‹ Leçons sur l'art égyptienChapitre 25 sur 63 · SCULPTURE. PEINTURÉ. ARTS INDUSTRIELS · texte numérisé non relu

SCULPTURE. PEINTURÉ. ARTS INDUSTRIELS

troisième au Musée du Caire. La comparaison de ces œuvres est fort intéressante. L'exemplaire le mieux conservé représente le roi debout, en marche, les deux bras posés sur la partie antérieure d'une sorte de tablier triangulaire terminant le pagne à l'avant. Si nous examinons dans le détail cette tête et celles des deux autres statues, nous trouverons encore un nouveau type : ce n'est plus la physionomie agréable et franche de Sésostris I^"", ni l'expression morbide, fatiguée, mais bien un air revêche sinon désagréable. La même impression se retrouve à des degrés divers en regardant les trois statues, au point que l'on pourrait se demander si les sculpteurs n'ont pas essayé de représenter, comme on l'a soutenu, le même roi à différents âges. Cette explication se soutient-elle encore après les constatations que nous avons faites avec les statues d'Ancien Empire? Regardons dans ces trois exemples un détail : la bouche ; le dessin est encore tout différent, depuis les lèvres fendues horizontalement jusqu'à la bouche en arc de cercle bien marqué. Un autre détail diffère de l'une à l'autre : les yeux. Ici ils sont découpés en boutonnière, sans indication des paupières ; là, les paupières sont marquées comme d'un mince ourlet ; une seulement montre la paupière supérieure recouvrant l'inférieure à l'angle externe. Quant à la dimension exagérée des oreilles, rabattues latéralement sur le klaft, elle contribue certainement encore à accentuer l'aspect rébarbatif des figures.

Dans la cachette de Karnak on a retrouvé deux statues colossales de Sésostris III : l'une a 3,15 m. de haut; l'autre 3 mètres seulement. La tête de l'une est un véritable chef-d'œuvre (Art, pi. 34). « Le style est grandiose, dit M. Legrain. C'est une étude admirable de la nature faite avec une science, une maîtrise et une simplicité parfaites ». Les plis sous les yeux donnent à l'ensemble une impression quelque peu fatiguée. Ce n'est pas, comme le Sésostris P'', un homme jeune et fort, dans la plénitude de sa vigueur physique : c'est plutôt un homme qui touche à la période du déclin.

La même cachette de Karnak a donné toute une série de statues du roi Amenemhat III. L'examen d'un des spécimens (Art, pi. 35) nous fait connaître une œuvre si semblable aux statues de Sésostris III, qu'on doit se demander si par hasard nous n'aurions pas à faire à toute une série de statues d'Ancien Empire réem-

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ployées, dans divers monuments, par plusieurs rois du Moyen Empire. Il est en effet bien difficile d'admettre, malgré toutes nos expériences antérieures, que l'Amenemhat III de Karnak reproduise, même de très loin, les traits du personnage figuré par la statue du même souverain trouvée à Haouara (Art, pi. 36 et 37). Cependant la statue d'Haouara peut bien avoir, entre toutes, la prétention de ressembler au souverain défunt, puisqu'on peut admettre qu'elle a été faite spécialement pour le temple de sa pyramide. Malgré tout, on hésite à croire qu'un des plus grands rois du Moyen Empire ait eu, dans son temple funéraire, une statue de rencontre sur laquelle on se serait contenté de remplacer les inscriptions antérieures par de nouvelles. Nous admettrons donc qu'au point de vue de l'iconographie la statue délicate d'Haouara est préférable à celles de Karnak, brutales et d'un aspect peu engageant. Au contraire la statue d'Haouara est fine, élégante, gracieuse, au point de suggérer l'idée du maniérisme. La tête est légèrement relevée, le menton s'avançant en avant. La comparaison surgit immédiatement à l'esprit entre cette sculpture et les œuvres de l'époque d'Aménophis IV et de ses sviccesseurs. Que l'on mette la tête de cette statue d'Haouara à côté des têtes de statues royales d'Ancien Empire, et l'on saisira clairement dans quel sens général l'art égyptien évolue au cours des siècles, du naturalisme à l'idéalisme.

Pour la XIII^ dynastie, on peut citer un naos du roi Nefer- Hetep I^'' contenant deux figures qui se détachent en forte saillie. Toutes deux représentent le roi, ainsi que l'indique l'inscription qui se trouve au milieu. C'est un exemple encore des répétitions de figures d'un même personnage. Les têtes sont soignées comme exécution, mais sans grande personnalité. Ce sont presque des têtes royales non individualisées, comme nous en rencontrerons parmi les modèles de sculpteurs de l'époque saïte.

Une statue de Nefer-Hetep III de Karnak est, au contraire, encore très naturaliste. M. Legrain trouve dans la tête « un caractère de force et de volonté qui rappelle le type d'Amenemhat III et d'Ousirtasen III. Les yeux sont petits, bridés, avec une lourde paupière supérieure, le nez gros et large, la bouche petite et sévère «. C'est à Nefer-Hetep III également que M. Legrain rattaclie ime tête dont il fait remarquer la mine « chagrine et

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boudeuse » (Art. pi. 181). ()i\ peut signaler encore quelques statues de rois Sebek-Hetep de la XIII'' dynastie, par exemple au Musée du Louvre, et qui sont en général des œuvres sèclies et sans grand mérite artisti<]ue.

Parmi les statues privées en pierre dvi Moyen Empire, on en connaît représentant le personnage tantôt debout, tantôt assis sur un siège, tantôt assis sur le sol à la manière des scribes. Quelques-unes apportent une variante dans le costume. Le personnage est enveloppé dans un grand manteau qui recouvre soit les deux épaules, soit une seule. Dans le premier cas, les bras sont enfermés et seules . les mains dépassent. Dans le second cas, au contraire, le bras droit est complètement dégagé. Citons la jolie statuette de Kerti-Hetep au Musée de Berlin ; elle mérite à tous points de vue d'être appelée une œuvre fine et gracieuse (Art, pi. 13.5). On povn-ra la comparer par contraste à une des statues du Moyen Empire trouvée à Karnak et qu'on rattacherait plus volontiers à une série d'œuvres sèches et revêches. Le Musée de Vienne possède une statue d'im personnage debout au nom de Sebekemsaut'. Il est vêtu d'un grand manteau en étoffe raide, fixé sous les bras et fortement bombé à l'avant. La tête surtout est intéressante, le crâne complètement rasé a été modelé avec beaucoup de précision. Le visage est gras, avec indication des rides, de chaque côté du nez principalement. Nous ne trouverons de type analogue qu'à l'époque saite, par exemple dans la célèbre tête verte du Musée de Berlin. L'empire saite dans ce cas encore, loin d'innover, n'a fait que remettre en usage des modèles qui remontaient à de nombreux siècles en arrière.

Il existe un certain nombre de statues et de statuettes privées en bois ou bien encore en pierre, spécialement des figurines en pierre noire, trouvées dans la nécropole d'Abydos (Recueil, pi. 62), et qui sont en général assez sèches. On pourrait se demander si un certain nombre d'entre elles ne sont pas des traductions de types en métal. On connaît en effet pour l'époque du Moyen Empire plusieurs exemples de sculptures en bronze coulé. Contentons-nous de mentionner trois spécimens de genres assez divers. Deux statuettes du Caire proviennent l'une d'El-Amrah et l'autre de Meir. Cette dernière reproduit de nouveau un personnage dont la tête est entièrement rasée. Une remarquable

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figurine du Musée de Berlin nous montre une fenune assise sur le sol et occupée à allaiter son enfant.

Un groupe de lutteurs, de la collection Bissing. est une œuvre fort curieuse qui prouve que les sculpteurs égyptiens s'efforçaient de traduire en pierre des attitudes extrêmement Compliquées. Les deux hommes s'empoignent en pleine lutte et les corps se déplacent hors d'axe sans se soucier le moins du monde de la fameuse règle de frontalité.

Bas -reliefs. — Les bas- reliefs de la première partie du Moyen Empire nous apparaissent à peu près comme des caricatures des reliefs de l'Ancien Empire. Ils sont vraiment au même niveau que ces pierres tombales postérieures à la VI "^ dynastie, que nous avons citées précédemment. Des bas-reliefs de Mentou-Hetep I, à Gebelein, sont à peine dignes d'être exclus de cette catégorie d'oeuvres inférieures (Art. pi. 140). Certainement, si on les compare à des figures analogues de l'Ancien Empire, on ne manquera pas d'être saisi de leur indigence. Que dire de ce corps d'ennemi que le roi s'apprête à abattre et dont la tête a presque entièrement disparu dans les épaules ? L'allure du roi copie la pose traditionnelle, mais avec grande peine et sans réussir le moins du monde à donner l'illusion du mouvement. Que Ton regarde également le détail des bas-reliefs du sarcophage de la reine Kaouit, trouvé :"i Deir-cl-Bahari. La reine était assise en train de boire pendant qu'une servante lui arrangeait les boucles de la chevelure. Quelle triste physionomie ! Le modelé de la sculpture est trop poussé, ce qui fait tort à l'iiupression générale, qu'il avait cependant la prétention d'améliorer. Les mains de la servante sont d'une lamentable gaucherie et le geste de la reine tenant une coupe n'est certainement pas plus heureux. Et cependant, déjà dans le temple de Deir-el-Bahari, il y a certains reliefs qui sont véritablement très beaux : entre autres une scène de chasse, malheureusement extrêmement mutilée mais dont les fragments sont dignes des reliefs du temple de Sahoure à Abousir.

Dès qu'on arrive au règne de Sankhara, et surtout dès le début de la XII* dynastie, ou trouve des bas-reliefs absolument classiques. Il n'y a rien à reprocher aux admirables sculptures de Sésostris I*'' à Koptos (Art, pi. 43). I^a figure du roi exécutant

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un acte rituel ik'\aiit le dieu est parl'aite aussi bien pour le ch'ssiu que poiu- l'exécution du modelé. Les reliefs du pilier du même roi, trouvé au temple de Karnak (Art, pi. 4I-), sont peut-être encore supérieurs. Les reliefs de Koptos étaient scidptés dans le creux, ceux de Karnak au contraire se détachent nettement du fond, figures et inscriptions découpées exactement de la manière qui, à l'Ancien Empire, nous rappelait l'imitation de la technique du bois.

Au Moyen Empire on trouve également quelques reliefs i-emarquables dans les tombeaux, principalement ceux de Meir. Citons un exemple de Berché (Art, pi. ^^■■i) : des princesses, debout l'une derrière l'autre, sont revêtues de la robe à bretelles et couvertes de bijoux ; sur la tête elles portent une couronne à motifs floraux, autour du cou une chaîne supporte un pectoral ; les poignets et les chevilles sont ornés d'anneaux. Ce sont les parures que nous rencontrerons dans les coffrets à bijoux des princesses de Dahehour et d'Iltahoun.

Peinture. — Dans beaucoup de tombeaux du Moyen Empire, à Beni-Hasan. à Berché, à Assouan, par exemple, au lieu de scènes sculptées, on retrouve l'ancien procédé qui n'avait du reste jamais été abandonné : des peintures posées siu- un enduit. Les décorations des tombes de Beni-Hasan sont célèf)res à juste titre (Art, pi. 47), mais une grande partie de leur réputation remonte à l'époque où les reliefs d'Ancien Empire n'avaient pas encore été découverts. En général, il n'y a à peu près rien là que l'on ne connaisse par les monuments plus anciens, à part quelques épisodes particuliers. L'un d'entre eux mérite d'être signalé comme tableau ethnographique précieux. 11 s'agit d'une bande d'Asiatiques qui, au tombeau de Chnoum-Hetcp II, viennent apporter du fard pour les yeux. Le chef de la tribu du désert marche en tête de la caravane : il présente luie antilope, un des hommes fait de même. Vient ensuite un groupe de quatre guerriers, puis un âne chargé du matériel de campement et sur lequel on a placé des enfants. On voit ensuite un groupe de femmes, puis im âne encore, enfin un musicien et un archer. La plupart des personnages portent des vêtements en étoffe multicolore.

Nous avons eu l'occasion d'attirer l'attention, sous l'Ancien Empire, sur quelques groupes de lutteurs du tond)eau de Ptah-

Hetep. A Beni-Hasan on en trouve des séries fort nombreuses, qui témoignent d'une persévérance extraordinaire de la part de l'artiste à varier, en quelque sorte à l'inlini, les représentations d'un même thème. Les deux lutteurs, qui, pour être distingués plus facilement, ont été peints l'un de couleur claire, l'autre de couleur foncée, s'empoignent, s'étreigncnt. se balancent, s'enlèvent, se roulent par terre dans toutes les positions possibles et impossibles. 11 est probable qu'un professionnel de la lutte pourrait sans hésitation mettre des désignations techniques sur un très grand nombre de ces prises. Il est clair qu'une série pareille n'a pu être établie que par une pratique journalière de la palestre où le dessinateur cherchait à fixer les mouvements les plus imprévus et les plus subtils. C'est un exemple des plus remarquable où l'on peut saisir un véritable effort pour sortir des cadres conventionnels que la tradition imposait aux dessinateurs égyptiens de toutes les époques. Cependant la présence de quelques groupes semblables dans un tombeau de l'Ancien Empire pourrait nous permettre de reconnaître, dans les scènes de Bei\i-Hasan, des extraits plus complets du livre de modèles, dont le tombeau de Ftah-Hetep ne nous a donné que quelques fragments. Il convient aussi de louer comme ils le méritent certains détails d'animaux dans des seènes de chasse et de pêche : les chiens de Bciii-Hasan. le chat à l'affût, la huppe dans l'acacia, etc. sont d'excellents spécimens de la perfection des peintures égyptiennes (.\rt. pi. 48 et 144).

Stèles. — Les nécropoles du Moyen Empire ont fourni une quantité considérable de stèles ou pierres tombales. On les encastrait souvent dans le mur extérieur du tombeau, par exemple dans la façade de ces petites pyramides de briques dont on a parlé dans la leçon précédente. Ces stèles représentaient généralement des images du mort et des membres de sa famille, devant lesquelles des porteurs d'offrandes sont rangés en séries. Si beaucoup de ces pierres tombales relèvent moins de l'art que de l'industrie proprement dite, on doit cependant mettre à part quelques bons spécimens exposés dans les grandes collections d'Europe, j)rincipalement au Louvre et au Musée de Lciden. La stèle d'Intef- Iker est datée, au sommet, de l'an 33 de Sésostris pr (Art. pi. 40).

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