CHAPITRE XXIX STATUES DE REINES ET STATUES PRIVÉES
Statues de reines. — Nous avons déjà leiieontrc à plusieurs reprises des représentations de reines du Nouvel Empire, surtout dans des groupes.
Il nous reste à examiner quelcpies œu\res particulièrement intéressantes.
La première est une statuette du British Muséum, représentant la reine Teti-Sheri de la XVII« dynastie, mère du roi Ahmes I"''. t"est une œuvre très fine, où l'artiste a encadré le visage de la eoitïure caractéristique des reines, constituée par la dépouille (l"un \'aut.our. Ici, elle est placée directement sur le crâne, taudis ()ue souvent on la trouve posée sur la grande chevelure pendant en mèches sur la poitrine et dans le dos. Le contraste est assez grand si l'on passe de cette figurine à une statue en grès qui représente la reine Moutnefert, mère de Thoutmès H. L'ensemble est beaucoup plus lourd d'aspect, la figure; malheureusement mutilée, est pleine et manque d'accent personnel. La matière, le grès, est peut-être cause, en partie, de cet aspect peu agréable. Par contre, la statue en granit d'Isis, mère de Thoutmès III, est plus fouillée, plus nerveuse, et cependant les deux statues sont à peu de chose près contemporaines. La reine Isis porte sur la tête un diadème auquel manquent deux hautes plumes, vraisemblablement en métal. Dans la main gauche, le sculpteur a placé un minuscule fouet ou chasse-mouches, qui au lieu de se détacher de la masse est collé contre les genoux. Ces statues de reines sont contemporaines de la première partie de la XVIII« dynastie et, naturellement, rien dans le style ne permet de les séparer des statues de rois de la même époque. Quand nous avançons vers le règne d'Aménophis III le style s'affine. Je propose d'en trouver une preuve particulièrement typique dans une figure de détail
.sculptée à l'avant du siège d'un des colosses de liOuksor. Ainsi que nous l'avons vu piécédeninient, il y a de sérieuses raisons de penser que les colosses attribués à Ramsès II datent d'Aménopliis III. S'il en est ainsi la figurine que l'on appelle généralement Nefert-Ari pourrait bien être Tii, la l'emme d'Aniénophis III. La reine est représentée debout, la jambe légèrement avancée ; elle appuie sa main gauche relevée sur une des jambes du colosse, rappelant ainsi le geste assez gracieux que nous avons étudié sur les statues de l'Ancien Empire. Le corps est modelé d'une manière excellente sous la robe en étoffe légère et transparente qui laisse apercevoir toutes les formes. La tête est surmontée de la couronne des reines, cette fois complète avec tous ses accessoires de cornes, de disques et de plumes. Le visage est fin et doux et je crois ne pas me tromper en y retrouvant quelque chose des traits de la Tii de la petite tête Pétrie, trouvée au Sinaï. A côté de la figure se trouve gravée, en caractères profondément enfoncés dans la pierre, une inscription au nom de la reine Nefert-Ari : mais, sous le cartouche, il reste deux signes d'une inscription plus ancienne. C'est là, nous l'avons dit déjà, une preuve flagrante que le colosse a été usurpé et l'examen de cette figure de reine confirme ce que nous croyions des colosses eux-mêmes. Ce déplacement dans la date de la jolie reine de Louksor, entraîne en même temps le déplacement du torse trouvé par Pétrie sur la rive gauche du Nil et dans lequel on voulait reconnaître soit une épouse, soit une fille de Ramsès II (Art, pi. (57). L'analogie, au point de vue du style, est absokmient indéniable entre les deux œuvres et nous attribuerons le torse de princesse vraisemblablement à la seconde moitié de la XVIIl'^ dynastie. C'est à la même date qu'on place aujourd'hui l'admirable tête du Musée du Caire, trouvée par Mariette à Karnak, et que les manuels appellent la reine Tii. Cette désignation, due à Mariette, et qui n'avait, semblet-il, qu'une base « sentimentale », a été reconnue erronée, car au cours des fouilles, à Karnak, on a retrouvé plus tard des fragments du groupe dont la tête a été détachée : il s'agit d'une œuvre de l'époque d'Horemheb. De même que les dieux prenaient les traits du roi, les déesses étaient représentées sous les traits de la reine. La déesse de Karnak nous conserve ainsi les traits de Moutnedjem, fenmie d'Horemheb.
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Citons enfin encore une dernière statue de reine, conservée au Musée du Vatican. D'après l'inscriptiou ce serait Touaa, la mère de llamsès II. mais cependant j'ai ditïieile à croire (ju'il ne .s'ajîisse pas d'une œuvre plus ancienne, voire même l:)eaucou{) plus ancienne, qui aiu'ait été usurpée à l'époque de Ramsès II. Je ne trouve rien dans les traits du visage qui rappelle le style caractéristique du commencement de la XIX*" dynastie. Le fouet (]ue la reine tient en main s'incurve devant la poitrine et la partie mobile de Finstrumcut pei\d le lonj^ du bras.
Statues privées. — Les statues privées se rencontrent dans les temples et dans les tombes. On pourrait les diviser toutes, au point de vue de leurs formes, en deux catégories. Les unes sont momiformes et représentent le personnage enveloppé dans des bandelettes ; les autres se rattachent à la série des statues de doubles de l'Ancien Empire, représentant le mort sous l'aspect d'un être vivant.
Un exemple typiqui- déterminera la première catégorie : tout au fond d'un tombeau de Tlièbcs, dans la dernière chambre, on voit se détacher de la montagne le mort et sa femme, le corps entièrement enveloppé dans une étoffe serrée d'où sortent les mains ; les têtes sont entièrement dégagées et elles s'encadrent dans une grande perruque qui, pour la femme, descend en hmgues mèches de chaque côté jusque sur la poitrine. Pourquoi ne rattacherait-on pas, à cette catégorie momiforme,ces curieuses statuesblocs que, au premier aspect, on prendrait pour une masse cubique d'où émerge une tête ? Et de fait, à y regarder de plus près, on voit sur la partie plane, devant la figui'c, deux mains, l'une à plat, l'autre tenant un emblème quelconque, puis on distingue la silhouette des épaules, les pieds vaguement dessinés, les genoux à la hauteur du menton et la forme du siège. On a dit parfois que ces statues représentaient le mort assis, les genoux relevés devant la poitrine dans une attitude familière à certaines races ou à certaines classes professionnelles. Mais les peintures et les reliefs des tombeaux ne représentent que bien rarement des gens as.sis de cette manière, en tt)ut cas jamais de grands personnages. De plus, les premiers exemples de ces statues contractées remontent au Moyen Empire, où elles sont rares d'ailleurs, tandis (qu'elles
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deviennent fréquentes au Nouvel Empire et sont presque exclusivement à la mode aux époques suivantes. Or, au Moyen Empire, nous voyons également apparaître les statuettes représentant le mort comme un mort, c'est-à-dire complètement enveloppé dans des bandelettes. N'est-il pas possible de croire qu'il y a là un rappel de la vieille position contractée que l'on donnait aux morts aux temps primitifs ? On connaît encore des exemples de corps contractés jusqu'au Moyen Empire. Cette forme particulière présentait un avantage dont les Egyptiens ont tiré le meilleur parti possible. Sur le corps, de vastes espaces lisses se prêtaient au déroulement de multiples lignes d'inscriptions fvméraires. Nous citerons des cas où la statue à peu près tout entière est ainsi recouverte de prières et de généalogies. Un bon exemple pour la XVIIP dynastie est la statue d'Ouser, gouverneur de Thèbes avant le règne de Thoutmès III, oncle du fameux vizir Rekhmara (Recueil, pi. 71). La figure est ronde et pleine, très soignée connue exécution, sans beaucoup de personnalité, l'appelant la manière des colosses osiriaques de Thoutmès I<''', à Karnak. La perruque,très soigneusement détaillée, est composée de nombreuses mèches qui se terminent par de petites boucles en forme de tire-bouchons réunissant entre elles plusieurs mèches.
Un tombeau de Tell-el-Amarna donne un bon exemple de statue représentant les personnages comme fies ^àvants : Rames et sa femme sont assis l'un à côté de l'autre, comme tout à l'heure les deux figures de Thèbes, mais ici ils sont en costume civil, avec les détails très minutieusement indiqués. Il sera bon de remarquer à ce propos que les tombes de Tell-el-Amarna n'offrent pas de statues privées du style exagéré qui caractérise les portraits de la famille royale. Dans les tombes privées, on reste fidèle à ce qu'on pourrait appeler les piu-es traditions thébaines.
Un choix s'impose parmi les groupes nombreux du Nouvel Empire. Voici d'abord le Sennefer et sa femme Sennai provenant du temple de Karnak. La date de cette œuvre est connue, car Sennai a été la nourrice du roi Thoutmès IV ; elle vivait donc sous Aménophis II et au commencement du règne de Thoutmès IV, Le monument peut passer pour im bon exemple du style de la première moitié de la XVIII'' dynastie. Les inscriptions ont révélé un détail qui mérite d'être signalé. On y lit que le groupe