THÉORIE DB M. A. MOREAU
pour vous faire saisir l'étrangeté de cette théorie. Quoi ! les purgatifs n'auraient d'autre action sur l'intestin, que de provoquer une exagération de ses mouvements péristaltiques ! Et la rapidité trop grande de ces mouvements empêcherait la résorption des liquides sécrétés d'une façon normale et incessante dans la cavité intestinale! Mais toutes ces assertions sont absolument dénuées de preuves, ou même sont manifestement inexactes. A-t-on prouvé, en effet, que les mouvements de l'intestin sont plus énergiques dans tous les cas d'action de substances purgatives, que dans les conditions normales? Et n'est-il pas démontré que la sécrétion des sucs intestinaux est, pour le moins, rémittente? On sait, d'une façon certaine, que la sécrétion de ces fluides n'a lieu, avec quelque activité, qu'au moment de la digestion, et que, dans l'intervalle des digestions, elle est à peu près nulle ou très-faible. Comment expliquer, puisqu'il en est ainsi, la production des selles abondantes, nombreuses, que détermine si souvent l'emploi des purgatifs?
Cette théorie de Thiry ne me paraît pas pouvoir être acceptée. On conçoit même à peine comment elle a pu être émise. Au contraire, nous comprenons bien que M. Moreau ait été conduit par ses expériences à l'explication qu'il donne de l'action des purgatifs.
M. Moreau admet que, sous l'influence de Tirritation de la muqueuse, il y a une sécrétion plus abondante, et que c'est là la véritable cause de la diarrhée, surtout quand on emploie les sels purgatifs. Je vous ai montré, k la fin de la deçnière leçon, une reproduction de l'expérience. Nous avions injecté dans ude anse d'intestin grêle, liée aux deux bouts, une solution de & grammes de sulfate de magnésie dans 20 grammes d'eau : c'est la solution employée par
&88 TaElZlèME LKÇON.
M. Moreau. Il dit que dans des cas de ce genre, il a trouvé, au bout de vingt à vingt-quatre heures, de 130 à S35 centimètres cubes de liquide. Or, nous avons retiré de Tintestin, au bout d'une vingtaine d'heures, 120 grammes d'un liquide trouble, contenant d'innombrables cellules épithéliales et un petit nombre de leucocytes; Tintestin était recouvert d'une couche épaisse de mucus ne paraissant pas très-alléré. Le liquide, renfermé dansTanse intestinale, contenait encore une certaine quantité de sulfate de magnésie, facile à déceler par le phosphate de soude ammoniacal. Ce sely mis en contact avec une solution de sulfate de magnésie, doDue, ainsi que vous pouvez le constater ici, un précipité très-abondant de phosphate ammoniacomagnésien. Or, vous voyez se produire, dans le liquide intestinal, un précipité considérable, lorsqu'on y verse quelques gouttes d'une solution concentrée de pho^>hate de soude ammoniacal. Je me suis assuré que le précipité est bien formé de phosphate ammoniaco-magnésien.
Si nous avions fait l'analyse d'une façon très-précise, nous aurions vu qu'on ne peut plus retrouver dans l'anse intestinale toute la quantité de sulfate de magnésie qui a été injectée : il y en a donc eu une certaine quantité absorbée, et si l'on examine par le même procédé les urines de l'animal qui a été purgé, on y trouve une plus grande quantité de phosphate ammoniaco-magnésien qu'à l'état normal.
La présence du sulfate de magnésie, ou d'une façon plus générale, des sels purgatifs, dans l'intestin, provoque une sécrétion abondante de liquides. Voilà qui est incontestable. Il n'y a pas seulement exagération des mouvements de l'intestin, si toutefois cette activité plus grande des mouvements existe en réalité; le phénoniène prin-