‹ Leçons sur l'art égyptienChapitre 26 sur 63 · SCULPTURE. PEINTURE. .\RT.S INDUSTRIELS · texte numérisé non relu

SCULPTURE. PEINTURE. .\RT.S INDUSTRIELS

Le cintre est occupé par une inscription. En dessous on voit, sur trois registres, des hommes et des femmes assis devant des tables d'offrandes. A deux registres encore, des membres de la famille se dirigent vers les défunts, apportant des offrandes. Plus bas se continuent les représentations de membres de la famille. Ces nombreuses séries de personnages appartenant à une même famille ont fait donner aux pierres de ce type le nom de stèles généalogiques. Au registre inférieur enfin, des serviteur.s apportent des offrandes et même le brasseur est figuré, occupé à préparer de la bière. Les stèles comprises de cette manière offrent un véritable résumé des scènes fondamentales des tombeaux qu'elles pourraient à la rigueur remplacer. Les Egyptiens avaient pris l'habitude d'ériger des pierres semblables à proximité de certains temples célèbres, surtout celui d'Osiris, à Abydos, procurant ainsi au personnage qui y était représenté l'avantage d'un tombeau réel à proximité du dieu. Le Musée Guimet, à Paris, possède un très bon fragment de la stèle d'un personnage contemporain de Sésostris I'^'' (Recueil, pi. 2i). La sculpture est particulièrement soignée et, comme style, est très proche des sculptures des beaux tombeaux de l'Ancien Empire.

Bijoux. — Dans les tombeaux de reines et de princesses, autour des pyramides royales de Illahoun et de Dahchour. des découvertes heureuses de MM. de Mf)rgan et Pétrie ont fait découvrir des bijoux précieux. A Illahoun, certains d'entre eux portent des inscriptions au nom de Sésostris II et Amenemhat III ; à Dahchour, au nom de Sésostris II, Sésostris III et Amenemhat III. Ces trois souverains sont donc représentés par des bijoux à leur nom. Comme ils ont régné respectivement 19, 38 et 49 ans, l'ensemble des bijoux peut donc se répartir sur environ un siècle. Cette remarque n'est pas sans importance au point de vue de l'appréciatitm des pièces ; on constatera que dans cet espace d'un siècle le style et la technique n'ont subi en réalité aucune modification notable. On peut classer les objets retrouvés en quatre catégories : pectoraux, bracelets, couronnes et colliers.

Pectoraux. — Ces bijoux sont en général formés de la manière suivante : l'orfèvre a commencé par dessiner le sujet de sa pièce sur une feuille d'or qu'il a ensuite découpée de manière à l'ajourer ;

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puis il a ciselé au burin les détails intérieurs. Après quoi, sur ce tond qui allait former le revers du pectoral, il fallait fixer des bandelettes en or, en suivant exactement les contours généraux, de manière à déterminer de nombreuses cuvettes, dans lesquelles les pierres de C(iuleur devraient être enchâssées. Ce fin réseau d'or était soudé sur le fond avec une minutie et une perfection surprenantes. On a découpé ensuite des pierres demi-fines et colorées ou des pâtes vitrifiées, de manière à pouvoir les insérer exactement dans toutes les petites cuvettes, où elles étaient collées par un enduit quelconque. Plus tard, quand on imitera ces bijoux, en qualité inférieiu'c, le fond sera en bronze doré et les pierres demifines seront remplacées par des pâtes vitrifiées. C'est vraisemblablement ainsi que se sera constituée la technique des émaux cloisonnés qui devait recevoir plus tard les développements brillants que l'on sait.

La composition des pectoraux est fort belle. Quelques-uns d'entre eux surtout sont d'ime simplicité remarqualjle. Deux spécimens d'Illahoun au nom de Sésostris II et d'Amenemhat III sont absolument identiques, sauf le nom royal qui diffèi'c. Le cartouche occupe la p(jsition prééminente. Il est placé au-dessus d'une figure de génie assis et qui tient en main deux palmes, emblème de longévité. De ciiaque côté un l'aucon est posé sur une patte sm- le sceau, également eml)lème de durée, tandis que l'autre patte, pliée à angle droit, vient rejoindre une des palmes tenues par le génie. Sm- la tête du faucon est posé le disque solaire, d'où se détache le serpent sacré qui supporte dans les replis de son corps une croix de vie. C'est de la belle composition héraldique, simple et sans confusion d'aucune espèce. Les pectoraux de Dahchour sont moins légers d'aspect, car le motif a été chaque fois enfermé à l'intérieur d'une sorte de portique. Le pectoral de Sésostris II montre de nouveau deux faucons, disposés de part et d'autre du cartouche royal. Des signes hiéroglyphiques, le disque avec le serpent, remplissent les espaces vides mais sans confusion. Au pectoral de Sésostris III le thème est différent (Art, pi. 50). Le portique est supporté par deux colonnes à chapiteaux de lotus ouvert. Sous la corniche un vautour, qui tient dans ses serres deux sceaux, étend largement ses ailes à la largeur du pectoral. Sous le vaut<jur se trovive le nom royal. Puis, de

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chaque côté, on voit le griffon, eniliiènie de la royauté, foulant aux pieds les ennemis vaincus ; ce qui rappelle les fragments d'une scène semblable relevée dans les temples de la V"^ dynastie. Au-dessus des corps des griffons il y aurait eu un grand espace vide que l'orfèvre a rempli, assez ingénieusement, en détachant de la tige du lotus formant colonnette une seconde fleur de lotus épanouie qui rejoint l'extrémité de la queue du griffon à l'une des plumes de l'aile du vautour. Enfin le pectoral d'Amenemhat III est le plus compliqué et, par là même, le moins beau de toute la série. Au sommet le vautour étend ses ailes, en dessous il y a une ligne d'inscriptions disant que le dieu bon, c'est-à-dire le roi, maître des deux pays, a frappé ou battu tous les pays étrangers. Le cartouche royal est répété deux fois de chaque côté de cette bande d'inscriptions. Comme cette dernière l'indiquait, on voit le roi debout dans la pose bien connue, se préparant à asséner un coup de massue sur la tcte d'un ennemi vaincu. Derrière la figure royale, un signe de vie, ayant des bras, comme les étendards de l'époque archaïque, tient une sorte d'ombrelle au-dessus du roi. Dans tous les espaces qui restaient vides on a, en quelque sorte, semé des signes hiéroglyphiques. Au-dessus du vautour et dans l'angle forme paa- l'extrémité des ailes on lit qu'il s'agit de la maîtresse du ciel, régente des deux terres. Dans les serres du vautour se trouve une croix de vie à laquelle s'attache un dad. .\u-dessus de la tête de l'ennemi vaincu et sous les jambes du roi on a écrit le nom du barbare qui est un bédouin du Sinaï. Ces détails trop nombreux compliquent l'image à l'extrême et détruisent en partie l'impression d'ensemble.

Bracelets. — La technique des pectoraux se retrouve dans deux fermoirs d'un bracelet, constitué de minuscules perles en or, au nom d'.\mencmhat III.

Couronnes. — Trois couronnes ont été trouvées et toutes trois sont d'un type différent. Celle d'Illahoun est formée d'un bandeau d'or. A la partie antérieure se dresse un uraeus. Tout autour sont fixées des rosaces ; sur la nuque s'élève une fleur surmontée de deux hautes plumes, un des insignes habituels des reines. Des rubans d'or pendent sur les côtés et derrière. Les rosaces sont d'un type fort intéressant et montrent une stylisation florale très

avancée. On aurait toutefois tort de croire que ce dessin date du Moyeu Empire, car on le retrouve absolument identique sur quelques fragments de bas-reliefs du temple de Sahoure. La première couronne de Dahchour a supprimé le bandeau et le tour de tête est entièrement constitué de motifs floraux qui s'attachent les uns aux autres (Art, pi. 49). Il y a une série de rosaces entre lesquelles se trouvent des fleurs fortement stylisées, et les mêmes fleurs se dressent de place en place au-dessus de rosaces. Une monture spéciale, fixée derrière l'une d'elles, permettait de placer luie aigrette. De plus, une figure de vautour, aux ailes étendues, était fixée à l'intérieur de la couronne de manière à se poser sur les cheveux et d'empêcher le glissement de la couronne. Si l'on compare cette couronne avec le bandeau peint de la statue de Nefert à Meidoum, on constatera que la conception des deux bijoux est absolument semblable. Si cette première couronne de Dahchour est malgré tout un peu lourde de composition, il n'en est pas de même pour la seconde. Ici le bijoij est constitué d'un réseau embrouillé de légers fils d'or dans lesquels sont enfilées de petites fleurs. De jilace en place un ornement floral dont les formes générales rappellent la croix de Malte vient donner du corps au bijou. Les fils devaient se confondre avec les cheveux et la princesse qui portait ce diadème semblait avoir jeté capricieusement sur sa chevelure une poignée de fleurs d'or.

Colliers. — Les colliers sont extrêmement variés. Ils sont composés de perles délicates ou de perles lourdes. On emploie beaucoup le coquillage et aussi ime perle composée de deux têtes de lion. Les fermoirs se décomposaient en deux pièces glissant l'une sur l'autre avec une exactitude parfaite. Le trésor de Dahchour a fourni une infinité de petites pendeloques représentant des signes hiéroglyphiques divers ayant tous une valeur symbolique. Parfois plusieurs signes sont groupés de manière à constituer des souhaits. On remarquera aussi deux extrémités de colliers en forme de têtes de faucon, d'un travail extrêmement vigoureux. Enfin mentionnons de délicates chaînettes en fils d'or auxquelles sont suspendus des ornements divers. Sur plusieurs d'entre eux on peut constater l'emploi de la technique du granulé, utilisé avec une minutie et une perfection impeccables.

« L'art des vieux orfèvres, dit Maspero, dont nous ne connais-

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