CHAPITRE XXIIl
LES TEMPLES Première Partie : Karnak
Karnak n'est pas un temple isolé : c'est une agglomération, un amoncellement, une confusion de temples, une ville sanctuaire qui s'agrandit d'âge en âge. Les plus anciennes parties retrouvées datent de la Xll*" dynastie et les empereurs romains du premier siècle y firent encore quelques restaurations. Depuis la XII*^ dynastie, pendant trente siècles, les générations successives se sont plu à apporter leur contribution au grand sanctuaire du dieu Amon. Dès le début, on doit évidemment se représenter un édifice complet, avec tous ses éléments l'ondamentaux. Les rois y apportent successivement des modifications, remplacent des parties luinées ou devenues insuffisantes, ajoutent des éléments nouveaux qui, le plus souvent, font double emploi avec de plus anciens ; certaines parties sont supprimées ou remaniées au point d'être méconnaissables. Ce qui était en brique et en bois est remplacé par de la pierre. Des constructions autrefois isolées finissent par s'incorporer dans l'édifice principal agrandi. C'est dire, d'une part, qu'il serait vain de vouloir chercher dans Karnak le développement méthodique d'un plan fixé d'avance et que les générations se seraient efforcées de réaliser. Si l'on ne craignait d'exagérer, on pourrait peut-être soutenir que l'ensemble des monuments de Karnak s'est développé suivant la fantaisie des siècles et sans principes de direction logiques, en quelque sorte au hasard. C'est dire aussi que l'histoire de Karnak est d'une extrême comphcation et que, même après des recherches longues et approfondies, bien des points ont résisté aux tentatives d'interprétation ou d'explication.
Nous chercherons cependant à nous orienter à travers la masse de constructions auxquelles on a donné le nom général de temple
de Karnak. Sur le plan, trois enceintes fixent l'attention: la plus grande, qui comprend avant tout le temple principal d'Amon. comporte un développement d'environ '2.-tOO mètres de tour. Au nord de l'enceinte principale, on en trouve une seconde, consacrée au temple du dieu Mont ou Montou, la vieille divinité thébaine qu'Amon a, en quelque sorte, dépossédée. Au sud, à une certaine distance, le temple de la déesse Maut est enfermé dans une troisième enceinte. Ainsi que nous le verrons plus tard, le temple du dieu fils Khonsou est compris dans la grande enceinte d'Amon.
Une seconde remarque générale est relative à l'orientation des édifices. Le temple de Montou est disposé du nord vers le sud, en allant de la porte d'entrée au sanctuaire. Le temple de ISIaut a la même direction, tandis que le temple de Khonsou est orienté du sud vers le nord. Au grand temple d'Anum, il y a deux axes principaux : l'vni, de l'ouest à l'est et l'autre, du sud au nord, tandis que quelques constructions sont orientées de l'est à l'ouest On rencontre donc les quatre orientations possibles, sans que l'on puisse découvrir, semble-t-il, une raison à ces différences. Les temples du seul Ramsès III, dans Karnak, sont dirigés les uns vers le nord et les autres vers le sud.
Portons-nous au cœur des ruines, vers ce qu'on appelle le sanctuaire de granit et regardons dans la direction de l'ouest (Art, pi. .^8). Au premier plan, nous voyons s'élever un grand obélisque, au milieu de massifs fort compliqués de constructicms en ruine. Un peu plus loin, un second obélisque paraît tout contre une gi'ande salle liypostyle à trois nefs, dont la plus élevée atteint presque le sommet de l'obélisque. Au delà de la salle, nous voyons poindre le sommet d'un gigantesque pylône qui semble barrer tout l'horizon. Toiu-nons-nous vers l'est (Art, pi. 148) : immédiatement derrière le sanctuaire de granit il y a un vaste espace ouvert, avec quelques blocs de pierre épars ; puis, au delà, une grande salle qui s'étale en largeur. Plus loin, se dresse une des portes de la grande enceinte de briques qui marquait de ce côté l'extrémité du temple. De l'endroit où nous sommes nous voyons, en nous toiu'nant vers le sud. une série de pylônes éljoulés.
Pour mettre de l'ordre dans ce chaos de ruines, il faut essayer de reconstituer le développement progressif du temple, en prenant