‹ Leçons sur l'appareil vaso-moteurChapitre 27 sur 107 · ACTION DU GRAND SYMPATHIQUE SUR LES VAISSEAUX · texte numérisé non relu

ACTION DU GRAND SYMPATHIQUE SUR LES VAISSEAUX

Ce phénomène est important à connaître, aujourd'hui surtout que M. Bouchut a émis l'idée qu'on peut apprécier les modifications pathologiques de Tencéphale par Tobservalion des troubles circulatoires du fond de l'œil ; il a même créé pour celte sorte d'examen un. nom, dont on peut contester la régfularité, mais qui est très-significatif, la céréàroscopie. MM. Patrick Nicol et Isaac Mossop ont pensé pouvoir se rendre compte de l'efifet de certaines substances (chloral, bromure de potassium, alcool, quinine, ergotine, belladone) sur la circulation encéphalique, en étudiant, avec Fophthalmoscope, Tétat des vaisseaux du fond de l'œil sur l'homme sain, soumis à l'action de ces médicaments (1).

Ces divers phénomènes, comme je l'ai indiqué, sont plus nets, si, au lieu de couper le grand sympathique au cou, on arrache le ganglion cervical supérieur. Ils sont aussi plus durables alors.

On conçoit facilement la cause de cette difTérence ; en coupant le grand sympathique au-dessous de son ganglion, on ne coupe pas pour cela tous les nerfs vaso-moteurs destinés à la tête. Le ganglion cervical reçoit des filets nerveux de différents nerfs : du pneumogastrique, de l'hypoglosse, du glosso-pharyngien. Ces filets contiennent des fibres vaso-motrices qui traversent le ganglion, s'unissent à d'autres fibres nées de ce renflement, et constituent des nerfs vaso-moteurs destinés aux diverses parties de la

tète.

Dans les conditions créées par la section du cordon cervical sympathique, toutes les relations du ganglion cervical

(1) Britann. ReT., Jnly 1872.

supérieur avec le centre cérébro-spinal ne sont donc pas rompues, et l'activité de ce ganglion peut persister. Progressivement cette activité augmente, et les fibres vasomotrices, provenant de ce ganglion, peuvent, au bout de peu de temps, suppléer, dans leur rôle fonctionnel, celles qui ont été coupées dans le cordon cervical. Mais après l'ablation de ce ganglion , la plupart des fibres vaso-motrices de la moitié correspondante de la tète ont leur continuité interrompue, et, par conséquent, la paralysie vasculaire ainsi produite est plus complète, plus durable.

11 ne faut pas croire cependant que Tarrachement du ganglion cervical supérieur produise des effets vasculaires tout à fait permanents ; ils diminuent plus ou moins notablement au bout de quelques semaines.

Toutefois, ce n'est qu'après un temps assez long que la diminution est très-considérable. D'après M. Cl. Bernard, chez le chien, on pourrait constater encore la dilatation des vaisseaux et l'élévation de la température, plus de dixhuit mois après l'opération (1).

Si la paralysie vasculaire* déterminée par l'arrachement du ganglion cervical supérieur, n'est pas absolument permanente, si elle diminue au bout d'un certain nombre de semaines, cela tient à ce que les diverses parties de la tète reçoivent encore des fibres vaso-motrices, émanées d'autres points des centres nerveux. C'est ainsi que des nerfs du plexus cervical amènent à la tète des fibres vaso-motrices; il en est de même de plusieurs des nerfs crâniens ; et ces fibres, nées de la protubérance, du bulbe et de la partie supérieure de la moelle épinière, s'unissent sans doute à ces différents nerfs, dès leur origine, les accompagnent

(1) G. Bernard. Leçontsur le système nerveux, t. H, p. h92.

ACTION DES YASO-MOTëURS SUR LES VAISSEAUX. 101

dans la plus {i;raDde partie de leur parcours, elles quittent ensuite, pour aller se distribuer aux vaisseaux. Ces fibres vaso-motrices qui ne sont pour ainsi dire qu'auxiliaires, lorsque le grand sympathique cervical est intact, sont forcées d'entrer plus activement en jeu, lorsque le cordon cervical est coupé, ou que le ganglion cervical supérieur est arraché : elles acquièrent peu à peu une grande influence sur les vaisseaux qui avaient été tout d'abord paralysés, et, après un nombre de jours variable, la paralysie vasculaire disparaît.

Nous pouvons constater pour chaque partie du corps, et presque pour chaque organe, cette origine multiple des nerfs vaso-moteurs, et les routes diverses suivies par ces nerfs. S'il s'agit d'un membre, on voit que les fibres nerveuses vaso-motrices viennent de différents points s'unir aux nerfs de ce membre, et que, de plus, il y a des fibres destinées aussi aux vaisseaux, qui accompagnent ces canaux, sans passer par les nerfs sensitivomoteurs.

Il en est de même pour certains organes. Ainsi la langue reçoit des fibres vaso-motrices de filets nerveux sympathiques» qui suivent le même trajet que l'artère linguale; elle eu reçoit également par l'intermédiaire du nerf hypoglosse, du nerf lingual et du nerf glosso-pharyugien.

D'après un ancien travail de M. Schiff, l'influence du nerf hypoglosse et celle du nerf lingual sur les vaisseaux de la langue, oflï iraient un caractère tout particulier. 11 dit, en effet, qu'après la section du nerf hypoglosse, sur des chiens, la langue reste plutôt pâle que rouge; mais si l'on coupe le nerf lingual du même côté, un mois environ après la première opération, la moitié correspondante de

la langue deviendrait rouge. De même, d'après lui, laseclion isolée du nerf lingual ne produirait rien, tandis que la moitié correspondante de la langue se congestionnerait si, quelque temps après la première section, on coupe le nerf hypoglosse du même côté (1). Il est probable qu'il y a eu, dans les expériences de M. Schiff, une cause d'erreur, qui Ta empêché de voir les résultats de ces sections de nerfs, tels qu'ils se produisent en réalité. Si l'on coupe le nerf lingual d'un côté sur un chien, on observe une congestion manifeste de la moitié correspondante de la langue, et le sang qui parcourt les veinules de la face inférieure de l'organe, est toujours plus rouge que celui qui est contenu dans les veinules homologues du côté opposé. La section du nerf hypoglosse du même côté augmente un peu la congestion produite parla première opération. Il en est do même lorsqu'on coupe d*abord le nerf hypoglosse d'un côté : la moitié correspondante de la langue rougit, et la rougeur devient un peu plus prononcée quand on coupe ensuite le nerf lingual du même côté. Une congestion assez nette se montre encore dans une des moitiés de la langue, quand on a coupé seulement le cordon cervical du sympathique du côté correspondant. Ainsi donc, ces différents nerfs contiennent des fibres vaso-motrices (vaso-constriclives) dont la paralysie détermine la dilatation des vaisseaux de la langue. Nous aurons à reparler de l'action vaso-motrice des nerfs de la langue à propos des phénomènes vaso-dilatateurs. Les effets de la section des différents nerfs de la langue sur les vaisseaux de cet organe, sont des plus intéressants à étudier, sur des chiens curarisés et soumis à la respira-

(i) M. Schiir, Ueber âen Ein/lwtder Nervm au f die défasse der 2w^ (Archiv f. phytioL Heilkundc, U Ucft., 1853^ pf. 377 et sut.).

lion artificielle : leur langue, devenue inerte, peut être examinée alors avec une grande facilité. On peut voir, presque d'un seul coup d'œil, les vaisseaux des deux côtés de sa face inférieure ; on peut comparer la température des deux moitiés de l'organe, etc. On reconnaît ainsi aisément la dilatation des veines superRcielles, la teinte moins sombre du sang contenu dans ces vaisseaux, Télévation de température dans la moitié de l'organe qui est congés* tionnée, etc.

A l'oreille du lapin se rendent aussi des nerfs vaso-moteurs de diverses provenances. Le cordon cervical du sympathique, le ganglion cervical supérieur, les nerfs auriculaires fournis par les nerfs cervicaux, le nerf auriculaire du facial, donnent manifestement des fibres vaso-motrices ii l'oreille. Et ce fait explique, au moins en grande partie, les résultats que M. Arm. Moreau a récemment publiés (1). Il coupe le cordon cervical du grand sympathique sur un lapin, et il observe les phénomènes de vascularisation que vous connaissez. Mais ces phénomènes sont souvent peu accusés; ils peuvent môme faire défaut dans certaines conditions d'aflaiblissement de Vanimal. Il sectionne aussitôt, ou peu de temps après cette première opération, la branche auriculaire antérieure du plexus cervical superficiel. Immédiatement, la vascularisation devient plus prononcée. On peut, je le répète, expliquer ce résultat expérimental par lexisteiice bien constatée de fibres vaso-motrices dans les nerfs auriculaires du plexus cervical . L*efiet de la section de ces nerfs s'ajoute à celui de la section du cordon cervical du grand sympathique, et Ton conçoit qu'il se pro-

(1) Arm. Moreau, Sur le rôle du filet sympathique cervical et du nerf grand auriculaire dans la vascularisation de l'oreille du lapin (Archives de physiologie noriMie et ptlbotogiqne, 1872^ p« 667).

10/i TROISIÈME LEÇON.

duise une dilatation vasculaire plus considérable que lorsqu'un seul de ces nerfs est coupé. Peut-être faut-il tenir compte aussi de l'irritation déterminée, dans le bout centrai du nerf auriculaire coupé, par la lésion traumatique de ce nerf, et de la dilatation réflexe ainsi provoquée dans les vaisseaux de Toreille. Mais cette excitation ne peut être que passagère et ne saurait expliquer la dilatation durable des vaisseaux de Foreille du lapin opéré. On ne doit pas négliger non plus, pour Texplication du fait signalé par M. Moreau, la diminution du tonus vasculaire que doit entraîner la section d'un des principaux nerfs sensitifs de l'oreille (1). Disons toutefois que cette conséquence de la section du nerf cervico-auriculaire ne peut suffire à expliquer complètement te fait eu question, car elle devrait se manifester, même lorsque le cordon cervicaVdu sympathique et le ganglion cervical supérieur sont intacts, et Ton ne voit rien de pareil dans la plupart des cas où l'on coupe isolément ce nerf. La dilatation des vaisseaux de l'oreille, dans ces conditions, est un résultat exceptionnel.

En somme, le fait signalé par M. Moreau tient à plusieurs causes, dont la principale est sans doute la section plus complète des fibres nerveuses vaso-motrices de Toreille du lapin.

La vascularisation qui se développe, lorsque les nerfs vaso-moteurs sont coupés, n'est pas une congestion inflammatoire, et elle peut durer des jours et des semaines, sans qu'il se produise une véritable inflammation dans les parties où les vaisseaux sont dilatés. Tous les physiologistes ont insisté sur ce fait important, signalé d'abord par

(1) Ch. l^grof, Des tur/s vaso-moteurs (thèse de concourt, 4873, p. 78,.

M. Cl. Bernard. J'aurai d'ailleurs à vous en parler plus tard d'une façon plus explicite. Nous avons vu, dansThislorique, que plusieurs auteurs, Pourfour du Petit, Cruiksbank, Âmemann, John Reid, qui ont indiqué la rougeur de la conjonctive au nombre des effets de la section du cordon cervical du sympathique, ont cru qu'il s'agissait d'une vraie inflammation. Ce qui les a troppés, c'est qu'en réalité à la congestion paralytique simple peuvent succéder des phénomènes inflammatoires , dans certaines conditions. L'inflammation peut se développer dans ces parties beaucoup plus facilement qu'à l'état normal, principalement lorsque l'animal est affaibli par une cause quelconque, le séjour dans un endroit obscur et humide, l'alimentation insuffisante, la fièvre, des saignées fréquemment répétées, par exemple (Cl. Bernard). On peut voir alors la conjonctive se gonfler, en devenant le siège d'une vive injection : il se produit une sécrétion muco-purulente plus ou moins abondante ; la cornée transparente s'opacifie, peut s'ulcérer; l'œil tout entier peut même participer à l'inflammation. Par la section du grand sympathique, on constitue donc une sorte d'imminence morbide, ou plutôt une prédisposition locale à l'inflammation, dans les parties auxquelles se rend ce nerf.

J'ai observé attentivement, au point de vue des lésions oculaires, plusieurs chiens qui avaient subi soit la section du cordon cervical du sympathique, soit l'arrachement du ganglion cervical supérieur. Ces chiens se trouvaient, après l'opération, dans des conditions hygiéniques assez bonnes. Aucun d'eux n'a présenté de véritables phénomènes inflammatoires. J'ai constaté un amas de chassie, dans deux cas seulement. Ce produit à demi-concret contenait, en même temps que de nombreuses cellules épithéliales,

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beaucoup de leucocytes ; mais, même dans ces deux cas, il n*y a pas eu de lésions appréciables des membranes.

Les modifications des vaisseaux, et, par suite, de la circulation, de la température, etc., dont j'ai parlé à propos de la section du cordon cervical du sympathique, se produisent, à des degrés variés, sous Tinfluence de la section de la plupart des nerfs; car ils contiennent tous un nombre plus ou moins considérable de fibres vaso-motrices. Si Ton coupe, sur un mammifère, le nerf sciatique d'un côté, on constate que la vascularisatiori du membre correspondant augmente notablement. La température des orteils peut s'élever, chez un chien, de 10 à 15 degrés, si ces orteils étaient froids au début de Texpérience. II en est de même si Ton coupe transversalement les nerfs d'un des membres antérieurs; la température des extrémités digitales, du c^ôlé de la section, l'emportera beaucoup sur celle des extrémités du membre du côté opposé.

La section du cordon tboracique du grand sympathique d'un côté produit une vascularisation plus grande du poumon et de la plèvre du côté correspondant. M. Cl. Bernard a même vu survenir des pleurésies dans ces conditions ; mais c'est un résultat dont nous aurons plus tard à déterminer la signification.

L'arrachement ou la destruction des ganglions semilunaires, la section des nerfs du plexus solaire, déterminent la paralysie et la dilatation des artères mésentériqnes, et quelquefois des sufi'usions sanguines dans la muqueuse intestinale (Budge, Cl. Bernard). La section d'un des nerfs splanchniques produit une congestion très-nette du rein correspondant, etc.

Notons enfin que ces phénomènes ne se produisent pas

seulement sur les mammifères; on les observe aussi chez les oiseaux, et même sur des animaux d'un ordre inférieur, comme les reptiles, les batraciens et les poissons.

Yoici une ^nouille sur laquelle on a coupé un nerf sciatique : on peut voir, à l'œil nu, que les vaisseaux qui sont accolés aux doigts de l'animal dans l'épaisseur de la membrane interdigitale et ceux qui se ramitient dans cette membrane, sont plus dilatés du côté de la section que (lu côté opposé. C'est le résultat que publiait Wbarton Jones, en 1851, Tannée même où paraissait le premier travail de M. Cl. Bernard. Si Ton examine, au microscope, la membrane interdigitale et ses différents vaisseaux, on reconnaît sans difiSculté, après l'opération, la dilatation de tous les vaisseaux, du côté où le nerf est coupé.

On peut encore, sur les grenouilles, étudier les effets de 'arrachement du ganglion qui, chez ces animaux, correspond au ganglion cervical supérieur des mammifères. Je vous fais passer sous les yeux une grenouille à laquelle on a pratiqué celte opération du côté gauche. Vous pouvez voir facilement que, du côté où a été faite l'ablation du ganglion, il y a un resserrement notable de la pupille ; et Tou peut constater tout aussi nettement que, de ce même côté, la langue est certainement plus rouge, plus vascularisée que du côté opposé. La congestion n'est pas d'ailleurs bornée à la moitié gauche de la langue (faces supérieure et inférieure) ; la membrane muqueuse du plancher de la bouche et de la paroi latérale de la cavité buccale a aussi une coloration rosée, du côté gauche, jusque sur le bord et la commissure des mâchoires. La peau de la moitié de la tète, du côté de Topération, devient sèche et plus lisse qu'elle ne l'est dans l'autre moitié. 11 est probable que la dilatation vasculaire se produit aussi dans le membre antérieur

du même côté. En tous cas, le tégument cutané de ce membre devient plus sec que celui de l'autre membre ; et nous Terrons plus tard que l'arrachement du ganglion cervical supérieur a, sur le pigment cutané du membre antérieur du côté de l'opération, une action qui montre que l'influence de ce ganglion se fait sentir aussi, chez la grenouille, dans cette partie du corps.

— Tels sont les effets de la paralysie des nerfs vasomoteurs. Examinons maintenant le résultat de leur excitation.

Nous supposons un mammifère sur lequel on vient d'observer tous les effets produits par la section du cordon cervical du grand sympathique. Si l'on excite, à l'aide d'un courant interrompu assez intense, le bout supérieur de ce cordon, on voit se manifester des phénomènes opposés à ceux que nous venons de signaler. Les modifications oculopupillaires disparaissent. Chez un lapin, par exemple, Toeil, qui était enfoncé dans l'orbite, est projeté en avant et forme une saillie plus prononcée que du côté opposé. Les paupières s'écartent fortement ; la membrane nictitante se retire de dehors en dedans, vers l'angle interne de l'ouverture palpébrale ; la pupille se dilate plus ou moins largement. Les vaisseaux, dilatés dans toute la moitié de la tète, se resserrent, et Ton peut même provoquer un effatement complet des artérioles. Cependant, d'une façon générale, et en exceptant surtout l'oreille, la constriciion des artères, quelque prononcée qu'elle soit, n'a pas lieu d'une manière aussi considérable que sous T influence des excitations portant directement sur leurs parois. Les veines eu communication avec les artères de la région se resser* rent aussi et le sang y prend une teinte plus sombre. La

circulation capillaire est beaucoup moins active du côté où Ton Fait Texpérience. La peau et les membranes muqueuses de ce côté peuvent même devenir plus pâles que dans l'état normal.

La température diminue parto ut dans la moitié correspondante de la tète, dans l'oreille, à la face, dans le nez, dans la langue, dans le cerveau, et elle peut même s'abaisser au-dessous de celle des mêmes parties du côté opposé. Les fonctions des glandes sudoripares s'arrêtent plus ou moins complètement, la sensibilité cutanée devient plus obtuse, du côté où le sympathique est excité. En un mot, comme le dit M. Brov^n-Séquard, on constate les indices d*un affaiblissement des propriétés vitales des diverses parties dont les vaisseaux sont innervés par le cordon cervical du sympathique.

Nothnagel (1) a fait, après Callenfels (2), des expériences pour étudier les effets de l'électrisation du grand sympathique au cou, sur les vaisseaux de la pie-mère et du cerveau. Ces expérimentateurs ont vu que les vaisseaux de

la pie-mère du côté électrisé se resserrent. Nous avons répété Texpérience sur des lapins, en enlevant symétriquement une partie de la voûte crânienne, des deux côtés de la ligne médiane. Dans quelques cas, nous avons vu bien nettement les vaisseaux de la pie -mère se resserrer du côté où l'on électrisait le cordon cervical sympathique. Dans d'autres cas, les résultats ont été ou douteux, ou nuls. Peut-être ces derniers résultats tenaientils à ce que les animaux opérés étaient dans de mauvaises

(1) Loc. cit.

(2) Gallenfek, Veber den Einfluss ditr vasomotorischen Nerven auf den Kreiêlauf und die Temperatur (Zeitscbrift T. rationn. Med., 1855, 2« série, l. VU).

conditions de santé. D'ailleurs nous avions faradisé le cordon cer?ical du sympathique : or, c'est surtout en agissant directement sur le ganglion cervical supérieur qu'on obtient des effets bien démonstratirs.

Nothnagel aurait vu aussi, après Farrachement de c(^ ganglion, que Ton peut encore provoquer un rétrécissement des artères de la pie-mère en excitant vivement le nerf crural d'un côté : ce qui démontrerait, s'il n'y a pas eu d'erreurs d'observation, que les vaisseaux de la pie-mère reçoivent des fibres vaso-motrices soit du plexus carotidien, soit directement des nerfs qui naissent des pédoncules cérébraux et de la protubérance annulaire.

Waller (1), après avoir coupé sur des lapins le grand sympathique cervical d'un côté, faisait une incision sur le bord des deux oreilles : il constatait que le sang sortait de la plaie avec une abondance plus grande du côté de la section du nerf. Il éleclrisait alors le bout supérieur du nerf coupé : Thémorrhagie s'arrêtait. Elle reparaissait aussitôt que Ton cessait l'excitation.

On obtient des résultats analogues en agissant sur le nerf scialique. On sectionne ce nerf sur un chien, puis on fait une plaie à la pulpe d'un des orteils, sur chacun des membres postérieurs : d'un côté, il s'écoule à peine quelques gouttes de sang ; mais, du côté où Ton a coupé le sciatique, l'écoulement sanguin est abondant. Si ensuite on excite le bout périphérique du nerf sciatique coupé, l'hémorrhagie du côté correspondant s'arrête complètement. Elle reparaît aussitôt que Ton suspend Télectrisatiou.

(1) Aiig. WtUer, Neuvième mémoire «nr /e système nerveux (Gomptet de l'AcAd. des te., 28 fév. 1853).

MIM. Cl. Bernard (1), Donders, Waller, ont fait encore des expériences Irès-^ignificatives sur Tœil. Si l'on louche la conjonctive de Tceil d'un lapin ou d'un chien avec de Tammoniaque, on y produit une dilatation vasculaire considérable. Si le cordon cervical du grand sympathique a été préalablement coupé de ce côté, la congestion déterminée par cette section, — congestion très-peu marquée d'ailleurs, en général,— devient intense. En galvanisant le bout supérieur du cordon coupé, on fait diminuer la congestion : elle peut même disparaître presque complètement. De même, si Ion fait dilater les vaisseaux de Toreille d'un lapin par des applications d'eau chaude, de farine de moutarde ou d'autres rubéfiants, on peut, par la faradisation du grand sympathique cervical, faire disparaître la vascularisation ainsi produite (Aug. Waller).

On peut constater les effets de l'électrisation des nerfs vaso-moteurs, dans la plupart des régions du corps. Nous n'avons mentionné que quelques exemples de ces effets et nous avons choisi ces exemples parmi un grand nombre d'expériences du même genre, publiées par divers physiologistes. Il convient, pour ne pas être trop incomplet, de vous citer encore quelques faits qui offrent un grand intérêt, au point de vue de la physiologie des nerfs vaso-moteurs. Ainsi, je dois mentionner les résultats obtenus par M. Brown-Séquard, en électrisant les filets nerveux qui, des ganglions abdominaux, vont aux artères et aux veines des membres postérieurs : on détermine alors dans ces membres des phénomènes pareils à ceux qu'on produit dans la face en électrisant le sympathique cer-

(1) CL Bernard, Sur les effets de la section de la portion céphaUque du grand si/mpathique (Comptes rendus de la Soc. de biol., 1852, p. 168 et saiT.}*

vical (1). De même la faradisation des nerfs splancbniques au-dessous du diaphragme, provoque la contraction des vaisseaux du mésentère et de riulestio et fait pâlir ces parties. On observe le même résultat, d'après mes recherches, en électrisant la chaîne ganglionnaire thoracique vers les septième et huitième vertèbres dorsales et même plus haut encore.

Je n'insiste pas d'ailleurs sur ces faits, parce que nous aurons à nous en occuper de nouveau dans la suite de ces leçons.

Tous les excitants produisent le même effet que Télectricité, pourvu qu'ils n'interrompent pas la continuité du nerf ou qu'ils ne rendent pas ses fonctions impossibles. C'est ainsi que le froissement, un léger pincement du cordon cervical du grand sympathique, peuvent déterminer, ou bien directement, une contraction des vaisseaux de la moitié correspondante de la tète, ou bien indirectement, par action réflexe, une dilatation vasculaire. Mais dès que ces violences mécaniques dépassent uu certain degré d'intensité, elles donnent lieu à une paralysie de celte partie du système nerveux.

Le contact de l'acide sulfurique agit comme la section du nerf, lorsqu'il est appliqué à l'état pur : taudis que, dans les cas où l'on se borne à toucher légèrement les nerfs, avec un pinceau imbibé de cet acide très-^tendu d'eau, on peut produire des phénomènes d'excitation centrifuge, et, par suite, une constriclion des vaisseaux auxquels se rendent les nerfs mis en expérience.

(1) Brown-Séquard. Comptes rendus de rAcadémie des sciences, t. XXX VUI,

INFLUENCE DE l'ÉLECTRICITË SUR LES VASO-MOTEURS. 115

J'ai constaté chez le chieD, que le contact de l'acide acétique pur, sur le cordon nerveux résultant de l'accolement du pneumogastrique et du sympathique cervical, détermine, en général, les mêmes effets que la section de ce cordon. Ce résultat est constant, lorsqu'on a traversé le nerf avec une aiguille chargée d'une gouttelette de cet acide. Il en est de même de l'action de la teinture d'iode, de l'ammoniaque, d'une solution suffisamment concentrée de nitrate d argent, de teinturede cantharides, etc. D'après >I]VI. Legros et Onimus, Timbibition du cordon cervical du sympathique avec de la glycérine produit une dilatation énorme des vaisseaux (I).

Les différentes sortes de courants agissent de la même manière, ou à peu près, sur les nerfs vaso-moteurs.

Ainsi que je Tai déjà dit, il résulte des recherches de MM. Legros et Onimus, que lorsqu'on fait passer des courants galvaniques dans un nerf contenant des fibres vasomotrices, les courants ascendants, c'est-à-dire ceux dans lesquels on place le pôle négatif près du centre, le pôle positif près de la périphérie, feraient contracter les vaisseaux, tandis que les courants descendants, c'est-à-dire dont les jiôles sont placés à l'inverse des précédents, les feraient dilater.

Or, les expériences que nous avons répélées, avec M. Carville,surla membrane interdigitale de la grenouille, dans la condition la plus favorable, puisque nous désirions vivement voir les phénomènes signalés par ces expérimen-

(!) Legros et Onimus, Recherches expérimentales sur la circuiation, et spécialement sur la contractilité artérielle. (Journal de ranatomie et de la physiologie normales et pathologiques de l'homme et des animaux, pp. 362 et*suiv.; p. 382).

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