STATUES DE REINKS ET STATUES PRIVÉES
des Aniénopliis III et IV. Mais tout ce que l'on remarque de spécialement typique dans cette ligure a été rendu avec ime exagération manil'cste dans une autre statue, représentant le même personnage et qui vient aussi de Karnak (Art, pi. 16(5). On serait tenté de croire que ce.s sculptures reproduisent le même homme, mais à deux époques assez éloignées de sa vie. Dans la première, Amenhetep est encore jeune, tandis que dans la seconde il paraît avoir atteint un âge avancé. Par manière de contraste avec la statue d'Amenhetep âgé, il est intéressant de considérer un scribe du Nouvel Empire, du Musée du Caire, à la face béate et placide. Si l'on comparait celui-ci avec les scribes de l'Ancien Empire oserait-on encore soutenir, comme on le fait souvent, que l'art égyptien est toujours reste identique à lui-même ?
Un certain nombre de figurines de scribes nous montrent ces derniers en relation avec le dieu des lettres, Thot, incorporé dans l'image du cynocéphale. La première manière de marquer la relation du dieu et du scribe rappelle le procédé des images divines. Le scribe est assis sur le sol en train d'écrire ou de lire. Un singe est perché sur ses épaules et sa tête apparaît au-dessus de la tête du scribe, tandis que ses pattes de devant se posent sur les deux côtés de la coiffure, comme les ailes du faucon protégeaient la coiffure de Khéphren. Nous avons rencontré des images du roi debout devant vm animal sacré; de même, nous allons trouver le scribe occupé à travailler au pied de l'image divine. Ce thème a été révélé par trois petits groupes dont deux sont au Louvre et le troisième au Musée de Berlin. Le singe est gravement assis sur uti socle et son ad()ratein",avec une conscience parfaite, s'acquitte de ses travaux sous la protection et avec l'assistance du dieu des lettres. Un des groupes du Louvre nous donne une variante intéressante dans l'attitude du scrilje, qui, au lieu d'avoir les deux jambes repliées sous le corps, en relève ime de manière à ce que le pied ))ose à plat sur le sol. Le livre, alors appuyé sur le genou relevé, descend en diagonale le long du vêtement tendu entre les deux genoux. Une pf)se analogue se retrouve, sans qu'on puisse la considérer comme particulièrement heureuse, dans une .statue d'un personnage du nom de Hapi. C'est la même pose aussi qui est choisie, mais avec plus de raison d'être, dans une fort curieuse statue de Senenmout, un des principaux personnages
du commencement de la XVII I« dynastie. C'est l'architecte de la reine Hatshepsout, qui construisit le temple de Deir-el-Bahavi. Parmi ses très nombreuses fonctions il avait celle de « nourrice » de la jeune princesse Neferoura. Plusieurs statues de ce personnage ont été découvertes : la première nous le montre dans la pose qui vient d'être décrite, mais Senenmout tient dans les bras sa jeune pupille. « Ce groupe, dit Legrain, est un des plus curieux de l'art égyptien. Sa grâce et sa familiarité sont assez inattendues et montrent que parfois les sculpteurs savaient assouplir leur talent. La petite princesse est charmante et son doigt qui se pose sur le menton la fait ressembler à un petit Harpocrate. Senenmout est posé le plus commodément du monde et sa figure pleine de bonhomie montre toute la joie qu'il éprouve de tenir sur ses genoux, entre ses mains maladroites, la fille d'Hatshopsouitou ». On constatera que la petite fille a le crâne allongé des princesses d'Aménophis IV. Il serait hardi de parler d'une déformation crânienne et il est plus vraisemblable que, dans les deux cas, les enfants sont représentés avec une même coiffure qui serre étroitement le crâne et qui se projetait assez loin en arrière. Deux autres statues de Senenmout nous montrent le personnage sous la forme du paquet cubique. Une des statues est à Berlin, l'autre au Caire: dans les deux cas, on a voulu quand même affirmer la tutelle exercée sur la jeune princesse, dont la tête seule sort du l)loc, exactement sous le menton de son protecteur. Citons encore une œuvre représentant Senenmout. Cette fois il est à genoux et il tient devant lui, entre ses mains, un emblème de la déesse Hathor. En réalité, connue nous avons eu l'occasion de le constater précédemment, il s'agit dans ce cas de la transposition, vaille que vaille, dans la pierre, du motif du personnage agenouillé, tenant la hampe surmontée par la tête de la déesse.
Ceci nous amène à la catégorie des statues d'offrandes. C'est la réplique parfaite des statues qui montrent le roi debout ou à genoux et présentant des statues de divinités, des vases, des tables d'offrandes ou diverses espèces d'insignes religieux. Voici d'abord" Si-Roï à genoux, tenant à côté de lui au port d'arme, dirait-on, un pieu divin. Piaai semble verser sur un autel le contenu d'une table d'offrandes ; Paserou tient entre les mains et les genoux une sorte d'autel que l'on pourrait considérer comme