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CHAPITRE XVIII

LES BAS-RELIEFS Première partie

Reliefs royaux. — Les bas-reliefs royaux des premières dynasties sont peu nombreux et ils se trouvent tous, en dehors de l'Egypte, au Sinai, gravés sur des rochers. Le plus ancien, que nous avons déjà rencontré précédemment, est le relief du roi Semerkha. On y voit trois figures royales l'une à côté de l'autre. La première à gauche nous montre le souverain portant la couronne de la Haute-Egypte et abattant un ennemi vaincu. Devant ce groupe, le roi est deux fois représenté debout, portant d'abord la couronne de Basse-Egypte, puis la couronne de Haute- Egypte. C'est un nouvel exemple de deiix images d'un même personnage répétées l'une à côté de l'autre et présentant seulement une différence dans la coiffure. Le style de ce bas-relief est assez sec, ce qui s'explique par les conditions dans lesquelles il a été exécuté, à une très grande hauteur au-dessus du sol. Pour s'en convaincre il suffirait de regarder la plaquette en bois du roi Den, de la collection Mac Gregor, qui montre le même thème dessiné d'une manière infiniment plus vivante et animée.

On pourrait citer encore des bas-reliefs de Snefrou, de Khéops et de quelques autres rois du même empire. Par ces monuments commémoratifs d'expéditions au Sinaï, nous constatons qu'un des thèmes fondamentaux des reliefs égyptiens de l'époque ultérieure était complètement constitué dès les premières dynasties.

Reliefs des temples. — Le temple solaire d'Abou-Gourab de Ne-Ouser-Re a donné quelques bas-reliefs importants, qui malheureusement ne sont pas encore publiés. D'après quelques fragments reproduits çà et là, on peut juger qu'ils montraient d'abord une série d'épisodes d'une fête religieuse que l'on appelle « heb-sed » (sorte de cérémonie de divinisation royale), exécutés entièrement

dans le genre des reliefs d'époque postérieure qui reproduisent la même fête. D'autres morceaux représentent les trois saisons de l'Egypte : c'est une sorte de catalogue de la nature et de ses produits, où l'on voit, côte à côte, des céréales avec leur nom, puis des arbres variés, des animaux, puis encore la récolte des différents produits, comme par exemple le miel. Un fragment figurant des animaux au désert donne un bon exemple de ces paysages sommaires avec indication de la végétation et des mouvements du sol. Il y a, entre autres, une figure d'antilope frappant le sol du pied et jetant en l'air de la poussière ; c'est déjà l'égal des meilleures représentations d'animaux de l'époque postérieure.

Dans les temples des pyramides de la IV*^ dynastie on n'a trouvé aucun fragment de relief. Le temple de Khéphren était détruit, il est vrai, jusqu'au niveau du sol, mais s'il avait été décoré de bas-reliefs on aurait pu s'attendre à en trouver au moins quelques fragments ; au cours du déblaiement on n'a absolument rien rencontré de ce genre, ce qui permet de conclure à l'inexistence de bas-reliefs. Le temple de Mycérinus, comme nous l'avons vu, était inachevé.

Au contraire pour la V^ dynastie, la moisson de reliefs rehaussés de peintures a été fort abondante, bien qu'elle ne représente qu'une infime proportion de ce qui existait auparavant. Au temple de Sahoure, on a calculé qu'il devait y avoir environ dix mille mètres carrés de bas-reliefs ; au portique seul, environ deux mille. On en a retrouvé environ cent cinquante seulement, mais ces fragments sont des plus précieux, car par leur variété ils ont permis de se faire une idée suffisante de la décoration complète des monuments. Dans la reconstitution de la cour, Borchardt a pu rétablir les bas-reliefs dans leur place primitive. On voit qu'ils étaient disposés au-dessus d'un lambris d'un peu plus de 1™50 de hauteur et qu'ils s'élevaient ensuite à peu près jusqu'au plafond. Nous retrouverons exactement la même disposition dans les tombeaux. Le temple de Sahoure a fourni un nombre considérable de fragments de reliefs. Pour en examiner quelques-uns avec plus de facilité nous les grouperons en quelques catégories générales. On peut diviser en effet les représentations en scènes militaires, scènes de chasse, scènes funéraires et scènes religieuses.

Scènes militaires. — Un des fragments les plus importants

montre l'épisode final de la victoire remportée sur les voisins occidentaux de l'Egypte, les Libyens. D'après quelques restes on voit qu'il y avait d'abord, à gauche, une gigantesque figure du roi, en train d'assommer le prince des Libyens. Derrière ce tableau principal, les épisodes accessoires sont répartis en plusieurs registres. Tout en haut on voit les chefs, les princesses de Libye et leurs enfants, implorant du roi leur grâce. Derrière eux est assise la déesse des Annales, qui écrit le compte des prisonniers faits sur les pays étrangers. En dessous s'étale sur quatre registres le bétail capturé. Ce sont les bœufs, les ânes, les chèvres et les moutons. Au-dessus de chaque rangée d'animaux il y a des chiffres fantastiques, comme on en relève dans les tombeaux au-dessus des représentations des troupeaux du mort ou des objets d'offrandes. Enfin, en dessous sont figurés encore plusieurs personnages princiers, peut-être la femme et les enfants du chef abattu, et de plus la déesse de l'occident et un dieu de Libye. Il entre bien dans les idées orientales de faire assister les dieux de la région vaincue au triomphe du roi conquérant. Sur un autre fragment on pouvait voir les dieux de l'Egypte, amenant en laisse les différents peuples vaincus, représentés chacun par un personnage type ; ils se suivent, les bras serrés étroitement dans diverses positions, devant la poitrine, au-dessus de la tête, ou derrière le dos. Les différents caractères ethnographiques sont saisis avec beaucoup de précision et l'habitant de Pount, sur la côte africaine de la mer Rouge, ou le Libyen, ou les habitants du sud de la Palestine sont rendus chacun avec leur physionomie particulière. Quand donc nous admirerons au Nouvel Empire les magnifiques tableaux d'étrangers, nous aurons sous les yeux des œuvres qui se rattachent directement à une tradition bien ancienne. Un autre bas-relief montre la flotte revenant d'Asie et ramenant quelques indigènes, peut-être des otages.

Scènes de chasse. — De très nombreux fragments d'une scène de chasse ont pu être rassemblés en un immense panneau décomposé en trois parties principales. Le personnage le plus important est le roi qui s'élance l'arc à la main, et qui décoche des flèches droit devant lui. Le mouvement général du roi archer est très bien rendu. Derrière lui, répartis en quatre registres, se trouvent

les personnages de la suite, parmi lesquels on voit le prince héritier. Le but des flèches royales est représenté par une masse d'animaux répartis en plusieurs registres, probablement quatre, délimités aux extrémités par un grand filet qui enserrait le terrain de chasse. A chaque registre le sol est indiqué par yne ligne sinueuse, sur laquelle des plantes croissent de place en place. Tout le tableau est rempli par de nombreux animaux d'espèces variées : ils fuient dans deux directions, mais ils sont atteints sans miséricorde par les flèches royales réparties également sur les divers registres. Les représentations d'animaux sont, parfaites et montrent une grande variété d'attitudes. Un détail curieux à noter : à l'un des registi'cs on voit un chien qui vient de terrasser une antilope. Sur ce groupe, des hgnes quadrillées montrent que le dessinateur n'a pas travaillé à sa fantaisie mais copié un modèle. Il en est de même, à un autre endroit, pour la représentation d'un hérisson.

Scènes funéraires. — Il faut rattacher à cette catégorie les processions de personnages réels ou symboliques qui apportent les offrandes à la sépulture royale, ainsi que les figures de bouchers en train de dépecer les animaux du sacrifice. Des personnages représentant les diverses provinces s'avancent précédés par des femmes, porteuses d'offrandes et symbolisant chacune un domaine funéraire. Plus loin ce sont les dieux de la Haute et de la Basse- EgyptCj accompagnés de séries d'hommes et femmes, de cette catégorie qu'on appelle des Nils. On peut faire plusieurs remarques curieuses à propos de ces processions. Ainsi, sur l'une, on relève encore la présence de lignes quadrillées qui avaient servi à poser les figures. Lorsque précédemment nous avons examiné la question des canons de proportions, nous avons constaté d'une façon générale qu'il existait deux canons : l'un habituel dès l'Ancien Empire et l'autre devenu fréquent à partir de l'époque saïte. On sait que ces canons différaient par la hauteur à laquelle tombaient sur un corps debout les différentes lignes qui déterminaient des carrés. Or voici que dans le temple de Sahoure les figures de dieux et de déesses semblent dessinées suivant le canon dit de la basse époque: la figure est divisée par de grands carrés, dont il y en a dix en hauteur et la ligne supérieure du dixième passe exactement au niveau

de la bouche. Le canon saïte nous donnait vingt comme point de repère de la bouche ; il suffit de diviser en quatre (soit deux dans le sens de la hauteur) chacun des grands carrés que nous avons ici pour retrouver exactement ce chiffre. {^) De même le genou devrait tomber à sept et il est ici exactement entre deux carrés. Or, précisément à la partie inférieure de ce relief, on voit des figures où les grands carrés sont de place en place divisés en quatre. C'est évidemment pour la rapidité de l'exécution, confiée à des artistes entraînés, qu'on s'est borné à n'indiquer que dix lignes au lieu de vingt dans le sens de la hauteur. Cet exemple semble prouver que l'adoption du soi-disant canon saïte n'a été tout simplement que la remise en honneur d'vm canon qui était parfaitement employé sous l'Ancien Empire, bien que l'autre ait été plus généralement en usage à cette époque.

Dans une autre procession, deux figures méritent d'être particulièrement notées. Si précédemment nous avons vu des personnifications de provinces et de domaines, ici on a cherché à figurer la mer et le grain. Voici comment on s'y est pris : on a dessiné un personnage gros et gras, en tout semblable aux Nils, mais pour le premier on lui a couvert le corps de petites lignes en zigzag figurant l'eau, et pour le second, de grains serrés les uns contre les autres.

Scènes religieuses. — Toutes les scènes précédentes proviennent de la première moitié du temple, de ce qu'on appelait le temple public. Les représentations de divinités se trouvent au contraire dans la partie appelée temple intime. On y voit de grandes figures de dieux et de déesses, traitées de la manière la plus classique, ressemblant en tout aux images divines des époques postérieures. Il n'est pas douteux que si des fragments de ce genre avaient été mis dans le commerce il y a quelques années, sans aucune indication d'origine et sans que le nom du roi n'apparaisse, personne n'aurait osé les faire remonter à une époque antérieure au Moj'en Empire ; peut-être même n'aurait-on pas hésité à les attribuer à la XYIIP dynastie. Les attitudes, les ornements,

(') Ceci n'est pas tout à fait exact, car on constatera qu'il manque en bas la valeur d'un quart de carreau et qu'ainsi la bouche ne tombe en réalité qu'à la division dix-neuf et demi.

les coiffures, les gestes étaient connus depuis longtemps, à tel point que, dans l'état de mutilation où on les retrouve au temple de Sahoure, un petit fragment suffit parfois pour reconstituer en toute sûreté la plus grande partie d'une scène.

Nous pouvons compléter ce que nous venons de voir au temple de Sahoure par quelques exemples encore du temple de Ne-Ouser-Re. Le fragment d'un grand groupe du roi abattant son ennemi est un admirable morceau ; l'attitude générale du corps du chef libyen vaincu est vraiment parfaite (Art, pi. 120). Dans un relief de quelques millimètres d'épaisseur le sculpteur a réussi à donner, par des variations infimes de plans, des indications anatomiques fort exactes, par exemple au ventre. D'autres fragments ont fourni toute une série de types ethnographiques intéressants ; il s'agissait d'un grand bas-relief où l'on voyait le griffon royal écrasant sous ses pattes les têtes des ennemis précipités sur le sol. Suivant un procédé employé par les sculpteurs en ronde bosse, on avait cherché à animer les personnages en incrustant dans le relief des yeux faits de matières diverses. Nous retrouverons plus tard des exemples de cette représentation du griffon foulant aux pieds les peuples vaincus.

Un grand panneau, actuellement au Musée de Berlin, nous montre le roi assis sur un trône ; une déesse est à côté de lui et le tient par l'épaule, dans l'attitude des groupes sculptés, tandis que le dieu Anubis, à tête de chacal, présente à ses narines le signe de vie et lui donne en main des séries de signes de vie (Art, pi. 119). On pourrait croire que cette scène se passe dans le monde des dieux où le roi est parvenu, mais il n'en est pas ainsi, car nous voyons au pied du trône les suivants du roi, qui ont l'air de faire la haie. Il s'agit donc d'une cérémonie qui s'exécutait dans le temple et au cours de laquelle des prêtres et des prêtresses jouaient le rôle des divinités.

Puisque les mêmes scènes, dont nous avons ici les plus anciens exemples, se retrouvent, à peu près d'une manière invariable, à travers toutes les époques de l'art égyptien, c'est un indice que les artistes travaillaient d'après des séries de modèles consacrés par la tradition et dont on ne s'écartait que rarement. Si une preuve était nécessaire on pourrait la trouver dans le fait que des détails se répètent non seulement dans plusieurs monuments

d'une même époque et dans des localités différentes, mais aussi dans des monuments d'cpoqu(j)» diverses : des animaux de la scène de chasse du temple de Sahoure, à Abousir, ont été signalés, dessinés d'une manière identique, non seulement au tombeau de Ptah-Hetep, à Saqqara (ces deux monuments sont à peu près contemporains), mais encore au temple de Mentou-Hetep, à Dcir-cl-Bahari, de la XI*= dynastie.

Reliefs des tombeaux. — La série des reliefs des tombeaux est plus nombreuse et permet de mieux suivre la genèse du développement de ces décorations funéraires.

Dans les tombeaux en briques qui, on s'en souvient, précèdent les constructions de pierre, on recouvrait les murs d'un enduit sur lequel venaient ensuite les peintures. Malheureusement ces décorations fragiles ont laissé peu de traces. Il suffira de rappeler la tombe peinte d'Hiérakonpolis, dans laquelle on pourrait reconnaître une contrefaçon, par un indigène de Haute-Egypte, des décorations des tombes peintes des Egyptiens de la Basse-Egypte. Il faut aller directement jusqu'à la fin de la III<^ dynastie pour rencontrer un autre exemple d'une tombe peinte. Au mastaba de Hesi, à Saqqara, devant les niches peintes, tout le long du grand mur, il y avait des représentations, soigneusement exécutées en peinture, de tout le mobilier funéraire. Celui-ci semble posé sur un fond de bois. Ce détail rappelle le fait signalé précédemment dans l'étude des tombes que la chambre funéraire était parfois faite en poutres et en planches.

Les mastabas de Meidoum, contemporains de Snefrou, sont aussi partiellement décorés de scènes peintes. C'est d'un de ces tombeaux que sont sorties les fameuses oies du Musée du Caire, dont on a loué, à juste titre, la perfection et le naturel dans les attitudes.

Meidoum nous révèle également une technique très particulière qui semble vouloir combiner l'emploi de la fresque avec celui du calcaire revêtant les murs de la chambre mortuaire. Voici comment on s'y est pris. Après avoir dessiné les scènes à représenter, on a creusé, à une certaine profondeur dans la pierre, toutes les figures, et dans le creux ainsi obtenu on a inséré des pâtes de couleur, dont la juxtaposition formait des tableaux

coloriés dont le niveau était égal au plan primitif de la pierre. Le propriétaire du tombeau se vante dans une inscription d'avoir fait ces représentations en couleurs qui ne s'effacent pas ; mais malheureusement les pâtes se sont desséchées et sont tombées en beaucoup d'endroits. A côté de ces procédés particuliers, Meidoum nous offre aussi des murs en calcaire avec reliefs sculptés. Ce qui les caractérise, c'est une saillie assez accentuée ; les figures et les hiéroglyphes sont découpés nettement et s'enlèvent hardiment sur le plan de la pierre. Ce n'est pas une simple particularité locale, car le même genre de sculpture a été retrouvé, à la même époque, à Dahchour et à Gizé. Il est probable que ce procédé est le résultat de l'imitation de la technique des reliefs en bois. On se rappelle que déjà, dans une tombe de la I*'® dynastie, une des niches avait un plancher de bois. Garstang a trouvé un tombeau où la niche était entièrement revêtue de planches avec des hiéroglyphes et une figure en relief. Au tombeau de Hesi, dans le fond de chaque niche, on avait inséré un panneau de bois décoré de figures en relief. Ces panneaux de Hesi comptent parmi les œuvres les plus précieuses du Musée du Caire (Art, pi. 28 et 126). Ils nous montrent dès la fin de la III^ dynastie une perfection technique rarement égalée. Un simple coup d'œil permet de constater immédiatement combien la figure et les hiéroglyphes se détachent avec fermeté sur le fond. On sent la morsure du couteau ou du ciseau qui pénètre dans une matière assez souple à travailler. C'est cette technique-là que les bas-reliefs en calcaire s'ingénient à copier servilement.

Comparons un instant deux des têtes de Hesi (Débuts, fig. 3 et 4). Nous ferons immédiatement une constatation semblable à celle que nous faisions dans la leçon précédente à propos des statues. Les deux têtes qui prétendument représentent le même personnage sont assez différentes. La forme du nez diffère de l'une à l'autre, bien qu'il y ait un air de ressemblance générale.

Un peu plus tard la technique du bas-relief en calcaire ira en s'adoucissant. La saillie du relief s'affaiblira, les tailles deviendront très fines et le raccord avec le fond sera ménagé par une pente insensible.

Dès la IVe dynastie probablement, on s'entend à faire des reliefs d'un geiare particulier, où on laisse subsister le plan extérieur

de la pierre tandis que le relief proprement dit s'élève dans le cretix déterminé par le contour des figures.

Grâce à l'examen d'un certain nombre de tombeaux inachevés, on peut se rendre compte du procédé habituel des sculpteurs ou même, en général, des décorateurs. En effet, le point de départ du travail de peinture ou de relief semble absolument identique. Il s'agissait d'abord d'obtenir une surface bien lisse. On y parvient en appliquant un enduit soit sur les briques, soit sur la paroi rugueuse, obtenue en creusant les chambres dans la montagne ; ou, encore, en revêtant leurs parois de blocs de fin calcaire soigneusement appareillés. Les joints des blocs étaient bouchés par un mortier, de manière à ce que nulle part n'apparaisse une solution de continuité.

Sur l'espèce de grande page blanche obtenue ainsi, le scribe dessinateur commençait à tracer les figures à l'encre noire ou rouge, en se servant des quadrillages ou des lignes de repère dont il a été déjà question. Parfois on constate qu'un dessinateur plus habile a rectifié ou amélioré l'un ou l'autre trait. Au tombeau de Ptah-Hetep on a dessiné les contours des porteurs d'offrandes en se guidant sur quelques lignes générales qui se rattachent au canon ordinaire de l'Ancien Empire. Le genou tombe à une ligne qui correspond à la sixième division ; l'épaule, à la seizième ; le haut du front, à la dix-huitième.

Lorsque la figure est ainsi posée ne varietur, le travail du sculpteur commençait. Sur une paroi du tombeau de Ti on voit nettement sa façon de travailler. La silhouette d'un premier porteur est découpée aussi sèchement que possible, sans aucun détail intérieur. A la figure suivante on a déjà commencé à tracer certaines lignes de détail. Une figure voisine au contraire est plus avancée. On a presque achevé les lignes intérieures, indiqué légèrement les détails de musculature, raccordé le relief au fond en adoucissant les tailles et il ne reste plus qu'à marquer les boucles de la chevelure, ce qui est fait pour les figures du registre inférieur. Quand un tombeau est de grande dimension, comme c'est le cas chez Ti, il n'est pas difficile de discerner l'œuvre de plusieurs ouvriers. Dans une des salles les porteurs d'offrandes sont beaucoup moins élégants que dans les grandes processions du couloir. Nous sommes donc en présence de l'ouvrage de deux équipes différentes.

De même que dans les temples, les reliefs se présentent invariablement, posés au-dessus du sol, sur un lambris qui mesure environ i"^50 et de là ils s'élèvent sans interruption jusqu'au plafond. Parfois, pour ne pas dire souvent, on trouve à la partie supérieure un ornement. Ce sont surtout des fleurs de lotus, posées les unes à côté des autres, le calice tourné vers le haut. Quelquefois en dessous des lotus il y a un ornement géométrique formé de deux lignes parallèles, interrompues de place en place par deux petits traits. Ce décor de lotus est souvent extrêmement simplifié et prend une forme géométrique, la fleur étant réduite à trois traits, dont l'un s'élève droit et les autres divergents. Ces traits divergents se touchent de fleur en fleur, de manière à former un décor continu. Un autre ornement est ce qu'on appelle les « khaker ». On a voulu y reconnaître parfois des franges de tapis, mais elles se trouvent toujours à la partie supérieure du mur et jamais en dessous, ce qui ne serait pas logique pour des franges. On les a décrites également comme ayant une origine constructive dérivant de l'emploi de roseaux. Cette dernière explication, toute ingénieuse qu'elle paraisse, n'est pas absolument convaincante.

En plus des murs de la chambre on relève encore des reliefs sur la stèle simple. Nous y reviendrons dans un instant. Quelquefois sur le siège des statues on voit des serviteurs apportant des offrandes : tels sont les trois côtés du siège de la statue de Neferartenef.

Nous mentionnerons ici une catégorie de monuments qui rentrent dans la série des reliefs. Ce sont les « vraies stèles » et l'on peut regretter que ce mot ait été transporté aux imitations de constructions que nous avons analysées précédemment, car cela est de nature à produire des confusions. Les vraies stèles donc sont essentiellement des pierres dressées devant le tombeau ou £ ppuyées à la façade du tombeau, ou parfois aussi mises dans une chapelle. Elles portaient à l'origine le nom seul dvi mort, comme on Ve vu pour la grande stèle du roi Serpent. Cette inscription peut être accompagnée d'une ou de plusieurs figures du défunt. On y ajoute des scènes de plus en plus compliquées, si bien que la stèle finit par devenir un vrai résumé du tombeau complet, avec toute sa décoration. On les érigera à proximité des temples des dieux, où elles formeront un véritable cénotaphe pour l'âme

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du personnage auquel elles sont consacrées. On en rencontre principalement au Moyen Empire et au Nouvel Empire.

Un des éléments fondamentaux de la décoration des tombes est constitué par les grandes figures du mort. Nous les trouvons en plusieurs endroits ; d'abord sur ce qu'on appelle la pancarte, qui est une plaque mise à l'extérieur du tombeau. Le mort y est représenté généralement assis devant une table, à côté de laquelle est dressée une liste d'offrandes. Cette pancarte, qui indique extérieurement la destination du monument, se répétait sur le panneau supérieur de la stèle simple. Et ceci indique une fois de plus l'identité foncière de la stèle simple avec le tombeau tout entier. On rencontre ensuite de grandes figures du mort sur les panneaux latéraux de la stèle, où elles sont manifestement la copie des statues qui sont censées enfermées dans celle-ci. On peut citer, par exemple, les représentations du prince Mer-Ab sur les panneaux de ses stèles (Art, pi. 21). La position du sceptre ou cassetête qui passe derrière le corps montre bien, sans hésitation possible, qu'il s'agit de la copie de statues dans la pose normale (Voir Art, pi. 121). On trouve au même endroit, sur les panneaux de la stèle simple, des représentations de groupes funéraires.

On voit ensuite de grandes figures du mort, seul ou accompagné de membres de sa famille, sur les parois principales de la chambre et c'est vers elles que se tournent toutes les autres scènes qui, manifestement, y trouvent leur point d'aboutissement (Art, pi. 22). Il ne serait pas difficile de retrouver dans les reliefs toutes les variantes de groupes que nous avons étudiées dans une leçon précédente. Contentons-nous d'en citer deux du tombeau de Ti : le mort est debout ; sa femme, de proportions normales par rapport à son mari, est assise à ses pieds. A un autre endroit Ti est assis et sa femme, de dimensions minuscules cette fois, est à ses pieds et tient un des mollets de son mari dans l'attitude que nous connaissons.

Il n'est pas sans intérêt de profiter de l'occasion qui se présente à nous de faire ici une comparaison entre les portraits en relief de Ti et la statue du même personnage, trouvée dans un des serdabs et conservée au Musée du Caire. Le résultat de cet examen ne fera que confirmer ce que nous avons dit des sculptures en ronde bosse : on a peine, en effet, à trouver une ressemblance

entre la statue et les reliefs. Un autre exemple est donné par Neferartenef. Si l'on compare la figure du défunt sur la stèle du mastaba au Musée de Bruxelles avec la statue provenant du serdab et conservée au Caire, on a peine à croire qu'il s'agisse d'un seul et même personnage. Quelques détails relevés dans \e tombeau de Neferartenef sont de nature à faire croire que toute la décoration avait été faite à l'avance, sans savoir à qui serait destinée la chambre funéraire. En effet il y a, en une certaine place, cinq enfants assis les uns à côté des autres. On y voit alternativement un garçon et une fille, un garçon et une fille, et enfin un garçon. C'est évidemment un choix d'enfants, avec une assez bonne proportion des deux sexes ; mais quand on regarde les inscriptions mises au-dessus de chacune des petites figures, on constate qu'il y a trois garçons à la suite, puis une fille, et enfin un garçon. Le nom d'un des fils est inscrit au-dessus d'une figure de fille : il ne s'agit pas d'une erreur dans le mot fils ou fille, car le personnage pour lequel on a fait cette malencontreuse faute est un scribe qui porte précisément le nom de son père. On peut constater aussi dans le même tombeau qu'à côté de chaque figure de porteurs d'offrandes on a gravé, après coup, le nom des prêtres funéraires attachés personnellement au service du mort. Evidemment on n'a pu les connaître qu'après l'exécution du décor. Tout semble donc indiquer que l'on faisait à l'avance des tombeaux dans lesquels il ne restait à préciser, au dernier moment, que les noms et les titres du défunt et des membres de sa famille. Et ceci démontre une fois de plus combien il serait vain de vouloir chercher dans les reliefs soit des portraits, soit des scènes authentiques de la vie du défunt.

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