ARCHITECTURE. GÉNÉRALITÉS
Les circonstances politiques perniircnt aux rois de la XVIII*^, de la XIX' et de la XX*^ dynastie, de déployer une activité extraordinaire dans la construction des grands monuments. De t'ait, l'Egypte, qui a chassé les hycsos, est devenue dès le commencement de la XVIIIP dynastie une puissance mmdiale ; elle a étendu ses frontières dans toutes les directions, et les guerres de conquête font affluer dans les trésors du roi et des temples, des richesses considérables. Les architectes égyptiens, en possession des divers éléments de construction que nous avons étudiés précédemment, s'en servent jjour élever des monuments qui témoignent hautement de leur science et de leur art. Ils ont à leur disposition les nombreux prisonniers qui, ramenés des guerres, offrent les milliers de bras nécessaires pour .suppléer à l'absence des machines.
Palais. — On a relevé des restes assez importants d'un palais d'Aménophis III à Thèbes, près de Medinet-Habou. On y a trouvé notamment des peintures décoratives (Art, pi. 178), mais malheureusement la publication des fouilles faites en cet endroit est restée absolument inaccessible. A Tell-el-Amarna, les découvertes de Pétrie ont révélé des restes importants du palais d'Aménophis IV. On y constate l'emploi d'éléments architecturaux intéressants, par exemple des colonnes papyriformes lasciculées, à chapiteaux ouverts, dont l'auteur des fouilles a pu rétablir avec certitude l'aspect général. Il faut signaler aussi des colonnes dactyliformes, entièrement dorées, et dans lesquelles le décor des palmes avait été obtenu par des incrustations de pierres et de pâtes multicolores ; il semble qu'il >■ ait là une transposition dans l'architeeture du procédé employé en bijouterie. Dans le même palais, l'etrie a mis à jour d'importants restes d'un pavement.
286 LEçoxs SUR l'art égyptien*
peint en stuc, et dont la décoration est extrêmement riche (Art, pi. 76). Dans une salle, dont le plafond était supporté par deux .séi'ies de huit colonnes, les peintures du pavement sont disposées de la manière suivante: entre les colonnes, on voit un étang rempli de fleurs, de poissons et d'oiseaux. A l'cntour, sur deux rangées, on a figuré des buissons et des arbustes, au milieu desquels s'cbattent des animaux, tandis que des oiseaux s'envient ; contre la muraille on a représenté une série de corbeilles de fleurs, alternant avec des bouquets. Dans le passage central se voient, les bras liés derrière le dos, des captifs sur lesquels le roi marchait lorsqu'il traversait cette salle de son palais ; entre les captifs sont peints des arcs, ce qui est un rappel de la vieille dénomination des ennemis de l'Egypte « les neuf arcs ». Citons encore les restes d'un pavement analogue à proximité de Tcll-cl-.\marna, à Haouata. Nous connaissons, par les reliefs des tombes, le palais d'Aménophis IV, en des représentations de face et de profil, avec ses différents éléments fondamentaux : la cour, la chambre au balcon, la salle à manger, lui couloir de dégagement et, dans le fond, les appartements d'habitation proprement dits. Les tombes d'.\marna donnent un très grand nombre de variantes de ces représentations du palais. Quand on les étudie de près, on s'aperçoit que, malgré lem- diversité extraordinaire, il est possible cependant de les ramener aux mêmes éléments fondamentaux. On constate, en outre, que le palais du roi avait, semble-t-il, serN-i de modèle à la plupart des habitations de grands personnages, dont nous nous occuperons plus loin.
On a signalé dans le temple de Ramsès III, à Medinet- Habou, la façade d'un palais en briques. Dans la première cour, le mur sud est précédé d'un portique, supporté par deux séries de quatre colonnes papyriformes à chapiteaux ouN'^rts. On remarque immédiatement que l'espace entre les deux colonnes centrales est plus grand que celui qui sépare les colonnes pour les deux séries de quatre, à droite et à gauclie. Dans l'intervalle des deux colonnes centrales s'ouvre dans le mur, à une certaine hauteur, une sorte de grande fenêtre, dans laquelle on reconnaîtra immédiatement le balcon royal. Celui-ci se trouve d'ailleurs sur une partie de la muraille faisant saillie, et de chaque côté de laquelle s'ouvrent deux portes conduisant dans le palais
AKCHITF.CTUTtK. GÉXKRALITF.S 2S'l
qui cU-vait donc se développer à l'arrière de ce grand mur de façade. Au revers de celui-ci, on peut voir encore la rampe d'accès conduisant ;i la l'enêtre ou a\i balcon et des traces de l'endroit où les murs de briques venaient s'appuyer contre la construction de pierre. On constate que certaines salles étaient voûtées. Des restes de palais, annexé de la sorte à un grand temple, se retrouvent pour d'autres édifices thébains du Nouvel Empire, par exemple au Ramesseum.
A propos des palais, rappelons les constructions légères du type des kiosques.
Maisons. •— Grâce à une circonstance toute j)articulière, on commence à connaître avec assez de détails quelles étaient les dispositions générales des maisons de l'époque d'Aménophis IV. Ce pharaon, en effet, à la suite d'une révolution politique et religieuse, transporta sa résidence à l'endroit appelé généralement Tell-cl-Amarna. Tous les grands de l'empire suivirent le roi et, en peu de temps, une ville importante s'édifia en plein désert. Comme le mouvement d'Aménophis IV n'eut pour ainsi dire pas de lendemain, la ville fut abandonnée après une occupation de quelques années seulement et le désert ne tarda pas à recouvrir en grande partie les ruines des habitations. Pétrie en avait déjà découvert plusieurs il y a quelques années; la Deutsche Orient Gesellschaft entreprit ensuite l'exploration complète et systématique de tout le site. Les rapports préliminaires actuellement parus suffisent ù donner une idée assez intéressante du sujet.
La ville était divisée par de grandes artères, dont l'une, explorée à peu près complètement, a été dénommée l'avenue du grand prêtre : elle a soixante mètres de largeur en moyenne : le long de cette avenue se groupent des domaines plus ou moins importants, qui reproduisent souvent la même disposition. A la rue, une façade, parfois avec pylône, donne accès à l'intérieur des murs d'enceinte. Cela paraît indiquer que le pylône n'est pas strictement réservé à l'architecture religieuse. Si on en trouve devant les temples, et de dimensions considérables, c'est que cet élément de l'architeetui-e civile a été tout simplement transporte, en l'agrandissant, à la maison du dieu. Le pylône franchi, on entre dans des cours et des jardins. Dans ces derniers, on a trouvé
288 LEÇONS SUR l'aBT ÉGYPTIEN'
des kiosques de plaisance et souvent un étang. Ce qu'on appelle ainsi est plutôt l'ouverture d'un puits, car ici, dans le désert, il aurait été difficilement question d'avoir de vrais bassins, les eaux devant être cherchées à environ huit mètres de profondeur. Une machine élevait l'eau nécessaire à l'arrosage des jardins. Dans ce désert on avait même dû apporter de la bonne terre, et en remplir des cavités là où l'on voulait planter les arbres. Or. au cours des fouilles, de vraies poches de détritus végétaux ont été retrouvées, si bien que Borchardt. l'auteur des fouilles, ne désespère pas de pouvoir reconstituer, avec tous leurs détails, des jardins de la XVIIP dynastie.
Non loin de l'étang s'élevait la maison proprement dite, entourée des communs. On y trouve des magasins, des écuries, des ateliers, un four à cuire le pain et enfin une construction particulière qu'on désigne sous le nom de maison des servantes. Les habitations principales reproduisent presque toujours le même plan, qui variera dans les détails, mais dont les éléments fondamentaux se retrouvent partout. La maison est rectangulaire, construite sur ini talus plus ou moins élevé avec escrflier. La première tranche de construction est constituée par ime salle longue et peu large, dont le plafond est supporté parfois par des colonnes ; nous poiuTions l'appeler la véranda. Une grande fenêtre tournée au nord laisse arriver le vent frais. A chaque extrémité de la véranda se trouvent de petites chambres accessoires.
La seconde tranche est surtout occupée par une grande salle, plutôt carrée, qu'on peut appeler le hall. Celui-ci est également orné de plusieurs colonnes. On y pénètre, en venant de la véranda, par une porte, à un ou deux battants, flanquée parfois de deux portes accessoires. A l'un des murs, souvent en face de la porte principale, se trouve une niche simple ou double dont l'encadrement est peint en rouge, tandis que le centre est jaune ou plutôt couleur de bois. Pétrie y reconnaît l'endroit de culte de la maison ; Borchardt a semblé admettre d'abord cette idée, mais plus tard il a voulu expliquer la niche comme étant une sorte d'ornement architectural répondant à la porte. La comparaison avec les niches des temples et des tombeaux (on en trouve déjà sur des murs de rel'end de tombes royales de la I^e dynastie) me semble plutôt militer en faveur de l'explication de Pétrie. Sur les côtes
Auriii l'i'.c'itKK. (;km;h.\i.iiks 280
du liiill, de petites elwimhres sei'\ciit de déh;nrns. de euisino ; dans rime d'elles dii tioiixf la ea(;e de resealiei'. iiumtant à la terrasse.
La troisiènu' tranelie comporte les appartements d'habitation proprement dits. Ils sont souvent divisés en deux parties. Dans l'une on rencontre généralement une salie, avec un renfoncement dans la nun-aillc où se ])laeait le lit : c'est donc la chambre à coucher. Dans l'autre partii' il y a souvent une petite .salle carrée, parfois à colonnes, sur laquelle s'ouvrent des chambres diverses. \' a»n-ait-il lien de faire la distinction des appartements du maître et des a])partements de la fenniie, ou bien faut-il considérer ime partie connue la chambre du maître et l'autre comme ses salles de travail? Il serait dil'fieile.avec les documents actuels, de voviloir préciser ce point. Enfin cette dernière partie de la maison comprenait la salle de bain et le water-eloset.
Les murs étaient peints. ,\u-dessiis d"un lambris blanc on trouve une teinte brune neutre, tandis qu'au haut des murs et autour des fenêtres se développent des motifs floraux, aux couleurs riches et vivantes. Pétrie signale même l'existence de frises à personnages.
On s'est demandé conunent étaient disposées les fenêtres destinées à éclairer le hall et si ce dernier n'avait pent-être pas une ouverture dans la toiture, comme l'impluvium des maisons romaines. Borchardt fait à ce sujet une hypothèse très séduisante. Il y aurait eu ime différence de niveau entre le plafond du hall et le plafond des petites salles adjacentes. Les fenêtres auraient été ménagées dans le nun- qui joint les plafonds comme dans les salles hypostyles. L'n para])et, tel qnc nous en avons signalé dans les temples, aiu'ait surélevé le mur extérieur des petites chambres, constituant autour des terrasses une espèce d'écran, qui protégeait la famille ctnitrc les regards indiscrets de l'extérieur. On sait que les habitants ntilisaient les terrasses pendant la nuit, aux périodes les plus chaudes de l'année.
Au lien d'une véranda sur le côté nord, il y en a parfois deux, la seconde se trouvant vers l'ouest. On les appelle, la première, la véranda d'été et !a seconde, la véranda d'hiver. Signalons encore quelques éléments architectm-aux, par exemple la corniche avec gorge et des encadrements de portes en pierre sur lesquels se trouvent gru\ ées tics scènes d'adoration et des prières.
Des documents d'architecture figurée compléteront l'idée qu'on peut se faire des habitations privées par les maisons du Nouvel Empire à Tell-el-Amarna. Rappelons d'abord le domaine d'Anena. A la rue, le mur à créneaux ondulés est percé d'une porte. On voit au delà im grand magasin, deux greniers, puis la maison proprement dite, grande masse rectangulaire avec deux rangées de l'cnétres. Plus loin, le jardin avec un bassin et, dans le fond, le défunt et sa femme représentés assis sous un édicule léger. Une peinture de Nebanion nous montre le grand portail d'entrée avec des mâts, comme aux pylônes des temples. La maison est une masse carrée avec une porte, que surmonte une grande fenêtre divisée en deux par une colonnette. A la partie supérieure de la muraille, il y a deux fenêtres et, sur le toit, deux triangles représentent les ouvertures par lesquelles on recueillait le vent qui rafraîchissait les appartements.
Un papyrus du British Muséum montre une autre maison assez semblable. La construction est, ici, posée sur un socle, aviquel on accède par une rampe. A la partie supérieure de la muraille il y a quatre fenêtres qui semblent grillagées ; enfin, sur le toit, deux manches à air, tournées dans la même direction. C'est le moment aussi de rappeler la peinture thébaine représentant une maison et que nous avons examinée précédemment. On reconnaîtra la fenêtre balcon, les fenêtres grillagées de l'étage, et la galerie à colonnettes à la partie supérieure. L^ne autre peinture thébaine donne mi plan général d'un domaine coniplet. Le mur crénelé est coupé par une poi'te monumentale. Le vaste espace occupé par les plantations, est divisé en pkisieurs sections par des murs dans lesquels s'ouvrent des portes ; il y a quatre bassins ; à proximité de deux d'entre eux sont des kiosques ; enfin, dans le fond, se trouve la maison proprement dite, dont le dessin est malaisé à débrouiller. N'oublions pas d'ajouter qu'un grand nombre d'éléments décoratifs que nous rencontrerons dans les tombeaux ne font évidemment que copier les ornementations en usage dans les maisons des vivants.
Les tombeaux de Tell-el-Amarna ont apporté d'intéressantes représentations de magasins et de greniers. Nous avons mentionné déjà le grand magasin, à quatre corps de bâtiments, séparés par des jardins en eroi.x et dans lesquels nous avons constaté Texistenee