‹ Leçons sur l'art égyptienChapitre 39 sur 63 · LES STATUES 1)' AMÉXOPHIS IV · texte numérisé non relu

LES STATUES 1)' AMÉXOPHIS IV

des premières années dn règne. Tl est donc formellement acquis que les exagcrations apparaissent tout d"iin coiii) rt ne sont nullement le résultat d'vni développement progrcssil'.

Si nous avons ainsi déterminé le moment où la (léforniation s'est produite, il faudrait encore en découvrir la raison. Aucune des explications données n'est eom]ilètement satisfaisante et il suffira de citer ici. à titre de ])ure hypothèse, celle que présente Bénédite : Pour ce qui est de renlaidissement intentionnel. Wiedemanu ne me paraît pas s'égarer quand il y cherche im motif religieux. Akhounatou a voulu jusqu'au bout prendre le contrepied dis coiitumes tlu'l)aiiits. .Ses prédécesseurs se faisaient embellir et transfigurer en dieux ; Akhounaton, au contraire, exalte son dieu à ses dépens. N(m content de répudier tous les accessoires d'apothéose, diadèmes et sceptres divins, signe de yie en l'apport avec le faste royal de la ville d'Amon, il pousse, dans un accès de fanatisme religieux, l'himiilité jusqu'à s'amoindrir et s'enlaidir. En cela, il n'agit pas autrement que ces extatiques des religions orientales chez qui le délire religieux prend les formes les plus étranges, ou plutôt sa manière à lui est très anodine en comparaison des pratiques véritablenu^nt barbares des autres religions et son caractère eu reste purement moral et plus près du piétisme judéo-chrétien. Le sentiment d'exaltation qui domine dans les hymnes solaires légitime parfaitement cette supposition ».

C'ertiines œuvres qui pourraient dater de la fin du règne montrent un retour à plus de mesure et de calme ; mais auparavant revenons à l'atelier de Thoutmès et poursuivons l'examen de ses œuvres. Outre le roi, on y a trouvé des sculptures de la famille royale: d'abord la reine, dont on a, en premier lieu, deux représentations, dont la première est à l'état d'ébauche. Les formes viennent à peiiie de se dégager : dans l'une l'oreille est encore pleine, dans l'autre elle est presque achevée. Ces deux exemples semblent provenir de statues faites de plusieurs morceau.x s'emboîtant les mis dans les autres. Peut-être aussi ne simt-ils simplement que des modèles qui pouvaient être fixés alternati\emcnt sur des corps différents et recevoir ;i \olonté les nudtiples coiffures des souverains d'Egypte.

On n'hésitera pas non plus à reconnaître la reine dans deu.x têtes dont l'une est sans coiffure et dont l'autre est surmontée d'une

couronne. Elles se rattaelient probablement à une seule et même œuvre. La première, sans coiffure, n'a pas été au goût du maître sculpteur qui, avec son pinceau, a mis des traits de couleur sur certaines parties à modifier. C'est ce que faisait probablement tout à l'heure louti dans son atelier. I.a seconde est corrigée et ne laisse plus rien à désirer.

On peut hésiter à retrouver encore la reine dans l'admirable morceau du Musée de Berlin. C'est bien l'œuvre la plus fine, la plus élégante et la plus surprenante que l'art égyptien du Nouvel Empire ait laissée. D'aucuns ont voulu y reconnaître le roi. mais cela paraît vraiment difficile à admettre: tout au plus pourrait-on se demander si ce n'est pas un des successeurs inmiédiats d'Aménophis IV. Mais n'est-il pas plus vraisemblable d'y voir un portrait, encore plus stylisé que les précédents, de la reine Xefertiti ? On serait tenté de le mettre sin* le même rang que les bustes du roi et de trouver que ces têtes participent toutes trois des mêmes qualités de finesse et de mesure dans la manière de suivre la mt)de particulière d'El-Amarna. Le mieux est d'attendre l'édition complète de ces précieux documents qui, sans aucun doute, nous apportera de nouveaux éléments d'appréciation.

C'est une tout autre physionomie que présente une statuette de reine, dans laquelle on voudrait reconnaître Tii, la mère d'Aménophis IV. I^e crâne est chargé d'une coiffure dont le bord est nettement tracé. Cette ligne de délimitation du front nous aidera à corriger peut-êti-e l'étrangeté des crânes des princesses. Celles-ci étaient d'ailleurs encore des bébés en bas âge, bien que le sculpteur en ait fait des jeunes filles, connue sur la plupart des bas-reliefs, et il serait difficile de déterminer avec précision à quelle princesse se rattache chacune des sculptures découvertes.

Un curieux groupe, mais qui n'est qu'ébauché, nous montre une sculpture d'un genre assez inattendu. Sur les bas-reliefs, il est vrai, on voit souvent Aménophis IV jouant avec ses fillettes, mais on ne s'attendait pas à ce que les sculpteurs se soient essayés à traduire le même thème en ronde bosse. Cependant le Musée du Caire possède maintenant ce joli groupe où l'on voit le roi, en bon père de famille, tenant sur ses genoux une de ses filles qu'il embrasse tendrement. On regrette vraiment que cette œuvre charmante n'ait pas été achevée.

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Enfin l'atelier de Tell-el-Aniarna a fourni des modèles remarquables de membres détaehés. Il suffira de eiter des pieds et des mains d'une exéeutiou supérieure.

Passons maintenant à. (pielques autres seidptm-cs (pii représentent Aménophis TV et les membres de sa famille. La eolleetion Pétrie à Londres eomprend un groupe déeapité du roi et de la reine, tlebout, en marche, se tenant par la main, et accompagnés d'une de leurs fillettes (Ricueil, pi. 7.5). On constatera déjà sur ee groupe combien les formes anatomiques du roi sont efféminées, les seins accentués comme ceux d'une femme. Les .statues qui se trouvent de part et d'autre des stèles montrent des groupes du même genre. D'autres, des plus curieux, figurent le roi et la reine dans le geste de l'adoration : leurs bras étendus en avant reposent sur im épais soutien de pierre, qui s'amincit en descendant. Cette espèce de cloison est ornée de figures des princesses. On remarquera rexecllcnt modelé des l'ormes de la reine, qui est de loin supérieur à tout ce que l'ai't égyptien a produit, exception faite peut-être pour le petit fragment de la eolleetion Pétrie à Londres, un torse de fillette, fragment détaché proi)ablement d'im groupe et qui est certainement l'égal des productions de l'art grec (Recueil, pi. 7(î). Un célèbre archéologue classique ne pouvait s'empêcher de dire en le voyant : " C'est de l'art grec avant la lettre ».

Le Musée de Berlin possède depuis longtemps déjà une merveilleuse petite tête d'enfant, dont l'expression mutine a été rendue d'une manière charmante (Art, pi. 163). Il est vrai que, vue de profil, la forme allongée du crâne rompt un peu le charme qu'on éprouve.

Les fouilles récentes de Tell-el-Amarna ont enrichi le Musée du Caire d'une jolie statuette de roi debout, présentant une table d'offrandes. La tête n'offre plus autant d'exagération dans le rendu de ses différentes parties : elle s'éloigne nettement de la laideur des bas-reliefs, mais sans avoir atteint néamnoins la finesse des bustes.

Revenons à présent à la statue du Louvre que nous avions citée en étudiant le dévek)ppement de la sculpture pendant la XVIII^ dynastie (Art, pi. G-l^). Elle faisait partie d'un groupe du roi, assis à côté de la reine. De la figure féminine il ne reste plus que l'extrémité du bras et la main appuyée sur le dos du mari.

Le l'oi a la figure plus 7'eniplie qu'on ne le volt sur les bustes, avec lesquels elle présente le plus d'analogie, ("est ce qui fait croire que l'œuvre est d'une date phis tardive. En effet, Flinders Pétrie, lors de ses fouilles à Tell-el-Amarna, a trouve un masque en plâtre qui, selon lui, aurait servi de modèle pour les statuettes funéraires d'Aménophis IV. Grande est la différence entre ce masque de plâtre et la tête royale examinée en premier lieu. C'est cependant le même lionmie, mais l'expression de jeunesse était davantage marquée dans le premier masque. Au moment de sa mort, Aménophis IV n'avait pas beaucoup plus de trente ans, ce qui cadre mieux avec les traits du dernier masque. On n'a pas publié de bonnes reproductions de têtes des statuettes funéraires du roi. Sur l'une d'elles, le masque est' plus plein que sur la plupart des œuvres précédentes, exception faite du masque Pétrie.

La coUectioTi J. Simon, à Berlin, possède une remarquable petite tête en bois dans laquelle Borchardt veut reconnaître la mère d'Aménophis IV, Tii. Mais si nous comparons cette tête avec celle du groupe colossal de Medinet-Habou, exécuté sous le règne d'Aménophis III, et aussi avec celle du joli relief du Musée de Bruxelles, nous aurons quelque peine à retrouver dans la tête Simon, la même personne. On lui a fait un visage qui, surtout de profil, rappelle immédiatement le sphinx d'Aménophis IV dans toute sa laideur audacieuse. Toutefois, la tête regardée de ti'ois quarts, les défauts s'effacent et l'impression d'art devient plus puissante : Borchardt a raison de la considérer connue une des œuvres les plus remarquables de la sculpture de Tell-el-Amarna. Il y a quelque ressemblance entre la tête Simon et la petite tête trouvée par Pétrie au Sinaï, sur laquelle est gravé le nom de Tii. C'est également Tii, à la manière de Tell-el-Amarna, qui se retrouve dans les têtes des canopes trouvés à Thèbes avec les restes du mobilier fiméraire de la reine. On semble cependant admettre plus souvent que ces canopes appartiendraient à Amétiophis IV, mais on n'a jamais apporté un argument décisif à cet égard. Les quatre têtes, dont chacune forme le couvercle d'un vase, diffèrent assez bien entre elles. La plus belle est certainement plus féminine d'aspect que tous les portraits qui représentent indiscutablement le roi.

T.KS S'I'ATn.s d'aMKNOI'IIIs IV 371

Tl est tout, à l'ait prohahic (jue c'est également du règne d'Aménopliis I\' (jui- (latf une statuette acéphale d'Aménophis III, dont les l'orines générales et le vêtement détonnent étrangement parmi toutes les œuvres connues de ce roi. On a voulu y voir une statuette représentant le roi habillé à l'assyrienne, mais il est plus simple d'y trouver im portrait du père du roi, exécuté selon la mode etïéminée d'el-Amarna.

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