EFFETS VASCULAIRE8 DES LÉSIONS DE L\ MOELLE
» laîres variqueux se dessinaient sur le nez et les joues ; M les oreilles étaient turgides et d'un rouge intense, f^ » reste du corps, au contraire, n'offrait aucune coloration » anormale.... Le visage et le corps étaient brûlants.... » A Tautopsie, on trouva une luxation de la sixième vertèbre cervicale sur la septième, avec déchirure du ligament vertébral antérieur. La moelle, à ce niveau, avait été fortement contusionnée et même réduite en une véritable bouillie.
Dans l'autre cas^ il s'agit d'un homme tombé d'une échelle: il se brisa dans sa chute le sternum, les deux dernières vertèbres cervicales et la première dorsale. Outre les phénomènes d'une paraplégie complète, on observa une pdleur extrême de tord /^/^y^wî^/i^cw/an^. La température centrale était assez basse (37%2). Il y avait un léger rétrécissement de la pupille de l'œil gauche et une dilatation manifeste de celle de l'œil droit. A Tautopsie, on constaUi que «la moelle épinière était réduite en bouillie et plongée » au milieu d'un épanchement de sang qui occupait tout » le canal rachidien x> . Cette observation est, il faut le (lire, beaucoup moins probante que la précédente. On a trouvé, lors de l'autopsie, une collection considérable de sang dans les deux cavités pleurales et la pâleur de la face était due, sans doute, à cette bémorrhagie. Il est probable que, sans cette complication, ou aurait pu constater, comme dans le cas précédent, une dilatation des vaisseaux de la face.
• A ces faits, on pourrait ajouter un certain nombre
d autres cas de lésions de la moelle épinière, dans lesquels on
il vu les vaisseaux se dilater, ou, au contraire, se resserrer,
dans les parties qui reçoivent leurs nerfs de la région de ce
centre nerveux située en arrière de la lésion. Dans un des cas cités par M. Brown-Séquard, et que je viens de mentionner, la lésion de la région cervicale de la moelle épiuière avait agi non*seulement sur les vaso-moteurs de la face, mais encore sur ceux du reste du corps, puisqu'il y avait une différence de plus d'un degré centigrade entre les parties homologues des deux côtés du corps. Il serait facile de reproduire ici des observations de lésions unilatérales de la moelle épinière, dans lesquelles on a noté aussi une différence entre las deux moitiés du corps, entre les deux membres inférieurs, par exemple. Plusieurs de ces observations ont été réunies par M. Brown-Séquard dans ses travaux sur la moelle épinière, en particulier dans le mémoire que nous citions tout à l'heure et qu'il a inséré, en 1863, dans son Journal de Physiologie. Depuis lors, d'autres faits du même genre ont été publiés dans divers recueils.
Ainsi que je vous l'ai dit, les cas de lésion de la moelle dans lesquels on a observé, chez Thomme, une excitation des nerfs vaso-constricteurs, sont plus rares que ceux dans lesquels on a constaté une paralysie plus ou moins marqut'*e de ces nerfs, f^s vaso-constricteurs peuvent cependant être excités dans certaines conditions, lorsqu'un travail de myélite, par exemple, se développe autour de la lésion médullaire : si la lésion siège dans la région dorsale de la moelle, les résultats de l'excitât ioïi des nerfs vaso-constricteurs seront faciles à reconnaître dans les deux membres inférieurs ou dans l'un d'eux, suivant l'étendue transversale de cette lésion. Il y aura abaissement plus ou moins apparent de la température, avec pâleur pu cyanose des téguments; et ces indices de constridion dos artériole^ se manifesteront en même temps que d'autres signes d'ir-
ritation médullaire, tels que douleurs, contracture durable des muscles, etc. (1).
— Les lésions de la moelle épinière exercent donc une influence inconteslablç sur les \aisseaux. Et cette influence, lorsque ces lésions sont unilatérales, porte sur les vaisseaux des parties innervées par les nerfs qui naissent de la moitié lésée de la moelle. Les fibres radiculaires des nerfs vaso-moteurs suivent donc dans la moelle un trajet direct, comme celles des nerfs moteurs de la vie animale.
Les lésions de la moelle peuvent, théoriquement, agir (le deux façons sur les vaisseaux. Elles peuvent paralyser ou exciter la tunique contractile de ces canaux. La paralysie est le résultat le plus fréquemment observé ; mais on conçoit que certaines lésions irritatives puissent produire, soit directement, soit par action réflexe, une excitation desélé- Dients musculaires des parois vasculaires, et, par suite, un resserrement des vaisseaux. C'est un effet qu'on observe parfois dans une certaine période des lésions irritatives ou inflammatoires de la moelle. Il peut y avoir alors, ou pâleur des téguments des régions du corps sur lesquelles retentissent ces lésions, ou cyanose plus ou moins marquée. Quant à la paralysie vaso-motrice, due aux lésions médullaires, elle peut tenir, tantôt à une compression ou à une solution de continuité des éléments vaso-constricteurs dans la moelle, tantôt à une action vaso-dilatatrice périphérique, par excitation directe ou réflexe des éléments vaso-dilatateurs, au niveau de leur trajet ou de leur origine dans la moelle.
On voit que les lésions médullaires peuvent produire des niodifications du calibre des vaisseaux soit directement,
(^) Brown-Séquard, ïjeron^ sur lex nerfx vaso-moteurs, etc., p. 203,
soit par action réflexe. Les excitattoos qui portent sur les nerfs sensitifs, soit à leur périphérie, soit sur un point quelconque de leur trajet, peuvent aussi mettre en jeu la réflectivité des éléments de la moelle qui sont en rapport avec les vaso-moteurs, et provoquer des actions vaso-motrices, constrictives ou dilatatrices.
La première observation d'action réflexe vaso-motrice, déterminée par l'intermédiaire de la moelle, est celle de MM. Brown-Séquard et Tholozan (1), dont je vous ai déjà parlé. Elle consiste. à examiner Teffet produit par le refroidissement de l'une des mains sur la température de l'autre.
Pour cela, tenant dans une main un thermomètre ({ui en indique la température, on plonge Tautre main dans do l'eau très-froide et on l'y maintient pendant plusieurs minutes ; on observe en même temps le thermomètre qu*on a continué à tenir.
Or, d'après MM. Brown-Séquard et Tholozan, on ne tarderait pas à constater que, dans ces conditions, la colonne de mercure s'abaisse progressivement d'un ou de plusieurs degrés. Cette diminution de température ne peut être produite que par action réflexe, et non par suite du refroidissement du sang de tout le corps, sous l'influence du retour, dans la circulation générale, du sanc qui a été refroidi pendant son passage dans les vaisseaux de la main mise en contact avec l'eau glacée. En effet, l<thermomètre placé ailleurs que dans la main ne varie pa>.
M. Brown-Séquard (2) a constaté un résultat du m^me
(1) Tholoian et Browa-Séquard, Recherchas expérimentales sur qmrlqutf»' des effets du froid sur r homme (Mémoire lu à la Société de biolofrie en tS5l — Journal de Brown-Séquard, t. I, 1858, p. 497).
(2) Brown-Séquard, Remarques sur V influence du froid appliqué àuafj^* *■ partie du corps de P homme (Journal de Brown-Séquard. t. I. 1858, p. ^*^ Voy. p. 505).
ACTIONS YASO-MOTHIGES RÉFLEXES. 233
genre se produisant sur Tun des pieds, lorsque Taulre était plongé dans de Feau à + 5'.
Il y aurait donc bien là une action réflexe vaso-constrictive. L'excitation des nerfs sensitifsdeTune des mains, produite par le contact de Teau froide, est transmise au foyer d'origine de ces nerfs dans la moelle, puis traverse les commissures médullaires, pour aller mettre en activité les éléments vaso-constricteurs destinés à l'autre main.
On peut aussi provoquer des actions vaso-dilatatrices et une élévation de température dans une main^ en soumettant l'autre à une source de chaleur. L'expérience se fait pendant l'hiver. Les deux mains étant très-froides, si Ton réchauffe l'une d'elles, au contact d'une théière, par exemple, on constate qu'il y a élévation de la température de la main du côté opposé. Je regrette toutefois de n'avoir pas fait cette expérience dans des conditions d'observation plus rigoureuses, c'est-à-dire en tenant un thermomètre dans la main non directement chauffée. J'aurais ainsi déterminé plus exactement les diverses phases du phénomène et j'aurais pu m'assurer plus nettement de l'absence de toute cause d'erreur»
Quant à l'expérience de MM. Brown-Séquard et Tholozan,elle avait déjà été faite par W. Edwards, qui attribuait le refroidissement de la main restée libre, à un refroidis-» sèment général du corps. Nous avons vu que cette dernière opinion est inexacte. Mais le fait lui-même est-il constant? Il se trouve consigné, à titre de fait classique, dans tous les traités de physiologie, et il est à croire, par conséquent, qu'il a été vérifié par un bon nombre de physiologistes. Et cependant, il faut bien le dire, le résultat indiqué par MM. Brown-Séquard et ïholozan est bien loin de se produire dans toutes les expériences. Ces expérimentateurs
2âA. SIXIÈME LEÇON.
n'en parlent pas d'ailleurs comme d'un effet invariable. J'ai fait Texpérience en question et je n'ai pas vu le refroidissement dont il s'agit. Je plongeais ma main droite au milieu de fragments de glace concassée et j'examinais un thermomètre tenu dans ma main gauche. Avant l'expérience mes mains avaient une température de 3/i''G., et pendant que ma main droite demeurait pendant cinq minutes entourée de glace fondante, et que sa température s'abaissait au-dessous de SO^^C, le thermomètre tenu dans la main gauche montait à SG^'C. La température de la pièce ne dépassait pas 18 degrés. L'expérience faite immédiatement après moi, par un homme jeune, dont les mains offraient une température de Qâ^'C, a donné les mêmes résultats, à savoir: que le thermomètre, au bout de quatre- à cinq minutes, avait monté de 2 degrés dans la main non plongée au milieu de la glace. Dans ce cas, il y a eu, au bout de quatre à cinq minutes, une sensation de malaise général, avec pâleur de la face et tendance à la syncope. Quelques jours après, de nouveaux essais furent Taits, soit avec de la glac^, soit en exposant l'une des mains à une aff^usion d'eau à lO^'C, s'échappant avec une certaine force d'un robinet. La température de la pièce était 18%ft. Voici les résultats que nous avons obtenus. On tenait dans la main gauche un thermomètre, pendant 1(î temps nécessaire pour atteindre le maximum de tempérai ure; puis la main droite était, alors seulement, plongée au milieu des fragments déglace, ou exposée à l'aff^usion d'eau froide.
i'* M. T. Température maximn initiale de la main gauche 35^8
Température une minute après le début de l'expérience.. . Zh°^9 1^ main droite retirée au bout de ce temps, à cmim^ de la douleur
rausée par le contact de la glare, a une température de S^,^
2** M. L. Température initiale mnximn de la main irauche S7*
Après une minute d' immersion de la main droite au milieu
de la glace fondante. . . .' 37'',1
Après cinq minutes 37°,3
Après sept minutes ^ • . . . 37^,5
La main droite ne s'est pas beaucoup refroidie. La température, prise presque immédiatement après que 4a main est retirée de la
glace, est 30»,9
30 M. D. Température maxima initiale de la main droite 35^,8
Après une minute d'immersion de la main gauche 36*^
Après deux minutes 36*,2
Après quatre minutes 36^,4
Après cinq minutes 36%5
Température de la main gauche au sortir de la glace 23^
A** 11. y, Affusion d'eau à 10* sur la main droite :
Température maxima initiale de la main gauche 35^,9
Au bout de deux minutes d'affusion 35*,9
On retire la main droite du courant d*eau. Sa température est. 21^ 5^ M. L. AfTusion d'eau à 10* sur la main droite :
Température initiale de la main gauche 35<^,ftS
Après cinq minutes d'a£fusion sur la main droite 35<',6
La main droite, éloignée alors du courant d'eau^ a une température inférieure à 18<^
— L*irapression de froid était bien plus considérable et la sensation plus douloureuse dans ce dernier mode d'expérimentation, que lorsque la main était placée dans la glace fondante.
Je sais bien que, dans ces diverses expériences, nous ne nous sommes pas placés complètement dans les conditions indiquées par M. Brown-Séquard. Le thermomètre a été tenu enfermé dans la main libre, pendant toute la durée de Texpérience, au lieu dNMre placé dans cette main seulement après un certain temps, lorsque la main plongée dans la glace (ou exposée à un courant d'eau froide) était déjà notablement refroidie. Mais il me semble que cette dissemblance dans les conditions expérimentales ne suffit pas pour expliquer comment nous n'avons pas observé la moindre diminution de température. Nous aurions dû
286 SIXIÈME LIiÇON.
avoir tout au moins un sentiment de refroidissement au niveau de la face dorsale de la main libre et nous n'avons rien éprouvé de pareil (1). La seule constatation, qui n'ait pas été entièrement en contradiction avec les observations de MM. Brown-Séquard et Tholozan, a été faite dans les deux dernières expériences, lorsque Tune des mains a été exposée à une affusion d'eau à 10*C. Dans ces deux cas, il y a eu, pendant un certain temps, absence complète, ou presque complète, d'élévation de la colonne mercurîelle du thermomètre, alors que dans tous les autres cas, le mercure avait monté dans la main libre, dès le début de Tinimersion de Tautre main au milieu de la gla(;e fondante.
On voit donc que Texpérience de MM. Tholozan et Brown-Séquard ne donne pas des résultats constants.
L'existence de contractions réflexes des vaisseaux a d'ailleurs été admise dans d'autres conditions. Ainsi, M« ie professeur Rouget assure que la section d'un nerf sciatique, faite sur un chien, détermine non-seulement une élévation de température dans le membre correspondant, mais aussi un refroidissement du membre du côté opposé. Cette diminution de température pourrait, il est vrai» être attribuée en partie à une sorte de dérivation du sang, produite par le mécanisme que nous avons déjà mentionné, à propos des résultats des bémisections transversales de la moelle. Ia*> vaisseaux du côté du nerf coupé s'étant dilatés, on conçoit que le sang, amené par l'aorte aux deux iliaques primitives, puisse se partager entre ces deux artères d'une façon inégale, de telle sorte que l'artère du côté de la section reço\\e plus de sang qu'auparavant, tandis que Tartèiv
(I Depuis que j'ai indiqué ces résultats à mon cours, de nouvelles txptriences, r^iles a\c*cles précautions recommandées par M. Brown-Séquard, a'o«( p«a non plut produit des (*\XqU semblables à ceux qu*il a obtenus.
jpposée en recevra moins. Mais on peut admettre, avec M. Rouget, qu'il y a en même temps resserrement des petits vaisseaux (artérioles et veinules) du membre sain, par suite d'une action vaso-constrictive réflexe, due à Texcilation de la moelle par l'irritation traumalique du bout supérieur du nerf coupé (1).
Je dois dire que les expériences que j'ai faites, pour arriver à savoir s'il y a réellement, dans ces cas, un refroidissement du membre sain, ne me permettent pas de considérer cet effet comme un phénomène fréquent. J'ajoute même que, le plus souvent, chez les chiens qui ont servi à cette recherche, il y a eu élévation de la température dans ce membre.
Mais il est d'autres conditions dans lesquelles on ne sau-» rait mettre en doute l'existence de constrictions réflexes des vaisseaux. Si, par exemple, on excite, sur un chien, le bout centrai d'un nerf sciatique coupé, non-seulement les vaisseaux de l'autre membre se resserrent, mais encore il eu est de môme de la plupart des vaisseaux du corps. Ce résultat est constant, et il peut être facilement vérifié, à l'aide d'un hémodynamomètre mis en communication avec une des carotides. Cet appareil, en effet, indique une augmentation notable de la pression sanguine, chaque fois que le bout central du nerf sciatique est excité. Cette élévation de la pression ne peut s'expliquer que par la contraction des petits vaisseaux et par la gêne consécutive de la circulation capillaire, car l'effet est le même, soit que l'on ait coupé préalablement les deux nerfs vagues, soit qu'on les ait laissés intacts.
(1) Ch. Rouget^ Introduction aux leçons de M. BrownSéquard sur le dia^ ynostic et le traitement des principales formes de paralysie des membres nférieurSf 1864, p. Li et ui.
Les mêmes phénomènes se manifestent aussi sous Tinfluence de T irritation du trijumeau et de presque tous les nerfs sensilifs, ainsi que des racines postérieures des nerfs racbidiens.
L'irritation vive de la peau sufl3t pour déterminer un effet bien manifeste du même genre.
On peut facilement se convaincre, directement, de la constriction réflexe, plus ou moins généralisée, produite par Texcitation d'un nerf sensitif, en mettant à nu, sur un chien curarisé, Tun des nerfs sciatiques, et en observant la face inférieure de la langue, pendant qu'on électrise, avec un assez fort courant d'induction, le bout supérieur de ce nerf. On voit la teinte rosée générale de la face inférieure de la langue pâlir d'une façon notable : les petits vaisseaux superficiels (veinules se rendant à la veine ranine) se resserrent très-visiblement, s'effacent même sur certains points et peuvent devenir comme moniliformes. En même temps, le sang qui y est contenu devient plus sombre. On peut démontrer que ce resserrement des vaisseaux est produit par l'intermédiaire du cordon cervical du grand sympathique. En effet, quand on a coupé sur le chien mis en expérience, le cordon cervical sympathique d'un côté (avec le pneumogastrique), les veinules de la face inférieure de la langue, dans la moitié correspondante de l'organe, se dilatent, comme nous l'avons vu, et contiennent un sang plus rouge que celui des veinules de la moitié opposée: il en est de même, d'ailleurs, dans toute retendue de la membrane muqueuse des parois de la moitié de la cavité buccale, du cêté du sympathique coupé. Or, si l'on électrise le bout supérieur, central, d'un des nerfs sciatiques, il paraît ne se produire d'effet que du côté où le nerf vago-syrapathique est intact. Les veinules ne semblent se resserrer que de ce côté.
ACTIONS VASO-MOTRICES RÉFLBXliS. 239
C'est par ces excitations réflexes qu'il faut expliquer les contractions, qui ont paru si singulières, des vaisseaux de la moelle, sous Tinfluence de l'irritation des nerfs du plexus solaire.
Ces contractions ont été vues par M. Brown-Séquard. Il irritait les capsules surrénales ou le plexus nerveux qui en est voisin. La moelle de Tanimal en expérience avait été mise à nu auparavant. Au moment de l'excitation des parties susdites, il constata un resserrement des petits vaisseaux de la pie-mère. M. Brown-Séquard fonda même sur ce fait et sur quelques autres observations analogues, une théorie des paralysies réflexes, théorie que nous devrons examiner plus tard.* Disons dès à présent, que la contraction des vaisseaux superficiels de la moelle, dans ce cas, était un indice de ce qui avait lieu au même moment dans la plupart des vaisseaux 'de l'organisme : par conséquent, il ne s'agissait pas d'un phénomène isolé, ayant une signification spéciale.
Non-seulement on peut déterminer des effets vaso-constricteurs réflexes, mais encore on peut aussi provoquer (les dilatations réflexes des vaisseaux. Un des exemples les plus remarquables de ces dilatations réflexes nous est fourni par le résultat de l'électrisation d*un des nerfs de l'oreille du lapin. L'oreille de cet animal reçoit plusieurs nerfs, comme nous l'avons vu. Si l'on coupe le nerf cervico-auriculaire antérieur, on voit se produire, ainsi que Ta montré M. Schiff, une dilatation plus ou moins marquée des vaisseaux de l'oreille. Cette dilatation est de peu de durée; elle a disparu ordinairement au bout de quelques heures. Si l'on électrise, à l'aide d'un courant interrompu, le bout périphérique de ce nerf, aussitôt
après ravoir sectionné, on détermine le plus souvent un resserrement des vaisseaux. Ce nerf contient donc un certain nombre de fibres vaso*constrictives, ayant une ac« tion analogue à celle du cordon cervical du grand sympathique. Jusqu'ici il n'y arien de bien remarquable. Mais si Ton électrise le bout central de ce nerf coupé, il y a d'abord, si le courant n'est pas très-fort, une constriction plus ou moins accusée des vaisseaux de l'oreille. Cette constriction, observée pour la première fois par M. Sneilen, est évidemment réflexe et a lieu, sans doute, par l'intermédiaire de fibres du cordon cervical du sympathique. Après quelques instants, si l'on continue l'électrisation, cette constriction fait place à une dilatation vasculaire considérable. M. Rouget a fait voir qu'on peut obtenir cette dilatation à son plus haut degré de développement, et dès les premiers moments de l'électrisation, en faisant usage d*un courant très-intense. La dilatation vasculaire que Ton produit ainsi est bien plus considérable que celle qui est déterminée, soit par la section du cordon cervical du sympathique, soit même par l'arrachement du ganglion cervical supérieur.
Ce résultat expérimental est des plus faciles à reproduire. On peut instituer l'expérience sur un animal curarisé et soumis à la respiration artificielle ; l'effet est tout aussi marqué que sur un animal non empoisonné, et il est plus saisissant, parce qu'il n'y a plus alors de cris, d'agitatioc violente, sous I influence de la douleur, et que ces causes de modifications circulatoires sont de la sorte éliminées. C'est dans ces conditions que je vous ai montré cette expérience.
Il est bien évident que, dans ce cas, il ne peut s'agir que d'une action réflexe vaso-dilatatrice, puisque le bout ceo*
tral du nerf cervico-auriculaire coupé n'est plus en rapport avec loreille, mais seulement avec la moelle épinière. L'excitation est donc transmise d'abord à la moelle; puis, de là, elle se propage jusqu'aux centres d'où partent les Bbres vaso-dilatatrices de l'oreille, et elle met en jeu l'activité de ces fibres. C'est, du reste, dans des conditions particulièrement intéressantes, le même résultat que celui qui se montre sous l'influence du pincement ou d'une autre excitation de l'oreille. La dilatation vasculaire réflexe, soit dans ce dernier cas (Callenfels) (1), soit dans le cas où l'on agit sur le bout central du nerf cervico -auriculaire coupé, irestpas exclusivement bornée à l'oreille du côté ct)rrespondant. Elle se voit aussi, à un bien moindre degré, dans roreille du côté opposé.
Une dilatation vasculaire réflexe du même genre se produit dans l'expérience due à M. Lovén. Ce physiologiste a montré que, chez le lapin, légèrement empoisonné par le curare et soumis à la respiration artificielle, l'artère sapbène interne se dilate sous l'influence de l'électrisation du bout central du nerf dorsal du pied. J'ai fait plusieurs fois celte expérience : ses résultats sont moins constants, sous tous les rapports, que ceux de l'expérience relative au nerf cervico-auriculaire ; mais ils. sont parfois d'une netteté extrême, et la dilatation vasculaire réflexe qu'on obtient alors peut être telle, que le volume de l'artère devienne dix fois plus considérable qu'à l'état normal. Cette dilatation n'a lieu, du reste, que du côté où le nerf dorsal du pied est excité.
Ce qui est à remarquer dans les expériences sur l'oreille
(1) GaUenfels, Ueber den Einfluss der vaso-motorischeii Nerven auf den Krrislauf und die Tempetatw^ (ZeiUchrift f. rationn. Med., 1855, 2« série, t. VU, p. 191).
VULPUif. 16
2jrâ SI3U£liE LBÇQflU
du lapin, c'est que 1 action vaâo-diltftatrioe ne se puddwt pas seulement sous rrnfluence de rexcttatioa des nerfs que je vous ai indiqués, bien qne ce soit daos ces conditiois qu'elle se manifesle le plus nettement
En effet, si l'on excite, sur qr lapin curatrisé, le boit central d'un des nerfs sciatiques, on Toit, comme l'oat indicpié MM. Owsjannikow et Tschiriew (1), les vaisseaux des deuK oreilles se dilater, dans celle da côté cerrespondant an peu plus cpie dans l'autpe* C'est encore là une eupêrience dont les résultats ne î&tA jamais défirat chez do lapins en bonne santé. Je ferai cette expérience devant vous.
Ge résultat est d'autant phis intéressant, qn'il coïMcide avec l'augmentation de tension du sai^ dans le système artériel, et par co«9é(|iient a^vec «des phénomènes de constriction de la plupart des vaisseaux da oorps.
ici l'action dilatatrice est donc bornée à quelques vaisseaux, entre autres à eeax des oreilles, et elle ne se {m>dnit pas dans le resiie du corps.
Quelle en est la raison? Il m'est impossible, pour le moment, de trouver une 'explication ^tisiusaate. MM. Owsjatinikow et Tschinew pensent que cela lient à la stroctuiv particulière des vaisseaux de Toi^eille ém laipîn, dont les tuniques seraient plus minces que partoiiit ailleurs, mums pourvues de Gbres musculaires : mais celte explication est fondée sur des faits qui ne sont pas exacts, les artères de cette région ayant, au contraira, des parois épaisses et trèb* contractiles.
[{) Owsjannikow et Tichiriew, Influence de rnctivité réff exe des centrée **>reux vnsculaires sur la dilatation dch artères ptripkériquesctsur lasécrtiu'* des glandes sous-maxillaires (Bulletin de iWcftdémie tnipériale det «ciencff «i» Sttint-Pcterabourg, t. XVIII, p. 18-28, mai 1872. -* Anal, in ArIûtcs Jr physiologie, 1873, p. 90).
Sur les chiens, on peut voir encore le phénomène se produire ; mais il faut opérer différemment, en raison de rimpossibilâté d'observer la circulation de Toreille par transparence. On coupe Texti^mité de l'oreille et on constate qu'il se fait par la plaie un faible écoulement de sang« Si on électrise alors un des nerfs sciatiques, l'écoulement sanguin augmente au point de produire une hémorrhagie abondante.
Les artérioles peuvent même alors donner du sang en jet saccadé. C'est une expérience indiquée encore par les mêmes auteurs. Je Tai répétée; elle est exacte, et je la ferai aussi devant vous.
Les dilatations vasculaires réflexes produites par l'influence d'irritations des extrémités périphériques des nerfs centripètes, sont au nombre des phénomènes qu'on voit le plus fréquemment dans le cours de^ expériences. Toutes les fois qu'on met à nu des parties plus ou moins profondément situées, tissu cellulaire sous-cutané, muscles, etc., elles deviennent le siège d'une congestion très-évidente, et la dilatation vasculaire n'est pas bornée à la région découverte.
Si l'on a fait une plaie assez large au niveau des parties latérales du cou chez un lapin, non-seulement les tissus exposés au contact de l'air se congestionnent, nonseulement les petits vaisseaux se dilatent visiblement, mais encore la dilatation vasculaire paratt s'étendre à une certaine distance de ces parties, car, au bout d'un certain temps, le sang de la veine jugulaire de ce côté devient moins foncé qu'auparavant. De même, si on ouvre largement l'abdomen et si l'on met les intestins à nu, on voit leurs vaisseaux se dilater et rougir sous la même influence vaso-dilatatrice. Il en est de même encore de la pie-mère
cérébrale et du cerveau, lorsque Tencéphale a été mis à découvert sur l'animal vivant. Il est inutile d'ailleurs de multiplier les exemples, car il s'agit là d'un fait constant et qui s'observe dans toutes les régions du corps, dans tou!^ les tissus vasculaires.
Actions vaso-dilatatrices réflexes. — Mécanisme des actions vaso-motrices
réflexes. — Du centre vaso-moteur*
J'ai indiqué déjà quelques exemples d'actions vasculaires réflexes, mais je ne vous aurais donné qu'une idée incomplète de l'importance de ces phénomènes, si je n'insistais pas sur ce sujet.
Je vous ai dit, dans la précédente leçon, que l'irritation vive de la peau, chez les animaux, peut donner lieu à des effets de constrictions réflexes des vaisseaux. Nous verrons que Ton peut, sous l'influence d'une irritation du même genre, provoquer aussi des dilatations vasculaires réflexes. MM. Brown-Séquard et Lombard ont montré que des phéoomènes semblables peuvent se manifester chez l'homme. Ces physiologistes, à Taide de courants thermo-électriques, en plaçant une des piles en contact avec la peau d'un avant-bras, ont constaté que le .pincement du tégumen cutané de ce membre, soit au-dessus, soit au-dessous du point d'application de la pile, déterminait une élévation de la température de ce membre ; tandis que cette température s'abaissait lorsqu'on pinçait le tégument d'une région quelconque de l'autre membre. Les résultats étaient les mêmes, lorsque l'expérience était faite sur les membres inférieurs. De plus, quand on pinçait la peau d'un des mem-
2/i6 SEPTIÈME LEÇON.
bres abdominaux, la thenno-pile étant en contact avec un des avant-bras, la température de cette partie du membre thoracique s'élevait lorsque Texcitation portait sur le membre inférieur du même côté; elle s'abaissait lorsque Texcitation était faite sur le membre inférieur du côté oppose* Les modifications de température, ainsi produites, n'ont jamais dépassé 7^ de degré centigrade (1).
Les actions vaso-dilatatrices, particulièrement celles qui se produisent par mécanisme réflexe^ sont, comme je tous l'ai dit, au nombre des modifications vasculaires les plus fréquentes que l'on puisse observer chez Tbomme, soit à l'état de santé, soit à l'état pathologique.
Ces actions, vous les aurez à chaque instant sous les yeux, lorsque vous examinerez atteulirement la surface cutanée, comme aussi la surface des muqueuses accessibles à la vue. Je puis même ajouter qu'en se pénétrant bien de ce qu'on aura observé ainsi, on peut se rendre un compte exact des phénomènes analogues qui peuvent se passer à riotérieur du corps.
Les dilatations vasculaires se produisent sous rînfluenoe de toutes les irritations mécaniques.
J'ai déjà parlé des lignes de ooBgestton capillaire cutanée que l'on peut déterminer en frottant la peau dans une direction linéaire avec une pointe mousse. Je n'y reviendrai pas. Je vous rappellerai seulement que ces rongeurs réflexes peuvent se maDifesler sous TinfluMioe d'excitations d'autres sortes, faites sur le .tégument cutané. C'est ainsi qu'on voit apparaître une congestion plus ou moins vive de la partie intéressée, toutes les fois que la
(1) firawo-Séqiiard et J. S. Lombard, Kxpériencts sur tin/lmnee de i\
tion des nerfs de la peau sur la température des membres (Archives de pbj ■iologie normale et pathologique, 1868, p. 688).
ACTIONS ykSO-DiLAJMTMGES RÉFLEXES. S&7
peau est soumise à une inritatÂoiD viw queicosque^ per- «sHsskw, pûicateDi,. etc. H m est de même loraqu'db esl attetDte d*uae UesBure par MistrujiieDt pîqnant oa traiiliiaiit : on sait que les borda de k plaie sont, pendant on certain temps^ le sîtàgi^ d'une coiigestioo plus ou moias me.
Ces résultats se nairifestent encore sous riBâuenee 4'aulres excitaois, tels soTit les irritants chimiques : leus les caustiques, les substances rubéfiantes et yé«*cantes, telles que les prépairations de canthandes, de fjtfoii, eic.^ rbuiie de oiotoa, la moutarde, la teinture d'iode^ etc. Tmies les con^^on produites par ces agents mai des dîlAtaliens Tasculaires réftexes^
Les excitants {disques pnoduisefit des effets du mânie genre. C'est ce qw'on ixoit sous rinflaenee du froide de la chaleur. Le froid produit surtout une congestion réflexe^ lorsqu'il y a eu tout d'abord contraction des vaisseauA,. oomme dasns les phénomènes de Tonglée, par exemple* Qnant à In. chaleur, en sait que, soit par contaoL, soit par rayonnement, elle peut déterminer des dilatations vascuH iaires réfleies.
Des expériences très-intéressantes^ et- dont je vais dire ici qnelques mots, bien qu'il ne s agisse pas dans ce cas de phénomènes vaso-moteurs réflexes, ont été faites par Aog. Wailer sur les phénomènes déterminés par Tapplicaition de glace sur le nerf cubital (1). Dans ces conditions expérimentales, ce physiologiste a ccmstaté que la tempéra ture des deux doigts internes de la main (de Kauricukire et
(1) A. Wailer, On the sensory^ motory and vastMnotory êymptoms resnitiny from the réfrigération of the tUnar nerve (Proceedîags of Uie Boyai Society oC London, 2, xi, 1862).
de Tannulaire) s'élève d'abord un peu; puis, lorsque la paralysie des muscles de la région bypothénar est deTciiue complète, cette température atteint un degré maximum, 36*" G. par exemple, tandis que celle des doigts externes et de la partie externe de la main descend au contraire de Si'^yl (degré initial) à 28^ En même temps/on constate que les doigts internes deviennent très-rouges et que le pouls artériel y est très -accusé. Waller attribue l'élévation de température qui s'observe alors dans les doigts internes, à une paralysie des nerfs vaso-moteurs contenus dans le nerf cubital. Quant à l'abaissement de température que présente le côté externe de la main, il serait dû, suivaut lui, à une dérivation du sang. L'artère cubitale ayaot toutes ses branches terminales dilatées, le sang de l'artère bumérale pénétrerait en plus grande abondance qu'auparavant dans ce vaisseau, et la quantité de san^ lancée dans Tartère radiale subirait ainsi une réduction propo**tionnelle à l'augmentation du volume du courant sanguin dans la cubitale. C'est, dit Waller, le même effet que celui qui se produit lorsqu'on a coupé un des nerls sympathiques cervicaux. La température s élève dans une oreille et s'abaisse daus l'autre.
Je reviens aux phénomènes réflexes. Les excitations électriques de la peau peuvent produire des congestions cutanées par action réflexe. Tous ceux d entre vous qui ont électrisé des malades dans les hôpitaux ont certainement remarqué les rougeurs cutanées produites dans la région où se trouvent appliqués les excitateurs.
La lumière intense déterminée par l'électricité peut provoquer aussi, à distance, des congestions cutanées réflexes, sans qu'on puisse invoquer l'intervention de l'action de la chaleur.
ACTIONS VASO-DILATATRICES HÉFLEXES. :2&9
xU. Gharcot (1) a relaté deux cas d'érythème cutané, dans lesquels raffection de la peau a été manifestement produite par l'action de la lumière électrique. Les deux chimistes chez lesquels cet érythëme a été observé étaient placés à 50 centimètres d'un foyer lumineux produit par 120 éléments de Bunsen. Ils furent exposés au rayotinement de ce foyer pendant vingt minutes, et ils n*éprouvërent, pendant ce temps, aucune sensation de chaleur. Ils furent atteints l'un et Tautre, au bout de quelques heures, d'un érythèiue intense de la face, siégeant dans les points qui avaient été frappés par la lumière électrique. M. Gharcot cite encore Foucault et Despretz comme ayant été affectés aussi d'érythème dans ces mêmes conditions, et il pense qu'on est autorisé à attribuer l'action trèsirritante de la lumière électrique aux rayons chimiques, qu'elle contient en plus grand nombre que la lumière solaire. Cette manière de voir est d'ailleurs celle qu'avait émise Foucault, relativement à. l'action irritante de la lumière électrique sur les yeux ; et l'on sait qu'il avait indiqué, comme moyen préservatif, l'emploi de lunettes de verre d'urane, qui arrêtent la plus grande partie des rayons chimiques (2). M. Gharcot est disposé à croire, en outre, que l'influence des rayons chimiques contenus dans la lumière solaire peut bien jouer un rôle important dans la production de Térythème solaire^ du couj) de soleil. Des expériences de M. Bouchard (3;, faites en concentrant sur la peau de l'avant-bras, à l'aide d'uue lentille, les rayons solaires qui avaient traversé des verres colorés, ont
(1) J. M. Charcot, Ery thème produit par C action de la lumière électrique [Comptes rendus de la Société de biologie, t. V, 2« série ; 1858, p. 63).
(2) L. Foucault, Bulletin de la Société philomatliique de Paris, 1856.
(3) Cb. Bouchard, Becherchet nouvelles sur la pellagre, 1862.
260 SXraÉKE LEÇON.
moaUré que les rayous violets, e'est-à-dîre eem qui ont rkiflueMe eJadmique la plus puissaDie^ soot ceux q«i pM* duiseDt la plus vi^e actioD rubéfianèe et vésicanÉe. Ce expérienees paraisseot eonfirmer les présonpÉkNK è IML Gharoot.
Les eoQgestiofis cutanées qiai se niMtrenl^ som diieretrtès formes, dans les cas d'affeetions exsaUkéfliatiques è la peau, ou d'éruptions diveorses, sont eues pweîHeBMDl î des actions vaso^ilatatrices réflexes.
Je n'ai pas besoin d'insister sur ce q«i ccmeenie la dilatations vaseulaires réflexes se produisait dans ks unqueuses accessibles à la vue. Vous savez q«e la plumait des ififluences dont je viens de vous dire quelques uofc. à propos de la peau, agissent de k mèm façoo sur les membranes muqueuses.
U est facile de comfMrendre que des actions yt^sfkéktittriées réflexes doivent avoir lieu aussi, sous Tinfluaice àt causes variées, dans tous les organes profonds, la ■» brane muqueuse gastro-intcstiiiaie^ par e%empk^ le put moA, le foîe, les centres nerveux, etc. Nous m» d'ailleurs amenés, dans nos études ultérieures^ à nousw^ cuper de ces pbéfiomènes pleins d'intérêt. U s'agit, ea eiel. de modifications qui, vous le concevez bien* ne doivetf pas être sans inineace sur la nutritioo ei les fonctions (fe oi^anes, soit dans Télat normal, soit dans Tétai pathofah gique. Pour ne parler que de ce deraier étaU ai-je besoii de vous rappeler, par exemple, que ces dilataiioas vaseslaires réflexes jouent un grand rôle dans riuflamnatiii» dans les congestions, dans les flux morbides?
Les dilatations vasculaires réflexes ne s'observent p seulement dans Tendroit excité ; on remarque aussi do
ACTIONS YASO-DIULTATmCES RÉFLEXES. 9&1
actions vaseukiires à des distances [dus on moins considérables de ce point. Je vom rappellerai, comme exemple, la dilatation des vaisseaia de l'oreille d'un lapin , qui a lien, ainsi que nous l'avons tu, sous l'influence de Texcitation du kut central du nerf sciatique, bien que ce nerf ne soit oiifi en rapport avec cette partie de l'animal que par l'intermédiaire de la moelle épinirà^. Lorsqu'on a coopé le oerf cervico-auriculaire antérieur sur on lapin, on observe assez souvent un resserrement relatif, pius ou moins permaoent, de la partie tout à fait supérieure de l'artère principale de Toreille. L'électrisation du bout centra) d'un des nerfs sciatiques fait dilata cette partie de l'artère comme tout le reste de sa longueur.
Je mentionnerai encore, comme exemple de ces actions vaso-dilatatrices à distance, la dilatation des vaisseaux do mésentère sous l'influence de l'racitation des nerfe dépresseors, de MM. Ludwig et Cyon. Si l'on électrise le bout central d'un des nerfs dépresseurs, on détermine une dilatation considérable des vaisseaux du mésentère, et cependant on peut dire de ce nerf ce que je disais tout à l'heure du nerf sciatique, à savoir : qu'il n'a aucune relation avec les organes vasculaires sur lesquels il réagît, si ce D*est par Tintermédiaire du système nerveux central bulbo-spinal. Voici donc encore une action vaso-dilatatrice réflexe à dislance.
Les actions vaso-dilatatrices réflexes n'ont pas toujours pour point de départ des excitations périphériques : ces excitaticms partent souvent de la moelle elle-même. C'est ce que Ton voit, par exemple, dans certains cas de myélite où il peut se produire, sous TinQuence de l'irritation inflammatoire et par mécanisme réflexe, une dilatation vasculairc dans les membres en relation, par leurs nerfs vaso-
25t2 SEPTIÈME LEÇON.
moteurs, avec la partie affectée de la moelle épinière.
On peut trouver un autre exemple remarquable d*uiy action vaso-dilatatrice réflexe à distance, dans la rougeur des pommettes qui se manifeste chez les sujets atteints d* pneumonie. C'est un symptôme sur lequel M. Gubler I a appelé l'attention des physiologistes et des médecioi et dont je vous reparlerai lorsque nous nous occuperoib d'appliquer à la pathologie les notions physiologiques acquises sur les nerfs vaso-moteurs.
Si Ton excite un nerf sensitif et que de la sorte on détermine soit une constriction, soit une dilatation réflexe df certains vaisseaux, le phénomène ainsi produit n'a pas un * durée indéfinie ; au bout d'un certain temps, quand mènit on entretient l'excitation eu la rendant permanente, 1. manifestation vaso-motrice ne tarde pas à diminuer, . s'éteindre peu à peu, puis à disparaître. Si Ton électrise. par exemple, le bout central du nerf auriculo -cervical, au moyen de courants intermittents, on détermine d'abord U dilatation des vaisseaux de l'oreille, mais si on laisse b excitateurs en place, même en employant des couraub très-intenses, on voit, comme l'a indiqué M. Lovén, k-^ vaisseaux qui reviennent peu k peu sur eux-mêmes, el L dilatation disparaît. Il en est encore ainsi si Ton essau de maintenir la dilatation de ces même vaisseaux, produite par Télectrisation du bout central du sciatique : on \o, aussi, au bout d'un temps assez court, les vaisseaux revenir à leur calibre primitif.
Ce que Ton obtieut là, en somme, on TolKîen'e aussi, comme ou le sait, lorsqu'on électrise le bout cardiaque ilu nerf vague. Si on laisse les excitateurs en place sur te^
(1) A. <iublcr. De la rougeur des pommettes comme signe iTim/rniv^- Uon pulmonaire (BuUetia de la Société médicale det hùpiUui, 1857, ii*6.