensibilité se conserve plus longtemps, dans le côté correspondant au grand sympathique coupé, sous rinfluence des inhalations d'éther, de chloroforme ou d'autres substances anesthésiantes. Mais, en sens inverse, le curare agit plus rapidement sur les nerfs correspondant au côté coupé, que sur les nerfs du côté sain. Celle différence d'action du curare se constate surtout dans les membres inférieurs : si Tun des nerfs scialiques est sectionné, il perd plus rapidement ses propriétés que le nerf sciatique intact.

Les phénomènes que je viens de signaler ne se voient pas seulement sur la conjonctive oculaire et dans Toreille. Les modifications dont il s'agit se montrent dans toutes les parties de la tète et de la face. C'est ainsi qu'un thermomètre introduit dans la narine du côté opéré indique une certaine élévation de température ; celte narine est,

(1) Leçons sur les nerfs vaso-moteurs, etc. Paris, 1872, p. 4 et suiv.

VULPU?!. '

en même temps, plus sèche que l'autre. Si Ton pouvait prendre isolément et avec précision la température des deux côtés de la bouche, on constaterait un échauffement de la membrane muqueuse dans la moitié de la cavité buccale du côté de l'opération : on peut d'ailleurs reconnattre cette modification de température en palpant comparativement r intérieur des lèvres des deux côtés. En tout cas, il est facile de voir que la peau de cette moitié de la face a, comme celle de l'oreille, une teinte moins pâle que celle des parties correspondantes du côté opposé. La membrane muqueuse de la fosse nasale et celle de la moitié de la cavité buccale du côté de Topération, ont une coloration plus rouge que celle des mêmes points de l'autre côté.

Dans le cerveau il en est encore de même, ainsi que Ta constaté M. Cl. Bernard d'abord, et comme l'ont vu depuis d'autres physiologistes, en mettant l'encéphale à nu de chaque côté de la ligne médiane, dans des points symétriques, et en plongeant un thermomètre successivement dans les deux hémisphères cérébraux.

En outre, lorsqu'on fait cette expérience, comme on a la pie-mère cérébrale sous les yeux, on peut voir qu'il y a une congestion sanguine, plus ou moins marquée, du côté correspondant à la section du cordon sympathique* Cela a été vu d'une façon plus nette encore, lorsque le ganglion cervical supérieur était arraché (1).

Cette congestion s'observe aussi très-distinctement dans les vaisseaux du fond de l'œil ; à l'aide de l'ophthalmoscope, leur dilatation est aussi facile à constater que celle des vaisseaux de Toreille.

(1) Nothntgel, Des nerfs vaso-moteurs des vaisseaux du cerveau (iu Vir* cho>v't Archiv, 1807, anal, in Gai. hebdom., 1807, p. 750).

Page 1