INFLUENCE DU SYMPATHIQUE SUR LA CONGESTION RÉFLEXE
expérimentale, déterminée par l'injection de matières putrides, s'était élevée plus haut, contrairement aux observations de M. Scbiff, dans le membre postérieur du côté où le nerf scia tique était coupé, que dans l'autre membre. Et il me semble qu'un tel résultat n'a rien de surprenant. Si la température du sang, considéré dans sa masse, s'élève chez un animal fébricitant, il est assez naturel que le membre dont les vaisseaux sont dilatés, par suite de la section d'une grande partie de ses nerfs vaso-moteurs, soit parcouru par une plus grande quantité de sang chaud et acquière, par conséquent, une température plus élevée que l'autre membre.
Chez l'homme lui-même, on a vu des résultats de la paralysie du cordon cervical du grand sympathique, semblables à ceux qui ont été observés chez les animaux. Je vous rappellerai , comme exemple , le fait relaté par M. W. Ogle et dont je vous ai déjà indiqué les principaux détails (voy. p. 133 et suiv.). Dans ce cas, sous l'influence de la marche rapide, la joue et l'oreille du côté où le cordon sympathique cervical était comprimé, ne s'échauffaient pour ainsi dire pas, tandis que, du côté opposé, les mêmes parties devenaient chaudes et présentaient même, après peu de temps, une température plus élevée que celles dont les nerfs vaso-dilatateurs ne fonctionnaient plus.
Toutes ces données expérimentales et cliniques concourent donc à nous faire connaître l'influence de la section ou de la paralysie des nerfs vaso-dilatateurs, sur la production des phénomènes de congestion réflexe. Nous voyons que, dans ces conditions, les phénomènes dont il s'agit ne se manifestent plus, ou, tout au moîits, n'ont plus leur développement habituel. Donc on voit que les effets, soit de la section des nerfs, qui vont aux appendices jugulaires du
coq et du dindon, soit de l'arrachement du ganglion cervical supérieur sur ces oiseaux, n'ont rien de bien extraordinaire. Comme je vous l'ai dit, on interrompt ainsi la continuité des nerfs vaso-dilatateurs destinés à ces parties, et les résultats observés, à la suite de l'une ou l'autre de ces opérations, s'expliquent alors très-facilement.
Des phénomènes érectiles se rencontrent, avec des caractères plus ou moins nets, dans d'autres organes que ceux dont nous avons parlé. Ils peuvent se manifester, par exemple, dans les organes génitaux internes, dans l'utérus, dans les ovaires. Dans ces organes, se trouvent réunies, comme M. Rouget l'a démontré, les deux conditions esseotielles' pour la production des phénomènes d'érectililé, a savoir : du tissu musculaire et un appareil vasculaire extrêmement développé, disposé d'une façon spéciale (t). Disons toutefois qu'il n'y a pas là de tissu caverneux proprement dit.
D'après les recherches de M. Rouget, on pourrait, à la rigueur, considérer aussi l'iris comme doué d'un certaiu degré d'érectilité (2). Cette membrane contient un nombre considérable de vaisseaux et de Bbres musculaires lisses ; elle offre, par conséquent, les éléments nécessaires à la constitution d'un tissu érectile. D'autre part, les veinules qui ramènent le sang de l'iris traverseraient le muscle ciliair* et pourraient êlre comprimées par ce muscle, lorsqu'il se contracte.
On pourrait envisager le mouvement de l'iris, qui pno-
l) Ch. Rouget^ Recherches sur les organes érectiles de la femme et »v rofjpnreil musculaire tuho-ovarien^ dans leurs rapports avec Vovulatio^ fi • ' menstruation. (Journal de Drown-Séquard^ 1. 1, 1858, p. 734 cl %m\.)
v2) Ch. Rouget, Note sur la structure de CqH^ et^ en particulier^ sur tnpareil irio-choroidien. (Cùmpies rendus de la Soc. de biol., 1856, p. 113 .
DE l'éregtiuté de l'iris. AÏS
duit uue constriction de la pupille, comme le résultat d'une sorte d'érection du tissu de l'iris; les vaisseaux de cette membrane, en se dilatant et en se congestionnant, forceraient l'irisa s'agrandir, ce qu'il ne pourrait faire qu'aux dépens du diamètre de la pupille. Ainsi se produirait le resserrement de l'ouverture pupillaire, sous l'influence de l'action de la lumière sur l'œil, ou par suite des excitations portant sur les flbres nerveuses sympathiques, destinées à l'iris, etc.
Quant à la dilatation de la pupille, au contraire, elle serait due à une constriction des vaisseaux qui, diminuant de calibre, occuperaient moins de place : en conséquence, l'iris reviendrait sur lui-même, et la pupille s'agrandirait de la sorte.
11 est certain que cette manière de voir a quelque chose de séduisant au premier abord. Non-seulement la texlure de l'iris lui prête un appui réel, mais encore on constate que des phénomènes vasculaires se manifestent, dans le sens voulu, au moment où agissent certaines causes qui déterminent une constriction ou une dilatation de la pupille. Si nous examinons, par exemple, ce qui a lieu lorsqu'on électrise le cordon cervical du grand sympathique, nous voyons qu'il y a en même temps constriction des vaisseaux de rirîs et dilatation delà pupille : en sens inverse, la section du cordon sympathique cervical, ou l'arrachement du ganglion cervical supérieur, produit une dilatation des vaisseaux de l'iris et un resserrement simultané de la pupille. 11 y a donc là encore un argument qui plaide en faveur de la théorie de M. Rouget.
Disons toutefois que, d'après M. Th. Leber (cité par M. Legros, dans sa thèse de concours), ce seraient les artères, et non les veines de l'iris, qui traverseraient le muscle
ftlA ONZIÈME LEÇON.
ciliaire, de telle sorte que la contraction de ce muscle nt pourrait avoir, sur la circulation de Firis, Tinfluence admise par M. Rouget. Et puis, d'autres expériences paraissent démontrer que les changements du diamètre de la pupilk ue sont pas liés, d'une façon nécessaire, aux modifications de l'état de la circulation dans l'iris. Ainsi, il est incontestable qu'on peut faire dilater ou resserrer la pupille sur un cadavre, immédiatement après la mort, alors que le cœur est arrêté. Wagner (1) a même obtenu ces mc»difications de la pupille, sur une tête de décapité, en électrisant soit le sympathique pour obtenir la dilatation, soit l'oculo-moteur commun pour obtenir le res^rrement.
J'ai fait la môme expérience sur des chiens, tantôt en électrisant le cordon cervical du sympathique sur ces auimaux, quelques instants après la cessation compU^te <ks battements du cœur, tantôt en pratiquant cette électrisation sur la tête séparée du corps immédiatement apn's la mort. J'ai vu aussi, chez ces animaux, après avoir ouvert le crâne et enlevé l'encéphale, la faradisation du nerf imv teur oculaire commun, faite sur la base du crâne, produire un resserrement de la pupille de l'œil correspondant. Et Ton pouvait alternativement faire dilater ou resserrer la pupille, en faradisant, soit le bout supérieur du oonk« cervical du grand sympathique, soit )e nerF oculoMuoteur commun.
Longet et d'autres expérimentateurs avaient reconiw qu'on peut faire contracter l'iris et provoquer un resserrement de la pupille, en électrisant directement rin<
(1) R« Wagner, Note sur quelques expériences tur fa partie cfrti-^-.- •'grand sympathique chez une femme décapitée (Journal de physiolo^no, t. !II. 1860, p. 174).
DE l'érectilité db l'iris. &15
sur des yeux de cbevaux et de bœufs, immédiatement après la raorl (1).
Dans de telles conditions, il me parait impossible d'attribuer les modifications du diamètre de Tiris à une dilatation ou à un resserrement des vaisseaux de cette membrane.
D'ailleurs, on peut examiner directement sur certains animaux les vaisseaux de Tiris, pendant que le diamètre de la pupille s'agrandit ou diminue, et les résultats de cet examen ne sont pas favorables à l'opinion de M. Rouget. C'est surtout sur des rats albinos que Ton peut faire cette étude.
Waller a institué des expériences dont il a publié les résultats (2). J'ai assisté à ces expériences : elles me paraissent très- démonstratives. Il déterminait une exopbthalmie d'un côté, sur un rat blanc, de façon à ne pas troubler notablement la circulation oculaire ; puis il disposait l'animal dans le champ d'un microscope, de telle sorte qu'il pouvait examiner, avec l'instrument, l'œil à un grossissement suffisant pour y voir la circulation et même y distinguer les globules du sang en mouvement. Après avoir examiné les divers phénomènes de la circulation de l'iris, des procès ciliaires, etc., la disposition des vaisseaux de ces parties, on mettait une goutte de solution aqueuse de sulfate d'atro^ pinc en contact avec l'œil. Sous cette influence, la pupille se dilatait rapidement, et cependant on ne voyait aucun changement dans les vaisseaux de l'iris^ si ce n'est qu'ils devenaient tortueux et flexueux, ce qui se conçoit facile-
(1) Longet, Traité de physiologie, III« édit., l. Il, p. 930.
(2) A. Waller, Observations microscopiques sur ta circulation du sang dans les vaisseaux de Cœil, vue en transparence sur le vivant* (Comptes rendus de l'Acad. des sciences, t. XLUI, 29 sept. 1856.)
Iiï6 ONZIÈME LEÇON.
ment et résulte de ce qu'ils étaient forcés de se loger dans un plus petit espace.
Il était donc impossible de rapporter la dilatation de ta pupille à une constriction vasculaire, puisqu'on ne consfatait aucun resserrement des vaisseaux de Tiris. D'autn* part, en faisant affluer le sang dans les vaisseaux de l'iris, ou en le chassant par la compression, on ne pnxluLsaî'. aucune modiBcation des dimensions de la pupille.
Comme dernier argument contre la théorie de M. Rouget, j'ajouterai que M. Magnan (1) a constaté que, chez le> animaux, dans Tépilepsie absinthique, et chez rbomme épileptique, il y a, au début de Tattaque, dilatation de la pupille, coïncidant avec une dilatation considérable de> vaisseaux du fond de Tœil, et il semble bien difficile d^ supposer, qu'au moment où a lieu la dilatation de a*5 vaisseaux, ceux de l'iris se resserrent.
Tous ces faits me semblent prouver que la dilatation et le resserrement de la pupille ne sont pas des résultats de modifications des vaisseaux de l'iris, mais qu'ils sont bien dus à la contraction des fibres musculaires soit ravounées, soit circulaires, de cette membrane.
Les phénomènes d'érection ne se montrent pas seulemeot dans des tissus normaux ; on les observe aussi dans de> tissus d origine morbide ; c'est ce qu'on voit par exemple dans les tumeurs dites tumeurs érectiles. Leur nom, comme vous le savez, leur a été donné précisément à cause de ces phénomènes, qui peuvent s'y manifester.
Ces tumeurs sont appelées encore : angiomes cavernetu : ce sont des tumeurs vasculaires, offrant des cavités plus ou
(1) Mi^nan, Comptes rendus de la Sociélé de biologie^ 1873, p» 75 rt Sv.
DBS TUtfEURS ËREGTILES. &17
moins considérables, qui sont remplies de sang et communiquent les unes avec les autres. Les angiomes caverneux sont formés par la dilatation des capillaires d'une région limitée du corps. Au début, sous TinQuence d'une irritation locale toute particulière, les capillaires de Tendroit où doit se développer Tangiome, se dilatent, et, en même temps, ils donnent naissance à des bourgeons vasculaires, qui sont l'origine de nouveaux vaisseaux capillaires, établissant de nouvelles communications entre ceux qui préexistaient. Puis ces divers capillaires se dilatent en forme ampullaire sur différents points de leur longueur; des sortes d'alvéoles se forment ainsi, qui peuvent finir par communiquer les uns avec les autres, à la suite de la résorption du tissu intermédiaire. Il en résulte un tissu aréolaire, dont les aréoles sont séparées par des trabécules d'épaisseur variée : ces trabécules peuvent d'ailleurs avoir subi des modifications diverses pendant le développement de la tumeur. Des artères aboutissent à ces tumeurs, et elles sont souvent munies d'une tunique musculaire plus épaisse que la tunique musculaire d'artères de même calibre, situées dans d'autres parties du corps. Oj) y trouve aussi des veines, et Scbuh y a vu et suivi des nerfs. Il y a donc là toutes les conditions voulues pour qu'il puisse s'y produire des phénomènes d'érection. De plus, dans certaines de ces tumeurs, quelques-unes des trabécules contiennent des éléments musculaires, et leur tissu est alors très-analogue au tissu caverneux du pénis.
Les phénomènes de gonflement, qui se produisent de temps à autre dans ces tumeurs, ont lieu sous l'influence des efibrts, des cris; et, si on peut les attribuer à une simple augmentation de pression du sang, dans la plupart des cas, il en est d'autres dans lesquels, bien certainement»
YULPIAH. S7
lllS ONZlèME LEÇON.
les changements de volume et de consistance, qui se montrent d'une façon passagère^ rappellent, jusqu'à un certain point, ceux qu'on observe dans les corps caverneux des organes génitaux. Ainsi, c'est par un mécanisme analogue à celui de Térection, que se fait la tuméfaction temporaire des tumeurs bémorrhoïdaires. Ces tumeurs sont, en effet, des angiomes caverneux.
On sait que les bémorrboïdes, qu'elles donnent lieu ou non à un flux sanguin, se gonflent à certains moments revenant tantôt irrégulièrement, tantôt périodiquement. Ce gonflement parait précédé presque toujours d'une irritation locale, siégeant vers la partie inférieure du rectum ou vers l'anus. Or, n'est-il pas permis de considérer la congestion hémorrboïdaire qui a lieu à ce moment, et qni ersiste pendant un temps variable, comme le résultat d'une action vaso-dilatatrice réflexe, provoquée par l'irritation locale dont nous venons de parier?
Ces indications sommaires sur le mécanisme du gonflement des bémorrboïdes, et sur celui des flux bémorrhoïdaires, nous conduiraient assez naturellement à vous parler du flux menstruel de la femme, car nous retrouverions à propos de ce phénomène un mécanisme très-analogue à celui des bémorrboïdes, c'est-à-dire une irritation toute particulière des organes qui doivent être le siège de réroolement sanguin, et une congestion plus ou moins vive de ces organes, par suite de l'excitation vaso-dilatatrice réflexe, déterminée par cette irritation; mais cela nous entraînerait trop loin pour le moment.
Nous allons donc passer à un autre point de l'histoîK physiologique de l'appareil nerveux vaso-moteur et étudier l'action de cet appareil sur les sécrétions.
— Tous les organes sécréteurs, toutes les glandes, chez les animaux supérieurs du moins, reçoivent des vaisseaux et sont en relation avec des nerfs. Tous ces organes sont soumis à l'action du système nerveux, et cela d'une façon incontestable. Je vous citerai, comme exemple, la glande lacrymale, dont la sécrétion est constante et faible, mais s'exagère considérablement sous Tinfluence des irritations inflammatoires, et surtout sous Tinfluence des émotions.
Je mentionnerai encore les glandes salivaires, dont la sécrétion s'accrott, quand l'individu a faim, sous la seule influence de la vue, de Todeur, ou même de Tidée des aliment;. La sécrétion lactée devient aussi plus abondante à la vue ou à rapproche du nourrisson. La sécrétion intestinale est modifiée par les émotions, il en est de même de la sueur, du suc gastrique ; ce dernier fait explique comment les émotions vives peuvent interrompre la digestion.
Tous ces faits, et plusieurs autres qu'il serait facile d'énuniérer, montrent bien, d'une façon générale, l'influence du système nerveux sur les sécrétions; mais ce qui nous intéresse surtout, et ce que nous devons examiner d'une façon presque exclusive, c'est le rôle de l'appareil nerveux vaso-moteur dans le fonctionnement normal ou pathologique des glandes.
Les glandes sont alimentées par de nombreux vaisseaux sanguins; ces vaisseaux sont en relation avec des nerfs vaso-moteurs. Est-ce par T intermédiaire de ces nerfs que la sécrétion des glandes est influencée, ou est-ce par Tin- (ennédiaire de nerfs d'une autre sorte? La sécrétion ellemême est-elle provoquée par une variation, dans un sens déterminé, de la circulation intra- glandulaire, ou, si Ton veut, de la pression dans les artères de la glande?
Vous savez que c'est par les recherches des physiologistes sur les reins et sur les glandes salivaires, que nous avons acquis quelques données relatives à la question dont il s'agit.
Je ne vous parlerai, pour l'instant, que des investigations qui ont été faites sur les relations entre les fonctioDs des glandes salivaires et l'action du système nerveux. Je vous ai déjà exposé ailleurs l'historique de ces investigations : je vous ai parlé des travaux de MM. Ludv^ig, Schifi, Gzermak, Cl. Bernard.
Nous avons vu que c'est aux recherches de ce dernier physiologiste qu'on doit la connaissance précise de rinfluence de la corde du tympan sur la circulation de la glande sous-maxillaire.
Avant les expériences de M. Cl. Bernard, on connaissait déjà assez bien Tinfluence du système nerveux sur la sécrétion de la glande sous-maxillaire, mais on ignorait rx)mplétement les phénomènes concomitants, qui se passent du côté des vaisseaux de la glande.
Quel est le rôle de ces phénomènes dans la sécrétion de la glande sous-maxillaire? Cette question pourrait être posée d'une façon générale pour toutes les sécrétions.
La sécrétion salivaire est-elle le résultat d'une augmentation de pression, ayant lieu dans les capillaires de iâ glande, au moment où elle entre en fonction! Faut- il, au contraire, attribuer la mise en activité des éléments séa^ teurs de la glande à une influence nerveuse, agissant directement sur les éléments glandulaires?
M. Ludv^ig avait montré ce fait très- remarquable : qu« la pression de la salive, dans les canaux excréteurs de U glande sous-maxillaire» au moment où cette glande sécrète* est supérieure à celle du sang qui arrive dans la glande.