ACTION DES NERFS SENSITIFS SUR LES SÉCRÉTIONS
l'électrisation du bout périphérique du nerf mylo-hyoïdien. Celte arlère et ses branches se dilateraient sous cette influence et la circulation deviendrait beaucoup plus active dans les veines qui ramènent le sang distribué par cette artère (1). Or, il est permis de penser que cette action vaso-dilatatrice, exercée par Télectrisation du bout périphérique du nerf mylo-hyoïdien, n'est pas directement centrifuge, mais qu'elle est réflexe et due à la mise en jeu de la sensibilité récurrente de ce nerf. Je sais bien que M. Cl. Bernard a trouvé le bout périphérique du nerf mylo-hyoïdien insensible : je ne crois pourtant pas que cette insensibilité soit complète ; ce nerf doit contenir des fibres sensitives récurrentes, comme les autres nerfs moteurs ou mixtes.
L'expérience que j'ai faite sous vos yeux vous a permis de constater une autre particularité intéressante. Vous avez vu qu'après avoir répété plusieurs fois l'excitation du nerf sciatique, pour vous bien montrer que chaque reprise d'excitation était suivie d'un écoulement de salive par le canal de Wharton, j'ai coupé le nerf lingual au-dessus du point d'où se détache le nerf glandulaire émané de la corde du tympan. J'ai recommencé alors à électriser le nerf sciatique, et, au bout de quelques instants, il s'est fait un ccoulement de plusieurs gouttes de salive épaisse et filante. Cet effet s'est reproduit lorsque nous avons renouvelé l'électrisation du nerf sciatique. II est clair qu'il s'agit là aussi d'une action réflexe passant, non plus par la corde du tympan, puisque le nerf glandulaire qui en provient ne communiquait plus avec le centre bulbo-spinal, mais par les filets du sympathique qui se distribuent dans la glande.
(1) Cl. Bernard, loc. Ci7., p. 303 et suiv.
M. Schiffavait déjà admis la possibilité d'actions réflexes de ce genre, pour expliquer Técoulemeut de salive qu'il observait, lorsqu'il électrisait le bout central du nerrglossopharyngien, sur des animaux qui avaient subi une section de la corde du tympan du côté correspondant.
Ces dernières expériences nous prouvent que Télectrisation des différents nerfs sensitifs du corps agit, par voie réflexe, non pas seulement sur la corde du tympan, mais encore, et en même temps, sur les nerfs sympathiques de la glande sous-maxillaire. L'excitation de ces deux sortes de nerfs concourt à déterminer un travail sécrétoire énergique dans cette glande. Mais, tandis que la mise en activité de la corde du tympan tend à produire des effets vasodilatateurs intra-glandulaires, le sympathique excité tend à provoquer un effet vasculaire inverse. Si la stimulation réflexe, provoquée dans ces deux sortes de nerfs, était d'énergie égale, les vaisseaux ne se modifleraient pas. Or, nous savons que, dans ces cas, c'est toujours une dilatation vasculaire qui se produit. Nous pouvons donc conclure que la puissance des Qbres vaso-dilatatrices glandulaires, du moins celle qui est mise en jeu par voie réflexe, remporte sur la puissance des fibres vaso-constrictives, excitées par la même voie.
On peut comparer ce qui se passe pour les vaisseaux de la glande sous- maxillaire, à ce qui a lieu pour les vaisseaux de Toreille, sur un animal curarisé, chez lequel on électrise un nerf sensitif quelconque. Il est probable que les fibres nerveuses vaso-constrictives et les fibres nerveuses vaso-dilatatrices de Toreille sont excitées en même temps par voie réflexe; mais elles le sont à un degré très-inégal, et c'est encore l'effet vaso-dilatateur qui remporte. Vous savez que c'est l'inverse qu'on observe, lorsqu'on électrise
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directement le cordon cervical sympathique qui, ainsi que je VOUS Tai montré, contient à la fois la plupart des Qbres vaso-constrictives et vaso-dilatatrices de Toreille. Dans ce cas, il y a constriction énergique des vaisseaux de Toreille. Je n'insisterai pas davantage sur la glande sous-maxillaire, et je ne vous exposerai pas les recherches qui ont été faites sur les autres glandes salivaires, parce que les résultats sont beaucoup moins nets. Il est bien vraisemblable que toutes ces glandes affectent, avec le système nerveux vasomoteur, des relations très-analogues à celles que présentent les glandes sous-maxillaires. Il est à croire que la glande sublinguale et la glande parotide sont en rapport avec des nerfs vaso-dilatateurs et des nerfs vaso-constricteurs, et il n'est pas douteux qu'elles ne reçoivent les ramiQcations d'un nerf sécréteur. Pour la glande sublinguale, il est probable que c'est la corde du tympan qui fournil ce nerf. Pour la glande parotide» M. Cl. Bernard a démontré que le nerf sécréteur provient du nerf facial ; car après l'avulsion de ce dernier nerf, toute sécrétion parotidienne réflexe devient impossible. M. SchiffaconGrmé ce résultat, et, de plus, il a cherché à établir que le nerf sécréteur parotidien émane du petit nerf pétreux superficiel, lequel, après être entré en relation avec le ganglion otique, se rendrait au nerf auriculo-lemporal du trijumeau, et abandonnerait ensuite ce nerf pour se distribuer à la parotide.
Je ne puis vous parler ici des autres glandes que d'une façon générale; dans tous ces organes, on voit des phénomènes analogues à ceux qui se passent dans la glande sousmaxillaire. Il est probable que toutes les glandes reçoivent des filets nerveux excito-sécréteurs, et des fibres nerveuses vaso-motrices, les unes vaso-conslrictives, et les autres vaso-dilatatrices. Peut-ôlre sont-elles en rapport, pour
certaines glandes du moins, avec des fibres nerveuses émanées de deux sources distinctes, comme nous l'avons vu pour la glande sous-maxillaire, c'est-à-dire avec des fibres provenant de nerfs bulbaires ou racbidiens, et des fibres provenant du sympathique. Dans la glande lacrymale, par exemple, il y a un nerf émané de Tistbme encéphalique, lequel détermine la sécrétion des larmes : c'est le nerf lacrymal. La glande reçoit, d'autre part, des filets sympathiques, dont Texcitation détermine aussi une accéléralion de la sécrétion. J'avais déjà observé ce fait en 1865, chez le chien ; mais je ne l'avais pas publié. Depuis lors, il a été étudié et publié par M. Wolferz (1) et par M. Demischenko (2). D'après ce dernier auteur, l'excitation du sympathique, faite chez le lapin, provoquerait l'écoulement d'un liquide lacrymal trouble, tandis que Texcitation du filet émané du nerf trijumeau donnerait lieu à la production d'un liquide limpide et transparent (3).
Je n'insiste pas sur ce sujet qui m'entraînerait beaucoup trop loin, et j'arrive à Tétude du système vaso-moteur de l'estomac.
La surface intérieure de l'estomac est tapissée par uo nombre immense de glandes, nombre tellement considérable que sa muqueuse est presque exclusivement constituée par ces petits organes, séparés les uns des au très par
(1) R.WolteTty Experimentelie Uniersuchungen ùùer die Innervationstcegt dr^
Thrânendrùse (Inaugur. DÎBsert., Dorpat. — Anal, in CentralbLiU 1871.
(2) Oemtschenko, Zur Innervation der Thrdnendrûse (Pflûger** Arcbi*. •ept. 1872. — Anal, in Revue des se. méd., 1873, t. I, p. hh).
(3) Voy. aussi : Michacl Reich, Sur la physiologie de la sécrétion det hrm'i {kntà, in Revue d'Hayem, 187&, t. 111, p. 505).
NERFS DE LA. MUQUEUSE STOMACALE. ll&9
une faible quantité de tissu cellulaire interposé. Ces glandes sont en rapport avec des vaisseaux et des nerfs nombreux, qui ont traversé les tuniques de restumac.
Les nerfs de Testomac vont se rendre : les uns, aux fibres musculaires de Torgane, aussi bien à celles qui constituent par leur réunion la tunique musculaire, qu'à celles qui sont situées dans la couche profonde de la muqueuse; d'autres éléments nerveux sont destinés aux glandes gastriques, d'autres, aux vaisseaux. Ce sont les nerfs qui se distribuent aux vaisseaux, c'est-à-dire les nerfs vaso-moteurs de l'estomac dont nous allons examiner les fondions. D'où proviennent ces nerfs vaso-moteurs?
C'est une question difficile, étudiée par beaucoup d'auteurs et qui n'est pas encore nettement résolue. Les nerfs de l'estomac proviennent en partie du pneumogastrique ; or, vous savez que ce nerf par lui -môme est extrêmement mixte, surtout à ce niveau. En effet, non-seulement il contient ses fibres propres, mais il renferme encore la grosse anastomose que lui fournil le spinal, et des fibres qui, émanées du facial, du glosso-pharyngien et des autres nerfs voisins, se sont jointes à lui au niveau de la base du crâne. Plus bas, il reçoit des fibres sympathiques, etc.; de telle sorte, qu'arrivé à l'estomac, c'est un nerf tout différent de ce qu'il était à son origine, très-difl*érent môme de ce qu'il était au niveau du cou.
Pour démontrer que les nerfs vagues reçoivent des anastomoses dans leur trajet au travers de la cavité thoracique, il ne faudrait pas se contenter de couper Tun des deux nerfs au cou, et d'examiner l'état des fibres nerveuses de son segment inférieur, depuis le lieu de la section jusqu'au niveau de la partie inférieure de l'œsophage. En effet, chez les mammifères, chez le chien par
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exemple, les deux nerfs œsophagiens, rantérieur et le postérieur, qui font suite aux nerfs vagues, sont formés chacun par la fusion en un seul cordon de deux branches nerveuses venues : Fune de la bifurcation du nerf vague droit, Tautrede la bifurcation du nerf vs^ue gauche. De telle sorte que la section d'un seul nerf vague, au cou, ne peut produire, tout au plus, que la dégénération d'une moitié de Tun ou l'autre des cordons œsophagiens.
Pour bien constater l'existence des anastomoses reçue par les nerfs vagues, à la partie supérieure et moyenne du thorax, ou par les cordons œsophagiens eux-mêmes, il faudrait couper les deux pneumogastriques au cou, soit le même jour, soit à quelques jours de distance, pour augmenter un peu les chances de survie prolongée; puis, chez les animaux qui auraient survécu pendant une dizaine de jours à la seconde section , on examinerait Tétat des fibres nerveuses des cordons œsophagiens. Les fibres nerveuses que Ton trouverait alors non altérées seraient évidemment des fibres anastomotiques, et Ton pourrait en apprécier le nombre d'une façon approximative.
J'ai examiné plusieurs fois le résultat de la section des deux nerfs pneumogastriques, dans des expériences faites avec M. Philipeaux, chez des chiens qui avaient survécu plus de dix jours. Mais je n'ai étudié que la partie de ces nerfs située immédiatement au-dessous du lieu de la section. J'ai examiné, au contraire, la partie œsophagienne inférieure des nerfs pneumogastriques dans plusieurs cas de section d'un seul de ces nerfs. J'ai toujours vu que le nombre de fibres altérées était, dans ce point, si peu considéraUe. qu'on ne pouvait pas l'évaluer au quart ou au cinquième du nombre des fibres demeurées saines. De plus, ces fibres saines avaient, pour la plupart, un faible diamètre.
NERFS VASO-MOTEURS DE l'eSTOMAC. 441
Ainsi donc, les nerfs œsophagiens qui, au premier coup d'œil, paraissent être de simples prolongements des nerfs vagues, sont; en réalité, des nerfs provenant de sources multiples. Et ce ne sont pas les seuls nerfs qui se distribuent à Testomac. Vous savez que cet organe reçoit encore des filets nerveux qui naissent des grands splanchniques et d'autres qui émanent du plexus cœliaque.
L'estomac, comme vous le voyez, est un des organes les mieux pourvus de nerfs et ses vaisseaux peuvent être soumis à l'influence de fibres nerveuses vaso-motrices provenant de diverses origines.
On a fait de nombreuses recherches dans le but d'étudier l'action vaso-motrice des différents nerfs qui se rendent à l'estomac. On a coupé ces nerfs un à un, et l'on a examiné les modifications vasculaires résultant des sections ainsi faites. Mais, il faut bien le dire, la plupart de ces expériences sont restées sans résultats significatifs. Cependant Pincus, cité par M. Schiff (1), aurait vu, sur des lapins, des congestions, des taches noires et irréguliëres, des hémorrhagies dans la membrane muqueuse de Testomac, quelques jours après la section des rameaux sous-diaphragmatiques des nerfs vagues.
M. Oehl, professeur à Pavie, aurait vu, en électrisant le nerf pneumogastrique, à côté de l'oesophage, près de l'estomac, un certain degré de constriction des vaisseaux de l'estomac. Ces résultats, s'ils sont réels, doivent être très-inconstants, car M. Schiff, qui a répété l'expérience (2), ne les a pas constatés. Il n'a vu non plus aucune modification des vaisseaux de l'estomac, sous l'influence de la galvanisation des nerfs vagues au cou. Et il
;i) M. Schiff, Leçons sur la physiologie de la digestion^ t. U, p. 433. (2) M. SchUr, loc. cit.,U If, p") 434.
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explique les résultats obtenus par Pincus, en admeltant qu'il a dû y avoir, pendant les expériences de ce physiologiste, froissement de Testomac lui-môme. Quant aux faits relatés par M. Oehl, ils s'expliqueraient, suivant M. Schiff, par la présence exceptionnelle de fibres vaso-motrices dans les nerfs vagues, chez les animaux opérés par cet expérimentateur.
J'ai fait, sur des chiens, un bon nombre d'essais analogues à ceux de ces physiologistes, et les résultats que j*ai obtenus sont tout à fait conformes à ceux qu'indique M. Schi£ M la section, ni la galvanisation des nerfs vagues, au cou, ne m'ont paru produire d'effets vasculaires bien nets. J*ai tu d'ordinaire la membrane muqueuse stomacale, mise à découvert par une section des parois de l'estomac, devenir plus ou moins rouge, sous V influence du contact de l'air; mais il ne m'a pas semblé que la section des nerfs Yague> augmentât notablement cet état de congestion. D'autre part, il m'est arrivé, dans la plupart des cas, de voir la membrane muqueuse de l'estomac pâlir considérablement, lorsqu'on faradisait les nerfs vagues au cou, ou Tun deux, sur un animal curarisé et soumis à la respiration artîGcielle (le même effet avait lieu chez un animal non curarisé . Mais il était facile de reconnaître que cet effet était dû à l'arrêt ou à l'affaiblissement des mouvements du cœur. S l'on faisait absorber à l'animal, curarisé ou non, quelques centigrammes de sulfate d'atropine, pour paralyser Tactioii modératrice des nerfs vagues sur le cœur, la faradisatioa de ces nerfs, même avec des courants d'une inteositi extrême, ne produisait plus aucun effet sur les vaisseaui de l'estomac. J'ajoute que j'ai vu, mais très-exceplioQnellement, sous l'influence de la faradisation des nerfs vagues, la membrane muqueuse stomacale se couvrir de
NERFS VASO-MOTEURS DE L^fiSTOHAG. /j&S
gouttelettes de liquide. Le seul effet qui ne Tasse jamais défaut, lorsqu'on faradise les nerfs vagues, c'est Tapparilion de contractions plus ou moins énergiques des parois de Testomac ouvert, et débarrassé de son contenu, si Tanimal n'était pas à jeun.
J*ai voulu voir si l'on obtiendrait d'autres résultats, en galvanisant le bout central des nerfs vagues, coupés au milieu du cou. Mais il n'y a pas eu non plus d'effets vasculaires rec^onnaissables, chez des chiens curarisés ou non, ou sur ces animaux curarisés et atropinisés, ou enfin simplement atropinisés. Dans cette dernière condition, il y avait, comme chez les animaux non empoisonnés, arrêt de la respiration, efforts de vomissements, reflux de bile par le pylore dans l'estomac, sous l'influence de contractions antipéristaltiques des premières portions de l'intestin, etc., mais on n'observait réellement, dans la membrane mu« queuse gastrique, aucune modification vasculaire que l'on pût attribuer à la faradisation des nerfs.
M. Schiff n'a constaté non plus aucun effet vasculaire bien reconnaissable dans la membrane muqueuse de l'estomac, après la section des nerfs splanchniques ou des nerfs émanés du plexus cœliaque, ou après l'excision ou la destruction de ce plexus. Au contraire, en faradisant les nerfs splanchniques, ou le plexus cœliaque, il a vu la membrane muqueuse de l'estomac pâlir assez nettement sur des lapins et sur des chats. J'ai répété ces diverses expériences, sur des chiens curarisés et soumis à la respiration artificielle, et j'ai obtenu, d'une façon générale, les mêmes résultats (jue M. Schiff. Cependant, la faradisation des nerfs splanchniques, ou des ganglions semi-lunaires, n'a déterminé réellement que des effets assez douteux. Il se produisait des contractions des parois de Testomac ouvert ; mais on ne
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voyait pas la membrane muqueuse pâlir suffisamment, pour qu'on pût être convaincu que les petits vaisseaux de cette membrane s'étaient resserrés. Peut-être l'influence vasodilatatrice, exercée par le contact de Tair, empêchaitelle les effets vaso-constricteurs de se manifester.
D'autre pari, l'appareil nerveux de restomac, comme celui de l'intestin, offre une disposition toute spéciale* qui peut faire obstacle à l'action de la faradisation des nerfs mis en expérience. On sait, en effet, que le tissu soosmuqueux de l'estomac et la tunique musculaire de cet organe renferment deux riches plexus nerveux, parsemés de nombreux ganglions et éléments ganglionnaires (plexus de Meissner, plexus d'Auerbach), que doivent traverser les excitations directes des nerfs vagues, des splanchniques, etc.. avant d'arriver à la membrane muqueuse gastrique. Il est possible que ces plexus modiGent d'une façon toute particulière les effets de ces excitations.
Quoi qu'il en soit, il est incontestable que la membraoe muqueuse gastrique est le siège de phénomènes vasculaires réflexes. La congestion qui s'y produit, lorsqu'elle est exposée à l'air, lorsque des corps étrangers, des aliments, etc.. entrent en contact avec elle, lorsqu'elle est irritée d'une façon quelconque, démontre bien nettement qu'il prat s; manifester des actions nerveuses réflexes vaso-dilatatrices. Les centres nerveux situés en dehors de l'estomac, les gao* glions du plexus solaire, ceux du grand sympathique iboracique, l'axe cérébro-spinal, jouent-ils un r61e habitue! dans la détermination de ces effets? Il n'est guère possiUf . pour le moment, de répondre à cette question; mais il ea probable que ce rôle, en tout cas, n'est pas nécessaire, et que les plexus nerveux, contenus dans la paroi de restomâc, peuvent suffire, comme centres de ces actions réflexes.
ACTION DES CENTRES NERVEUX SUR l' ESTOMAC. k^b
Suivant toute vraisemblance, Tétat d'activité sécrétoire de la membrane muqueuse de l'estomac s'accompagne d'une dilatation réflexe des vaisseaux de cette membrane, comme cela a lieu, ainsi que nous l'avons vu, dans la glande sousmaxillaire, lorsqu'elle entre en fonction; et c'est, sans doute, par la médiation des plexus nerveux situés dans l'épaisseur de la paroi stomacale que se produit cette dilatation vasculaire réflexe.
D'autres faits viennent d'ailleurs démontrer que le centre nerveux cérébro-spinal peut exercer une influence puissante sur les vaisseaux de la membrane muqueuse de l'estomac. On sait aujourd'hui, en effet, que les lésions de l'encéphale peuvent déterminer des modiScations trèsremarquables de la circulation dans cette membrane.
Ces modiGcatious ont été indiquées depuis longtemps déjà. El cependant elles ne sont pas encore aussi connues qu'elles mériteraient de l'être. D'après M. Schiff, ce serait Kammererqui aurait, le premier, mentionné des altérations de ce genre, coïncidant avec des lésions de l'encéphale. Il aurait décrit une forme particulière de ramollissement, se produisant dans ces circonstances, et aurait proposé de la désigner sous le nom de gastromalacie rouge ^ suite d affections de la base du cerveau (1).
M. Andral et M. Rokitansky ont aussi parlé de ces sortes de lésions, constatées dans des cas d'hémorrhagie ou de ramollissement de l'encéphale.
M. Schiff les a observées pour la première fois en 18/i/i, sur des lapins, chez lesquels il avait pratiqué une hémisection des couches optiques ou des pédoncules ^cérébraux. Au bout de huit jours, quelquefois au bout de quatre jours,
(1) If. SehiS, Leçons sur ia physioiogie de la digestion^ i. U, p. 417.
il constatait des stases sanguines et du ramollissemeDl de la membrane muqueuse de Testomac; parfois même il y avait des ulcérations de la membrane muqueuse. Ces ukêrations sont précédées par un ramollissement plus ou moics marqué de la membrane qui devient saillante, comme gélatineuse, dans les points injectés ou ecchymoses; pub le travail ulcéreux se produit, probablement par suite de digestion des parties ainsi altérées. M. Schiff a vu, surde^ chiens, Tulcération ainsi engendrée, se creuser peu à peu jusqu'à perforation complète de la paroi, ce qui déterminait une péritonite aiguë, le plus souvent mortelle.
D'après ce physiologiste, les pédoncules cérébraux et les ('X)uches optiques seraient les seules parties de Tcncéphale dont les lésions pourraient déterminer ces altérations de la membrane muqueuse de l'estomac.
Les faits observés par M. Schiff ont été constatés ptr tous les physiologistes qui ont répété ses expériences : je lésai vus bien souvent, et je puis vous en montrer aujour* d*hui même deux exemples. Voici Testomac d'un lapin sur lequel nous avons lésé un pédoncule cérébral il y a cinq jours. Vous pouvez voir que la membrane muqueuse présente de nombreuses taches ecchymotiques noirâtres; il n'y a pas encore d'ulcération.
Voici, d'autre part, Testomac d'un chien qui a subi, il y a plusieurs jours, uue lésion d'une des couches optiques. Non*seulement on y a constaté l'existence de taches ecchTmoliques noirâtres, mais encore, vous voyez qu'il y a, en plusieurs points, des ulcérations plus ou moins larges, plus ou moins profondes. Dans cet estomac, nous avons trouve quelques résidus alimentaires et, entre autres, des fragments d'os en voie de digestion. J'appelle votre attention sur cette circonstance, car M. Schiff lui attribue une grande impor-
ACTION DES GENTaES NERVEUX SUR l'eSTOMAG. 447
tance dans les cas de ce genre, où il y a formation d'ulcérations de la membrane muqueuse gastrique. D'après lui, le travail ulcératif serait engendré d'ordinaire par l'irritation directe que provoque, dans les parties ecchymosées et en voie de ramollissement, le contact des corps durs qui peuvent se trouver dans l'estomac. Aussi les ulcérations se produiraient-elles plus facilement chez les lapins, dont les aliments contiennent presque toujours des corps durs^ tels que des débris de foin; par exemple, que chez les chiens, où la présence de corps résistants est moins constante. Et l'on pourrait s'opposer, jusqu'à un certain point, à la production des ulcérations de la membrane muqueuse, dans ces cas, surtout chez les chiens, en éliminant de leurs aliments tout ce qui peut blesser directement cette membrane. Cependant M. Schiff reconnaît que cette circonslaoce n'est pas indispensable pour que les ulcérations se forment, et il admet qu'elles peuvent être déterminées par l'action du suc gastrique sur les parties gonflées, ramollies, dans lesquelles Tirrigation sanguine a cessé plus ou moins complètement.
Je vais répéter devant vous une expérience du même genre, et nous examinerons, lors de la prochaine leçon, les résultats obtenus. Sur ce lapin, nous faisons, avec un perforateur, un trou dans la paroi du crâne, au niveau de la partie latérale du pariétal, un peu en avant de sa suture avec l'occipital. Par cette ouverture, on enfonce à peu près verticalement un poinçon que l'on fait pénétrer Jusqu'à la base du crâne. Il est probable que l'instrument atteindra le pédoncule cérébral correspondant. On rend la liberté à l'animal ; vous le voyez rouler avec rapidité sur lui-même, autour de son axe longitudinal. Il est donc vraisemblable que la lésion a intéressé la partie
latérale de la protubérance annulaire; car, si le pédoncule cérébral avait été seul intéressé, c'est un mouvement de manège qu'on aurait observé. Nous allons laisser vivre l'animal et la nécropsie nous permettra de reconnaître sur quel point de l'encéphale a porté la lésion.
Par quel mécanisme se produisent ce pointillé bémor* rbagique et ces ecchymoses plus ou moins larges, plus ou moins saillantes, que l'on observe dans ces conditions! Y a-t-il paralysie vaso-motrice dans diverses régions de l'estomac, ou paralysie vaso-motrice dans toute l'étendue de la membrane muqueuse gastrique, avec effet plus marqué dans les points où se montrent les lésions trouvées lors de l'examen nécroscôpique ? Y a-t-il, au contraire, excitation des nerfs vaso-constricteurs, avec resserrement des petites artères, surtout dans certains points, et fluxion rétrograde dans les petits vaisseaux veineux et les capillaires correspondants ? Évidemment, ces deux supposilious pourraient, l'une ou l'autre, rendre compte des altératioos observées, et il est difficile de prendre parti. Cependant, si l'on songe que les lésions expérimentales, *à l'aide desquelles on provoque ces altérations de la membraue muqueuse stomacale, ne sont pas toujours très-étendues; qu il n'est pas nécessaire, pour les trouver après la mort, qu'une des couches optiques ou qu'un des pédoncules cérébraux ait été divisé transversalement ; qu'il suffit même parfob d'une simple piqûre de ces parties, on sera entratoé a penser qu'il s'agit plutôt dans ces cas, lorsque les ecchymoses sont dues à une action vaso-motrice, d'une consthction vasculaire réflexe, que d'une paralysie par solution de continuité des nerfs vaso-moteurs ^de la membrane muqueuse de l'estomac. Il est vrai que Ton pourrait invoquer encore la possibilité d'une action vaso-dilatatrice réflexe.