‹ Leçons sur l'art égyptienChapitre 24 sur 63 · CHAPITRE XXI SCULPTURE. PEINTURE. ARTS INDUSTRIELS · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI SCULPTURE. PEINTURE. ARTS INDUSTRIELS

Il n'est pas facile de discerner dans les arts du Moyen Empire ce que l'on pourrait appeler le style caractéristique de cette époque. Si l'on veut cependant indiquer d'une manière générale une sorte de courbe dans l'évolution de l'art, nous dirons que la XI^ dynastie jusqu'au règne de ses derniers rois est caractérisée par un art barbare et hésitant, qui fait place, presque subitement, à un art qui se trouve entièrement au niveau de celui de l'Ancien Empire. Au contraire, dans la XIII"^ dynastie on assisterait à une nouvelle décadence analogue à celle de la fin de l'Ancien Empire.

Statues. — Les statues royales, assez nombreuses, ont été découvertes dans les temples des dieux, dans les temples des pyramides et même dans les tombeaux. Nous y rencontrons les types généraux de l'Ancien Empire : le loi debout ou assis, ou en compagnie d'une déesse. Il faut y ajouter le type du pilier osiriaque, puis au moins un spécimen d'une statue qui représente le roi à genoux, tenant en mains deux vases d'offrandes. C'est aussi au Moyen Empire que l'on connaît les premières statues colossales de rois.

En présence d'un certain nombre de statues royales de cette période, on est amené à soulever la question d'usurpation : il est possible que plusieurs œuvres qui portent les noms de rois du Moyen Empire aàent été sculptées sous l'Ancien Empire et puis simplement appropriées aux pharaons plus récents par une inscription nouvelle.

Quelques statues en bois représentent des souverains du Moyen Empire. Deux d'entre elles se trouvent au Musée du Caire. La première est de Sésostris I"^"". Elle nous montre le roi debout, dans la position normale, coiffé de la couronne de la Haute-Egypte £t tenant dans la main gauche, au lieu d'un long bâton, le sceptre

à crochet caractéristique des rois. C'est une œuvre assez bonne, mais qui manque complètement de finesse ; elle se réclame plutôt de la tradition de réalisme de l'Ancien Empire que du mouvement idéaliste. C'est au contraire à cette seconde tendance que l'on doit rattacher la statue de bois trouvée dans le tombeau du roi Hor, à Dahchour (Art. pi. 40 et 134). La place exacte de ce souverain a été l'objet de discussions, mais il est bien probable qu'il s'agit d'un pharaon éphémère de la XII'" dj'nastie. La statue de bois représente plus précisément le double du roi, ainsi que le prouvait l'emblème qui surmontait sa tête et qui était formé de deux bras, constituant le signe que l'on traduit par « double ». Les formes du corps sont gracieuses et élancées ; l'anatomie est soigneusement indiquée, mais sans aucune espèce d'exagération dans le rendu. En vertu de son caractère divin, le double porte la grande chevelure et la barbe. On peut reconnaître une variante du geste habituel : le personnage ne s'appuyait pas sur un bâton mais soutenait un sceptre que les bas-reliefs nous font connaître et qui était surmonté d'une tête humaine. Au moment de la découverte il y avait encore autour des reins les traces d'une ceinture en stuc et il est probable que le personnage était habillé d'un vêtement en étoffe.

Passons aux statues de pierre. Celles-ci sont assez nombreuses et il ne peut être question de les examiner toutes. D'ailleurs un certain nombre d'entre elles, signalées dans des pubHcations déjà anciennes, n'ont pas été reproduites jusqu'à présent d'une manière qui en permette l'étude approfondie. Des statues royales du Moyen Empire ont été rencontrées dans de nombreuses localités d'Egypte, à Thèbes dans la cachette du temple de Karnak par exemple, ou dans les ruines du temple d'Abydos ou dans la Basse-Egypte, particulièrement à Tanis. La plus ancienne représente un roi Mentou-Hetep (Art, pi. 130)., Elle a été trouvée, emballée dans un paquet d'étoffe, dans le caveau du tombeau que nous avons signalé en relation avec la pyramide du temple de Deir-el-Bahari. C'est une statue de grès représentant le roi assis, le corps enveloppé dans un manteau d'oîi sortent seulement les deux poings fermés. Sur la tête s'élève la couronne de Basse-Egypte. On a reconnu dans ce type de statue une sculpture représentant le souverain célébrant la fête de Heb-sed. Le grès

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est colorié criimcut et l'œuvre prodviit une impi-cssion assez rude. Les jambes du roi sont de dimensions eolossales, que" l'on a voulu expliquer en prétendant que le sculpteur avait calculé que la statue serait vue en perspective du bas d'un escalier. Hamburger a fait justement remarquer que, dans ce cas, les jambes au contraire devraient être plus petites par rapport au torse et à la tête ; il préfère expliquer leur taille monstrueuse par l'éléphantiasis. J'avoue ne pas être convaincu par cette explication et je serais plutôt porté à croire que, dans la statue de Mentou- Hetep, nous avons le produit de l'inexpérience de sculpteurs provinciaux s'inspirant des sculptures de leurs rivaux plus habiles de l'empire memphite.

Le contraste est frappant si nous examinons la douzaine de statues du roi Sésostris I'''', trouvées au temple de la pyramide de Licht (Art, pi. 32 et 33). N'étaient les circonstances de la trouvaille et les noms inscrits sur les statues, on n'éprouverait aucune difficulté à insérer ces œuvres dans la suite des sculptvires contemporaines de Khéphren et de Mycérinus. Rien n'est changé dans l'attitude générale. Le roi est assis sur un tiône cubique avec un coussin à l'arrière ; les jambes sont l'une à côté de l'autre, les mains posées sur les genoux, la main gauche ouverte, la main droite fermée, le dos de la main en haut. La tête du roi est enveloppée du klaft avec l'uraeus ; au menton se détache la barbe qui descend en un fourreau étroit s'élargissant légèrement vers le bas. Sur les côtés du siège, des décors en bas-reliefs montrent le motif héraldique des Nils qui lient les plantes de Haute et de Basse- Egj'pte au signe de réunion, sur lequel se pose le cartouche royal. Déjà certaines statues de la IV^ dynastie montrent sur le côté du siège un thème semblable ou analogue. La figure du roi est bien modelée, avec une expression calme et tranquille, bien que peu majestueuse. On y retrouve la bonhomie d'expression que nous avons notée dans certaines têtes de Mycérinus. On avait t'oulu, avant de connaître les statues de Mycérinus, signaler dans ces têtes de Sésostris !<'■' la première apparition d'un sentiment nouveau de la royauté. Le roi, dans les textes, est appelé le dieu bon et c'est ce côté particulier de son caractère que les sculpteurs auraient voulu traduire. Il se peut ; mais alors la première manifestation de cette idée doit être reportée à l'Ancien Empire.

On remarquera que les yeux ont été particulièrement soignés. Alors qu'ils sont souvent dessinés simplement en amande, comme en boutonnière dans le visage, on constate que les paupières ont été ici dessinées d'une façon plus réelle. La glande lacrymale est bien indiquée et la paupière supérieure surplombe et dépasse l'angle de l'inférieure. Et cependant ce dernier détail n'est pas aussi bien observé, ni rendu de même, sur toutes les statues de la série, ce qui montre, soit dit en passant, combien il pourrait être imprudent de se servir d'une remarque semblable pour vouloir établir un indice chronologique des statues, comme on a pu le faire pour l'art grec. Dans l'ensemble il faut cependant avouer que toutes ces statues de Sésostris I^r, de Licht, sont fort semblables entre elles, à tel point que si l'on n'est pas attentif en comparant des photographies de détail de plusieurs d'entre elles on pourrait ne pas s'apercevoir qu'elles reproduisent des sculptures différentes : heureusement l'indication des raies de la coiffure peut montrer immédiatement qu'il s'agit de deux sculptures différentes. Il est peu douteux dans ce cas que, contrairement à ce que nous avons observé sous l'Ancien Empire, les sculpteurs aient réussi à copier un certain nombre de fois un même modèle d'une manière exacte. Il se pourrait du reste que l'on ait fait une statue et qu'ensuite des praticiens habiles l'aient reproduite en un certain nombre d'exemplaires, d'une manière en quelque sorte mécanique. On ne trouvera pas non plus une grande différence dans le rendu des traits pour les têtes des figures osiriaques du même roi.

Il se peut qu'une tête trouvée dans la cachette de Karnak appartienne à une statue du roi Sésostris II. Ici l'expression de figure est bien différente ; tandis que le visage de Sésostris I^"" est d'un ovale arrondi et plein, la face de Sésostris II est plutôt maigre et allongée en pointe. Les joues s'effacent, ce qui produit un amincissement caractéristique de la partie inférieure du visage et donne au modèle une expression quelque peu maladive. Si Sésostris I*''^ nous rappelait les ceuvres de la IV^ dynastie, la tête de Sésostris II fait déjà pressentir la perfection des sculptures royales de la fin de la XVIIIe dynastie.

Dans le temple de la XI ^ dynastie, à Deir-el-Bahari, on a découvert, en fragments plus ou moins mutilés, plusieurs statues de Sésostris III. Deux sont conservées au British Muséum, une

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