‹ Leçons sur l'appareil vaso-moteurChapitre 30 sur 107 · ACTION DU CURABE SUR LES VASO-MOTEURS · texte numérisé non relu

ACTION DU CURABE SUR LES VASO-MOTEURS

iinmobiliser les animaux sur lesquels nous devons faire des expériences; il importe donc que nous connaissions l'influence qu'il peut avoir sur les résultats observés. Rappelons en quelques mots ce qu'on sait du mécanisme de l'action du curare sur les nerfs en général.

M. Cl. Bernard a démontré que le curare agit en paralysant les nerfs moteurs, tout en respectant la contractilité musculaire. Ce poison, en effet, ne détruit les propriétés ni de la fibre nerveuse motrice, ni du faisceau musculaire strié.

Est-ce sur la plaque terminale motrice que se produit l'action du curare? C'est l'idée qui se présente tout d'alK)rd, et cependant l'exactitude de cette manière d'interpréter l'aclion du curare est loin d'être démontrée.

J'ai donné depuis longtemps les raisons pour lesquelles je fais certaines réserves relatives à cette hypothèse. 11 me semble qu'on ne peut l'admettre, qu'à la condition de considérer la plaque motrice terminale comme n'étant pas constituée par un prolongement des éléments qui font partie des fibres nerveuses; car le curare n'agit pas, ou n'agit que très-lentement, sur ces éléments dans la fibre nerveuse proprement dite, et Ton ne voit pas pourquoi il agirait rapidement sur ces mêmes éléments dans la plaque motrice. Dire que c'est parce que le cylindre-axe ne se trouve pas là environné de myéline, ne serait pas une réponse sufiSsante. En efiet^ le cylindre-axe des fibres motrices est dépourvu de gaine de myéline dans la substance grise de la moelle épinière, au moment où il sort de la cellule nerveuse qui lui donne naissance, et le curare n'agit pas sur lui, dans ce point. D*aulre part, on sait maintenant, d'après les recherches de 31. Kanvier, que le cylindreaxC; même dans les troncs nerveux, n'est pas partout

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enveloppé de nyélÎDe. La gatoe formée par cette aiibstaoce est înterrampoe de distance en distance au niveau des étranglements annulaires des tubes nerveux (I), et («pendant nous voyons que les flbres nerveuses, dans ces troncs, résistent à Faction du curare, ou tout à lait, ou pendant plusieurs heures au moins. Si le curare agit sur la friaque terminale des fibres nerveuses motrices, son action doit donc porter sur une autre substance que ceUe qui est un prolongement de ces fibres. 11 faut bien Favouer,. nous ne savons pas exactement où, ni comment, setfeclue l'action du curare à l'extrémité des fibres motrices. Nous représenter que cette action a lieu au niveau des points où la fibre nerveuse entre en conflit avec le faisceau musculaire, et que l'agent toxique produit son effet, sans aitérer pbysîologiquement, d'une façon notable, soit l'un^ soit Tautre de ces éléments, c est là tout ce que nous sommes en droit de faire. Les fibres nerveuses se trouvent en quelque sorte détachées physiologiquement des faisceaux musculaires dans lesquels elles pénètrent. C'est là la théorie que j'ai soutenue, c'est celle à laquelle je tîeas totijours.

Comme l'action du curare, sur l'appareil névro-musculaire de la vie animale, parait s'effectuer au point même de rencontre de l'extrémité terminale des fibres nerveuses et des faisceaux musculaires striés primitirs; comme le mode de terminaison de ces fibres, dans ces faisceaux^ offre des caractères spéciaux, on ne doit pas s étonner si le curare n'agit pas d'une façon absolument identique sur (*es fibres et sur celles qui se rendent à des muscles Usks.

(1) L. aaavier« Heehercfia $ur tkhlolùgie et la pk^ioibgie dbt Mrf#.(ABelN««» dr pliy«iologie normale et pathologique, 1872, pp« 129 et •ui^.)

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Noos sftYom, en effet, que dass ces derniers, le nerf a probablement uoe terminaisoo très-diffi^rente de celle qu'il possède dans les muscles striés. Or, de nombreuses expériences ont démontré que les nerfs qui se rendent à des muscles lisses réststent pendant très-longtempsàTactioo du curare. Cest ce qu'on peut bien rotr sur un mamwdSkn curariséet soumis à la respiration artificielle. Longtemps après que les excitants mécaniques ou galvaniques <mt perdu toute action sur les nerfs mixtes, destinés aux muscles à fibres striées des membres, du tronc, de la tète, an voit les nerfs vésicaux, intestinaux» etc., conserver leur excitabilité. Jl en est de même des nerfs vaso-moteurs.

Il ne faudrait pas croire toutefois que le curare n'agit pasda tout sur les nerfs vaso-moteurs; il agit aussi sur euE. Ce qui le prouve, c'est que si Ton curarise un animal, toutes ses membranes rougissent ; le nez. lesmem*bres deviennent chauds; il y a un affaiblissement évident du système nerveux vaso-moteur. Mais celle paralysie est très- incomplète; elle ne fait que de lents progrès, lorsque la dose de curare n'est pas très-forte, et, pendant une longue période de temps^ les phénomènes vasculaires, qui résultent normalement de la section ou de l'excitation de ce système, peuvent encore se manifester.

Si l'on coupe le grand sympathique cervical sur un lapin curarise et soumis à la respiration artificielle, les vaisseaux de l'oreille se dilatent, la pupille se rétrécit, etc. ; si Ton électrise le bout supérieur du cordon nerveux coupé, l'artère médiane se resserre, s'efface, la pupille s'élargit, etc.

Si l'on électrise le nerf seiattque sur un chietï curarise, H ne se produit aucune contraction des muscles de la vie animale auxquels il se rend. Au contraire, on détermine ainsi un resserrement des vaisseaux du membre, et, comme

je Tai déjà dit, si Ton a fait une incision sur la pulpe d'un des orteils de ce membre, on peut, par la faradisation du nerf sciatique, arrêter Técoulement de sang qui a lieu par celte incision.

Ainsi donc, il est exact de dire, comme je vous le faisais remarquer tout à Theure, que les Gbres nerveuses musculomotrices de la vie animale sont empoisonnées par le curare, et que les fibres vaso-motrices sont relativement respectées.

Vous comprenez l'importance de ces faits pour le physiologiste. S'il fait des expériences sur les vaso-moteurs des membres; s'il galvanise, par exemple, sur un animal non curarisé, les nerfs mixtes, pour exciter les fibres vaso-motrices qui y sont mêlées aux fibres sensitives et aux fibres -motrices, il provoquera nécessairement des contractions violentes des muscles animés par ces nerfs. Il en résultera une compression plus ou moins forte des vaisseaux interposées aux muscles, ou traversant ces organes, et il se fera ainsi des modifications circulatoires qui pourrout être, à tort, rapportées à l'excitation des nerfs vaso-moteurs. Si, au contraire, au moyen du curare, on a paralysé l'action des nerfs moteurs qui animent les muscles de la vie animale, les effets vasculaires, produits par l'excitation des nerfs mixtes, ne pourront plus être attribués qu'à l'influence des nerfs vaso-moteurs.

Du reste, dans la pathologie humaine, ou peut trouver certains cas dans lesquels l'action des nerfs sur les muscles H été anéantie, tandis que les vaso-moteurs ont conservé la totalité de leurs fonctions. Je vous citerai, comme exemple, i:e que Ton peut jconstater dans les C4is de paralysie a/riijore du nerf radial.

Vous savez que, sous Tinfluence du froid, on voit, dans

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