INFLUENCE DES L$SIONS DU SYMPATHIQUE CERVICAL
t(His les phéDomèDes oculo-pupillaires produits par la solution de coQtinuité du sympathique cervical, la constriction de la pupille, le resserrement de l'ouverture palpébrale, ie retrait du globe oculaire, ruais encore une rougeur notable de la conjonctive, de la joue, de Toreille, etc. Il n'y avait pas de modification de la circulation du fond de l'œil (examen ophthaluioscopique). En même temps, l'oreille droite était plus chaude que l'oreille gauche. On pouvait facilement augmenter ou diminuer la différence de tempe* rature entre les deux oreilles. Pour l'augmenter, il suffisait d'appliquer, pendant quelques instants, de la glace sur les deux oreilles : l'oreille, du côté où le sympathique était sain, pâlissait et se refroidissait rapidement; l'autre, au con* traire, résistait relativement au froid, de telle sorte qu'elle pouvait offrir, à un moment donné, une température supérieure de plusieurs degrés à celle de l'oreille gauche. Pour <liminuer la différence, il suffisait d'appliquer de leau chaude sur les deux oreilles. L'oreille droite se réchauffait à peine, celle du côté opposé se réchauffait d'une manière très-sensible; la différence primitive tendait donc à disparalti^e d'une façon à peu près complète. Ces par* ticularités sont tout à fait semblables à celles que Ion observe sur les chiens ou les lapins placés dans des cou* alitions analogues.
On constatait encore d'autres phénomènes très-intéressants. Lorsqu'on faisait marcher rapidement le malade, la joue et l'oreille du côté gauche offraient une rapide élévation de température et devenaient, après très-peu de temps, plus chaudes que les mêmes parties du côlé droit* D'autre part, c'était aussi du côté gauche de la face et du cou qu'il suait alors ; le côté droit restait tout à fait sec ; il eo était àe même, lorsque le patient prenait un bain turc* Quand il
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recevait, en marchant, le vent dans la Face, son œil gauche devenait seul larmoyant. Il se mouchait uniquement de la narine gauche, et le côté gauche de sa cavité buccale lui imraissait souvent plus sec que le côté droit. Il n'y avait pas d'augmentation de la sensibilité dans le côté droit de la face ; il n'y avait pas non plus de changements reconnaissables dans la forme soit de la bouche, soit des narines.
M. W. Ogle cherche à expliquer les phénomènes observés ù la suite de marches rapides par la supposition d'une sorte de contracture secondaire des artères, analogue à la contracture des muscles faciaux, consécutive à l'hémiplégie faciale, dite rhumatismale. La tunique musculaire des artères, d'abord paralysée, aurait subi peu à peu des altératioD> qui lui auraient enlevé sa dilatabilité. Cette contracture des artères se serait donc opposée, suivant lui, à la dilatation que produit d'ordinaire la marche accélérée, comme aussi à la sécrétion sudorale qui survient dans les mêmes circonstances. Il faut évidemment tenir compte de Texpli' cation donnée par M.W. Ogle. I^ valeur de l'analogie qu il invoque ne saurait être contestée. Cependant il est probable que l'absence de dilatation vasculaire et de sueur, dans le côté droit de la face, dépendait, en grande partie, dans le cas dont il s'agit, de l'impossibilité d'actions vaso-dilatatrices, déterminée par la solution de continuité du cordon cervical du sympathique. L'abolition plus ou moins complète de cçs actions s'observe chez les animaux, quelques jours après la section du sympathique cervical, comme j'aurai à vous le montrer plus tard, et il est probable que cet effet peut persister tout aussi longtemps que les autres résultats de la lésion de ce cordon nerveux.
Je crois devoir mentionner encore quelques cas de lé-
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sioii directe du cordon cervical du grand sympathique dans lesquels on a constaté des modifications de la circulation et do la température de la face. Je citerai d'abord un cas dans lequel on a observé, comme dans ceux qui précédent, des effets de paralysie de ce cordon. Voici un résumé de cette observation publiée par M. Seeligmillier (1).
Un lieutenant, âgé de vingt-cinq ans, reçut, le 30 août 1870, une balle de chassepot dans Tépaule gauche. L'ouverture d'entrée était au niveau de la portion claviculaire iîu sterno-cléido-mastoïdien du côté gauche, à trois centimètres au-dessus du bord supérieur de la clavicule; l'ouverture de sortie à gauche de l'apophyse épineuse de la quatrième vertèbre dorsale. La première ouverture se cicatrisa au bout de six semaines ; la seconde, au bout de onze semaines. Il y eut, aussitôt après la blessure, paralysie du bras gauche. M. Seeligmiîller ne vit le blessé que neuf mois après le jour où il fut frappé. L'ouverture palpébrale et la pupille étaient plus petites du côté gauche que du côté droit.... Pas de myopie. Pas de différence habituelle entre les conjonctives et les joues, sous le rapport de la rougeur. Mais après une vive émotion, on observa une rougeur intense du côté gauche de la face. Il en fut de môme après l'ingestion devin. L'œil gauche était larmoyant. Amaigrissement remarquable de la joue gauche, qui paraissait beaucoup plus aplatie que la droite.... Le pouls de l'artère temporale était plus fort du côté gauche que du côté droit ; la température était plus élevée de 0%1 centig. dans le conduit auditif gauche que dans celui du côté droit....
(1) Seeli^ûUer (Berlin, klin. Wochcnschr., 1872, o» A). — Voy. autsi Albert Eolenburg et Paul Guttmann, Die Pathologie des Sympathiau auf phynologitcher Grundiage, Berlin^ 1873, p. 15.
Dans ce cas, les nerfs vaso-moteurs de la tète n'ont vraisemblablement été lésés que d'une façon incomplète, mais ils ont certainement été atteints. Est-ce au niveau du cordon cervical lui-même? Est-ce au niveau du ganglion cervical inférieur ou des premières racines dorsales? 11 est dilBcile de se prononcer sur ce point.
M. W. Nicaliy dans un travail récent (1), a cité des cas de paralysie des vaso-moteurs, produite, comme dans d'autres cas déjà mentionnés, sous l'influence de la compression du sympathique cervical par des tumeurs du cou.
Un de ces faits est celui d'un homme de vingt-huit ans, observé dans la clinique du professeur Borner, et qui offrait une hypertrophie du lobe latéral droit de la glande thyroïde. On constata chez cet homme un myosis prononcé du côté droit; la face est plus colorée et elle est plus chaude aussi de 0',â5 à 1%10 de ce côté que de l'autre.
Dans un autre cas, observé dans la même clinique, une femme, âgée de soixante-six ans, est affectée de cataracte sénile des deux yeux. Il y a myosis et faible d^^ de ptosis du côté gauche. La face est plus vascularisée et plus chaude de ce côté que du côté droit, lorsque, soin l'influence d'une boisson excitante (trois tasses de café chaud) la circulation devient plus active. Dans les ocwditions normales, la face, le cou et la main ofl'rent, de ce côté, une température plus froide que les mêmes parties du côté opposé. La cause de la paralysie du cordon cervical du sympathique paraît être l'existence d'un goitre volumineux du corps thyroïde, plus développé à gauche qu'à droite.
(1) William NIcati, Lu paralffiit du werf sympathique cervieaL Ltttn■ll^• Ptrit» 1873.
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Enfin, des phénomènes analogues peuvent èlre constatés dans un autre cas du même service chez une jeune fille, âgée de seize ans, affectée de goitre du lobe latéral droit de la glande thyroïde. Il y a du myosis à droite, l'ouverture palpébrale &st rétrécie de ce côté. La température de la moitié droite de la face remporte de C'^iO à 0%80, suivant la température extérieure, sur celle de la moitié gauche. La transpiration est plus forte sur le <*ôté droit de la face que sur le côté gauche.
Les observations, dont je viens de vous parler, nous oflrent des exemples montrant bien la différence qu'il faut établir entre les congestions vaso-paraly tiques et les congestions inflammatoires. En effet, dans aucun de ces cas, malgré la date ancienne du début des symptômes de paralysie vasculaire, il n'y a eu de phénomènes inflammatoires quelconques, soit dans Tœil, soit dans les autres parties de la tète, du côté lésé.
Je vous ai dit que les cas cliniques dans lesquels on a observé, sous Tinfluence d'une lésion du cordon cervical du sympathique, une paralysie des nerfs vaso-mo« teurs de la moitié correspondante de la tète, sont beaucoup moins exceptionnels que ceux dans lesquels on a constaté une excitation de ces nerfs. Et, en fait, je n'ai trouvé dans les diverses publications que j'ai compulsées, que deux cas où les phénomènes d'excitation vaso-motrice aient été incontestables. Je ne parle encore ici que des faits dans lesquels on a constaté l'existence bien nette de conditions de lésions directes du cordon cervical sympathique.
Il s'agissait dans l'un de ces cas, observé par M. A. Eulenburg (1), d'une jeune malade atteinte d'affection tu-
(i) AU». Eulenbnig, DiircA S/nima betHngler Irritations neurosen des Hah'
lliO QUATRIÉUE LEÇON.
berculeuse du sommet des poumoDS. Sous Tinflueiice d'un goitre vasculaire, développé presque exclusivement du côtp droit, se montra une mydriase considérable, avec immi^ bilité complète de l'iris, et un certain degré d'exophthalmie. avec faiblesse de Taccommodalion. £n outre, il y avait un abaissement permanent de la température dans le conduit auditif du côté affecté (0%3 à 0*,4 C. de diflFérence entre les deux oreilles).
M. Eulenburg a publié plus récemment un autre cas d'irrilatipn du cordon cervical du grand sympathique par des tumeurs ganglionnaires du cou. Cette observation est celle d'un jeune homme âgé de vingt-six ans, offrant un engorgement des ganglions lymphatiques du côté gauche du cou, en arrière du bord postérieur du muscle sterno-mastoïdien. L'engorgement avait été plus considérable trui^ mois auparavant et c'est à celte époque que remontaient Its premiers troubles de la vue. M. Flulenburg constata une mydriase considérable du côté gauche, avec asthénopie. Il n'y avait pas de changement de coloration de la face, mais le conduit auditif externe du côté gauche présentait une température plus basse de 0\k que celle du conduit auditif du côté droit (1).
Une question importante, que vous avez dû déjà vous poser, est celle qui est relative à Texplication de ce fait assez étrange : que les symptômes oculo-pupillaires s'observent beaucoup plus souvent, à la suite des lésîon> du cordon cervical du grand sympathique, que K^
Sympaihicus. (Berlin, klinitche WochcnKhr., 1869, p. 387); et Alb. Evlniburg et P. Gultmann, op. ci/., p. 5.
(1) A. Eulenburg (Berlincr Kliniscbe Wocheucrin, 1873, n« 15. — Aoal?^ in Gox. hebdom. de méd. et de cbir., 1873, p. 521).
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troubles fonctionnels de laction des nerfs vaso-moteurs.
Si la rareté des faits de lésion' du cordon cervical du grand sympathique, dans lesquels il a été signalé des symptômes vaso-moteurs, tient en partie, sans doute, à ce que Tattention des observateurs ne s'est point portée sur Texameo de ces phénomènes, elle n*est pas due évidemment à cette seule cause. Bien certainement, dans nombre de cas, ces syoïptômes faisaient absolument défaut, et les phénomènes oculo-pupillaires existaient seuls.
On a cherché à se rendre compte de ce résultat de diverses façons. Une hypothèse, qui ne me parait pas soutenable, a été proposée, dans un travail récent, par >iM. Eulenburg et Guttmann (0. Ces auteurs supposent que les fibres sympathiques, qui président aux phénomènes oculo-pupillaires se trouvent dans la partie superficielle du cordon cervical sympathique tandis que les fibres vaso-motrices seraient placées au centre de ce cordon. Il résulterait, d'après eux, de cette disposition anatomique, que toute tumeur développée au cou, comprimant d'abord la surface du cordon cervical et laissant intactes ses parties profondes, pourrait déterminer ainsi des phénomènes oculo-pupillaires avant Tapparition des symptômes de la lésion des fibres vaso-motrices.
Formuler cette explication, c'est presque en faire la critique, tant son invraisemblance est grande. Il s'agit, en effet, d'un cordon nerveux très-mince, et ce n'est pas parce que les fibres de fonctions différentes seraient distantes de quelques centièmes de millimètre les unes des autres qu'elles se comporteraient différemment sous l'in* fluence d'une tumeur qui comprime le cordon dans lequel elles se trouvent juxtaposées.
(i) A. Ealenburg et P. Guttmann. (Archiv f. Psychiatrie, I, p. 422.)
1&2 QUATRIÈHB LEÇON.
On peut émettre une autre hypothèse. On peut supposer que la rareté des troubles vaso-moteurs, dans les cas de o^ genre, tient à ce que ces phénomènes morbides, lorsqu'il^ dépendent d'une lésion du cordon cervical dn sympathiqof . sont essentiellement passagers, Fugaces, puisque, comme jV vous l'ai dit, il arrive parfois qu'ils cessent au bout de quelques jours et même de quelques heures : les phénomène^ oculo-pupillaires, qui sont plus durables, pourraient persister seuls au bout d'un certain temps. Il doit arrÎTer souvent qu'un malade, atteint d'une lésion pouvant agir sur le grand sympathique, ne consulte un médecin qu'un certain temps après le début de l'afTection. Lorsqu'il en est ainsi, il est très-possible que les phénomènes vaso-moteurs aient disparu au moment de l'examen du malade, tandi> que les phénomènes oculo-pupillaires existent encore.
D'autre part, d'après M. W. Ogle, la constriction de la pupille, qui se montre dans les cas de tumeurs de la région latérale du cou, pourrait bien ne pas être toujours due a la compression du cordon cervical du grand sympathiqoe: elle pourrait être déterminée par une simple compression de la veine jugulaire, et elle pourrait, dans ces cas, oepft' être accompagnée de phénomènes bien nets de congestion. M. W. Ogle s'appuie, pour émettre cette hypolhfee^ sur les expériences de M. Kussmaul (1). Cette opinioD ma paraît bien peu admissible. On sait bien, par les expérience» de M. Brown-Séquard (2) , qu'un simple afflux de saog «
(i) AdoU. KuMmaul, Unier$uchungen ùber dtn Einfluis v*ekhen die Bl»ttV mung ouf die Bewegungen der Iris und anderer TheOe des Kopfes m*^ (TerhâDdlangen der phyiikalisch-mcdicmiscbeii Cresellschtft in Wûnbufir, (• ^ ^ IS&6, II. 1.)
(2) Brown-Séquard, Expériences prouvant qu'un simple afflux de sang «'' iéte peut être suivi d'effets semblables à ceux de la section du grand syntpaif**^""' au cou. (Conpiet rendus de l'Acad. detsc., 185A, t. XXXVIU^ p. t^^-)