‹ Leçons sur l'art égyptienChapitre 31 sur 63 · I.l> TKMl'I.KS. - î. KAKNAK · texte numérisé non relu

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coninio base les ('léiiu'nts les plus saillants, i^nc nous venons de reniai'ciuer dans notre eoup d'œil d'ensenil)le. Le grand espace vide derrière le sanctuaire de granit, est l'endroit où se sont rencontrés les vestiges de constructions de la XII*" dynastie, piliers à seize pans de SésostrisP"". senils de portes ou tables d'offrandes. C'était là, vraisenif)lablement, l'endroit le plus sacré de l'édifice, où était enferniée dans son tabernacle ce qu'on poin-rait appeler la grande idole d'Anion.

Thoutmès I^r construisit deux ]nlones. un petit et un grand, placés assez près Fini de Tiuitrc : entre les deux il y avait une salle à colonnes. Devant le premier des deux pylônes étaient érigés devix obélisques, dont im est encore debout. Derrière les pylônes et autour du sanctuaire, se développait vraisemblablement une eoiu- à colonnes, ornée, ainsi que les faces internes des pylônes, de colosses osiriaqnes. La reine Hatshepsout construisit entre le sanctuaire et le second pylône deThoutmès l"^ une série d'ap])artements qui boideversèrent la cour de Thoutmès I'"'. La reine inséra, de plus, deux grands obélisques entre les deux pylônes. Tlioutmèslll intei-cala un petit pylône entre les appartements d'Hatshepsout et le second pylône deThoutmès I^""; il appcuta des modifications dans les chambres d'Hatshepsout et enveloppa les obélisques de la reine dans im massif de constructions pour les cacher jusqu'à une certaine hauteur ; il remania la salle à colonnes entre les deux pylônes de Thoutmès I*"''; enfin, il construisit derrière le temple tout un ensemble de salles, groupées autour d'ime grande salle hypostyle, (pie l'on appelle souvent le promenoir de Thoutmès IIL Aménophis III ajouta un nouveau pylône devant le premier de Thoutmès I^''.

An commencement de la XIX*" dynastie, Ramsès L^ augmenta encore d'une imité le nombre des pylônes et commença la construction d'inie vaste salle entre ce pylône et celui d'Améuophis III : c'est la fameuse salle hypostyle.

Ce n'est qu'à la XXIP dynastie que l'on continua le développement du temple dans cette même direction. Les Bubastides appuyèrent les nuu-s d'une cour à portiques contre le pylône de Ramsès I*'' et construisirent aussi, croit-on, le grand pylône final qu'on a souvent attribué aux Ptolémées. La construction de la cour des Buljastides enclave dans le temple deux édifices : l'un

vers le sud, celui de Ramsès III : l'autre vers le nord, celui de Séti II.

Quant à la série des pylônes allant du nord au sud, elle est disposée de manière à rencontrer, à peu près à angle droit, les édifices précédents, un peu en avant du premier pylône dcThontmèsI^'' et par le travers de la salle hypostyle. C'est qu'il y avait là, avant les constructions d'Aménophis III et de la XIX*" dynastie, un autre temple : on a retrouvé dans le sous-sol les restes d'une belle chapelle d'Aménophis I^''. C'est vraisemblablement devant cette chapelle qu'Hatshepsout éleva un premier pylône et que Thoutmès III, comme il l'avait déjà t'ait au grand temple, en intercala un autre, entre le sanctuaire et le pylône de son prédécesseur. Il est possible que. dans cet endroit, Aménophis IV, lors de sa révolte religieuse contre l'omnipotence d'Amon, avait construit un édifice à son dieu favori Aten, car des pierres provenant de la démolition de ce temple ont été utilisées pour l'érection de deux pylônes du roi Horemheb. Un petit temple d'Aménophis II se trouve dans le mur d'enceinte, à l'est de la cour établie entre les deux pylônes d'Horemheb. Dans l'angle l'ormé par l'axe ouest-est et l'axe sud-nord, se trouve le lac sacré du temple, qui doit remonter à l'époque de la XYIII"^ dynastie. Aujourd'hui, on numérote les pylônes de la manière suivante : 1° grand pylône d'entrée. des Bubastides : 2° pylône de Ramsès I^'' ; 3° pylône d'Aménophis III; 4° premier pylône de Thoutmès I^'^; 5° second pylône du même roi; 6° petit pylône de Thoutmès III; 7° grand pylône de la série sud-nord de Thoutmès III; 8° pylône d'Hatshepsout: 90 ç^ 10° pylônes d'Horemheb.

Nous pouvons maintenant nous aventurer dans les ruines sans craindre de nous y égarer.

Le premier pylône, de 113 mèties de longueur sur 43,50 mètres de haut, avec une épaisseur de maçonnerie de 15 mètres, est précédé d'une allée de sphinx, qui conduit à un quai surélevé. Au moment de l'inondation, les eaux venaient battre le quai, où l'on a relevé des inscriptions relatant le niveau des eaux à l'époque de la XXI "^ et de la XXII "^ dynastie. De chaque côté de l'accès au quai se trouve un petit obélisque de Séti II. L'allée de sphinx nous montre des criosphinx ou sphinx à têtes de béliers. Des allées de sphinx semblables précédaient les entrées principales des

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temples et rcmii^iîuicut même Kaniak à Luuksor, suit \ine distance de près de deux mille mètres. Cette grande allée, large de 23 mètres, comportait un sphinx de chaque côté tous les quatre mètres, ce qui représente en tout un millier de sphinx.

Avant de franchir la porte du grand pylône on remarquera que celuiici est resté inachevé, les pierres simplement posées les imcs sur les autres sans avoir été parées.

Ou entre ensuite dans la grande cour des Bubastides, qui mesure 103 mètres sur 81 mètres. A gauche, on trouve immédiatement le petit temple de Séti II, composé de trois chapelles : celle du centre consacrée à .\mon, celle de gauche à Maut, celle de droite à Khonsou. t'est donc un édifice complet, consacré à la grande triade thébaine. Un peu au delà de cette construction se voient, placés les uns à côté des autres sur le sol, des sphinx. Ce sont les restes de l'allée qui partait autrefois du pylône de Ramsès I'^"', et que l'on écarta lors de l'établissement de la cour. Au centre, une série de colonnes, dont une seule est restée intacte, se rattachent a un édicule de l'époque éthiopienne, dont nous nous occuperons plus tard. A droite, enclavé dans le mur extérieur de la cour, s'élève le petit temple de Ramsès III, avec un portique dont les piliers sont flanqués de grands colosses osiriaques. Le pylône de Ramsès P'' est complètement éboulé, ce qui montre que le noyau intérieur avait été négligé : dès que le parement a faibli, toute la masse s'est effondrée. A la partie antérieure du pylône on avait établi une porte monumentale, formant une sorte de vestibule.

Xous arrivons à la fameuse salle hypostyle (Art, pi. .59). Champollion, dans une lettre du 24 novembre 1828, écrit ce qui suit : " J'allai enfin au palais ou plutôt à la ville de monuments, à Karnak. Là m'apparut toute la magnificence pharaonique, tout ce que les hommes ont imaginé et exécuté de plus grand. Tout ce que j'avais vu à Thèbes, tout ce que j'avais admiré avec enthousiasme sur la rive gauche me parut misérable en comparaison des conceptions gigantesques dont j'étais entouré. Je me garderai bien de vouloir rien décrire ; car, ou mes expressions ne vaudraient que la millième partie de ce qu'on doit dire en parlant de pareils objets, ou bien si j'en traçais une faible esquisse, même fort décolorée, on me prendrait pour un enthousiaste, peut-être

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même pour un l'ou. Il sulTira d'ajouti-r qu'aucun peuple ancien ni moderne n'a eoneu l'art de l'architeeture sur une échelle aussi sublime, aussi large, aussi grandiose que le firent les vieux Eg\'ptiens; ils concevaient en hommesdecent pieds de haut et l'imagination qui, en Europe, s'élance bien au-dessus de nos portiques, s'arrête et tombe impuissante au pied des cent quarante colonnes de la salle hypostyle de Karnak ».

Cette impression s'est à peine atténuée depuis, pour tous les visiteurs de Karnak, et quand on réside à Thèbes on est attiré toujours à nouveau vers ce miracle d'architecture, réalisé par l'énergie de trois rois. Mariette écrivait : ' En résumé, si l'on peut dire que ci>nmic construction la plus belle salle qui existe en Egypte, la plus grandiose et celle qui frappe le plus d'étonnement est l'œuvre de trois rois et de trois règnes successifs, on peut dire également que la décoration de cette même salle a été à peine commencée par Ramscs l^"", que Séti I'^'"' en acheva les deux tiers et que, lorscpie Ramsèsll mourut, elle était certainement terminée, au moins dans ses parties essentielles ». Quelques chiffres sont nécessaires pour donner une idée de la grandeur du monument A l'intérieur des murs, il mesure 103 mètres sur .02. ce qui représente une superficie de .ôOOO m-, de sorte qu'il pourrait contenir toute l'église Notre-Dame de Paris. <. Son plafond reposait sur 134 colonnes disposées sur 16 rangées. Les deux travées centrales sont plus élevées que les autres et se composent de colonnes papyriformes et faseiculées à chapiteaux ouverts, tandis que les autres colonnes ont des chapiteaux fermés. Les trois nefs centrales reposent sur les deux travées centrales de colonnes et sur une rangée de colonnes plus basses à droite et à gauche. La différence de niveau des deux ordres dé colonnes a été rachetée au moyen de piliers carrés fixés sur les colonnes basses. Entre ces piliers s'enchâssaient des claires-voies de pierre (Art. pi. 1+9). Les nefs centrales sont hautes d'environ 24 mètres, le plafond des deux bas-côtés est moins haut de dix mètres. Les colonnes se composent de demi-tambours de 1.10 mètre de hauteur et de 2 mètres de diamètre. La pierre employée est un grès rouge foncé. Les douze grandes colonnes des deux travées centrales ont 3,57 mètres de diamètre sur ime circonférence de plus de 10 mètres, de sorte qu'elles sont aussi grosses que la colonne Trajane à Rome ou la

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colonne X'on'lônie ;i Paris. Iamip Imiitcui- nu-surc 21 mètres et celle des chapiteaux 3,3 !■ mètres. Les l'22 colonnes des lias côtés ont une hautcMu- de 13 mètres et une circonlerence de S.l'O mètres » (Baedeker, p. 263).

Il est très difficile de trouver un point de \ue permettant d'avoir une idée d'ensemble de la salle. En la parcourant, on a véritai)lement l'impression d'une forêt de colonnes, dont les fûts "éants vo)is étouffent, surtout si on regarde les colonnes dans la diagonale. Quand on les ol)serve dans une des travées, elles ne paraissent pas aussi colossales qu'elles le sont en réalité. Le type papyri forme, est ici à peu près entièrement atrophié, à part la courbe bulbeuse de la partie inférieure. Du haut en bas s'étalent les sculptures et les inscriptions, qui répètent des milliers de fois les noms et prénoms, surtout de Séti I*""" et de Ranisès IL Les dalles du plafond, pour la plupart tombées, laissent largement pénétrer la lumière (|ui autrefois pénétrait bien affaiblie par les claires-voies, disposées comme on l'a déjà dit. Une seule de celles-ci est encore conservée à peu près complète. Il faut monter sur les architraves des travées latérales pour bien voir les gigantesques chapiteaux papyriformes ouverts des colomies des travées centrales. Ku certains endroits, les traces de coidcurs sont encore apparentes, si bien que l'on doit se représenter toute cette architcctiu'e recouverte d'im bariolage de couleurs vives.

Le pylône d'.Vménophis III était précédé d'un vestibule, semblable à celui du pylône de Ramsès I"'', et les rois constructeurs de la salle hypostyle l'ont maintenu. Ce pylône franchi, on se trouve en présence d'un des deux obélisques, encore en place. 11 faisait partie d'un groupe de quatre obélisques qui formaient l'entrée du temple de l'époque de Thoutmès If"".

Le premier pylône de Thoutmès I^"^ a presque entièi'ement disparu. Immédiatement derrière, on rencontre le grand obélisque d'Hatshepsout, encore debout. C'est le plus grand des obélisques subsistant en Egypte. Il mesure 29, .^0 mètres de haut et 2, .56 mètres de côté à la base. L'inscription de la base donne quelques détails sur les deux obélisques qui furent élevés en même temps. Commencé le premier du mois de Mcchir de l'an 1.5 par l'architecte Senenmout, le travail était complètement fini dans la carrière les derniers jours du mois de Mesorc de \';in K», après six mois

de travail. La reine parle de deux obélisques dont la pointe se confond avec le ciel, placés dans l'auguste colonnade, entre les deux grands pylônes du roi Thoutmcs P''. La leine s'adresse îi la postérité et dit : « O vous, qui après bien des années, verrez mes monuments et qui parlerez de ce que j'ai fait, vous direz : « .Je ne sais pas, je ne sais pas comment on a pu faire cela et comment une montagne a pu être entièrement façonnée en or, comme si c'était une affaire de rien ». Si l'on parle d'or, c'est que l'inscription nous dit que l'obélisque était doré, ce qui doit s'entendre d'un revêtement de métal précieux, sinon sur l'obélisque tout entier tout au moins à la partie supérieure. Thoutmès III, dans sa rage à persécuter la mémoire d'Hatshepsout. a enfermé les deux obéli.sques dans un massif de maçoimerie qui montait assez haut. Là où l'obélisque réapparaissait, il modifia les inscriptions pour faire disparaître toutes traces de la mémoire de la reine. |P 3

Nous ne nous attarderons pas à considérer le détail des remaniements qui se firent en cet endroit du temple, et particulièrement dans le portique : les colonnes de bois y furent remplacées par des colonnes de pierre, l'érection des obélisques fit déplacer les colonnes dont le nombre fut ensuite augmenté. On trouvera de nombreux détails sin- cette question dans une étude de Borchardt svn- Karnak. Il faut signaler cependant quelques-uns des colosses osiriaques de Thoutmès pr^ placés dans des niches et disposés à l'entovu- de la salle. Ceux qui s'appuient au pylône ont un pilier dorsal de même inclinaison que la face du pylône : ils ont donc été sculptés pour occuper cet emplacement.

Au delà du sixième pylône, celui de Thoutmès III, s'élèvent les deux piliers de granit que nous avons examinés dans une leçon antérieure, et qui sont uniques dans leur genre (Art, pi. 54). Ils portent, sur deux de leurs faces, des décors floraux en saillie accentuée : pour le pilier du nord, ce sont des papyrus de la Basse Egypte, et pour le pilier du sud, les » fleurs de lys » de la Haute. Les deux autres faces portent des représentations religieuses. Jusqu'à présent on n'a pas expliqué d'une manière définitive le rôle de ces deux piliers.

Immédiatement derrière, se trouve un sanctuaire en deux parties, connu sous le nom de sanctuaire de granit ou sanctuaire des liarqucs. Dans son état actuel, il date de l'époque d'Alexandre.

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