EFFETS DES LËSIO^TS DE LA MOELLE SUR LES VASO-MOTEURS
pour conséquence une excitation réflexe de la tunique contractile des vaisseaux du membre gauche, et, par suite , il y aurait diminution de la température dans ce membre. Il est possible qu'il se produise un effet de ce genre, mais le résultat peut s'expliquer aussi par ce simple fait, que le passage d'une plus grande masse sanguine dans Tun des membres doit diminuer d'autant la quantité qui circule dans le membre opposé. Ëtant données les deux artères iliaques, par exemple, si Tune d'elles a ses extrémités dilatées, la tension du sang y diminuera, et, par suite, une plus. grande quantité de lit]uide pourra y être reçue. Le sang, arrivant par l'aorte aux artères iliaques primitives, se partagera en deux courants inégaux : celui qui pénétrera dans l'artère iliaque du côté de rbémisection médullaire sera plus considérable que dans l'état normal, et celui qui entrera dans l'artère iliaque opposée sera peut-être moins volumineux qu'avant l'opération. Il en résultera un léger refroidissement du membre correspondant.
D'autre part, il faut bien le dire, le fait dont nous discutons la cause est exceptionnel. Je vous montrerai sur un chien l'expérience en question. Vous verrez, comme tous les physiologistes Tont vu après M. Brov^rn-Séquard, que le membre postérieur correspondant au côté de rbémisection médullaire, l'opération étant faite vers la cinquième ou la sixième vertèbre dorsale, s'échauffera d'une façon considérable. Si la température extérieure est basse et si les extrémités digitales des membres postérieurs sont froides avant l'expérience, il peut y avoir, un certain temps après que l'hémisection a été pratiquée, plus de quinze degrés de différence entre les deux membres. Mais comme nous aurons bien soin de prendre la température des deux
membres avant de pratiquer rbémisection, vous constaterez sans doute ce que j'ai vu presque toujours dans mes expériences, à savoir : qu'il n'y a réellement pas un refroidissement appréciable du membre postérieur du côté opposé. Bien plus, dans quelques cas, on observe un léger degré d'élévation de la température dans ce membre, au moins pendant un certain temps après l'opération.
Si, au lieu de sectionner une moitié de la moelle, on divise transversalement l'organe en totalité, réchauffement se produira dans les deux membres.
Les phénomènes d'échauffement des membres postérieurs sont, en général, plus marqués, lorsque la lésion est Taite vers le milieu de la région dorsale, que lorsqu'elle porte sur la partie antérieure de la région lombaire. Et il ne peut pas en être autrement, puisque, dans le premier cas, on paralyse un certain nombre de fibres nerveuses vasomotrices des membres postérieurs, fibres qui conservent leurs fonctions dans le second cas. Il semble ressortir de l'ensemble de mes expériences sur ce sujet, que les sections qui intéressent la région dorsale vers son milieu déterminent une plus forte élévation de température dans les membres postérieurs, que celles qui atteignent la partie supérieure de la région cervicale.
M. Schiff (1) a étudié avec beaucoup de soin les effets des sections et des hémisections de la moelle épiniëre, et il a tiré de ses expériences des conclusions un peu différentes de celles auxquelles M. Brown-Séquard était arrivé. Il a cru voir que, si Ton fait une hémisection de la moelle vers le milieu de la région dorsale, il n'y a d'augmentation de tempéralure que dans le pied et dans lu partie inférieure
(1) M. ScliiflT, (j'nler.9urhufifjni zur Phy^ioioffie <tf^ "Strvenfiy stems ^ Frankfnrt am Main, 1855. p. 195 et sm>.