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CHAPITRE VII

LES FORMES FONDAMENTALES DE L'ARCHITECTURE

Le Pilier

Nous pouvons chercher à présent à définir autant qvic possible les caractères généraux de l'architecture égyptienne. Si l'on considère l'ensemble des monuments conservés, on est immédiatement frappé de ce fait, que l'architecture de l'ancienne Egypte a produit surtout de grandes masses sans décor architectural extérieur. Les formes peuvent être considérées comme simples : ainsi dans la pyramide ou le mastaba, dont les murs extérieurs inclinés en talus se terminent, dans le premier cas en une pointe, et dans le second cas en une plate-forme rectangulaire de moindre surface que celle de la base du monument. Les masses pourraient, au contraire, être envisagées comme complexes en ce sens que les constructions peuvent présenter une série de massifs de dimensions différentes appuyés les uns contre les autres : ainsi, sur la pyramide ou sur le mastaba s'appuieront des constructions constituant les temples ou chapelles funéraires. Dans la reconstitution du temple de Sahoure, par Borchardt, on trouvera un exemple typique de cet aspect de l'architecture. On sera frappé de la rareté des ouvertures : quelques rainures dans les murs servent de fenêtres, un grand rectangle découpé dans la toiture détermine une cour à portique.

Les seuls ornements qu'on remarque à première vue sont les corniches et le tore, et même ceux-ci n'ont pas une véritable valeur d'ornementation puisqu'ils dérivent des procédés de construction. Ce décor apparaît aussi bien au sommet des murs que comme couronnement aux portes. La corniche était souvent couronnée d'une frise de serpents sacrés ou uraeus dressés, la tête surmontée

d'un disque solaire. Dans la gorge on dessine des feuilles de palmiers ou des séries de cartouches royaux. Le disque ailé, placé d'habitude sur le linteau des portes, s'étale parfois largement dans la gorge elle-même.

Un élément dont la silhouette rompt la monotonie des grandes masses est le pylône, composé d'une porte flanquée de deux hautes tours (Art, pi. 155). Les tours doivent vraisemblablement leurs formes à des constructions à étages dans les habitations en pisé ou en briques ; l'architecture égj'ptienne. dans la Haute- Egj^pte, copie cette disposition jusqu'à nos jours. Remarquons qu'au temple d'Abousimbel, les fouilles récentes ont fait découvi'ir un petit sanctuaire dont les formes générales reproduisent la disposition du pylône mais sans porte. On serait tenté de se demander si la porte est \Taiment un élément essentiel du pylône, ou bien si l'anomalie présentée par le temple d'Abousimbel peut s'expliquer par la disposition particulière des lieux. Dans la plupart des temples, au moins dès le Nouvel Empire, le pylône est devenu l'élément dominant sous forme d'un portail gigantesque, dont les tours dépassent de haut le niveau de toutes les autres constructions avoisinantès.

Le grand pylône du temple d"Edfou donne l'occasion d'analyser les formes générales et de voir particulièrement comment la porte, conçue comme un organe subsistant en soi, est intercalée entre les deux grands massifs latéraux (Art, pi. 04). Dans les faces de chacun de ceux-ci de longues rainures verticales montent à peu près jusqu'à mi-hauteur ; au-dessus, des ouvertures rectangulaires traversent le massif d'outre en outre. Autrefois, de grands mâts en bois étaient placés dans les rainures, où ils étaient fixés par un système de câbles passant par les ouvertures. Plusieurs bas-reliefs en donnent des représentations précises. Ces grands mâts à bandelettes, érigés à la face du pylône, paraissent avoir servi d'emblème ou de signe apparent pour les constructions sacrées, s'il est vrai, comme tout porte à le croire, que le signe « dieu » en Egypte représente un mât surmonté d'une ou plusieurs bandelettes flottantes. Dans chacune des tours des escaliers de deux cent quarante-deux degrés permettent d'arriver à la plateforme supérieure. De petites ouvertures servent à l'éclairage de la cage d'escalier.

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Les i)ortes niomiinentales qui précèdent les pylônes ont été appelées (les ])i()i)ylones. On en connaît surtout de l'époque ptolémaïque. Aujourd'hui elles apparaissent isolées, tandis qu'en réalité elles servaient d'entrée aux grands murs d'enceinte de briques qui délimitaient l'aire sacrée du temple. Leur forme est identique à celle des portes intérieures des édifices ; ce n'est donc probablement qu'un hasard si on n'en connaît que de la basse époque.

Les embrasures des portes égyptiennes sont généralement très profondes ; on y ménageait im espace en retrait dans lequel pouvaient se loger les battants de la porte ouverte. Un exemple de Ouady-es-Séboua est intéressant au point de vue du décor que l'on a placé sur les ébrasements. La ])orte du sanctuaire était à un seul battant. Du côté où il s'a])pliquait sur le mur en s'ouvrant, on s'est contenté d'écrire une série de titres royaux. Dans la partie opposée, jamais cachée quand la porte s'ouvrait, on a figuré le dieu du sanctuaire sortant à la rencontre du roi, lui donnant la main et présentant à ses narines le signe de vie.

Quand on regarde dans l'axe principal d'un temple égyptien à travers toutes les portes, disposées le plus souvent en enfilade, on constate que le niveau du sol s'élève progressivement. La dénivellation peut être peu sensible, comme par exemple à Kalabché : une légère rampe devant chaque porte rachète alors la différence de niveau. Dans d'autres temples, la dénivellation est plus importante et nécessite un système de lampes ou d'escaliers, comme par exemple à Deir el-Bahari, ou à Ouady-es-Séboua. Ici le premier pylône de pierre s'élève sur une esplanade, à laquelle donne accès un large escalier ; le second pylône est posé sur une esplanade moins élevée, à laquelle on arrive encore par un escalier divisé en deux travées que sépare une rampe. Il est probable que ce type d'escalier double avec rampe centrale a été déterminé par les nécessités du déplacement des châsses divines, que l'on sortait des appartements intérieurs du temple à l'occasion de quelque fête.

La différence de niveau pourrait être expliquée par l'assiette même du terrain, si nous ne la voyions pas apparaître dans des cas où rien ne l'indiquait ni ne paraissait la réclamer. Ainsi dans la cour du temple de Khonsou, à Karnak, on a, à première

vue, l'impression que toutes les colonnes sont du même modèle et de même dimension (Art. pi. 156). Les architraves qu'elles supportent courent à une même hauteur et cependant, à y regarder de plus près, on constate que les colonnes du fond de la cour sont surélevées de quelques centimètres. Il y a là, à notre sens, une véritable faute contre le goût et le besoin de symétrie. Le fait est étrange mais il le paraît encore davantage quand cette surélévation se produit non plus dans une cour mais à l'intérieur d'une grande salle. Dans la seconde salle hypostyle du temple de Séti 1^" à Abydos, les deux premières rangées de colonnes sont à un niveau et la troisième à un autre, légèrement supérieur : des rampes, disposées à des intervalles réguliers, rachètent la différence (Art, pi. 151). Même dans les parties internes d'un édifice où jmrfois les seuils sont extrêmement rapprochés, on constate, de porte en porte une élévation du sol ; par exemple, dans les salles qui précèdent immédiatement le sanctuaire à Edfou. Le naos central occupe finalement le niveau le plus élevé, et l'on peut se demander si ce n'est pas là le but poursuivi par les architectes, but qui leur paraissait si important qu'il a fait taire toutes autres considérations.

Le mouvement montant du niveau du sol a, comme contrepartie, un mouvement inverse des toitures, ce qui est particulièrement sensible au temple d'Edfou. On constate qu'un mur assez élevé forme un parapet autour de la partie postérieure du temple, déterminant une esplanade entièrement cachée aux yeux indiscrets du dehors. Nous verrons plus tard qu'il y avait parfois sur cette esplanade de petites constructions, servant à des cérémonies du culte qui pouvaient être célébrées en plein air, bien qu'à l'abri de tout regard profane.

Les plafonds étaient formés de grandes dalles s'appuyant sur les architraves. Les Egyptiens, par la décoration de leui's plafonds, ont cherché autant que possible à supprimer l'impression que l'édifice était fermé à la partie supérieure. En effet, ils peignaient sur les dalles le bleu du ciel, constellé d'étoiles ; ou bien ils y étalaient de grandes figures d'oiseaux en plein vol.

L'écoulement des eaux est réglé par la disposition des dalles, inclinées parfois légèrement ou même entaillées d'une manière appropriée. Les eaux qui ont reçu de la sorte une direction gêné-

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raie, sont évacuées à l'extérieur par luie série de gargouilles. On en connaissait aux temples de basse époque où elles avaient la forme d'un lion dont le corps serait engagé dans la muraille à une certaine hauteur correspondant précisément au niveau des plates-formes bordées d'un parapet assez élevé (Art, pi. IQ^). Un trou et ime rigole ménagés entre les pattes de l'animal permettaient l'écoulement des eaux. Il y a peu d'années un fragment d'une gargouille semblable a été découvert au temple solaire d'Abou-Gorab, de la V^ djiiastie, attestant l'ancienneté de cette forme.

L'intérieur des salles s'éclairait par des rainures minces ménagées dans les murailles ou par des trous taillés en biseaux dans les pierres de couverture ou même par l'emploi de véritables fenêtres. Ainsi, au vestibule du temple de Khéphren, on avait entaillé les blocs de granit couronnant les murs latéraux, de manière à faire pénétrer quelques faisceaux de lumière à l'intérieur d'une salle hypostyle. On peut se demander si ce dernier procédé n'a pas conduit les architectes à l'idée de surélever légèrement les dalles de la couverture. En les faisant reposer de place en place sur des blocs réguliers intercalés entre le plafond et le sommet des murs latéraux, ils déterminaient de la sorte une série d'ouvertures carrées, éclairant la salle latéralement. Quand il s'est agi d'une salle à plusieurs rangées de colonnes, il suffisait de recourir à ce procédé pour les dalles de couverture de la travée centrale, ce qui amenait nécessairement une différence de niveau entre le plafond de la travée centrale et ceux des travées latérales. C'est ce qu'on peut voir clairement pour la salle hypostyle du Ramesseum à Thèbes. Plus la différence de niveau s'accentuait et plus la fenêtre était agrandie. On dépassa la mesure et, après avoir cherché à donner de la lumière à l'intérieur, on dut se prémunir contre la trop grande intensité de celle-ci. C'est pourquoi on disposa dans l'ouverture de la fenêtre une sorte de grillage découpé dans la pierre, qui rappelle les assemblages en forme de fenêtre des stèles ornées. La salle hypostyle de Karnak fournit un bon exemple de cette fenêtre à claustra (Art, pi. 149). Mais on le remarquera, ces différences de niveau, qui paraissent conditionnées par les nécessités pratiques de l'éclairage, ont créé le plan basilical,

employé par les Egyptiens au moins dès le Nouvel Empire. Une salle hypostyle, dont la travée centrale est plus élevée que les travées latérales, réunit, en effet, les éléments fondamentaux de la basilique telle que les architectes grecs et romains la construiront plus tard. Les salles hypostyles étaient souvent précédées d'une cour à colonnes et à portiques, ce qui répond parfaitement à l'atrium et au narthex des basiliques chrétiennes.

On peut croire que ce sont également des considérations pratiques d'isolement et d'éclairage qui ont donné naissance à deux éléments architecturaux : l'ouverture en façade et la demi-porte. Que l'on regarde, par exemple, la façade de la salle hypostyle d'Edfou (Art, pi. 193). Au lieu que la salle soit fermée par un mur extérieur montant jusqu'au plafond, on s'est contenté de placer entre les colonnes, des murs qui montent à un peu plus d'un tiers de leur hauteur, suffisamment élevés, cependant pour cacher tout ce qui se passait à l'intérieur de la salle. Dans ce cas il n'y avait aucune raison à provoquer une différence de niveau entre la travée centrale et les travées latérales ; aussi toutes les colonnes ont-elles la même dimension. Pour pouvoir clôturer l'écran déterminé de la sorte entre la cour et la salle, on a appuyé aux deux colonnes centrales deux montants en maçonnerie, constituant l'embrasure d'une double porte, avec une saillie suffisante vers le haut pour que les pivots supérieurs des battants puissent s'y engager. Chacun des pilastres déterminés ainsi, se termine par une corniche ; c'est, si on le veut, une porte, mais sans linteau.

La nécessité de couvrir des espaces trop vastes pour pouvoir être franchis par une seule poutre, qu'elle soit en bois ou en pierre, ainsi que le besoin d'ombrager certaines façades au moyen d'un portique, a donné naissance aux soutiens architecturaux : les piliers et les colonnes.

Le pilier dérive spontanément, dans sa forme la plus simple, de l'exploitation des matériaux en poutres régulières d'une certaine longueur. Les poutres disposées verticalement formeront des piliers ; posées horizontalement elles détermineront les architraves. C'est ce que l'on voit clairement pour les piliers en granit du vestibule du temple de Khéphren à Gizé (Art. pi. 7). Des poutres gigantesques sont posées debout sur le pavement, sans aucune

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espèce de socle ; elles reçoivent les architraves sans organe intermédiaire. L'assemblage qui tenait déjà solidement par le poids même des matériaux, était assuré par des crochets métalliques reliant deux architraves l'une à l'autre et celles-ci au centre du pilier.

Le pilier carré, qui était ici de dimensions assez épaisses, est employé, mais avec des pro})ortions plus élancées, ^au temple d'Amada ; cette fois on a intercalé entre le sol et le pilier une base peu élevée, comme si l'on voulait donner au soutien une assiette suffisante pour qu'il ne puisse s'enfoncer dans le sol sous le poids des matériaux qu'il avait la mission de soutenir. Cette base qui a encore ici une valeur en quelque sorte logique, s'élève dans d'autres cas et constitue un véritable socle, par exemple au temple de Derr, où cependant architraves, piliers et socles sont creusés dans le roc.

Un petit temple d'Aménophis II à Karnak nous montre l'emploi de piliers carrés sui'montés d'une corniche. La chose pourrait être admissible, le pilier étant considéré comme un morceau de muraille, si l'on avait fait reposer l'architrave directement sur la partie supérieure de la corniche ; mais les architectes égyptiens ont intercalé entre les deux une pierre carrée, qui sert d'abaque, ce qui donne l'impression que le pilier se continue au-dessus de la corniche. On retrouve la même particularité dans le tombeau de Toutou, à Tell-el-Amarna, où des piliers carrés, avec corniche vers le haut, sont engagés dans la muraille et supportent apparemment l'extrémité de grandes poutres (« apparemment ». parce que, en réalité, le tombeau est creusé dans le roc). A jiropos de ces piliers encastrés dans ime muraille, il est utile de remarquer que les murs extérieurs du portique d'Amada ont été établis entre des piliers, ce qui détermine, à l'extérieur aussi bien qu'à l'intérieur, une série de panneaux sépprés par des pilastres.

Souvent le pilier carré a été décoré de scènes sculptées ou peintes représentant généralement le roi en présence d'une divinité. Au temple de Karnak, devant le sanctuaire, se dressent deux piliers en granit qui se rattachent à cette catégorie, mais qui présentent cette particvilarité d'offrir deux faces décorées de motifs floraux en relief fortement accentué (Art, pi. 54). Sur le pilier du sud, ce sont les plantes héraldiques de la Haute-Egy]îte

que l'on appelle, faute d'un nom plus préeis, des fleurs de lis ; le pilier du nord porte des papyrus, la plante héraldique de la Basse-Egypte. Il est possible — quelques archéologues le croient — que ces piliers aient servi de socles à des images divines ; ne seraient-ils pas, peut-être, les restes d'une ancienne construction, ainsi que le veut Borchardt ?

Quelques temples offrent des piliers carrés portant en relief des représentations du sistre hathorique. par exemple dans le petit temple ptolémaïque de Deir-el-Mediné.

Il paraît bien que l'origine des piliers carrés puisse être recherchée dans l'industrie de la pierre. Les soutiens que les carriers devaient laisser de place en place pour étayer le plafond des carrières creusées au sein de la montagne, auraient été tout simplement copiés dans les constructions. Quand nous trouvons au contraire un pilier polygonal, à faces plus ou moins nombreuses, nous serons tentés de supposer plutôt un prototype en bois. Nous avons vu, en effet, que le pilier polygonal est reproduit parmi les hiéroglyphes anciens, qu'il est terminé à la partie supérieure par un tenon d'assemblage, et enfin qu'il présente sur chacune de ses faces une rainure ou cannelure, ce qui implique l'imitation de la technique du bois. Le pilier polygonal de dimensions minuscules est d'ailleurs fréquemment reproduit en bois et en ivoire. On le trouve intercalé avec d'autres formes dans les claires-voies servant de fenêtres. Ainsi, au sanctuaire de Aashit, de la XI^ dynastie, à Deir-el-Bahari. l'imitation, en pierre peinte, d'une claire-voie montre de multiples éléments ajourés : le motif floral des stèles ornées, des séries de têtes de faucons, l'amulette que l'on appelle le dad ou didou, et enfin les piliers polygonaux, disposés deux à deux.

Le plus ancien pilier à huit pans, en pierre, paraît être au tombeau de Ptah-Hetep pr, à Saqqara. On le trouve ensuite dans le temple de la XI^ dynastie, à Deir-el-Bahari, où la pierre est un grès revêtu d'un enduit blanchâtre. Le pilier, à Deir-el- Bahari, pose sur une base carrée. La façade du tombeau de Chnoum-Hetep II, à Béni-Hasan (XII^ dynastie) montre l'emploi de piliers polygonaux à douze pans (Art, pi. 31). Le haut est séparé de l'architrave par une abaque carrée, plate et qui dépasse le niveau des quatres faces orientées du pilier. (J'appelle faces orien-

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tées les quatre pans qui se trouvent aux extrémités des deux axes du pilier).

Au Nouvel Empire, le pilier polygonal est employé principalement à Deir-el-Bahari et à Karnak. A la colonnade et aux portiques d'Anubis, à Deir-cl Bahari (Art, pi. 52 et 147), les piliers à seize pans sont élancés, d'ime proportion élégante, faisant songer peut-être plus encore que pour le pilier de Béni-Hasan à l'architecture grecque. On sait, en effet, que Champollion, suivi par d'autres archéologues, a donné aux piliers de Béni-Hasan le nom de (I protodo'-iques «. Sans vouloir entrer ici dans la discussion de spvoir si oui ou non l'architecture grecque doit quelque chose à l'égyptienne, il suffira de constater que les architectes du Moyen et du Nouvel Empire avaient employé un élément architectural qui suggère immédiatement à l'esprit la comparaison avec les formes de l'art classique. Les premiers colons grecs qui pénétrèrent en EgjTDte, ont pu voir ces monuments. Cette connaissance a-t-elle favorisé en quelque chose le développement de l'architecture dorique ? Il serait aussi haixli de l'affirmer que de vouloir le nier catégoriquement. On peut parfaitement admettre que le pilier polygonal s'est développé d'une manière indépendante, mais analogue, dans la vallée du Nil et sur le sol grec.

Les piliers du portique d'Anubis, à Deir-el-Bahari, sont posés sur une base circulaire ; ils se terminent à la partie supérieure par une abaque réservée dans le bloc primitif d'où est issu le pilier à seize pans. La surface des quatre faces orientées du pilier sont au même niveau que la face de l'abaque. En d'autres termes, le polygone à seize pans est exactement inscrit dans le carré de l'abaque.

Au temple de Séti I^'', à Abydos, à la troisième rangée de colonnes de la seconde salle hypostyle, nous nous trouvons en présence d'un nouveau développement assez singulier. Le pilier polygonal, avec ses quatre faces orientées, absolument planes, s'est transformé néanmoins en une espèce de pilier rond, si l'on peut hasarder citte expression. En effet, entre les quatre faces orientées, là où nous devrions trouver un certain nombre de facettes, toutes les saillies ont été oblitérées de manière à constituer une surface lisse sur laquelle s'étalent de fins reliefs. Ceux-ci sont interrompus quatre foLs par une longue ligne d'inscriptions,

qui descend du haut en bas sur les surfaces planes qui sont, avec l'abaque, le dernier reste du pilier primitif.

Dans tous les exemples que nous avons examinés jusqu'à présent, les faces du pilier polygonal étaient planes, ce qui pourrait impliquer un tjqie originaire en pierre, tandis que les piliers à cannelures dériveraient de l'imitation du bois. Mais on pourrait se demander si la forme fondamentale ne dérive pas du bois et si ce ne seraient pas les difficultés de la traduction en pierre qui expliqueraient la suppression des cannelures. Cela s'accorderait assez bien avec les vieilles images hiéroglyphiques du pilier rappelées plus haut.

Rarement on trouve des piliers à cannelures en pierre contemporains du pilier à faces planes. A Béni-Hasan, dans le tombeau d'Ameni-Amenemhat I^' (XIP dynastie), une salle est à quatre piliers cannelés à seize pans posés sur de larges bases rondes (Art, pi. 127). A la façade du tombeau de Chnoum-Hetep IV, un autre pilier cannelé à seize pans s'est conservé à peu près intact.

Au temple de Ramsès II, à Beit-el-Oually, on trouve un pilier d'une composition curieuse qui semble un compromis entre les deux types : il est à vingt-quatre pans, dont quatre plans et larges et vingt étroits à cannelures. Les quatre plans sont ornés d'une longue ligne d'inscriptions et ils séparent quatre groupes de cinq cannelures. Tout à fait à la partie supérieure, avant de toucher l'abaque, les différentes faces s'arrêtent pour faire place à un bandeau lisse circulaire. La même chose se constate à la partie inférieure.

Avant d'abandonner ce point, il faut encore mentionner quelques cas où des masques de la déesse Hathor ont été fixés à la partie supérieure du pilier, par exemple au temple d'Aménophis III, à El-Kab. On se rappellera qu'au sanctuaire d'Hathor, du temple de Deir-el-Bahari, nous avons relevé précédemment, à propos de l'architecture figurée, des piliers surmontés de têtes de la même déesse et sur lesquels étaient fixés deux protubérances imitant des seins, ainsi que des cornes.

Il nous reste un dernier type de piliers à examiner, ce qu'on appelle les piliers osiriaques. Ce nom leur vient de ce que de grandes figures royales, représentant le roi sous forme du dieu Osiris, sont appuyées à un pilier rectangulaire ou carré. M. Hôl-

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scher, dans sa reconstitution architecturale du temple de Khéphren, à Giiié, croit pouvoir déduire de certains indices que la cour était ornée d'une série de ces piliers. Le plus ancien qu'on ait conservé date du début du Moyen Empire. Le temple de Sésostris P' à Licht en a donné plusieurs spécimens. Le type semble avoir été exclusivement réservé aux temples consacrés au culte des rois. Parmi les plus célèbres il suffira de citer les grands colosses de Ramsès H, au Ramesscum (Art, pi. 153). Le roi est représenté debout, les bras croisés sur la poitrine, tenant les insignes royaux, le sceptre et le fouet, le corps complètement enveloppé dans un maillot, étroitement serré, absolument comme un linceul de momie. Le temple de Médinet-Habou montre, à côté de ce type traditionnel, une variante curieuse. Dans la première cour les piliers sont flanqués de grandes figures du roi debout, revêtu cette fois du vêtement des vivants ; les jambes sont visibles et détachées, encore qu'elles soient posées sur un même plan, tandis que dans les statues la jambe gauche est généralement en avant. Sur le côté, de petites figures représentent des membres de la famille royale.

Il ne faut donc pas comparer les piliers osiriaques à des cariatides, puisque la figure humaine n'y joue aucun rôle architectural; elle ne soutient pas l'entablement, elle est tout simplement adossée à un pilier qui possède son rôle architectural indépendamment de la figure sculptée. Il se peut d'ailleurs que nous n'ayons là qu'un procédé pour remplacer les grandes statues royales qui ornent d'autres temples, i-angées entre les colonnes du portique, par exemple dans la cour de Ramsès II, à Louksor.

Dans l'architecture éthiopienne, des piliers sont t)rnés de figures colossales du dieu Bès.

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