ACTION DES PURGATIFS SUR LES MUQUEUSES
cipal, c'est l'afflux considérable, tout à fait morbide, de liquide dans la cavité intestinale. Et cet afflux est déterminé par le contact des purgatifs salins avec la membrane muqueuse de l'intestin.
J'ai fait des expériences pour montrer que le sulfate de magnésie fait exsuder des liquides à l'intérieur de Pintestin, ou, pour être plus exact, à la surface des muqueuses sur lesquelles on le dépose. Pour cela, je curarise une grenouille, et après avoir mis une anse intestinale à nu, je rouvre et je dépose sur sa muqueuse une petite quantité de sulfate de magnésie en poudre. Au bout de peu de temps, on voit sourdre de cette muqueuse un peu de liquide qui s'accumule dans la cavité de l'anse ouverte.
Cet effet qui se produit sur l'intestin, se manifeste sur toutes les membranes de la grenouille vivante. Si vous mettez du sulfate de magnésie sur la peau d'une grenouille, vous voyez un phénomène analogue k celui qui se produisait tout à l'heure sur la surface de la membrane |[muqueuse de l'iutesliu : >ous constatez que la peau, presque sèche auparavant, devient de plus en plus humide et se recouvre d'une certaine quantité de liquide qui, sans être considérable, n*en est pas moins très-appré* ciable.
Ainsi, il se produit là, sur la membrane muqueuse intestinale et sur la peau, des effets très-nets d'exsudation de liquide, sous l'influence du contact du sel de magnésie ; si l'on emploie du sulfate de soude, on obtient le même résultat.
J'avais indiqué ces résultats à M. Jolyel, préparateur à la Sorbonne, et il les a vériiiés sur les grenouilles, en variant les substances. Il a vu qu'il en était de même avec les suinues de magnésie, de soude, le tartatre de potasse
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et de soude, et, d'une façon générale, avec tons les sds purgatifs (1).
M. Jolyet a fait, en outre, l'expérience sur uu rat blanc non curarisé dont il avait ouvert l'intestin, et il a obtenu le même résultat.
J'ai vu des phénomènes analogues se manifester sur la membrane muqueuse intestinale et sur la peau de la grenouille, sous l'influence du contact de la poudre de résine de jalap.
Tout récemment, j'ai fait des expériences de œ genre sur un chien, et j'ai vu qu'en saupoudrant la moqueuse intestinale avec un sel purgatif, on obtenait une sécrétioo de liquide, qui se faisait non-seulement au point où il y avait contact, mais encore dans le voisinage de ce point; cependant, TefTet était beaucoup plus marqué à Tendroît oi!i j'avais déposé le sel.
Dans tous ces cas, je le répète, il y a afflux de liquide, produit par le contact des substances purgatives avec la membrane muqueuse de l'intestin. Nous avons dit que la constatation de ce fait permet de rejeter absolument Vopinion de Thiry, et l'on y est d'autant plus autorisé que, dans la plupart des expériences faites sur l'intestin, on ne voit pas une exagération des mouvements intestinaux coïncider avec l'exsudation de liquidé que l'on a provoquée. Mai> cette exsudation est-elle simplement le résultat de phém^ mènes endosmo-exosmotiques 7 Doit-on admettre, au contraire, comme cause principale, ou même unique, une irritation plus ou moins vive de la membrane muqueuse intestinale? Ce sont des questions que nous devons maintenant examiner.
(1) Jolyct, Sur l'action de divers sels purgatifs sttr ^intestin, spéeinkmt^ chez ia grenouille. (Comptes rendus de la Société de biologie, 1867, p. 163. t
Rôle des nerft nso«>motean intestinaux dans le mécanisme de l'action des purgatifs (suite). — Effets des sels purgatifs injectés dans les veines. — Influence des sels de morphine sur les effets des sels purgatifs. — Mode d'action des lavements purgatifs. — Action des nerfs vaso-moteurs sur les reins.
Je vous ai déjà parlé de la théorie de Thiry, relative au mécanisme de l'action des purgatifs. Je crois devoir vous en dire encore quelques mots, avant de vous exposer les résultats des expériences que j'ai faites sur ce sujet. Radziejev^ki (1) a étudié l'action d'un certain nombre de substances purgatives, et il lui a paru que les effets produits par ces substances, ne pouvaient guère s'expliquer qu'à l'aide de la théorie de Thiry. Après avoir examiné avec soin la composition chimique des matières fécales de chiens, nourris au moyen de chair de cheval, il a analysé comparativement les selles diarrhéiques, provoquées chez ces animaux par divers agents purgatifs. Les matières de la diarrhée, déterminée par le sulfate de magnésie, contenaient à peu près les mêmes substances que les matières fécales normales, sauf cependant les substances pouvant être considérées comme provenant des parties supérieures de l'intestin. De plus, il y avait augmentation de l'eau que renferment ces matièresi à l'état normal. Le calomel provoquait des selles
(i) Radziejewsky, Zur physiologischen Wtrkung der Abfuhrmiiiel (Reichert's und du Bois-Reymond*s Archiv, 1870, 1-67; anal, in Centralblatt..., 1870, p. AA3 et sniv.}.
diarrhéiques, mais sans qu'il y eût des indices d'une excrétion biliaire exagérée, car on ne trouva, qu'une seule fob, des réactions dues à la matière colorante de la bile. Au contraire, on put reconnaître une assez grande quantité des produib^ ordinaires de la digestion des substances protéiques par le suc pancréatique, à savoir : de la leucine et de la tyrosine, des peptones, de l'indol. Radziejewsky a essayé aussi Thuile de ricin, les follicules de séné (en décoction concentrée), l'huile de croton et la gomme-gutte. Il n'a rien trouvé de bien spécial dans les selles diarrhéiques provoquées par ces substances : il n'a jamais vu une trace de bile non altérée chez les chiens purgés par le séné et la gomme-gutte ; il a trouvé, au contraire, des indices de bile intacte, dans les matières diarrhéiques évacuées à la suite de l'administration de l'huile de ricin et de Thuile de croton. Il y avait des peptones dans presque tous lestas. Les matières évacuées contenaient même quelquefois des ferments provenant de l'intestin grêle, et possédant une influence saccbariQante. Dans un cas, après remploi du séné, on y trouva un ferment qui avait le pouvoir de trausformer les matières albuminoïdes en peptones. On ck^ statait parfois la présence de faisceaux musculaires non digérés, dans les matières fécales, après l'emploi de l'huile de ricin et de l'huile de croton.
Pour Radziejewsky, la présence de substances provenant des parties supérieures de l'intestin, dans les matières de la diarrhée provoquée par les purgatifs, était un argument en faveur de la théorie de Thiry. Cette particularité oe pouvait s'expliquer, d'après lui, que par une augnientatioa de la force et de la rapidité des mouvements péristaltiques de rintestin. On ne pouvait pas considérer la quantité des liquides évacués, comme une preuve démontrant que c&
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liquides proviennent d'une transsudation à la surface de la membrane muqueuse intestinale ; car, disait ce physiologiste, la quantité des liquides, fournis par le pancréas el par l'intestin dans les conditions d'une digestion normale, remportent beaucoup, d'après M. Kùhne, sur la quantité des liquides évacués dans les diarrhées les plus profuses. Quant à la grande proportion de soude, que l'on constate dans les. selles diarrhéiques, provoquées par les purgatifs les plus divers, elle s'expliquerait par la richesse de ces sucs digestifs en sels de soude.
Une autre série d'expériences a été faite aussi par Radziejewsky, ainsi que je l'ai dit dans la précédente leçon. Il pratiquait sur des chiens une fistule du côlon ascendant, puis il examinait le temps nécessaire, après l'ingestion de substances alimentaires, pour que des matières intestinales vinssent sortir par l'ouverture fistuleuse. H vit que, sous l'influence des purgatifs, cette évacuation avait lieu bien plus rapidement que dans Tétat normal, d'où il se croyait en droit de conclure que les mouvements péristal tiques de rintestin étaient bien plus énergiques dans ces conditions, que dans les cas où aucun purgatif n'avait été administré.
Enfin, il avait vu l'injection de substances purgatives dans les veines, faite sur des chiens à jeun, produire des évacuations riches en ferments intestinaux et en bile non altérée.
De tous les faits qu'il avait observés, il tirait la conclusion que les évacuations alvines, provoquées par les purgatifs, ne sont pas constituées par des produits de transsudation, mais bien par le contenu intestinal ordinaire.
M. Armand Moreau (1) a déjà réfuté celte théorie, en montrant, comme je vous le disais dans ma dernière leçon,
(1) Arm. Moreau, Expériences sur F intestin (Note communiquée à rAcai-
U^ll QUATORZIÈME LEÇON.
que l'effet des subslances purgatives se produit dans iroe anse d'intestin absolument isolée, liée à ses deui extrémités et dans laquelle, par conséquent, les liquides de^ autres parties de l'intestin ne peuvent pas pénétrer. Or. comment supposer qu'une quantité de liquide, telle que celle que l'on trouve dans l'anse intestinale mise eo expérience, après y avoir injecté 20 grammes d'eau coDlemat & grammes de sulfate de magnésie, puisse proTenîr de li simple accumulation du liquide normal, sécrété par la membrane muqueuse de cette anse ? D'ailleurs ce liquide doel h quantité peut s'élever à pi us de â50 grammes n'offre, conimt nous l'avons vu, aucun des caractères du liquide intestinal normal. Il ne peut donc avoir sa source que dus une exsudation de la membrane muqueuse et dans un trouble morbide de la sécrétion des glandes intestinales.
Les expériences que j'ai faites sur l'action des pui^lit^ confirment celles de M. Horeau,*en ce sens qu'elles me paraissent démontrer, d'une façon bien nette aussi, que Teffd des substances purgatives n'est pas dû à une exagératiid des mouvements périslaltiques de l'intestin. Elles nous permettent en outre d'aller un peu plus loin et de cherefaer r découvrir le mécanisme de l'action de ces substances. Apn*^ avoir constaté que les expériences, faites par le procède «le M. Moreau, donnent bien le résultat qu'il a indiqué, j -l pensé qu'il serait utile de modifier ce procédé, et de se rapprocher davantage des conditions dans lesquelles 1& purgatifs agissent d'ordinaire sur l'intestin. J'ai donc introduH la substance à étudier dans l'intestin, sans rincarcérer «if moyen de ligatures*
demie de médecine le 5 juillet 1870. Gaz. méd. de rahs). -*
sulfate de magnésie (deuxième note lue à rAcadémie de m^deciiie.
43 septembre 1871).
EXPÉRIENCES SCR l' ACTION DES PURGATIFS. 495
Toutes les expériences ont été faites sur des chiens, dont les uns étaient curarisés et soumis à la respiration artificielle, et dont les autres étaient plus ou moins engourdis par une injection de chlorhydrate de morphine dans le tissu cellulaire sous-cutané. Dans certains cas, on a pratiqué une petite ouverture à l'abdomen; puis, après avoir attiré au dehors le duodénum, on a fait dans cette partie de l'intestin une injection delà substance purgative, à l'aide d'une seringue de verre munie d'un trocart capillaire. Sur d'autres animaux, la cavité abdominale a été largement ouverte, de façon à pouvoir étudier, à tous les moments de l'expérience, l'état de l'intestin, sa coloration, et à pouvoir s'assurer s'il y avait des mouvements plus ou moins vifs dans un point ou dans un autre de sa longueur. On laissait la cavité ou- Terte d'une façon permanente, ou bien, dans l'intervalle des observations, on la refermait à l'aide de fortes pinces à pression continue.
Nous avons fait nos expériences surtout avec du sulfate de magnésie et avec de la teinture de jalap. Voici le résumé de quelques-unes de ces expériences :
Exp. I (14 mai 1873). — Chien de taille moyenney curarisé et soumis à la respiration arliflcielle. A 3 heures, on fait une ouyerture longiludinale à la paroi inférieure de l'abdomen; puis, à l'aide d'une seringue munie d'une canule capillaire, on pratique, dans la partie supérieure de l'intestin grêle, une injection de 25 grammes d'eau tenant en dissolution à grammes de sulfate de magnésie. On fait rentrer dans la cavité abdominale l'anse intestinale qu'on avait attirée au dehors. On ne fait pas de suture de la paroi de l'abdomen.
A 3 h. 45 m.^ on prolonge l'ouverture de l'abdomen vers l'appendice xiphoide d'une part, et vers le pubis d'autre part, pour pouvoir examiner facilement toute la longueur de l'intestin. On fait sortir l'intestin de la cavité abdominale et l'on constate que, dans toute sa partie supérieure, Tintestin grêle est congestionné ; ses veines contiennent un sang rougeàtre. La partie inférieure de l'intestin est pâle, flasque, tandis que le jéjunum est un peu gonflé et cylindrique. De plus, les veines de la partie inférieure de l'iléon contiennent un sang noirâtre. Peu à peu, assez rapidement, la dernière portion de l'iléon
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devient à son tour congestionnée et cylindrique : le gros intestin a consmé u coloration normale jusqu'à la fin de l'expérience (5 h. SO m.). Pendant toole la durée de l'expérience, l'intestin grêle est resté inerte, ou du moins on d'ti pas constaté de mouvements bien appréciables.
Sur ce chien^ on a profité de l'ouveriure large de Tabdomen pour bire diverses recherches expérimentales.
On met à découvert le nerf grand splanchnique du côté gauche; on k lie î deux centimètres environ au-dessus et en dehors de la capsule surrénale, }tts on le coupe. On faradise son bout périphérique (c*est-i-dire celui qui se rend au ganglion semi-lunaire correspondant). L'intestin grêle , qui ne pré^tiit aucun mouvement péristaltique avant ce moment, reste immobile peodurt k faradisation. Le rein gauche pâlit très-visiblement. On rend le phénoméoees< core plus manifeste, en décortiquant le rein. La veine rénale, sous l'ùiflueiKC de cette excitation, se resserre et son diamètre n'a bientôt plus que iei dro tiers de sa dimension normale; en même temps, le sang qu'elle coatiail noircit.
On faradise l'uretère gauche, pour voir si, sous l'influence de cette eirith tion, l'on observera quelque changement de coloration du rein comsfOÊàui, par suite d'une action réflexe sur les vaisseaux de l'organe : aucun effet i^eciable. Résultat nul aussi, lorsqu'on observe le rein droit, pendant qn'Mi électrise l'uretère droit. Il n'y a non plus aucun effet produit sur kt reiœ, lorsque l'excitation porte sur la vessie.
Ou coupe le nerf vague du côté gauche, versée milieu de la région ceniok On électrise son bout inférieur périphérique. Cette excitation parait proTtqu^' un faible mouvement de l'intestin. L'électrisatien du bout central ne prnteit aucun effet, ni sur l'intestin, ni sur les reins, et il en est de mèiae ierfqi'M électrise le nerf vague du côté droit.
A 5 h. 30 m., on cesse la ^respiration artificielle; le cœur s'airète aa bool de quelques instants. On ouvre l'intestin grêle; on en retire 100 grsBnes^ viron d'un liquide blanchâtre, très-muqueux, très-filant. Ce liquide ne panît pas contenir de matière colorante de la bile. La membrane muqueuse de Ta* testin grêle est rosée et reste couverte d'une couche de mucus bUocUtir. Dans l'estomac, on trouve une petite quantité d'aliments en voie de digeftna Le gros intestin contient des matières jaunâtres, à demi liquides, eibalaal ^ forte odeur stercorale (le liquide de l'intestin grêle^ an contraire, n'araitpmqv' pas d'odeur).
On étend d'eau une petite partie du liquide retiré de l'intestin ; on littre '' l'on traite le liquide filtré par le phosphate de soude ammoniacal H k P^ duit un précipité asses abondant de phosphate ammoniaco-magnésien.
L'urine prise dans la vessie, après la mort de l'animal» contient au» ^ sels de magnésie en quantité asses considérable.
L'examen microscopique du liquide intestinal permet d'y constater fexi»tence d'un grand nombre d'éléments analogues â des leucocytes et < ^ noyaux lymphatiques. Beaucoup d'entre eux sont deroniis véùcnleoz; V^ ques-uns paraissent avoir encore des mouvements amiboides ; mais la pl<f*^