‹ Leçons sur l'appareil vaso-moteurChapitre 70 sur 107 · INFLUENCE DU SYSTÈME NERVEUX SUR L* ABSORPTION · texte numérisé non relu

INFLUENCE DU SYSTÈME NERVEUX SUR L* ABSORPTION

faite pour opérer le broiement du centre cérébro-spinal. Chez les grenouilles, la peau du tronc non adhérente et pour ainsi dire indépendante des tissusr sous-jacents, forme de vastes cavités désignées sous le nom de sacs lymphatiques; on peut injecter facilement 10 à 25 centimètres cubes de la solution dans ces réservoirs souscutanés.

Ceci fait, on examine l'aorte des deux grenouilles. Chez celle dont Taxe cérébro-spinal est détruit, il ne s'écoule bientôt, pour ainsi dire, plus une goutte de liquide. Chez l'autre, au contraire, on constate, au bout de quelques instants, qu'il s échappe goutte à goutte un liquide fortement teint en rouge tout d'abord, mais dont la coloration s'atténue peu à peu, et qui, plus tard, n'est plus que de la solution aqueuse, à peu près incolore, de chlorure de sodium. De telle sorte que la grenouille se trouve transformée, selon l'expression pittoresque de M. Goltz, en une sorte de glande avec un canal excréteur muni d'un cœur.

Au fur et à mesure que le liquide sorti par l'aorte s'accumule dans l'éprouvette, celui qui se trouvait dans les sacs lymphatiques diminue d'autant. Chez l'autre grenouille, au contraire, il y reste toujours en même quantité. En môme temps qu'on observe ces différences relatives à Técoulement du sang, on constate aussi que la peau de la grenouille, dont le myélencéphale est intact, reste humide, brillante et parsemée de petites saillies, tandis que chez la grenouille, dont on détruit Taxe cérébro-spinal, hi peau devient sèche, terne et plus ou moins lisse.

J'ai cherché à répéter ces expériences avec jM. Carville ; mais, je dois le dire, elles sont difficiles à exécuter et ne donnent pas toujours le résultat indiqué par M. Gollz.

392 DIXIÈME LEÇOPr.

M. J.-C. Prévost (1) a été plus heureux, car il a pu constater, avec M. Reverdin, tous les phénomènes décrits par M. Goltz (2).

M. Goltz tire aussi de ces expériences la' conclusion que Taxe cérébro-spinal a une très-grande influence sur Tabsorption. Nous examinerons, dans la prochaine leçon, si ces divers faits expérimentaux ont bien la valeur que M. Goltz leur attribue, et si les résultats observés sont dus à des modifications fonctionnelles de l'appareil vasomoteur,

(1) JLoc. cité

(2) Si nous n'avons pas yu bien nettement la différence relative à l*écoiUe> ment du sang par l'aorte, chez les grenouilles intactes et chez celles dont Le centre nerveux céphalo-rachidien était détruit^ nous avons observé, au contraire « de la façon la plus claire, les modifications de la peau prodoites par la destruction de ce centre.

Influence du système yaso-moteur sur l'absorption (suite) — Influence de cet appareil sur les phénomènes d'érection, sur les sécrétions.

Des expériences, analogues'à celles que M. Goltz a considérées comme démontrant l'influence du système nerveux central sur l'absorption, ont été faites par d'autres physiologistes. Ces nouvelles recherches n'ont pas entièrement

confirmé la manière de voir de M. Goltz.

Ainsi, M. Bernstein (1) a répélé les expériences de M. Gollz en préparant des grenouilles par le môme procédé, si ce n'est toutefois qu'il enlevait complètement le cœur et qu'il plaçait une canule dans la veine cave de l'animal. Dans ces conditions, en comparant Tune à l'autre deux grenouilles curarisées, après avoir détruit chez l'une d'elles le centre nerveux cérébro-spinal, il a vu aussi un écoulement de sang d'abord, puis de liquide salé, de moins en moins coloré, s'effectuer par la canule, chez la grenouille dont les centres nerveux étaient intacts, tandis que rien de semblable n'avait lieu chez la grenouille dépouillée de ses organes nerveux centraux. Mais M. Bernstein s'est assuré que la différence entre les résultats observés dans l'un et l'autre cas tient, non pas à ce que la résorption des liquides a lieu sur l'une des grenouilles et fait défaut chez Fautre, mais à ce que la destruction du centre nerveux

(1) Bernstein, Ueber die Resorpiionsverstiche von Goltz ^ Berliner klinik. Wochenscb., 1872, n<» 28 (ÀnaL in Centralblatt..., 1873, p. 70).

39/i ONZIÈME LEÇON.

cérébro-spinal produit chez la grenouille, ainsi mutilée, une telle paralysie du tonus vasculaire, que la circulation est presque arrêtée dans les réseaux capillaires de toutes les régions du corps. Il n'est pas nécessaire, pour produire o résultat, de détruire toute rétendoe des centres encéphalv rachidiens : il suffit d'enlever ou de contondre soit la moelle épinière seule, soit le bulbe rachidien.

M. Heubel (1) s'est attaché surtout à montrer que, daa^ les conditions où se trouvent les grenouilles, lorsqu'elles sont mises en expérience par le procédé de M. Golti. il n'y a en réalité aucune résorption, même alors que les centres nerveux sont intacts. Après Textirpation , ou la ligature du cœur, chez ces animaux, une injection de curare ou de sti7chnine, soit dans les sacs lymphatiques dorsaux, soit dans une autre partie quelconque du coqK ne produit jamais d'effets toxiques reconnaissables ; et Suivant lui, si Ton retrouve ces substances dans des parties situées à une certaine distance de celles dans lesqueties l'introduction du poison a eu lieu, c'est seulement par diffusion que le transport s'est fait.

J'ai examiné, un bon nombre de fois, la circulation capillaire dans la membrane interdigitale, sur des grenouil)e> qui avaient subi une destruction complète du myéleocéphale, et j'ai pu constater qu'elle est arrêtée, quelque rigoureux que soit l'animal, au moins pendant un certain temps après l'opération. Il n'est pas étonnant que, dans ce> conditions, l'absorption ne puisse point se faire» puisque la circulation périphérique n'a plus lieu, pour ainsi dire, et que les substances, qui pénètrent par osmose dans 1^

(1) E. Heubel, Ueber die Beziehungen der CentraUheilen de* S^trem^it^ stir A»f orp^ofi, VircboVs Archiv, 1872» LVI, 248-628 (AnâL io CeatniUitt. 1873, p. 71).

INFLUENCE DES VASO-MOTEDBâ SUR L ABSORPTION. 395

vaisseaux capillaires, ne sont plus entratnées par le sang pour être portées dans toutes les parties du corps.

11 y a, sans doute, exagération à dire que la circulation est tout à fait arrêtée, bien que ce soit ainsi que les choses se présentent quand on examine les vaisseaux de la membrane interdigitale. Mais en tout cas on peut assurer que le cours du sang dans les vaisseaux capillaires, après que le myélencéphale a été détruit, est si faible qu'il ne peut pas conduire au cœur, et aux vaisseaux artériels qui en partent, une quantité de substance toxique suffisante pour déterminer des phénomènes d*empoi)sonnement.

C'est là, en somme, la proposition de M. Heubel, et elle est facile à contrôler ^par l'expérimentation. J'ai fait des recherches dans cette direction et elles ont été confirmatives, par rapport à cette assertion. Il est à peine nécessaire de vous dire que, pour ces sortes d'investigations, il est indispensable de se servir d'un poison qui puisse manifester son action de la même façon sur une grenouille dont l'axe cérébro-spinal a été détruit et sur une autre dont le système nerveux est intact.

Ce poison, vous le concevez sans peine, ne peut pas être un sel de strychnine, puisque l'action de cette substance se révèle à nous par des phénomènes dus aux modifications qu'elle produit dans l'excitabilité du centre bulbospinal. Nous ne pourrions donc pas reconnaître si un sel de strychnine est absorbé, lorsqu'il est introduit sous la peau d une grenouille dont le myélencéphale a été détruit.

Le poison qu'il nous faut employer est le curare. Si Ton 4^mpoisonne les deux grenouilles avec du curare, il sera facile de savoir s'il a été absorbé chez Tune et chez l'autre, puisque ce n'est pas sur les centres nerveux que porte son action caractéristique, mais bien sur les points où s' établît

la connexion entre les extrémités des nerfs moteurs et !•*> faisceaux musculaires.

Or, si après avoir injecté du curare sous la peau de d cuisse droite des deux grenouilles, dont Tune a eu 1 a^ cérébro-spinal détruit, tandis que l'autre est absoluim^m intacte, vous laissez s'écouler le temps nécessaire pou: que l'action du poison se produise, et si vous nietu ensuite à nu le nerf sciatique gauche sur chacune d'elles vous pourrez constater que l'excitation galvanique de i> nerf ne déterminera pas le même effet sur Tune et :>ur Tautre. La galvanisation du nerf sciatique de la grenouille. dont Taxe médullaire est détruit, produira des contractions dans la jambe correspondante « ce qui déniontren que les nerfs des membres de l'animal ont encore conserleur motricité. I^a même excitation, faite sur le nerf snitique de l'autre grenouille, ne provoquera aucune c rtraction, parce que le curare aura été transporté chez c*^ animal dans toutes les parties du corps et aura partou: rendu impossible la transmission des excitations des oerf^ aux muscles.

. Ce fait prouve bien que le poison a été facilement absorU par la grenouille intacte, et qu'il ne Ta pas été, ou qu il rv Ta été que fort peu, par la grenouille opérée. . Dans ces sortes d'expériences, il faut examiner l'exciLbilité des nerfs sciatiques peu de temps après que les oK^r vements spontanés ont disparu chez la grenouille intact* Si l'on attendait trop longtemps, le curare, chez la ^nnouille dont le centre cérébro-spinal est détruit, pénètre rait de proche en proche, par diffusion, dans toute retendue du membre, puis pourrait même peut-être ptnen r dans l'autre membre, et y affaiblir ou abolir Taction i nerf sciatique sur les muscles correspondants.

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