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CHAPITRE XII LES TEMPLES

On connaît peu de chose de l'architecture civile de l'Ancien Empire. Les maisons étaient construites, comme nous l'avons dit, en pisé ou en briques crues, en bois poiu- les supports et les toitures ; elles n'ont donc pu laisser de traces que dans l'architecture figurée. Ainsi, sur un bas-relief du tombeau de Ti, on voit une salle dont le plafond est supporté par des colonnes lotiformes. A l'extrémité de gauche, la porte a été rabattue de face, cachant la partie inférieure triine des colonnes. L'exemple constitue moins une représentation architecturale qu'un schéma destiné à indiquer que la scène figurée se passe dans un intérieur.

Les palais ont également disparu à l'exception, peut-être, de quelques restes signalés sous le temple solaire d'Abou-Gourab. On a vu que le nom d'Horus des rois nous a montré une combinaison architecturale faite d'assemblages et qui se rattache manifestement au palais royal. On a pu légitimement supposer qu'il existait sous l'Ancien Empire des constructions dont l'aspect général est reproduit par des monuments tels que le sarcophage du roi Mycérinus.

On a signalé civielques exemples d'enceintes fortifiées, remontant à l'Ancien Empire : l'enceinte d'El-Kab, la forteresse de Kom-el-Ahmar, la forteresse de Deir et le camp retranché d'Eléphantine. On peut hésiter sur la question de savoir si les « forteresses )) d'Abydos n'appartiennent pas plutôt à la série des monuments funéraires. L'une d'entre elles, connue sous le nom de Chounet-es-Zebib, date de la IP dynastie. Elle est établie sur plan rectangulaire, mesure 131,30 m. en longueur sur 78 de largeur. Les murs, dont le parement extérieur est incliné en léger talus, offrent une épaisseur considérable : à la base, sur les grands côtés, 6,50 m. et 6,28 m. ; sur les petits côtés, 5,10 m. et 5,52 m., tandis que l'épaisseur au sommet est de 5 m. pour une hauteur d'environ 12 m. On se rappellera que précédemment nous avons

constaté que les murs extérieurs présentaient le système de pilastres et de niches caractéristique de plusieurs monuments funéraires. Dans un angle un dispositif pai'ticulier, comportant plusieurs chambres, sert d'entrée à l'enceinte.

Lorsque nous avons étudié les hiéroglyjîhes architecturaux, quelques signes qui se rattachent à l'architecture religieuse la plus ancienne avaient été réservés. C'est le moment d'y revenir. Sur une plaquette trouvée dans le tombeau du roi Aha, de la I''^ dynastie, on voit au registre supérieur un édifice formé d'une chapelle et d'une enceinte clôturée, au milieu de laquelle est érigé l'emblème de la déesse Neith. A la partie antérieure du mur de clôture se dressent deux poteaux, qui semblent terminés par des drapeaux, ce qui rappelle les mâts placés devant les pylônes ou encore l'hiéroglyphe « Dieu ». A côté du temple se trouvent figurées deux barques placées l'une à côté de l'autre et que l'on peut identifier sans hésitation avec les barques solaires des inscriptions. Cette plaquette pei-met ainsi de constater, dès la I''^ dynastie, l'existence d'un type de temple, dont nous étudierons tout à l'heure un spécimen de la V^ dynastie. Rappelons également le signe hiéroglyphique pour temple ou chapelle, dont une variante montre vraisemblablement le même édifice vu latéralement. On y remarquera de nouveau la présence des bandelettes flottantes. A diverses époques les figiu'es du dieu Min sont accompagnées de petits édifices que l'on appelle d'habitude « huttes de Min ». Il s'agit de constructions sur plan rond terminées en coupole, peut-être apparentées aux paillottes de la région du Haut Nil. La porte d'entrée est précédée d'un portique dont les colonnettes sont surmontées de cornes d'animaux. Ces images nous font ainsi connaître des types de constructions, que les fouilles ne nous ont pas rendues jusqii'à présent.

Les recherches effectuées dans les localitées les plus importantes de l'Egypte ont chaque fois révélé ce fait que les édifices les plus anciens ont été rebâtis par des rois de diverses époques. Ceux-ci les relevaient, les amélioraient; les agrandissaient, — ce qui le plus souvent équivalait à une destruction quasi complète des éléments anciens, afin d'établir l'édifice sur un plan nouveau. Heureusement que les débris du monument primitif étaient employés dans les fondations, ce qui permet aux fouilleurs actuels

de retracer au moins quelques-unes des étapes de l'histoire des principaiLX sanctuaires. Pétrie a fouillé de la sorte les couches superposées des temples d'Osiris à Abj^dos, depuis la I''^ dynastie ; Quibell et Green ont atteint à Hiérakonpolis les couches les plus anciennes ; à Héliopolis, Schiaparelli a exhumé des fragments d'un roi de la II® dynastie. En général, on a constaté que le gros de la construction était en briques et (jue la pierre avait été réservée à quelques parties importantes, comme par exemple les portes. A Hiérakonpolis, des montants en granit portent le nom de Khasekhemoui. Un linteau de porte de la VI^ dynastie, à Abydos, montre le décor constitué par le disque ailé. Des blocs de pierre, avec inscriptions, trouvés en divers endroits de l'Egypte, donnent des preuves de l'activité des rois et de leur zèle à élever des temples aux dieux, de l'extrémité du Delta jusqu'aux environs de la première cataracte. Ces indications ont été confirmées par les inscriptions de la pierre de Palerme, qui mentionne de nombreux édifices des rois de l'Ancien Empire. Quelquefois, des textes de basse époque, par exemple à Dendéra, mentionnent les constructions faites par les rois antérieurs à la première dynastie ou de l'Ancien Empire.

Des in.scriptions de l'Ancien Empire avaient révélé depuis longtemps déjà l'existence de temples solaires d'un type particulier, fomiés d'une base à pans inclinés, sur laquelle se dressait un obélisque. On connaissait le nom de plusieurs d'entre eux ; des listes de leurs prêtres avaient été établies. Les fouilles allemandes exécutées par Schaefer et Borchardt, en 1898-1901, à Abou-Gourab, ont enfin permis d'étudier les dispositions d'un édifice de ce genre.

Le temple solaire de Ne-Ousei-Re, à Abou-Gourab, est construit sur un plateau du désert, régularisé par l'établissement de terrasses. Avant de l'examiner en détail commençons par constater qu'il est formé d'une grande cour rectangulaire, à l'intérieur de laquelle s'élève im obélisque posé sur une base gigantesque, ce qui rattache immédiatement ce type de temple à la construction figurée sur la plaquette de Aha.

Le temple proprement dit est relié par mie rampe couverte à un édifice plus petit, érigé au bas du plateau, à la lisière de la vallée. Ce dernier élément, que nous pouvons appeler le vestibule,

s'ouvrait au milieu des constructions d'une petite ville, vraiseniblablenrent habitée par les prêtres attachés au culte du roi. Le vestibule est de forme rectangulaire ; sur trois faces s'ouvre un portique : l'un, le principal, avec quatre colonnes. Les chambres qui suivent sont étroites et rappellent plutôt des corridprs. Les trois entrées convergent vers une seule porte, qui s'ouvre à la partie postérieure du vestibule et donne accès au couloir ascendant. A l'arrivée sur le jjlateau on pénètre dans une construv tion carrée ; quand on l'a traversée, on se trouve dans une chambre étroite, d'oîi l'on peut prendre trois directions différentes. Si l'on pousse droit devant soi, on pénètre dans une grande cour, vers le fond de laquelle s'élève la masse imposante de l'obélisque, large et peu élevé, posé sur une base carrée, à pans inclinés. A la base de l'obélisque se trouve l'autel des offrandes (Art, pi. 107). A droite, une grande cour dallée d'albâtre constituait une sorte d'abattoir ; des rainures creusées dans les grands blocs du dallage convergent vers dix vasques, également en albâtre : le sang des victimes, recueilli par les rainures, s'écoulait dans les bassins. Au nord de l'obélisque, une seconde cour au dallage analogue, mais de plus petites dimensions, constituait un second abattoir. Si le dieu incorporé dans l'obélisque est Ra, le soleil, il avait comme déesse Hathor, qui, dans les textes, est mentionnée comme étant « dans le temple de Ra ». Le grand abattoir est probablement celui de Ra ; le petit, celui d'Hathor. A gauche de l'obélisque on voit l'entrée d'une chapelle qui s'appuie à la base de l'obélisque. Retournons maintenant à cette chambre dont les portes s'ouvrent dans les différentes directions. En se dirigeant vers le sud, on chemine dans un couloir longeant le mur extérieur pendant un certain temps, puis on tourne vers l'ouest en suivant toujours le mur d'enceinte, jusqu'à la hauteur de l'obélisque. En tournant vers la droite, on rencontre alors un passage qui s'ouvre en pente à l'intérieur du socle et qui venait aboutir au pied même de l'obélisque. En s'engageant, au contraire, dans le couloir vers le nord, on ne tarde pas à arriver à une série de magasins, rangés le long du mur nord. Il nous reste à signaler l'existence, en dehors du temple, vers le sud, d'une étrange construction en briques qui reproduit les formes d'un bateau. On y a reconnu avec raison une barque solaire. Il y avait peut-être une autre barque à la

partie nord du temple. Cel'e qui subsiste était la barque du jour ; l'autre devait être la barque de nuit. On a rappelé que dans un texte de l'éthiopien Piankhy, raeontant sa conquête de l'Egypte, le roi victorieux décrit le temple d'Héliopolis d'tuic manière telle, que l'on peut admettre que le sanctuaire montrait l'image d'un obélisque accompagné des deux barques solaires.

Le temple d'Abou-Goui'ab serait-il une copie du temple d'Héliopolis ? Il se peut que la présence du temple au désert, à proximité de la tombe du roi Ne-Ouser-Re, plaide en faveur de l'opinion d'après laquelle il en serait une réplique funéraire, à la disposition de l'âme du roi défunt. Ajoutons que les fouilles allemandes, dans la région d'Abous'r, ont revé'é l'existence d'autres temples semblables, mais qui n'ont ])as encore été complètement déblayés.

Temples des pyramides. — Les temples des pyramides n'avaient pas été explorés jusqu'à une date relativement récente, bien que leur existence eût été reconnue depuis longtemps déjà. Une série de fouilles heureuses ont apporté sur le sujet des renseignements précis qui permettent de se faire une idée assez complète de cette importante catégorie de monuments. Citons les fouilles de Pétrie à Meidoum, de Maspero et Barsanti à Saqqara, celles de Chassinat à Abou-Roacli, de Borchardt à Abousir, de Steindorff et de Reisner à Gizé.

Une question peut se poser. Quelle est la relation qui existe entre les temples des dieux et les temples funéraires des pyramides ? On peut constater d'assez grandes analogies entre un édifice comme le temple de la pjTamide de Sahoure (V<^ dynastie) et le temple d'Amon à Louksor (Nouvel Empire), à tel point que l'on pourrait être porté à dire qu'il n'y a pas de différence essentielle entre les temples des dieux et les temples des rois morts. Mais il serait hasardeux de vouloir assurer que nous pouvons nous représenter la plupart des temples disparus de l'Ancien Empire comme ayant appartenu à la même catégorie que les temples funérailles des pyramides. Déjà l'exemple du temple solaire d'Abou-Gourab nous avertit d'être prudents. A cause des reconstructions successives, nous ne connaissons réellement aucun « temple de dieu " antérieur au commencement du Nouvel Empire. Or, à ce moment-là, le dieu Amon avait pris une importance telle-

ment prépondérante que l'on pourrait soutenir qu'il avait imposé d'une manière générale un type d'édifice, de la même façon que son rituel avait fini par être appliqué à toutes les divinités. Si l'on songe d'autre part que le rituel en question n'est pas différent de celui du service des morts, on pouirait prétendre que. les temples habituels au Nouvel Empire, n'ont reçu leur caractère funéraire qu'en vertu de l'essence même du culte du dieu Amon. La question pour l'Ancien Empire se pose dans les termes suivants : Les Egyptiens traitaient-ils les rois morts comme des dieux, ou bien, ce qui serait du reste conforme à certains récits mythologiques, traitaient-ils les dieux comme des êtres qui avaient autrefois régné sur l'Egypte, et qui étaient morts ? On ne peut donner à cette question une réponse catégorique. Le doute est cependant assez grand pour que l'on puisse sans inconvénient rattacher l'étude des temples des pyramides à l'examen de l'architecture religieuse, plutôt que de la reporter à la leçon consacrée aux tombeaux royaux.

Meidoum. — -La pyramide de Snéfrou (IIP dynastie) paraît avoir été abandonnée avant que le temple fût entièrement achevé. Pétrie n'y a retrouvé que deux petites chambres ; la seconde débouche dans une cour dont les murs latéraux s'appuient à la pyramide même. Immédiatement au sortir de la seconde chambre une table d'offrandes est posée dans le chemin ; de chaque côté se dresse une grande pierre arrondie au sommet, sorte de stèle, mais laissée sans inscription.

Gizé. Khéops. — - Jusqu'à présent on n"a pas fouillé les restes du temple de la pyramide de Khéops, qui semble, d'ailleurs, grandement ruiné : on en reconnaît cependant le dallage en basalte.

Aboii-Roach. — Le résultat des fouilles au temple de la pyramide de Didoufre n'a pas encore été publié.

Gizè-Khéphren. — Le vestibule du temple de la pyramide de Khéphren était connu depuis l'époque de Mariette, qui le déblaya partiellement : c'est l'édifice cité souvent sous le nom de temple du Sphinx. Dans les dernières années il a été entièrement dégagé au cours des fouilles de Steindorff, qui explora en outre d'une manière complète le temple proprement dit appuyé à la pyramide. Le temple de Khéphren, de même que le temple solaire d'Abou- Gourab, est composé de deux parties : à la lisière de la vallée un

vestibule gigantesque; sur le plateau désertique, un temple appuyé sur la pyramide-tombeau, les deux parties étant réunies par un couloir ascendant. M. Hôlschcr a donné, dans l'ouvrage consacré au temple de Khéphren, une bonne reconstitution de l'ensemble.

Le vestibule est constitué par un massif carré de 45 m. de côté sur 13 m. de hauteur. On y accède par deux entrées latérales conduisant dans une sorte de corridor sur Icqiiel s'ouvre dans l'axe la salle principale. Celle-ci, dont le plafond était supporté par des piliers rectangulaires, a la forrhe d'un T. La disposition est telle que l'on pourrait croire à la combinaison de deux salles, l'une large, divisée par une rangée de piliers, l'autre profonde, divisée par deux rangées (Art, pi. 7). A l'extrémité sud de la barre supérieure du T se trouve un magasin à trois divisions dont chacune est encore recoupée dans le sens de la hauteur ; à l'extrémité nord s'amorce le couloir ascendant qui, après un parcours de 430 m., vient rejoindre le temple sur le plateau. La première moitié du temple supérieur constitue, si l'on veut, de nouveau un massif carré, dont la disposition générale rappelle le vestibule à peu de chose près. N'a-t-on pas voulu dédoubler cette partie du temple et en éloigner une de la sépulture proprement dite, de manière à la mettre plus à portée des vivants ? Ce n'est pas impossible, car plus tard (au plus tard au Nouvel Empire) le temple funéraire s'est décidément détaché de la sépulture.

Le couloir débouche d'une manière assez pénible dans l'édifice principal. Il faut traverser vme espèce d'antichambre sur laquelle s'ouvi'ent des magasins accessoires, avant de pénétrer dans une grande salle, de forme étrange, dont on trouverait difficilement des répliques dans d'autres architectures. C'est, en effet, une salle large, avec une rangée de huit piliers. Vers le centre, la salle s'approfondit de façon à faire place à quatre piliers supplémentaires, puis encore à deux autres. A chaque extrémité de cette salle deux niches pénètrent profondément dans l'épaisseur des murailles et servaient vraisemblablement à renfermer des statues. La disposition des murs a eu pour but, semble-t-il, de constituer des demi-niches, dans lesquelles se dressaient des statues. Une porte placée dans l'axe, fait communiquer cette salle avec une autre disposée dans le sens de la profondeur de l'édifice ; cette dernière salle avait un plafond supporté par deux rangées de

piliers. Quand on quitte cette première moitié du temple, on débouche dans une cour à piliers du type osiriaque, comme semblent l'indiquer quelques indices architecturaux. Ces piliers déterminent cinq entrées vers des chambres rangées régulièrement l'une à côté de l'autre et que l'on appelle généralement chambres à statues. Ces salles se présentent dans une disposition d'une analogie parfaite avec les différents sanctuaires du temple de Sét' pr, à Abydos. Il est probable qu'elles contenaient chacune une statue du roi, et l'on a fait remarquer très justement que leur nombre coïncide avec les cinq titulatures fondamentales des rois d'Egypte. L'édifice paraît terminé ici. Cependant il existe autour de la cour une sorte de chemin de ronde ou de service qui communique, d'un côté, avec la cour de la pyramide et, de l'autre, par des chemins tortueux avec une série de magasins et de chambres, dont l'une présente une niche disposée exactement dans l'axe du temple et de la pyramide. C'est là que se trouvait la stèle dont les formes copiaient la niche ou naos, contenant la statue principale du culte funéraire. Dans d'autres temples cette niche est habituellement posée sur le mur même de la pjTamide. Il est possible que dans l'édifice de Khéphren il faille rétablir des constructions dans l'espace qui paraît vide sur le plan.

Si le vestibule est mieux conservé que tout autre monument d'Ancien Empire, il n'en est pas de même du temple supérieur, où seuls le dallage, les arasements des murs et quelques blocs du noyau de la construction ont été conservés. Rappelons le renseignement donné précédemment et d'après lequel parmi ces blocs se trouvent quelques-uns des monolithes de granit des plus considérables qui existent. L'un d'eux avait un cube de plus de 170 m. et pesait 470.000 kg.

La reconstitution de M. Hôlscher montre la façade du portique, toute simple, percée de deux portes encadrées d'inscriptions hiéroglyphiques. A droite et à gauche de chaque porte on a relevé les traces de statues de sphinx. Au centre se trouve encore dans le dallage le soubassement d'une chapelle qui, vraisemblablement, contenait une image royale. La maçonnerie du vestibule est en calcaire blanc de Toura; le revêtement, les piliers, les architraves, la couverture, en blocs d'albâtre ou de granit. On a constaté dans le revêtement la présence d'un bloc de granit de 30.000 kg.

et d'un autre de 150.000 kg. Nous avons eu l'oecasion précédemment de citer les piliers de granit de la salle en T; M. Hôlscher a présenté de cette partie du temple une restauration d'autant plus aisée à faire qu'il n'y avait qu'à restituer les dalles du plafond et à rétablir à leur emplacement ancien quelques-unes des statues que Mariette avait découvertes lors du déblaiement de l'édifice. Elles avaient été jetées pêle-mêle, autrefois, dans un puits de la première salle du vestibule.

Gizé-Mycérinus. — Le résultat des fouilles de Reisner dans le temple de la pjTamide de Mycérinus, n'a pas encore été publié. On en a cependant déjà reproduit un plan. Il semble que l'édifice n'ait pas été acliLvé. Au vestibule, dans la vallée, on a relevé des traces de remaniement à une époque plus récente ; dans le massif de maçonnerie se trouvaient des chambres, murées probablement, où étaient cachés des groupes royaux que nous étudici'ons plus tard. Dans le temple supérieur on reconnaît une salle longue, puis une grande cour ; mais derrière la cour, à l'endroit où l'on s'attendrait à trouver les cinq chambres à statues, il y a une grande salle en T avec parois en escalier, qui se rattache manifestement à la disposition de la première moitié du temple de Khéphren. Quant aux chambres du fond, il est difficile de rien en dire de précis.

Abousir. — Sur le plateau d'Abousir se trouvent échelonnées, du nord au sud, trois pyramides. La plus septentrionale est celle de Sahoure ; la seconde, de Ne-Ouser-Re, et la troisième de Neferirkcre (Art, pi. 103). La plus ancienne est celle de Sahoure. Quand on la devisa, le plateau du désert était vide et rien n'empêcha l'architeete de développer son édifice d'une manière régulière. Le temple s'appuie sur la face est de la pyramide, parfaitement dans l'axe, bien proportionné et équilibré ; le couloir part franchement et sans déviation vers le vestibule dans la vallée. Des contemporains de Sahoure, entre autres Ptah-Shepses, établirent une série de mastabas dans la région au sud du temple. Quand Neferirkcre voulut bâtir sa pyramide, il dut nécessairement la reporter vers le sud, en dehors de la région de ces tombeaux, et il commença à construire son temple à peu près sur le même plan que celui de Sahoure. La mort survint avant que les travaiLX fussent très avancés. On avait commencé le couloir

ascendant, qui servait vraisemblablement, au cours des travaux, pour faciliter l'élévation des pierres et des matériaux sur le plateau. Le roi Ne-Ouser-Re vint intercaler alors sa pyramide entre celle de Sahoure et de Neferirkere, de manière à utiliser la rampe de ce dernier. Il se l'appropria, de même que le vestibule, qui avait été probablement at^^ribué d'abord au devancier. Pour cela il fallut infléchir en un coude brusque le couloir ascendant; mais de plus les mastabas anciens étant dans le chemin, le temple de Ne-Ouser-Re. au lieu de se développer dans l'axe, prit la forme d'une équerre.

Toutes ces constructions sont dans un état de destruction pitoyable et il a fallu tout le soin, toute l'habileté et l'expérience de Borchai'dt poin* tirer de cet amas de débris les éléments nécessaires à des reconstructions sûres. Le dallage en basalte est encore eu place en grande partie. On y voit les bases des colonnes en granit, dont plusieurs ont été retrouvées couchées pêle-mêle. Un certain nombre de bloc-s de basalte formant le socle des murs, sont encore en place. Quelques chambres se dessinent sur le sol par des murs à hauteur d'appui. Partout gisent des fragments de granit et de calcaire ornés d'inscriptions ou de bas-reliefs. On verra plus tard tout le parti que l'on a pu tirer de ces fragments.

Le vestibule dans la vallée est, à première vue, d'une construction assez singulière. Il est formé d'abord d'un édifice rectangulaire précédé d'une rampe d'accès. Sur la face antérieure s'ouvre un portique à deux rangs de quatre colonnes. Derrière, se trouve une chambre, dont la disposition rappelle certainement, en petit, les salles en T. des mommients précédents. De là on accède au couloir ascendant. Mais sur le côté, vers le sud, on a accolé une nouvelle construction, qui détermine une seconde entrée par un portique à une rangée de quatre colonnes. Sur le modèle reconstitué au Musée de Berlin on constate clairement que cette seconde entrée était à un niveau inférieur à celui de la première. Les colonnes des deux portiques sont du type dactyliforme.

Le temple proprement dit constitue peut-être l'exemple le plus clair de toutes les constructions de ce genre. Le plan se lit facilement : d'abord une salle longue, puis mie cour à colonnes entourée d'un couloir de ronde ; dans l'axe de la cour, une porte

d'accès à une chambre dont le mur du fond présente cinq niches à statues. L'édifice, pour un visiteur peu attentif, paraît terminé là. Des dégagements latéraux conduisent d'abord vers le nord à une série de trésors, fermés chacun d'une porte particulière, puis vers le sud à une série de magasins commandés par une porte unique. Dans la salle avec les niches à statues, une porte latérale, dissimulée en quelque sorte, conduit à une suite d'appartements, dont une des salles, qui se trouve exactement dans l'axe de l'édifice et de la pjTamidc, contenait la stèle. Borchardt appelle cette deuxième partie le temple intime, par opposition à la première qu'il appelle le temple public.

Vers le nord, mie série de chambres, à destination incertaine, s'appuyait sur le mur d'enceinte, au niveau de la cour. Du côté du sud, d'autres chambres, avec entrée supplémentaire par un petit portique à deux colonnes, mettaient en communication le temple principal et une cour dans laquelle s'élève la pyramide de la reine.

La cour centrale du temple était entourée d'un portique supporté par des colonnes avec chapiteau à palmes. Dans un angle se trouvait une table d'offrandes. La chambre aux cinq niches est détruite mais on peut s'en faire une idée par une des salles du tombeau voisin de Ptah-Shepses, où l'on trouve trois niches l'une à côté de l'autre, précédées chacune d'un escalier de quelques marches.

Au temple de Ne-Ouser-Re,le vestibule montre de nouveau deux entrées, mais elles ont été réservées toutes deux dans un même massif ; à la face antérieure le premier portique a deux rangées de quatre colonnes papyriformes (Art, pi. 104) ; au revers, le portiqiie secondaire n'a qu'une rangée de quatre colonnes. La disposition des chambres qui conduisent à la rampe ne rappelle aucun des éléments que nous avons vus précédemment, mais cependant la chambre centrale présente trois niches qui devaient aussi contenir des statues.

Quant au temple proprement dit, ainsi que nous l'avons vu précédemment, il a fallu le disposer en équerre. Le temple intime a pu encore être placé dans l'axe de la pyramide, avec la stèle à sa place régulière. Le temple publie est reporté vers le sud. On y retrouve, en ordre, la salle longue, la cour à portique (Art,

pi. 9) et la chambre avec les cinq niches. On constatera qu'ici, de chaque côté de la salle longue, on a disposé une rangée de magasins qui n'avaient pas trouvé place dans la partie postérieure du temple. Borchardt attire l'attention sur deux massifs dans lesquels il suggère que l'on pourrait chercher l'origine des pylonesd'époque postérieure.

Saqqara. — Les temples des pyramides de Saqqara ont été extrêmement bouleversés et, sans l'expérience acquise par l'étude des édifices de Gizé et d'Abousir, on ne pourrait en tirer que peu de chose. Au temple d'Ounas, quelques colonnes à palmes, des seuils de pierre en granit, des fragments d'un pavement d'albâtre à rainures et, adossés à la pyramide, les restes de la stèle, rappellent des éléments connus de par ailleurs.

Des fouilles faites par Loret ont fait découvrir deux petits temples de princesses delà VP dynastie, l'un de Chouit, apparentée au roi Téti, l'autre de Ipout, mère de Pepi I^"'. Pour le premier, les déblaiements n'ont pas été très poussés ; on remarquera cependant l'existence de trois niches qui correspondent vraisemblablement à des chambres de statues. L'édifice d'Ipout apparaît plus complexe. Il déborde sur la pyramide, qui est de petite dimension. Au centre de l'édifice il y a trois niches, plus une chambre qui contenait une stèle appuyée à la pyramide et une table d'offrandes.

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