GUIQUlàlIB LEÇON
augmenterait l'attraction que le tissu, animé par lui. exerce sur le sang dans Tétat normal ; et les vaisseaux de ce tissu se dilateraient, par suite de l'afflux sanguin ainsi provoqué (1).
Je prends un exemple pour mieux me faire comprendre.
Lorsqu'on électrise le nerf lingual au-dessus du poist d'où se détache le filet destiné à la glande sous-maxillaire, il y a, comme nous Tarons vu, augmentation de la sécrétion de la glande, et, en môme temps, activité plus grande de la circulation dans cet organe, dilatation des vaisseaux, etc. Or, d*après M. Browu-Séquard, rexcitalioo portant ainsi sur le nerf glandulaire, émané de la corde du tympan, se transmettrait directement, non pas aux vaisseaux eux-mêmes, mais bien aux éléments anatouiiques de la glande. II en résulterait une exagération du mouvement nutritif et du travail sécrétoire de ces éléments : cette suractivité du travail physiologique de la glande déterminerait, vers cet organe, une sorte d'appel du sang; le sang affluerait en abondance dans les artères, et la codséquence de cet afflux serait la dilatation vasculaîre observée.
En outre de la vis a iergoj que Ton connaît dans la circulation comme étant une des principales causes de la progression sanguine, il y aurait, ainsi que le dit Carpeoter, une vis a fronte^ c'est-à-dire une force de succion, d'appel.
Cette explication s'appliquerait à tous les faits de dilatation vasculaire, produite par excitation des nerfs vasodilatateurs.
J'ai développé autrefois cette manière de voir dans mes
(I) Brown-Sëquard, Uçmt $wr les ner/9 vaso^moUurs, etc., tfid. fur Beai- Btrdc, pp. 25 « 65.
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cours au Muséum ; je croyais, à cette époque , que cette hypothèse pouvait être admise, et, en tous cas, je la considérais coDime plus acceptable que celle de la dilatation active. Je me fondais sur des expériences qui ont leur iniérCt, indépendamment de toute discussion de la question qui nous occupe.
H. Weber a vu que Ton peut produire des phônoiiièoescie congestion dans la membrane interdigilale des ^eoouilles, en l'irritant directement, même après seotien de tous les nerfs destinés à cette membrane. Cest ainsi, qu'après avoir coupé tous les nerfs d'un des membres postérieurs, sur des grenouilles, il constatait au microscope ta dilatation des vaisseaux de la membrane iflterdigitale de ce membre, sous l'influence de Tapplicalion d'une très-pelilo quantité d'acide sulfurique sur cette membrane. Il a même vu ces vaisseaux se dilater, lorsque I agent irritant était appliqué sur la membrane interdigilale d un membre postérieur lié en masse, ou même amputé.
De mon côté, j'avais fait des expériences sur les vaisseaui privés de nerfs de Yarea vasadosa de l'embryon du l)culet. Je déposais sur la membrane vascularisée une petite gouttelette de nicotine, et Je constatais, au bout de peu de temps, qu'autour du point irrité se produisait une congestion vraiment admirable. Cette congestion était même quelquefois tellement forte, que tout le reste de • appareil circulatoire de l'animal était presque totalement vidé du sang qu'il contenait auparavant.
Il y avait là sans doute quelque diose de très-frappant, qui semblait indiquer que les netfs ne sont pas indispen* sables dans la produc^iou de la dilatation vasculaire, et j'avais cru pouvoir en tirer la conséquence que c'est bien dans Texcitatton des éléments anatomiques eux-mêmes, et
dans une augmentation de raltraclion exercée par eux sur le sang, qu*il faut chercher Torigine du phénomène.
31ais, je le reconnais aujourd'hui, il faut abandonner cette. manière de voir.
Si nous prenons tout d'abord les expériences de Weber, je dirai que, exactes en elles-mêmes, comme je m'en sub souvent assuré, elles ne sont pas décisives, parce que Vou ne peut jamais espérer détruire tous les centres nerveui d'une partie : on ne détruit pas, par exemple, les ganglions microscopiques, ni les cellules nerveuses qui se trouvent, ainsi que nous l'avons vu, soit dans les plexus nerveux circum-vasculaires, soit dans ceux de la paroi même des vaisseaux : et ce sont là évidemment des centrer nerveux permettant la production de phénomènes réflexes.
Les expériences de Weber n'ont donc pas la valeur qu^ou avait pu leur attribuer avant que Ton connût Vexistence de ces ganglions et de ces cellules nerveuses. Et du reste, les congestions que l'on détermine, dans U^ conditions où se plaçait Weber, sont bien moins rapides, bien moins intenses que celles que Ton observe, lorsque les nerfs sont intacts.
Si l'on constate un très-léger degré de dilatation vasculaire, ou même de congestion, dans le point de la membrane interdigitale sur lequel porte une irritation, lorsqur l'expérience est faite sur un membre amputé , on peut ^expliquer de la manière suivante : les troncs artériels, revenant sur eux-mêmes, lorsqu'ils ne sont plus soumis « b pression existant dans les conditions normales, peuvent encore, par ce retrait, pousser Je sang vers les capillaires ; les artérioles, au contraire, sous Tinfluence de l'excitalioii expérimentale, et grâce à leur système nerveux propre, peuvent se relâcher, {)ar action réQexe, dans la région
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soumise à l'irritation. Le sang poussé d'une Façon uniforme vers les capillaires , par la rétraction des grosses arlères, affluera en quantité nécessairement plus grande dans les artérioles-paralysées, que dans celles qui possèdent encore une partie de leur tonus normal.
Quant à Texpérience que j'ai faile sur Xarea vasculosa, si elle a bien la signification que je lui ai supposée, elle ne coDcerne, en réalité, que la circulation de la première période de l'âge embryonnaire. Elle ne saurait suffire, par conséquent, à démontrer que le système nerveux ne joue pas un rôle indispensable chez les adultes, dans les phénomènes d'action nerveuse vaso-dilatatrice.
Ces diverses considérations nous montrent que l'hypo- Ihèseen question, c'est-à-dire celle qui attribue les phénomènes vaso-moteurs à une plus grande attraction du sang p^r les tissus, n'a aucune base expérimentale solide; car les expériences que nous venons d'examiner sont les plus nettes parmi celles qu'on a alléguées à l'appui de cette supposition. On peut d'ailleurs prouver que l'un des faits les plus remarquables d'action nerveuse vaso-dilatatrice, ne saurait s'expliquer de cette façon. Il est facile,* en effet, de foire voir que .l'action vaso-dilatatrice de la corde du tympan est indépendante de l'action de ce même nerf sur la îonclion sécrétoire de la glande sous-maxillaire, et que Ton peut laisser la première de ces actions persister, en empètuant l'autre de se manifester.
Ainsi, M. Cl. Bernard (l)a constaté que ces deux phénomènes ne sont pas synchrones, et que l'action vaso-dilatatrice est plus rapide que l'action sécrétoire. Il est vrai que <^^eUe preuve ne serait pas tout à fait convaincante : la mo-
(*) Cl, Bernard, Revue scientifique , 1872, p. HO.
pan sur la sécrélion de la glande sous-maxillaire , ni sur les vaisseaux sanguins; de façon que les modifications de celte action, en ce qui concerne la sécrétion de la glande sous-maxillaire, après un double empoisonnement par le curare et Tatropine, sont bien dues à Tinfluence de l'atropine.
Voilà donc une substance toxique qui paralyse ractioii delà corde du tympan sur la sécrétion de la glande sousmaxillaire et qui laisse intacte, au contraire, Tinfluence de ce même nerf sur les vaisseaux de cette glande ! Cornaient expliquer un pareil résultat, si Ton n'admet pas que la corde du tympan contient à la fois des fibres nerveuses pouvant agir sur la sécrétion sous-maxillaire, et d'autres fibres, auxquelles est dévolue une influence vaso-dilatatrice sur les vaisseaux de la glande ? En tout cas, cette expérience nous autorise à affirmer que, dans les conditions ordinaires, le phénomène de la dilatation vasculaire et de la suractivité circulatoire n'est pas lié, par uneélmite connexité, à l'exagération du travail sécrétoirede la glande sous-maxillaire, puisque, chez un animal alropinisé. les phénomènes vasculaires se manifestent seuls. Nous pourrions d'ailleurs, pour prouver que les actions vaso-dilatatrices ne dépendent pas de ' modifications sécrétoires ou nutritives bien apparentes, invoquer encore le fait de la dilatation des vaisseaux de la membrane muqueuse linguale, sous riufluence de Télectrisation de la corde du tympan, puisque cette dilatation a lieu, sans qu'il soit possible de constater le moindre changement concomitant dan^ les divers caractères de cette membrane.
Ce que nous disons de la glande sous-maxillaire, de la langue, nous pouvons l'appliquer à tous les organes, à tous les tissus. Nous pouvons donc conclure que, bien certaine*
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ment, la dilatation vasculaire, engendrée par l'excitation des nerfs vaso-dilatateurs, n'est pas le résultat de l'influence de cette excitation sur les éléments anatomiques intervasculaires, et ne provient pas d'une sorte d'appel de liquides nourriciers, par suite de la suractivité nutritive de ces éléments.
Ajoutons, comme dernier argument contre l'hypothèse de l'attraction du sang par les tissus, dans les cas de congestion par excitation vaso-dilatatrice directe ou réflexe, que si cette hypothèse était exacte, on devrait, dans le cas dont il s'agit, constater une diminution de la pression sanguine dans les veines qui ramènent le sang de la partie où se produit la congestion. Le sang se trouvant, en effet, retenu dans la partie congestionnée par l'attraction des éléments anatomiques irrités, la vis a tergo devrait diminuer dans les veines correspondantes, le ^ng devrait prendre une coloration plus noirâtre, etc. Or, c'est l'inverse qui a lieu, comme nous l'avons vu : les veines se dilatent autant que les artères, le sang y devient plus rouge, la pression sanguine y augmente. M. Schiff (1) a déjà fait valoir cet argument^ et il me parait d'un grand poids.
EnGn, il est une autre hypothèse, à l'aide de laquelle on cherche à expliquer les phénomènes de dilatation vasculaire, qui se manifestent sous l'influence centrifuge de certains nerfs. On admet que ces nerfs, les vaso-dilatateurs, exercent sur les nerfs vaso-constricteurs une sorte d'action suspensive, une véritable action d'arrêt.
(1) Moritz Schiff. De Vinflammation et de la circulation. Traduction franc, par le docteur Guichard de Choisity. Paris, 1873, p. 5.