MÉCANISME DE LA DIARRHÉE NERVEUSE
ferait un surmulot intact. On n'observera plus rien de semblable, lorsqu'on aura enlevé les pédoncules cérébraux et la protubérance. Sous l'influence du trouble émotionnel des fonctions de la protubérance annulaire , une incitation particulière pourra être transmise jusqu'aux plexus thoraciques et intra-abdominaux, par l'intermédiaire de la moelle épinière et des racines du grand sympathique, et les fonctions des nerfs vaso-moteurs et des nerfs sécréteurs pourront subir les modifications qui déterminent la diarrhée.
La diarrhée nerveuse, qui a lieu à la suite des émotions, se produit probablement par suite de l'irritation simultanée de ces deux ordres de nerfs, quelle que soit d'ailleurs la voie par laquelle ils sont mis en activité exagérée. S'il n'y avait qu'une simple irritation des fibres nerveuses excito-sécrétoires, et si les vaisseaux ne se dilataient pas, il est incontestable que la sécrétion, si elle pouvait avoir lieu, ne serait pas abondante; si, au contraire, il y a une dilatation concomitante des vaisseaux, le sang circulant en plus gi^ande quantité, on conçoit facilement que la sécrétion doive aussi être plus abondante.
Ainsi donc, il semble que, dans ces cas, la diarrhée soit le résultat d'une excitation des nerfs vaso-moteurs et des nerfs sécréteurs de la membrane muqueuse intestinale. Et nous avons vu que, dans des cas où la diarrhée, à un examen superficiel, paraîtrait due à une paralysie des nerfs \aso-uioleurs, on est conduit, en définitive, à admettre aussi l'intervention d'une suractivité des nerfs sécréteurs. Je fais allusion, en ce moment, aux expériences de M. Budge, dont je vous parlais tout à l'heure.
Est-ce de la même façon que nous devons interpréter les résultats des expériences de M. Armand Horeau, ex-
TULMAH. SI
périences dont je vous ai déjà dit un mot à la Cn de la dernière leçon? Pour nous former une opinion sur la signification de ces faits expérimentaux, il est nécessaire de les étudier avec attention.
Vous vous rappelez que je vous ai montré les iiilestios d'un chien, qu'on avait liés en trois endroits dififérents, de façon à isoler deux portions distinctes du canal intestinal. Dans une des portions ainsi isolées de l'intestin, oo avait injecté du sulfate de magnésie, et vous avez vu que cette anse, au bout d'une vingtaine d'heures, a été trouvée pleine de liquide. J'avais cherché à énerver laulre anse intestinale, c'est-à-dire à couper tous les nerfs qui accompagnent les vaisseaux, pour se rendre à cette partie de l'intestin. Mais quoique j'eusse recherché et coupé avec une grande attention tous les filets nerveux accolés aux ar* tères et aux veines, cependant je crois que plusieurs d entre eux avaient échappé à la section. Aussi cette anse d'intestin ne contenait-elle, au bout de vingt heures, qu'une faible quantité de liquide jaunâtre, filant, fétide. La paroi intestinale, dans toute son épaisseur, était vivement injectée.
Nous avons répété, depuis lors, l'expérience, et nous avons obtenu des résultats très-analogues à ceux que Bl. Moreau a fait connaître. Ce physiologiste a aioatni que, dans ces conditions, une quantité assez considérable de liquide s'accumule dans la partie énervée de riotestin.
Or, dans une de nos expériences, vingt heures environ après que la section de tous les nerfs d'une partie de Tintestin avait été pratiquée, nous avons trouvé dans cette anse intestinale, qui avait été liée aux deux extrémités, 200 à 250 grammes de liquide. L'anse intestinale était uo
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peu distendue. Ce résultat s'est reproduit encore dans une autre expérience. Le liquide retiré de l'anse intestinale énervée ressemblait tout à fait à celui que M. Moreau a montré à la Société de biologie, lorsqu'il a fait une communication sur ses expériences. Le liquide que nous avons examiné était un peu trouble, jaunâtre, albumineux; dans un cas il exhalait une odeur légèrement putride : il contenait une masse de débris épithéliaux, des leuco* cytes et quelquefois du sang. L'intestin, dans toutes nos expériences, était notablement congestionné.
Ces expériences assurément sont très-intéressantes, mais elles n'ont pas, on peut le dire, la signification qu'on leur avait attribuée. M. Moreau croyait d'abord obtenir, dans ce? conditions expérimentales, une exagération simple de la sécrétion normale de l'intestin. Mais il est bien clair que le liquide, qui s'accumule dans l'intestin énervé, n'est pas du suc intestinal. Aucune expérience n'a montré que ce liquide ait les propriétés digestives du suc intestinal. On ne nous a jamais fait voir que ce liquide ait transformé de Talbumine en peptone, de l'amidon hydraté en sucre, ou qu'il ait émulsionné de la graisse. Et d'ailleurs, par tous ses caractères physiques et histologiques , ce liquide s'éloigne du vrai suc intestinal. Il est beaucoup plus fluide que ce suc, et il contient des leucocytes assez nombreux, souvent même des globules rouges du sang.
Ce n^est donc pas du suc intestinal qu'on obtient dans ces conditions expérimentales, et Ton peut dire que ce n'est même pas du liquide diarrhéique ordinaire. De même que dans l'expérience de M. Budge, il y a stase considé* rable du sang dans les capillaires de l'anse intestinale énervée et dans les veines qui en proviennent; de même, il y a transsudation séieQse au travers des parois de ces
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capillaires et de la couche superficielle de la niembraoe muqueuse, jusque dans la cavité de Tintestin. Cette transsudation s'accompagne d'une diapédèse de globules blancs et de globules rouges. D'ailleurs, comme dans Texpérience de M. Budge, il peut y avoir exaltation de Tactivité des fibres nerveuses sécrétoires, qui partent des plexus ganglionnaires contenus dans l'épaisseur des parois intestinales. Enfin ici, il y a un élément morbide qui s'ajoute aux précédents. Il y a une inflammation plus ou moins vive de la portion d'intestin comprise entre les deux ligatures. L'irritation inflammatoire est amenée par la coustriction qu'exercent les liens que l'on a placés à chaque extrémité de l'anse opérée, et elle peut se propager, de proche en proche, à toute la longueur de la muqueuse énenée.
Ces expériences ne peuvent donc pas servir à monlrer que la diarrhée est habituellement produite par un trouble fonctionnel des ner£s vaso-moteurs. Tout au plus pourrait-on les invoquer, pour prouver, d'une façon expérimentale, que la stase sanguine, dans les capillaires et les veines de l'intestin, peut donner lieu à une diarrhée réellement séreuse. £t encore faudrait-il faire de sérieuses réserves, puisque dans ces cas, il y a, certainement, irritation subinflammatoire de la membrane muqueuse intestinale. Disons-le : on ne sait pas, au moment actuel, si la paralysie des nerfs vaso-moteurs de l'intestin peut, par elle-même, chez l'homme, déterminer une diarrhée séreuse analogue à celle qui se produit dans les cas de lé^ sions de la veine porte (pyléphlébite , par exemple) ou de compression de cette veine (cirrhose du foie).
Dans la plupart des cas de diarrhée, il y a, oomme je l'ai déjà dit, autre chose qu'un affaiblissement, oa une paralysie des nerfs vaso-moteurs. Il y a exagératîoa
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de ractivité sécrétoire des nerfs glandulaires de l'intestin.
Les nerfs vaso-moleurs de Tintestin entrent bien certainement aussi en jeu, comme les nerfs sécréteurs, dans les cas de diarrhée artificielle, produite par les purgatifs.
Tout le monde parle de Taction des purgatifs, et cependant s'il y a une action encore peu connue, c'est bien celle de ces médicaments.
On a cependant fait quelques expériences à ce sujet.
L'opinion qui compte le plus de partisans, c'est que les purgatifs, du moins les purgatifs salins, agissent par osmose sur les liquides de l'organisme. On met, par exemple, dans Vinteslin , une solution de sulfate de magnésie ou de sulfate de soude. Ce liquide a une densité considérable, l'emportant de beaucoup sur la densité du sang circulant dans les vaisseaux; on a donc là toutes les conditions d'un courant exosmotique, se faisant du sang vers Tintestin; et c'est, dit-on, par suite de ce phénomène qu'il y a appel d'une certaine partie constituante du liquide sanguin dans le tube intestinal.
Cette théorie de l'action des purgatifs salins a été récemment contestée, et l'on a tenté de lui substituer une autre théorie, qui a la prétention d'expliquer le mécanisme de TefTet de tous les médicaments purgatifs, quels qu'ils soient. On admet, dans cette nouvelle théorie, que les purgatifs agissent, non en déterminant un af&ux plus considérable de liquides dans l'intestin, mais en excitant des mouvements plus ou moins intenses de cette partie du tube digestif. Les liquides intestinaux, dont on suppose la sécrétion continue, à Tétat normal, seraient, dans cet état, incessamment résorbés. Mais si les mouvements in-
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testinaux deviennent plus énergiques par une cause quel* conque, ces liquides sont poussés de l'intestin grêle vers le gros intestin, et de celui-ci vers VanuSt sans qu'ils puissent séjourner assez dans la cavité abdominale, pour pouvoir y être résorbés. Ils sont donc expulsés , et ce serait là le mécanisme des évacuations alvines provoquées par les médicaments purgatifs.
Thiry (186A) est le premier physiologiste qui ait formulé nettement cette singulière théorie de l'actioD des purgatifs (1). D'autres auteurs l'ont admise après lui, et récemment elle a été défendue et développée par Radziejev^ski;
n a fait de nombreuses expériences sur les purgatifs, et il cite quelques faits à l'appui de l'opinion qu'il a adoptée.
n a vu que, chez les animaux auxquels on donne des purgatifs, les matières alimentaires sont expulsées plus vite par l'anus. Pour le démontrer, il pratique une fistule du côlon, et il détermine le temps qui est nécessaire, dans les conditions normales, pour que les matières alimentaires, ingérées dans l'estomac, arrivent après digestion à l'orifice de la fistule. Radziejewski répète ces observations, après administration préalable d'un purgatif, et il constate que les matières arrivent plus vite à la fistule; il en conclut qu'il s'est produit là des mouvements plus rapides, plus considérables. Cela est d'autant plus exact, d'après lui, que les matières sortant par la fistule ne sont pas digérées, ce qui montre qu'elles ne sont pas restées assez longtemps en contact avec les sucs intestinaux.
Ai-je besoin d'entrer dans de longs développements
(i) Tbiry, Sur une nouvelle méthode d* isoler fintestin grêle {Com^ie* reado» de TAcad. des bc de Vienne, 186A. — TraTail cité par H. Arm. Moreau).