‹ Leçons sur l'art égyptienChapitre 37 sur 63 · I.F.S STATri'.S KOVALES · texte numérisé non relu

I.F.S STATri'.S KOVALES

XII'" dynastif. Quoi (rc'tomiant ? Après l'expulsion des hycsos et

riiidépendaiice r<( |iiisc. les ])iiiices de Thèbes, désireux de se

montrer l<'s \crital)lcs micccsscuis des pharaons authentiques, voulurent se rattacher (rime manière quasi servile aux traditions de l'aneienne période de splendeur de l'Egypte indépendante auMoyen Kmpire. Quand <>n eonsidère le détail des grandes ligures osiriaques de Thoutniès I'""" à Karnak. quand on en étudie le masque, on y trouve de nouveau mie figure ronde aux foi mes assez pleines et qui ne présente pas im earaetère de personnalité bien aeeentuée; ee qui ne veut pas dire cpie l'œuvre ne soit pas agréable à regarder. L'œuvre est de la XN'III'' dynastie, et eepeiMlant la physionomie est si banale, (pie l'on s'imaginerait faeilement l'avoir rencontrée en de nombreuses répliques aux différentes époques. Il n'en est |)as de même du torse d'un sjihinx d'Hatshepsout, au Musée de Berlin, provenant du temple de Deir-el-Bahari. Nous sommes forcés de l'intercaler ici dans la série des portraits de rois, car Hatshcpsout, occupant le trône d'Egypte, s'est fait représenter comme \ni homme portant au menton la barbe habituelle des rois. Le contraste est grand entre le masque rond de Thoutmèsl'"' et l'ovale allongé de sa fille. On remarquera également une tendance à l'amaigrissement de la partie inférieure du visage, ce qui a comme résultat de faire saillir les ponnnettes.

Les statues de Thoutmès III sont fort nombreuses et les expériences faites préeédennnent sont de nature à nous avertir qu'il ne faut pas trop s'étonner si elles offrent des physionomies cpielque peu différentes. Cependant, les variations sont moins grandes (pie celles relevées à des époques plus anciennes. Elles soivt toutefois suffisantes poiu- faire hésiter dans le choix du j)(>rtrait le plus fidèle de ce roi. Pour tourner la difficulté, si nous recourions à l'examen de la momie du roi, retrouvée dans la cachette de Deir-el-Bahari ? Maspero écrit : « Heureusement la face, enduite de poix aux heures de l'embaumement, ne pâtit nullement de ces manipulations grossières : elle apparut intacte lorsqu'on la délivra de son masque protecteur. L'aspect en désappointe les admirateurs du conquérant. Les statues qui nous restent de lui, sans le présenter comme un type de beatité mâle, lui prêtaient des traits fins et spirituels : la comparaison avec le eada\rc montre qu'elles ont idéalisé le modèle. Le front est

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trop bas, l'œil enfoncé, la mâchoire loiu'dc, la bouche épaisse, les pommettes font une saillie exagérée et l'ensemble rappelle la physionomie de Thoutmès II, avec plus d'énergie : Thoutmosis III est un fellah de la vieille souche, coui'taud, trapu, vulgaire de fibre et d'ex]iression. niais ferme et vigourevix ■. (Histoii'c. tome II, p. 289).

S'il fallait décider quelle est rteuvre de sculpture (jui le représente le plus fidèlement, on pourrait choisir une statue du Caire, à tablier triangulaire, pour l'analogie (ju'elle ])résente avec le masque d'Hatshepsout du Musée de Berlin. Quelle que soit la relation de parenté de la fameuse reine et de Thoutmès III, nous savons suffisannnent qu'ils appartiennent à la même famille pour être frappé de la ressemblance de ces deux scul]itures. La même expression, mais avec les joues pexit-être \m peu plus pleines, se retrouve dans une autre statue du Caire, montrant Thoutmès III agenouillé et tenant entre les mains deux vases (n" 4-20.Ô5). Une des statues de Karnak (n" 420.54) apporte déjà ime modification importante. I>e masque est plus rond et se rapproche davantage de celui de Thoutmès P"". La statue complète de Karnak, qui est la plus belle de la série, est bien différente des premières (Art, pi. 63 et 158); elle fait si peu songer à la figure d'Hatshepsout, que Legrain, dans sa publication, parle de son style « sec et nerveux, qui ne rappelle en rien les autres monuments de cette époque. Pour un peu, ajoute-t-il, on penserait que cette statue tut usurpée par Thoutmès III. Le texte en tout cas est absohnnent net comme gravure et ne surcharge aucun texte antérieur. La tête est admirable, sm-tout de profil, mais ne présente que de vagues rapports de resseml^lance a\ec les traits classiques de Thoutmès III ». Il est regrettable que Legrain ne dise pas avec précision ce qu'il appelle les traits classiques de Thoutmès III. Est-ce peut-être la très belle statue de Tiu'in, dont le visage rond et plein s'éloigne encore davantage du type d'Hatshepsout ?

Si l'on cherchait à sortir de cette difficulté par la comparaison avec les bas-reliefs, on serait vraiment déçu. Que l'on regarde par exem])le le profil royal, très beau en soi, d'vm relief de Deircl-Bahari publié par Carter, et qu'on le compare au profil de la liclle statue de Karnak. Le grand nez charnu de celle-ci n'a rien de commun avec le nez fin du relief du temple. Et cependant il y a

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sur les deux un détail assez particulier (jui mérite d'être noté. La statue de KaDiak et le relief de Dcir-el-Bahari marquent la saillie formée par la pounne il'Adam d'une manière plus nette qu'on ne le remanpie d'habitude.

Trois statues d'Aniéiioplus II, une à Turin et tleux au Caire, ne sont jkis trop différentes l'une de l'autre : elles ont même un air de familU- avee Hatsliepsoiit et la première des .statues de ThoutmèsIII; par contre la caeluttc de Karnak a donné encore un antre .\ménopliis II, entièrement difi'érent.

Passons maintenant à .Xménopliis III. Dans le apoupc colossal où il est assis à côté de la reine Tii. la tète royale présente un type qui la rapproche de la série des œuvres d'ancienne tradition. I^a face est ronde, pleine, avec sur les lèvres un sourire satisfait qui existait déjà siu- des statues royales de l'Ancien Empire. C'est en ]irenant comme point de comparaison cette figiue d'Aménophis 1 1 1 (pie l'on peut restituer à ce dernier roi au moins plusieurs des statues placées dans la coin- de Ramsès II, à Louksor, et sur lesquelles le graivd roi de la XIX"" dynastie a gravé ses inscriptions. L'analogie des masques est frappante. De ])lus, on constatera que Ramsès II a gravé son cartouche sur le pagne de l'une des statues, à une place où on ne le triniNc jamais dans une statue originale. Sur le côté d'un des colosses une charmante figure de détail représente une reine. L'inscription, profondément gravée à côté, l'identifie à la femme de Ramsès II : or cette inscription est manifestenu-ut une surcharge, car les deux derniers hiéroglyphes, restes de l'inscription antérieure, sont moins profondément gravés que ceux de l'époque de Ramsès II. \'est-il pas d'ailleurs vraisemblable qu'.Aménophis 111, en construisant son temple, ait fait sculpter les statues habituelles de la façade ? Ramsès II les aura plus tard tout simplement cfmfisquées à son profit.

Le British Museimi expose un torse d'Aménophis 111, dont la figin-c est loin d'être identique à celle du colosse du Musée du Caire ; il possède aussi le masque d'une grande tête du même roi. dont le type s'écarte encore davantage du précédent, mais où l'on constate un amincissement du bas de la figiu'c, un aplatissement des joues et iu\c tendance à avancer le menton. Enfin une statue de Karnak, en pierre blanche, de 28 centimètres de hauteur, nous montre un Aménophis III complètement diffci-ent. L'ovale

de la ligure est beaueoup plus allongé, les yeux ont une tendance à se relever vers l'oreille et la volonté d'enjoliver le modèle paraît évidente.

Nous nous oeeuperons partieulièrenient des seulpturesd'Aménophis IV dans la leçon suivante, mais il est indispensable de regarder dès maintenant l'une d'elles : la statue dw Musée du Louvre (Art, pi. 6+). Elle est d'une conception toute partieidière, qui la distingue des statues royales égyptiennes examinées jusqu'à présent ; la statue d'Amenemhat III trouvée à Haouara seule produit une impression analogue (Art, pi. 3fi). La face est fine et élégante : l'ovale, plus allongé que partout ailleurs, a une tendance à se terminer en pointe. La tête, petite, est posée sur un cou allongé et elle s'incline légèrement en arrière, en faisant saillir le menton. Que l'on compare ce masque avec celui de la grande statue d'Aménophis III. Qui pourrait croire qu'il s'agit d'un père et de son fils ? Il y a là, manifestement, un tournant dans la conception estliétique des artistes égyptiens. Ils ont voulu faire du nouveau et nous verrons d'ailleins (ju'ils ont réussi à produire des œuvres d'une originalité marquante, qui tranchent nettement sur tout le reste de la production égyptienne. Ce que nous remarquons pour le visage est vrai aussi poiu' la manière dont on a reproduit les formes du corps. On abandonne la construction massive adoptée, à peu près sans interruption, depuis les premières dynasties, au détriment de la réalité personnelle des corps. Autant Aménophis III a une charpente épaisse et solide, autant les membres de son fils apparaissent fins et même délicats. On a remarqué depuis longtemps ce que cette statue avait d'efféminé et de maladif. Mais nous reviendrons sur ce point. Lorsque la révolution religieuse et artistique d'Aménophis IV aura pris fin, les sculpteurs égyptiens, tout en revenant aux formes traditionnelles, ne pourront pas oublier d'un coup ce qii'ils avaient appris à l'école de Tellel-Amarna.

LTne preuve excellente nous en est fournie |)ar la belle statue de Toutankhamon, découverte à Karnak (Art, pi. tir>). L'attitude n'est pas nouvelle, le roi étant représenté debout, en marche, les mains posées à plat sur les extrémités de son pagne triangulaire, mais on est charmé par la grâce et l'élégance qui se dégagent de l'œuvre. La figure fine, d'un ovale fort allongé, donive suffisam-

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ment l'impression de lauffiaiir pour (pie l'on ait pu parler de l'étiolement d'une race royale qui finit dans la consomption. Pour ma part, je ne crois pas qu'il l'aille aller si loin et retrouver dans l'esprit des sculpteiu's des préoccupations de physiologistes ou de médecins. Il V a dans la manière de rendre la ligure Innuaine un parti pris formel d'adoucir les traits, une \olonté d'embellir le modèle suivant uni' représentation idéale de la beauté humaine. Plusieiu's statues d'Horemheb, successeur de Toutankhamon, se ressentent de ces mêmes tendances ; telle la statuette en bois pétrifié (Art, ])1. 1.59) : mais c'est sm-tout dans la tête de canope trouvée dans le tombeau même du roi que l'analogie de facture avec les œuvres d'.Vménophis I\' est frappante.

Cependant certains seulpteurs cic l'époque d'Horendieb réagissaient déjà plus énergiquement,et dans l'admirable groupe d'Amon et d'Horemheb, au Musée de Turin, la figure du roi se rapproche davantage des types traditionnels du début de la XVIII*^ dynastie.

Il y a donc im style qui caractérise les productions de la sculpture à la fin de la XVIII^ dynastie, et cette manière est suffisamment reconnaissablc pour qu'on n'hésite pas à ranger dans cette période une série d'œuvres qui se présentent sans inscriptions ; ainsi une triade du Musée du Caire, oîi un roi est assis entre Amon et une déesse. La jolie tête connue depuis le temps de Mariette, et qui l'aisait partie d'une statue représentant un roi tenant un pieu surmonté d'une tête de bélier, se rattache manifestement, comme les précédentes, à la fin de la X\'III<^ dynastie et l'on peut hésiter entre Toutankhamon et Horemheb. Il paraît peu douteux également qu'il faille fixer vers cette même date le torse trouvé par l'etrie près du Ramesseimi et qui porte sur les deux épaules, en surcharge, le nom de Merenptah (Art, pi. 161).

On a donné généralement aux figures des dieux la physionomie du roi contemporain ; voilà jjourquoi on peut suivre dans la série des statues divines les transformations signalées pour les statues royales. Un regard jeté sur la tête d'un Amon de l'époque de Toutankhamon, dans le temple de Karnak ou sur le Khonsou trouvé dans le petit temple à Karnak. suffiront à prouver la vérité de cette assertion (Art, pi. l(i.")).

A la XIX*" dynastie, l'art est à jxu près entièrement revenu aux anciennes traditions, bien que la belle statue de Ramsès II,

du Musée de Turin, montre encore nianii'estement quelque chose tic l'influence d'el-Aniarna (Art. pi. 160 et 66). Cette statue, célèbre à bon droit, montre le roi assis sur un siège, sur les côtés duquel sont sculptées une petite image de la reine et celle d'un prince. Le corps du roi est modelé avec souplesse, rappelant dans une certaine mesure les rondeurs de la statue d'Aménophis IV, au Louvre. L'ovale de la figure est assez allongé mais ne présente plus l'amaigrissemenc caractéristique des œuvres précédentes. Il est intéressant de remarqvicr que Legrain a trouvé dans la cachette de Karnak les restes d'une figiu'ine qui pourrait passer pour la maquette de la statue de Turin.

On connaît de très nombreuses statues de Ranisès II, mais on sait aussi que Ramsès II a été mi usurpateur de premier ordre et que bien des œuvres qui portent son nom doivent appartenir à ses prédécesseurs, peut-être même fort lointains. Les colosses d'Aménophis III en ont l'oiuni la preuve. Une étude ciùtique de toutes les statues attribuées à Ramsès II serait assurément très intéressante, mais pour le moment les éléments en sont encore beaucoup trop dispersés. E.st-ce bien Ramsès II qui est représenté dans un des colosses de Mitrahiné V Si on le compare avec la statue de Turin, les différences sont fort grandes ; elles le sont tout autant SI l'on compare cf colosse et la statue de Turin aux grandes statues du spéos d'Ibsamboul, qui donnent encore à Ramsès II ime autre physionomie.

Les statues de rois de la XIX*" et de la XX"^ dynastie ne présentent rien qui soit particulièrement important à noter. Nous avons cité une statue colossale de Ramsès III devant un de ses temples à Karnak ; on peut mentionner une grande statue de Séti II au Louvre. Nous avons cité une statue en faïence, de Ramsès IV, deux statues de Ramsès V^I, dont un groupe.

La réponse précise à la question posée au sujet du style des statues royales du Nou\el Empire poiu'rait se formuler maintenant en une sorte de règle : les statues royales qui, au début de la XVIII^ dynastie, sont entièrement faites dans les traditions des époques anciennes, se transforment, suivant iu\e tendance à l'idéalisation, dont les premiers symptômes remontent à Thoutniès III, s'accentuent sous Aménophis III, poiu- atteindre leur point culminant, mais parfois avec une exagération éA'idente,

SOUS k- règne d'AinéiKipliis I\'. l'iu- réaction ra\i)ral)lc réussit à déterminer, sous les successeurs d'Aniénopliis I\', une manière fine et élégante (jui constitue l'apogée de la stylisation idéalisante dans l'art égyptien. Dès le début de la XIX*" dynastie, les vieilles traditions reprennent nettement le dessus et l'art égyptien, comme fatigué de l'effort qu'il v'wiû de faire, ntonihe dans l'inertie et la Ijanalité.

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