CHAPITRE XIV
Mastabas et Hypogées.
Les découvertes nombreuses de nécropoles de la I^e dynastie ont permis de suivre pas à pas l'évolution des tombes. C'est d'abord une fosse ronde ou ovale, creusée dans le sol du désert ; parfois une séparation est faite entre la partie réservée au corps et la partie destinée à contenir le mobilier funéraire. Bientôt, par l'emploi de la brique, la fosse se régularise en une cavité rectangulaire. Une ou plusieurs chambrettes-magasins sont réservées à l'une des extrémités. Lorsqu'il s'agit de sépultures de personnages plus importants, le tombeau s'agrandit et l'on ménage un escalier en briques depuis le niveau du sol. Les sépultures étaient fermées soit au moyen d'un plafond en poutres recouvertes de branchages puis de terre, soit au moyen de voûtes en briques faites en encorbellement et plus tard en cintre. En tout cas, les caveaux sont à peu de profondeur sous le niveau du désert et l'on n'avait pas à craindre que l'amoncellement d'une trop grande épaisseur de matériaux ne vînt à écraser la couverture. Dans la nécropole de la I''^ dynastie, à Tarklian, un petit mur, parfois régulier, déterminait une enceinte rectangulaire audessus de la fosse. Contre ce mur d'enceinte et généralement vers l'un des angles, sur un des longs côtés, étaient appuyés de petits murs également, qui déterminaient une sorte de cour. C'est là que se déposaient les offrandes ou que se révmissaient les membres de la famille aux fêtes du mort. Parfois une disposition particulière établissait un couloir d'accès. Plusieurs exemples nous montrent au fond de la cour deux petites ouvertures communiquant avec l'enceinte qui défendait la fasse. C'est une disposition toute rudimentaire, il est vrai, dont nous retrouverons plus loin l'équivalent dans les stèles.
La nécropole de Tarkhan a donné également quelques exemples de tombeaux de dimensions beaucoup plus grandes, qui rap-
pellcnt immédiatement dans leur aspect général les plus anciennes tombes royales étudiées dans la leçon précédente. Le tombeau n° 2050 comprend un puits funéraire ; à la surface du sol on a construit un grand mur d'enceinte rectangulaire, avec niches ; puis, à quelque distance, im petit mur de clôture. Au tombeau n" 2038 il y a un puits, mais avec une rampe d'accès. A la surface du sol nous retrouvons de nouveau une grande enceinte rectangulaire avec niches, puis un mur de clôture. Vers l'une des extrémités de ce dernier est bâtie une chambre exiguë. Entre le mur de clôture et le grand mur d'enceinte de petites tombes ont été intercalées ; elles sont recouvertes par un massif rectangulaire très peu élevé et plafonné, qui présente dans un cas une singulière particularité. A la partie supérieure du plafonnage sont ménagés deux renfoncements peu accentués, mais qui sont aux places où plus tard nous rencontrerons des stèles. Au même tombeau n° 2038 nous trouvons pour la première fois une disposition curieuse de la maçonnerie : dans un des angles du mur de clôture un massif de briques obstrue le passage et ferme complètement les niches de l'angle du mur d'enceinte du tombeau proprement dit.
Dans le mastaba n" 1060 de Tarkhan, la chambre principale est flanquée de deux autres plus petites. Des murs de refend réunissent le noyau au mur d'enceinte. Sur le côté il y a deux grands vides, dont l'im est divisé par des murs de séparation. Il est possible que ces vides aient été remplis par de la te^re ou par des éclats de pierre, comme on l'a constaté dans d'autres tombeaux. Une des niches du mur d'enceinte a été entièrement garnie d'un plancher, ce qui indique évidemment qu'elle a reçu une destination particulière et l'on ne se trompera pas de beaucoup en supposan'. que c'est là qu'avait été placée une image du défunt. Nous verrons bientôt un fait qui confirme cette hypothèse.
Jusqu'à présent les chambres funéraires étaient à peu de distance du niveau du sol et dans leur couverture il fallait veiller à ce que le poids des matériaux ne vînt pas écraser le cadavre et son mobilier. Dès la III" dynastie, on connaît des monuments à Beit-Khallaf et à Reqaqna, où, comme dans les sépultures royales, on a creusé dans le sol, à une certaine profondeur, les chambres qui sont mises en communication avec l'extérieur par
des lampes ou des escaliers. On pouvait dorénavant construire à la surface du sol un massif plein en briques ou même en pierres, sans craindre l'effondrement du caveau.
En fait, il y a identité de formes avec les tombes royales jusqu'à la fin de la III<= dynastie, tout au moins pour les personnages importants. A partir de cette époque la tombe royale a passé du type dit mastaba au type de la pyramide. Au contraire, pour la sépulture des grands personnages, on restera fidèle pendant longtemps au type du mastaba et ce ne sera qu'au Moyen Empire que nous constaterons pour les sépultures privées l'apparition d'un type dérivé de la pyramide. Le type du mastaba en se développant va se compliquer et présentera une grande variété de détails. Commençons par en examiner quelques spécimens typiques.
Le grand mastaba de Hesi, à Saqqara, célèbre par les beaux panneaux de bois du Musée du Caii'e, a été trouvé par Mariette et récemment étudié par Quibell. Une inscription a prouvé que le monument datait de la fin de la IIP dynastie, probablement du règne du roi Neter-Ka Zeser. Le plan frappe d'abord par les complications extrêmes qu'il présente. On a constaté au cours des fouilles que le grand massif n'était pas homogène et qu'il était formé de plusieurs noyaux successifs, sans liaison lesunsavec les autres. Quelques lignes sur le plan indiquent les endroits où l'on a constaté de telles solutions de continuité dans le mastaba. Vers le centre se trouvent le puits et l'escalier. Les chambres souterraines étaient à trois étages et d'un plan fort complexe ; négligeons les. A quelque distance du puits on a rencontré dans la masse les restes d'im mur orné de niches, ce qui correspond évidemment à une façade du tombeau à un moment de sa construction. Plus tard cette première façade a été enfermée dans un nouveau massif de briques plus étendu. Nous trouvons maintenant une nouvelle façade avec onze niches. Dans le fond de chacune d'entre elles un panneau de bois avait été inséré et sur chaque panneau était sculptée, en relief, une image du défunt, soit debout, soit assis. Dans la suite un nouveau mur a été établi à quelque distance en avant des niches. A la partie externe de ce mur de clôture, vers la droite, se trouve une niche qui correspond à l'axe de la dernière niche de la façade intérieure. A gauche
le dispositif est un peu plus compliqué. On a répété quelques-uns des pilastres qui encadrent d'ordinaire les niches et on a ouvert entre eux une porte, exactement dans l'axe de la dernière niche à gauche de la grande façade. Si l'on s'en était tenu là, le mastaba de Hesi serait formé d'un immense massif rectangulaire, montrant sur la façade une niche à droite, une porte encadrée de pilastres à gauche et, à l'intérieur, un long corridor s'étendant sur toute la longueur de l'édifice et sur lequel s'ouvrent les onze niches, avec les figui'es du défunt. Mais devant cet ensemble déjà complexe, on a construit toute une série de couloirs et de chambres. A proximité de l'entrée se trouve une salle, où existe encore une base de pierre avec les traces de trois statues : deux grandes et une petite. Une chambre analogue existe vers la droite de l'édifice. De plus, un nouveau couloir, avec chambre à son extrémité, a été bloqué volontairement, de manière à n'avoir plus aucune communication ni avec la première chambre à statues, ni avec la seconde. Il faut encore ajouter vers l'extérieur deux constructions qui semblent chacune une petite tombe, dont la façade est chaque fois percée de deux niches aux extrémités. Les complications extérieures du plan de ce monmnent résultent manifestement d'agrandissements successifs. II n'est pas aisé de découvrir une raison précise à ce manque de plan net et définitif dans la construction d'un monument funéraire. Dans le couloir à niches les peintures de détail montrent avec précision les assemblages de poutres, dont la texture du bois est indiquée minutieusement, ainsi que les grands tapis suspendus entre les poutres maîtresses. Les agrandissements successifs et l'oblitération de certaines parties architecturales enfermées à l'intérieur du massif se retrouvent également dans les grands mastabas de la fin de la IIP dynastie, à Meidoum. Au mastaba de Ra-Hetep et de sa femme Nefert, célèbre par les belles statues du Musée du Caire, le tombeau était formé d'un grand massif rectangulaire. A l'une des extrémités, une niche simple était consacrée à Nefert, à l'autre une niche plus compliquée spécialement consacrée à Ra-Hetep. Au milieu du massif, cette seconde niche était faite de blocs de pierre, déterminant une chambre à laquelle on accédait par un couloir. Le couloir s'ouvrait lui-même sur une sorte de vestibule constitué par un renfoncement dans la façade. A un moment donné tout
cela avait été caché et enfermé par un mur de briques assez épais, constituant une première couche de revêtement. Sur celui-ci une seconde couche avait été ensuite appliquée, dans l'épaisseur de laquelle était réservée une nouvelle niche, plus simple, encadrée de chaque côté par le décor bien connu des pilastres et des niches. Ensuite, un mur détermine une cour à offrandes devant ces niches extérieures. De chaque côté de la niche se dresse une stèle semblable aux pierres dressées dans la cour du temple de la pyramide de Snefrou. Une disposition analogue se retrouve au mastaba de Nefer-Mat. Il y a ime certaine analogie entre la forme de la petite chambre de Ra-Hetep bloquée dans le massif et les salles en T des temples des pyramides.
Un autre mastaba de Meidoum présente quelques particularités intéressantes. Le mur extérieur ne montre plus que trois petites niches. Dans la chambre il y a une niche encore. A quelques mètres on trouve dans la maçonnerie un réduit muré. Dans le passage, à l'endroit oîi l'on pénètre dans la chambre, il existe encore une niche murée qui autrefois semble avoir contenu une statue. Un puits permet d'atteindre le caveau et nous rencontrons réunis ici, pour la première fois d'une manière nette, les éléments fondamentaux des mastabas classiques qui sont : la chambre-chapelle, le serdab ou réduit à statues et le puits funéraire.
La grande nécropole de Gizé et de Saqqara a fourni des exemples nombreux de tombeaux des IV^, V^ et VP dynasties. Jusqu'à présent aucune bonne étude d'architecture n'a été publiée sur ce sujet. Il faut donc se borner à l'examen d'un certain nombre de cas individuels, en essayant d'en dégager le plus d'enseignements possibles sur les mastabas.
Autour de la grande pyi'amide ceux-ci sont rangés par rues d'une régularité parfaite. A distance, le grand massif rectangulaire domine et on ne voit pas avec précision les constructions qui s'y appuient et qui constituent les appartements du culte. Quand on s'approche ceux-ci, qui étaient généralement en briques, ne se déterminent plus que par les arasements des murailles. Ils s'appuyaient le plus souvent sur la face est, vers le sud. A Gizé, le massif du mastaba est souvent, tout au moins pour le noyau extérieur, en blocs de calcaire. Les assises, légèrement en retrait les unes sur les autres, déterminent l'inclinaison des parois. De
même qu'aux pyramides, un revêtement extérieur en calcaire complétait le monument, mais le plus souvent les dalles en ont été arrachées plus tard pour servir dans d'autres constructions. Une particularité assez singulière a été relevée par Junker dans l'un des mastabas de Gizé. Un tableau en relief .donnant les titres et le nom d'un prince ainsi que l'image du défunt, assis devant une table d'offrandes, avait été encastré dans un mur extérieur, puis recouvert volontairement par un gros bloc de pierre, comme si l'on avait voulu mettre à l'abri de toutes les destructions possibles ce tableau nécessaire à la survie de l'âme du défunt.
Ainsi donc les chambres de culte commencèrent par être construites devant le mastaba, ensuite on les creusa à l'intérieur de celui-ci ; parfois on les multiplia au point qu'elles occupent la plus grande partie du massif. Il arrive que la construction des chambres extérieures finisse par réunir plusieurs mastabas en un groupe plus ou moins complexe.
Le mastaba de Ti, à Saqqara, montre un développement de constructions creusées dans le massif et construites devant celui-ci, si étendues qu'elles couvrent un espace presque aussi grand que celui qu'occupe le massif plein. Le mastaba proprement dit s'étale en longueur du nord au sud. La chambre de culte principale est creusée normalement sur la face est, vers l'extrémité sud. Probablement parce qu'un autre tombeau se trouvait dans le chemin, il a fallu reporter une partie du temple fiméraire vers le nord, ce qui rappelle la disposition particulière du temple de la pyiamide de Ne-Ouser-Re. L'entrée est constituée du côté nord par im portique, supporté par deux piliers carrés. La porte conduit dans une cour à 12 piliers. Dans un angle de cette cour deux corridors en enfilade longent la façade du massif, débouchent à droite dans une sorte de magasin appelé la salle à manger, puis dans la chambre de culte proprement dite, au plafond supporté par deux piliers. Le murou est de la chapelle (regardant par conséquent vers l'est) a deux stèles en forme de niches. Devant l'une d'elles une table d'offrandes est encore en place. Derrière ces stèles, mais sous le sol, exactement dans l'axe, est la chambre du sarcophage, à laquelle on accède, suivant le dispositif en usage pour les pyramides, par un long couloir incliné, qui s'ouvre au milieu de
la cour à piliers. Dans le premier corridor, à droite, une stèle est consacrée à la femme de Ti. Derrière cette stèle, à une certaine distance dans la maçonnerie, s'ouvre le puits conduisant à la chambre funéraire tle la femme. Dans l'angle de la cour à piliers, près de la porte des couloirs, il y a encore une stèle, celle du fils de Ti, mais jusqu'à présent on n'a pas trouvé le puits correspondant. Dans l'épaisseur des maçonneries, sur le côté de la chapelle et dans le massif près du vestibule d'entrée, se trouvent des réduits que l'on appelle serdab, dans lesquels ont été trouvées des statues et qui étaient en communication avec les espaces accessibles aux vivants par d'étroites fenêtres allant en s'élargissant vers l'intérieur.
On pourrait parcourir encore plusieurs autres tombeaux compliqués de Saqqara, par exemple celui de Meri, de Gemnikai ou de Ptah-Hetep (Art, pi. 106). Il suffira de jeter un coup d'œil sur leur plan pour voir combien l'on a successivement développé la richesse de ces maisons d'éternité et comment on a trouvé nécessaire de multiplier à l'extrême les appartements du mort. Dans le mastaba de Meri des parties sont réservées exclusivement à la femme et au fils. Chacun a sa chambre avec stèle.
Des mastabas ont été trouvés dans diverses localités d'Egypte en dehors de la nécropole de Gizé-Saqqara, par exemple à Dahchour et à Dendéra. Par ailleurs, quand la montagne s'y prêtait, les sépultures ont été creusées directement dans le roc, constituant à moins de frais les appartements funéraires des princes des diverses provinces égyptiennes. Déjà des hypogées de ce type sont creusés dans les flancs du plateau de Gizé. Les localités de la Haute-Egypte les plus célèbres par leurs tombeaux d'Ancien Empire sont : Dechaché, Deir-el-Gabraoui, Cheikh-Said, Meir, Siout et Assouan.
La disposition intérieure de ces hypogées ne varie pas énormément. On y trouve généralement une ou deux salles ; dans l'une d'elles se trouve la stèle ou les stèles. Le puits qui conduit aux appartements funéraires part du plancher des salles ou même de la plate-forme extérieure. Il est possible qu'il y ait eu une construction appuyée à la montagne mais elle a totalement disparu. On pourrait peut-être se représenter l'aspect qu'elle devait avoii en regardant un mastaba de Gizé découvert par Junker : le
tombeau de la princesse Nen-Sezer-Ka. Le mastaba y est précédé d'un portique supporté par deux piliers ; devant le portique se trouve une cour rectangulaire à murs bas ; dans le mur de face s'ouvre la porte d'entrée. C'est déjà le dispositif que nous retrouverons au Moyen Empire dans les tombeaux de Béni-Hassan, n y a là en même temps tous les éléments d'un petit temple : la cour et le portique qui précèdent les appartements intérieurs consacrés plus particulièrement au culte.
Comme détails architecturaux à l'intérieur des tombeaux, qu'ils soient construits au-dessus du sol ou creusés dans la montagne, il suffira de citer les piliers, carrés le plus souvent, parfois à huit pans, comme par exemple au mastaba de Ptah-Hetep, à Saqqara. La colonne florale n'a été rencontrée jusqu'à présent que dans le mastaba de Ptah-Shepses, à Abousir (Art, pi. 8). Les portes sort d'ordinaire sans ornements, simplement découpées à angles droits dans l'épaisseur des murailles. Les murs, recouverts d'un enduit s'il s'agit d'une construction en briques ou revêtus de calcaire fin, sont généralement ornés de peintures ou de reliefs que nous étudierons plus tard. Ceux-ci commencent à une certaine hauteur au-dessus d'un lambris peint en noir, qui correspond peut-être au soubassement de basalte existant dans les temples de la V^ dynastie.
L'éclairage était obtenu grâce à de petites ouvertures à la partie supérieure des murs, comme on peut le voir encore dans le mastaba de Ptah-Hetep, où les dalles du plafond sont de plus taillées de façon à imiter des rondins de bois (Art, pi. 106).
Le serdab était une chambre murée. Quand elle communique avec la chapelle, ce n'est que par une mince ouverture de quelques centimètres à peine, qui était jugée cependant suffisante aux besoins de l'âme ; c'est par là que la fumée de l'encens et l'odeur des sacrifices pouvaient pénétrer jusqu'aux statues.
La chambre du sarcophage est généralement un caveau rudement creusé dans le sol, sans décor d'aucune espèce. On y trouve soit un grand cercueil rectangulaire en bois, soit un sarcophage en calcaire tout uni comme au tombeau de Ti, soit plus l'arement un sarcophage de granit avec quelques inscriptions, quelquefois même avec un décor en forme de niche comme pour le sarcophage du prince Eioufou-Ankh. Dans de nombreux cas il semble que l'on
ait déposé le corps sans sarcophage ni cercueil. Vers la fin de l'Ancien Emi)ire, à la VP dynastie, de même que dans les tombes royales apparaissent des textes religieux ; on voit également les parois du cercueil ou même les murs de la chambre se couvrir de textes et de représentations des offrandes et du mobilier funéraire.
Que sont devenus, dans les mastabas que l'on pourrait appeler classiques, les murs à niches, qui étaient un des caractères les plus typiques des plus anciens mastabas ? Dans quelques tombeaux (jusque vers la V^-VP dynastie) on voit encore tout un mur extérieur présentant le dispositif des niches. Une des niches est ouverte et constitue l'entrée dans les chambres intérieures. C'est le cas par exemple pour un tombeau creusé dans le roc, à Gizé, et où le dispositif, assez curieux, paraît être l'intermédiaire entre les stèles ornées et les stèles simples. Dans d'autres tombeaux, le mur du fond d'une première chambre montre le décor caractéristique, au milieu duquel s'ouvre la porte d'entrée dans la dernière chambre. Un tombeau de Gizé présente le décor suffisamment élargi pour que l'on puisse croire qu'il se rapproche assez bien de l'architecture réelle à assemblages. Enfin, dans les cas les plus nombreux, c'est le mur du fond de la dernière chambre du tombeau qui présente sur toute sa largeur le motif de la stèle ornée. Citons par exemple les tombeaux de Sabou et de Ra-en- Anhk, à Saqqara ; ils ont l'un et l'autre deux niches complètes qui rappellent le décor architectural de la fameuse stèle du roi Serpent. Nous avons vu que dans le mastaba de Ptah-Hetep, à Saqqara, on s'est contenté de représenter une seule stèle ornée à l'une des extrémités d'un mur, en pendant avec la stèle simple.
La stèle simple se rencontre avec toute une série de variantes. C'est, semble-t-il, d'abord la véritable niche à statues, comme on en trouve trois l'une à côté de l'autre au mastaba de Ptah- Shepses, à Abousir. Le mastaba de Meri, à Saqqara, n'a qu'une seule niche, contenant encore la statue du défunt. (Art, pi. 26 et Rue de tombeaux, pi. 107). Les deux battants d'une porte pouvaient fermer la niche devant laquelle est la table d'offrandes. Pour la stèle de Neter-Nefer ou d'Itti-Ankhiris, au Musée du Caire, on verra immédiatement qu'il s'agit bien encore du même type. Seulement les deux parois latérales de la niche ont été rabattues,
suivant le procédé habituel dans les figurations architecturales, et elles sont venues s'étaler avec leur décor sm- la face principale (Art, pi. 125). Le tambour cylindrique qui, dans la construction, est destiné à supporter le linteau supérieiu', a été ici réduit à des proportions minimes. Au-dessus de l'entrée, dans laquelle apparaît la statue, il y a un panneau, des deux côtés duquel s'ouvrent, comme nous l'avons déjà vu antérieurement, des ouvertures destinées théoriquement à éclairer l'intérieur.
Sur de nombreuses stèles la porte, au lieu d'être ouverte, est représentée fermée, et le sculpteur a eu soin de marquer la division des battants et parfois les verrous. Mais on a profité de la circonstance pour encore réduire davantage la niche centrale : puisqu'on ne doit plus y figurer la statue, on s'est contenté de dessiner celle-ci en relief sin- les panneaux latéraux rabattus et sur les montants principaux. Il n'y a plus d'inconvénient désormais à traiter l'ensemble comme un simple dessin architectural et à le resserrer parfois latéralement, suivant l'espace disponible, à des proportions étroites. C'est ce qui explique la forme prise par la stèle, par exemple dans le mastaba de Ti.
Il y a lieu de signaler enfin la curieuse combinaison de la stèle simple avec les statues sculptées en haut relief. Un tombeau de Gizé (Lepsius, n° 95) en fournit un premier cas. Le mur du fond d'une chambre montre comme décor un encadrement avec le tore égyptien et une corniche. Sous l'espèce de portique ainsi déterminé s'élèvent deux statues entre lesquelles, au fond d'une niche, on voit une stèle simple. Cet exemple permettra peut-être de retrouver l'origine de la stèle du tombeau de Ptah-Neferseshem, à Saqqara (Rue de tombeaux, pi. 94-96). Sur les deux grands montants latéraux, où d'ordinaire les statues du mort sont dessinées de profil, on les a sculptées en haut relief et vues de face. Au centre la niche est très étroite, mais au-dessus, à l'endroit où d'habitude se trouve le panneau avec les deux ouvertures latérales, on voit apparaître le buste du défunt. La largeur du buste est une preuve probable que la niche aurait dû avoir une largeur équivalente.
Devant la stèle, comme nous l'avons remarqué dans le plan du tombeau de Ti, se trouve d'ordinaire une table d'offrandes,
formée d'une grande pierre plate sur laquelle sont souvent figurés des aliments divers et des ustensiles du eulte.
En résumé les earactères fondamentaux du mastaba sont : 1° un grand massif rectangulaire en briques ou en pierre ; 2° au niveau du sol une ehambre construite devant le massif ovi à l'intérieur de celui-ci et constituant le temple funéraire ou la chapelle ; 3° un serdab ou réduit à statues, parfois en communication avec la chapelle grâce à une étroite ouverture ; 4° un puits ou une rampe d'accès, conduisant à 5° la chambre funéraire en sous-sol. Dans la chapelle on rencontre : a) la stèle ornée, imitation de la façade de l'ancien édifice funéraire, qui copie vraisemblablement l'architecture du palais royal ; b) la stèle simple, dont la forme générale copie le type des sanctuaires primitifs des hiéroglyphes. Toutes deux sont en réalité des traductions graphiques de Pédicule ou naos, contenant la statue du culte funéraire, ainsi que nous l'avons dit à propos de l'architecture figurée.