STATUES DE REINES ET STATUES PRTVÉKS
des sculptiuis égyptifUN. Leur liberté d'allure et l'iiigéiiiosité de leurs coinpositiims s'y déployaient sans eontrainte en dehors des lois obligatoires imposées aux eolosses et aux œuvres solennelles des temples et des tombeaux. Dans la collection Pétrie, à Londres, il y a encore une figurine de négresse se rattachant à la même sécie d'objets et, cette t'ois encore, le morceau est une véritable merveille (Recueil, pi. (î8). t'e n'est qu'ime cni'ant dont le corps est rendu avec toute la grâce et toute la délicatesse possibles ; la figure est étudiée avec le souci d'un document ethnographique, notant les particularités de la coiffure, telle qu'on la trouve encore chez maintes tribus africaines de nos jours.
L'art industriel nous donne enfin quelques bons spécimens de sculptures dans un autre genre de documents. Ce sont les masques des caisses à momies. Citons d'abord la partie supérieure des couvercles des cercueils de Yuaa et Thuiu, les parents de la reine Tii. Les deux figures sont d'une grande finesse et trahissent immédiatement ré])oque où on les a sculptées. Il y a une assez grande différence entre l'expression des deux visages, mais l'homme a l'air d'avoir des traits plus féminins que la femme. Si l'on pouvait douter encore que les Egyptiens aient eu la volonté déterminée d'idéaliser leurs modèles à l'extrême, il suffirait de comparer ces deux masques aux figures réelles des deu.x personnages qu'ils sont censés représenter. Peu de momies égyptiennes sont conservées d'une manière plus parfaite, en effet, que celles des parents de la reine Tii. Y a-t-il rien de commun entre leurs traits et les copies, en quelque sorte officielles, que les sculpteurs des cercueils nous en ont livrées ? Supposez que l'on ait connu les deux cercueils, dépouillés de leur momie, et que plus tard on eût trouvé celles-ci, réunies à d'autres dans une cachette, comme deux fois la nécropole thébainc en a fourni ; on peut affirmer que les égyptologucs n'auraient jamais songé à rapprocher les corps des deux cercueils. Deux autres belles pièces méritent encore l'attention : la tête du cercueil de Ramscs 11 et celle de la reine ilakara, de la XXlf dvnastie.
Les murs des nombreux temples et des innombrables tombes du Nouvel Empire sont généralement recouverts de reliefs et de peintures. C'est dire que les matériaux relatifs à cette partie de l'art égyptien sont en nombre considérable. On en a déjà publié beaucoup et cependant ce n'est qu'ime minime partie. En outre, dans la plupart des cas, nous ne connaissons les .sujets que par des dessins au trait ; au point de vue spécial de l'ai't, ces publications devront être reprises.
Nous commencerons dans cette leçon par traiter de questions générales, réservant aux leçons ultérieures l'examen en détail des spécimens les plus importants des différentes catégories d'œuvres. Nous réserverons également pour la leçon sur les arts industriels tout ce qui est relatif à la peinture décorative.
Maisons et palais. — Nous avons eu l'occasion de voir à propos de l'architecture, que les murs des palais et des maisons, ainsi que le sol et le plafond, étaient souvent décorés de peintures. Parfois des scènes à personnages constituaient une véritable peinture de genre. Ainsi dans les restes d'une maison de Tellel-Amarna, fouillée par Pétrie, l'explorateur anglais a trouvé une frise qui représente l'arrivée du maître à la porte de sa maison et l'activité qui se manifeste à son approche. Devant la porte ouverte, le portier balaie le sol ; un peu plus loin, l'arroseiu* abat la poussière. Entre les deux, le « sais » ou courrier annonce la rentrée du maître et un cuisinier se presse d'apporter une collation toute préparée sur deux plats. De quelle main souple et légère toutes ces figures familières ont été rendues ! Dans une autre maison, il devait y avoir un tableau représentant la famille royale. Un fragment seul en est conservé : c'est la fameuse fresque des princesses du Musée d'Oxford. Deux des fillettes d'Aménophis IV sont assises sur des coussins : elles se tiennent, elles se caressent
dans des attitudes charmantes, qui contrastent assez vivement avec toutes les figures analogues de l'art égyptien traditionnel. On a prétendu que les figures de ces pi-incesses avaient été ombrées au moyen de coulein-. L'examen attentif fait lors d'une restauration au Musée d'Oxford a démontré que c'était une erreur et qu'ici, pas plus que dans presque toutes les peintures égyptiennes, les peintres n'ont exprimé par la couleur les jeux de' lumière et d'ombre.
C'est également dans une maison de TelI-el-Amarna que les fouilles allemandes ont fait découvrir un charmant tableau de famille, actuellement au Musée du Caire. Au milieu d'un encadrement en forme de porte, le disque solaire déverse ses rayons sur les membres de la famille royale. Aménophis IV est à gauche, la reine à droite. Entre les deux, l'aînée des princesses, debout, lève ses petites mains vers un objet que lui présente son père, tandis que ses deux sœurs plus jeunes sont sur les genoux de la mère. Une des fillettes touche de sa petite main le menton de la reine comme pour attirer son attention vers ce qui se passe devant elle. On a remarqué que ce petit tableau pouvait être caché à volonté par les deux battants d'une porte. L'ensemble est donc construit comme un triptyque à volets et nous donne le plus ancien exemple connu d'un retable. On a des raisons d? croire que ce tableau, comme les autres reliefs analogues d' Aménophis IV, constituaient des images du culte privé : ce sont les icônes domestiques.
Les meubles recevaient souvent comme décor de petits tableaux; des scènes religieuses et même historiques garnissent des panneaux de diverses pièces du mobilier : nous en citeions ici quelques exemples en renvoyant le reste à l'étude de l'art décoratif. Sur un grand coffret du Musée du Caire un prêtre est en adoration devant diverses divinités. La caisse du char de Thoutmès IV représente des scènes de victoire où le roi précipite en déroute ses ennemis du nord et du sud. Nous connaissons déjà la manière habile qu'emploie le décoratem- pour adapter la scène à l'espace à remplir. Sur des lits et des fauteuils on représentera des séries de divinités : ainsi un fauteuil nous montre, dans une danse animée, trois personnages à caractère animal, proches parents des satyres grecs. Ce sont des Bès jouant du tambourin, brandissant des couteaux
et qui mettent en fuite les influences malfaisantes. (Art, pi. 180).
Temples. — Nous avons quelque peine à nous imaginer actuellement l'aspect que devaient présenter les grands temples égyptiens lorsque leurs vastes parois, entièrement couvertes de. représentations sculptées, avaient conservé toute leur polj'chromie originale. L'effet général nous aurait paru assez cru, malgré l'atténuation de la forte lumière de l'Orient. Partout les j'eux rencontraient des images du roi et des divinités : c'est qu'il y a une relation constante entre le fils des dieux, qui remporte les victoires, et les divinités elles-mêmes, qui inspirent ses desseins glorieux et reçoivent en retour le tribut de sa reconnaissance.
On peut établir en règle générale une distinction entre les scènes qui se trouvent sur les murs extérieurs, en y comprenant les cours, et les scènes de l'intérieur de l'édifice, salles hypostyles, sanctuaires et dépendances : à l'extérieur, ce sont surtout les scènes historiques et militaires ; à l'intérieur, les représentations religieuses. Sur le pylône, une des scènes les plus générales est le tableau de victoire tel qu'il était formulé dès les plus anciennes époques : le roi ayant saisi par la chevelure ses ennemis, s'apprête à les immoler en présence du dieu. Au Nouvel Empire, peut-être par le faifc que les expéditions militaires s'étendent à des régions de plus en plus vastes, le tableau prend plus généralement un caractère complexe. J'ai déjà dit comment l'image du vaincu est remplacée par une sorte de grappe d'êtres humains, régulièrement disposés, symbolisant ainsi l'étendue même des victoires du pharaon. En dessous de la scène principale, par exemple à Medinet-Habou, on ajoute le catalogue des conquêtes. Les noms de toutes les peuplades, tribus ou villes vaincues sont inscrits dans un enroulement ovale, surmonté chaque fois du torse d'un captif, les bras liés derrière le dos. C'est ainsi que sont composées les fameuses listes géographiques du Nouvel Empire. En d'autres endroits, on verra les épisodes successifs de la campagne dont le pylône nous donne ainsi l'épilogue. On assistera à la capture de villes. On verra le roi en pleine mêlée, enchaînant les chefs vaincus, tandis que l'infanterie achève la déroute. Dans quelques cas, il n'a fallu rien moins que les espaces inmienses des massifs du pylône pour dérouler les différents épisodes d'une même action.
Ainsi, à Louksor, on voit, en une ambitieuse page d'histoire, comment Ramsès II vainquit le^ Khétas d'Asie. On trouve aussi sur les parois extérieures des scènes de chasse, des processions, des fêtes religieuses, notamment la consécration dans le temple des objets précieux, façonnés au moyen du butin ramené de l'expédition victorieuse. Pour en citer un exemple, sur un des murs extérieurs de la salle hypostyle de Karnak, Séti pr présente à la triade thébaine une série de vases précieux, exécutés au moyen de l'or rapporté des campagnes asiatiques. On comprend inmiédiatement l'intérêt de tels tableaux pour l'étude des arts industriels.
A l'intérieur, les représentations sont à première vue plus monotones ; on croirait que les dessinateurs et les sculpteurs, en peine d'imagination, se soient contentés de répéter à l'infini, l'une à côté de l'autre, des scènes à peu près identiques, mettant le roi en présence de diverses divinités qu'il adore. A y regarder de plus près, la première impression n'est pas tout à fait exacte; le décorateur a fidèlement suivi les indications des rituels et a détaillé avec autant de précision que de minutie tout» s les actions successives que le prêtre célébrant — c'est le plus souvent le roi lui-même — devait exécuter dans les différentes parties du temple. Nous pourrions faire une distinction ici entre deux séries de représentations : d'une part nous aurions le matériel du culte et d'autre part la célébration du service. Le sanctuaire d'Amon, au temple de Séti I", nous donne un bon exemple du mobilier religieux et nous pouvons y relever bien des détails qui nous auraient échappé pour toujours si ces reliefs se lussent perdus (Temple de Séti I'^', pi. 23). Nous voyons ici trois baïques, une grande et deux petites; ce sont les barques sacrées d'Amon, de Maut et de Khonsou. Elles sont faites sur le même modèle, sauf les extrémités qui diffèrent : poiu Ainon, la barque se termine par des têtes d£ béliers ; pour Maut, par des têtes de reines ; pour Khonsou par des têtes de faucons. .Vu milieu de la barque est le tabernacle, partiellement caché par lui voile. Un équipage de petites figurines royales s'agenouille, présente des offrandes ou manœuvre le gouvernail. Les barques sont fixées sur des brancards que les prêtres, lors des processions, poitent sur leui'S épaules. Le brancard au repos est posé sur une base cubique, dont on rencontre quelques exemples encore en place dans des
RELIEFS ET PEINTURES. f.E.NEK ALITÉS ;J80
temples de Xiil)ic. La l)ase elle-même est ornée de ligures rovales levant les mains au-dessus de la tête, comme pour supporter le tabernacle. Des statuettes royales sont posées .sur le sol ; elles représentent le roi tenant im chasse-mouches, un éventail ou encore un pieu sacré, surmonté d'une tête de bélier. Nous avons ici la véritable attitude fondamentale de ces images du roi tenant le pieu sacré : on le tient debout devant soi, une main levée en signe d'adoration. Les sciil])teins en ronde bosse nous ont donné des exemples de la déformation imposée à cette attitude par la technique de la pierre. Sur des tables se trouvent placés des vases de formes diverses ; sur des socles élevés, à assemblages légers, se trouvent encore de petites figurines l'oyales debout ou à genoux, présentant des bouquets plus ou moins compliqués.
Dans les scènes du rituel, dont le temple de Séti I^J" à Abydos nous donne aussi des exemples parfaits (Art, pi. 1G9), le roi pénètre dans le sanctuaire, salue, encense, présente à l'image divine les vêtements, les insignes, les bijoux, les aliments, tandis que les inscriptions qui accompagnent chaque scène copient le texte du chapitre du rituel à réciter pendant l'action. Les mêmes textes ont été retrouvés sur des papyrus. Ainsi nous avons parfois l'édition complète, texte et illustration. Les parois de ces temples, a-t-on dit a\'ee raison, sont des livres de pierre dont les pages et les lignes se déroulent sur des kilomètres d'étendue. Le roi s'avance vers l'intérieur du temple ; il est purifié par les dieux secondaires (jui le conduisent par la main devant la divinité principale. Le roi lui offre le précieux étui en or renfermant la charte de fondation du temple (Temple de Séti I^', pi. 5). Une minuscule figurine royale agenouillée soutient l'étui. On se rappellera les statues royales d'offrandes qui traduisaient des idées analogues. Les scènes du rituel sont placées directement au-dessus du lambris habituel, à moins qu'entre le lambris et les tableaux religieux ne se déroident des files quasi-interminables de Nils ou de nomes agenouillés, présentant leurs tables d'offrandes (Temple de Séti P^, pi. 15).
Les obélisques, outre les inscriptions dédieatoires, portent sur le fût, du moins touj(jurs sur le pyramidion, des scènes rituelles. On en trouve également à la partie supérieure de grandes stèles qu'il faut distinguer soigneusement des stèles funéraires, t'ertaiues —
et l'on n'en a trouvé de semblables qu'à Tell-cl-Aniarna — servent à délimiter un territoire. D'autres sont érigées dans les temples et sont consacrées à des buts divers. On y rencontrera par exemple un épisode historique, ou bien on énimiérera les constructions faites dans le temple ; on y a même trouvé un traité conclu entre le roi d'Egypte et les Khétas. On y lit parfois des hymnes exaltant le dieu, mais sans oublier la personne royale qui n'en est que le reflet sur terre ; parfois des décrets où le roi se vante d'avoir remis de l'ordre dans l'état troublé. Au sommet de ces stèles on trouve généralement une scène d'offrande. A Tell-el-Amarna, le roi, la reine et deux des princesses sont représentées deux fois, symétriquement à droite et à gauche, levant leurs bras ou agitant des sistres en présence du disque solaire, dont les rayons sont terminés par des mains. A Ibsamboul, pour citer un exemple de la seconde catégorie, la stèle est placée comme dans une porte, à la partie supérieure de laquelle s'étale le disque ailé. Au centre, Ramsès II fait une offrande devant les dieux et le texte se déroule ensuite en de nombreuses lignes horizontales. Quelques .stèles triomphales paraissent avoir été entièrement couvertes de représentations, par exemple un joli monument d'Aménophis III divisé symétriquement en deux parties à peu près identiques : au sommet le roi adore Amon, une fois tourné vers la gauche, un% fois vers la droite. Le reste de la stèle va nous montrer que c'est l'adoration pour le nord et pour le sud. En effet, Aménophis III est, plus bas, deux fois représenté sur son char, ramenant des prisonniers des pays du nord et des pays du sud (Art, pi. 176). A gauche les asiatiques, à droite les nègres, sont foulés aux pieds des chevaux qui traînent le char royal. Des captifs sont assis, les bras liés derrière le dos, sur la croupe des chevaux ; un autre est attaché au timon et l'on dirait qu'un autre encore, étendu à plat ventre au fond de la caisse du char, est placé sous les pieds du roi. En dessous il n'y a qu'une seule ligne d'inscriptions exaltant la victoire du roi.
Tombeaux. — Dans les tombeaux roj'aux, les scènes sont assez monotones, mais il ne faut pas oublier qu'on ne peut comparer les tombes royales avec les tombes privées sans faire attention à une grande différence. En effet, comme nous l'avons vu, à l'époque
du Nouvel Empire, la tombe royale est divisée on deux parties : l'une, la tombe proprement dite, est un réduit plus ou moins compliqué perdu dans la montagne: c'est là que se trouve la momie; l'autre, la cliapelle, est un grand temple construit dans la vallée. Tandis cpie dans les tombes privées, nous aurons à étudier surtout la chapelle qui, généralement, est seide ornée de peintures et de reliefs. Si les chambres souterraines comportent une décr)ration, c'est pure exception.
Dans les tombes royales, un peut établir deux grandes catégories de représentations : d'abord des scènes d'adoration qui ressemblent fort à ce que l'on trouve dans tous les temples : le roi salue les divinités, leur offre des vases ou des fleurs et les habitants du monde des dieux adi'essent des phrases de bienvenue au nouvel hôte. La seconde catégorie est formée de ce qu'on appelle les livres infernaux, sorte de géographie des régions de l'au-delà. On distingue d'ordinaire le " Livre de ce qu'il y a dans l'autre monde >, le « Livre des portes » et le « Livre des cavernes ». Il faut y ajouter la litanie solaire et le rituel de l'Ouverture de la bouche. Dans les livres de géographie infernale, on trouve la représentation des régii)ns de l'au-delà, le catalogue de leurs habitants, la représentation de leurs particularités ; ec les textes qui accompagnent constamiïient les figures apportent toutes les précisions désirables. Le monde de l'au-delà est .souvent présenté comme im l'ieuve qui coule entre ses deux rives, ce qui détei-mine trois registres superposés. Au centre navigue la barque solaire avec son éqixipage, précédée et suivie des génies qui facilitent ou qui essaient de retarder sa marche, tandis que sur les deux rives on voit les êtres nonr;breux et d'aspects multiples qui peuplent les régions infernales.
Dans les tombes privées, nous retrouvons la variété des scènes des tombeaux de l'Ancien et du Moyen Empire, et le répertoire s'enrichit de toute une série d'épisodes inconnus avant. Il se peut que cela tienne uniquement au hasard des découvertes, mais il est probable aussi que les horizons des Egyptiens s'élargissant, les dessinateurs ont dû combiner des scènes nouvelles pour répondre aux besoins d'hommes plus avancés en civilisation. On voit dans ces tombeaux des scènes religieuses, des scènes funéraires, des épisodes de la vie réelle, de la vie d'outre-tombe ; on y rencontre des tableaux à caractère historique. Tout cela, connue je l'ai dit,
a pour but de donner à l'âme l'illusion qu'elle n'est privée de rien de ce qu'elle désire, qu'elle n'a pas ecssé de participer à une existence aimée dont les épisodes principaux peuvent être revécus autant de l'ois qu'elle le souhaitera. C'est ainsi que les gouverneurs de Thèbes recevront éternellement le ti'ibut des peuples vaincus et le présenteront aux pharaons. C "est ainsi également que pendant la durée illimitée des temps les favoris d'AménophisIV accepteront les récompenses de leur fidélité. Nous connaissons assez les usages égyptiens pour ne pas être forcés de croire sur parole à la réalité de tous les tableaux représentés. On supposera aussi que l'on a parfois figuré sur les parois d'un tombeau des funérailles luxueuses, estimant que cette représentation serait suffi santé en elle-même pour dispenser des frais d'un enterrement de première classe. Tous ces reliefs, toutes ces peintures sont d'ordinaire au-dessus d'im lambris, qui se termine le plus souvent à la partie supérieure par des bandes de couleurs diverses. Sous le plafond, on couronnera les tableaux, soit par un motif floral, soit par l'ornement appelé les « khakcrou >.
Les stèles funéraires des tombeaux, voire même des temples, ont subi de grandes tranfosrmations depuis l'Ancien et le Moyen Empire ; mais comme le plus souvent elles se rattachent plutôt à la fabrication industrielle, nous nous contenterons de mentionner un beau spécimen du Musée de Leiden. La stèle a la forme d'une porte de chapelle, et en ceci elle se rattache au type ancien. Dans la gorge se trouve le disque ailé. Le champ même de la stèle est découpé en deux registres à peu près égaux. Au-dessus, le défunt présente des offrandes au dieu Osiri.^, assis dans une sorte de kiosque léger. Dans la partie inférieure, nous trouvons un groupe de famille composé du mort, de sa fenmie, de trois de leurs enfants. Devant eux, d'autres membres de la famille font une offrande. La division en deux parties correspond bien à la formule habituelle des textes qui spécifient que l'on fait des offrandes au dieu pour qu'il accorde des aliments funéraires au défunt. Sur le socle enfin, au centre, se trouve la leprésentation de l'entrée du tombeau, devant lequel deux pleureuses se lamentent, tandis que des serviteurs et des servantes s'empressent pour apporter le mobilier et les provisions.
Exécution. — Que les parois soient en pierre soigneusement
appareilicos ou qu'elles soient reeouvcrtcs d'un enduit destiné à recevoir la peinture, que l'on fasse du Ijas-relief ou (jue l'on se contente de dessins rehaussés de couleur, le procédé préliminaire est toujours le même. Sur la surface bien lisse on dessine le contour des figures. C'est ce que nous montrent certains tombeaux laissés inachevés. Par exemple chez le roi Horemheb, la mort, survenue à l'improviste, a fait abandonner tous les travaux, alors que la décoration n'était pas encore très avancée. Quelques traits délimitent les registres et fixent des repères sur les parois pour la distribution des figures principales. On avait eu soin, par une inscription, d'orienter les murs de la salle. On a remarqué dans ce tombeau un détail précieux qui montre que l'on travaillait d'après des livres de modèles et que parfois ces livres, à force d'usage, présentaient des lacunes. A plusieurs endroits, au milieu du texte, on a écrit <• lacune ". Quand la prennère escjuisse avait été tracée, im dessinateur plus habile, nous dirions un contremaître ou un chef d'atelier, venait la corriger. Quant aux lacunes, elles étaient comblées par des spécialistes, car on connaît des scribes portant le titre de « remplisseur de lacunes ». Au tombeau d'Horemheb une barque solaire a donné lieu à des hésitations. Le personnage qui suit le dieu à tête de bélier a été redessiné trois fois. Celui qui se trouve à l'avant deux fois et les quatres génies qui tirent la barque ont été abondamment retouchés. Quand tout le dessin était « bon à tirer », on achevait entièrement la peintiu'e et il est arrivé parfois, qu'alors seulement, on commençait à sculpter les reliefs. C'est tout au moins ce qu'on peut voir dans les chambres inachevées du temple de Séti I'''', à Abydos ; mais on se trouve probablement là devant un procédé vraiment exceptionnel, puisque, le travail du sculpteur fini, le peintre devait remettre à nouveau les teintes et achever tous les détails disparus. Il est vrai que les personnages qui ne regai'daient pas à la dépense pouvaient, par ce procédé, se rendre compte de l'effet d'ensemble et déterminer des corrections qui auraient été très difficiles après le travail de sculpture. Au tombeau d'Horemheb, le travail ayant été arrêté, il n'y a que quelques parties au bas d'une paroi où le relief a été sculpté. Dans quelques cas, par exemple dans les tombeaux d'El-Amarna ou dans des temples de Nubie, peut-être à cause d'une <pialité inférieure de la pierre, on avait complété
le travail de sculpture par des applications de stuc dans lesquelles les détails les plus délicats avaient été marqués. Mais, la plupart du temps, ces ajoutes sont malheureusement tombées.
En Egypte, comme partout, il y avait des dessinateurs fort habiles qui travaillaient avec une grande hardiesse, tandis que d'autres avaient besoin de guides. Les premiers lançaient directement levu's traits sur la muraille, sans avoir besoin d'aucune ligne de repère. A Tell-el-Amarna, dans le tombeau de Mahou une jolie esquisse d'un char a été tracée de main de maître; plus loin on remarque un dessin délicat du mort en prière, dont la tête avait déjà été exécutée en relief. Au tombeau de Séti I'''', il y a sur des piliers des dessins d'une fermeté et d'une précision vraiment impeccables. Quand on pense que ces dessins étaient exécutés dans la profondeur de la montagne et que les Egyptiens n'ont jamais eu d'appareils d'éclairage très perfectionnés, on comprend quel entraînement lent et systématique il fallait pour qu'un dessinateur pût poser ses figures avec autant de sûreté. On a fait remarquer que, dans quelques cas, il semble que la figure ait été dessinée entièrement, d'un seid trait, sans que la main se levât pour s'y reprendre en plusieurs coups dans l'achèvement du contour. En d'autres endroits, on recourait au procédé qui rappelle notre mise au carreau, la muraille étant divisée en une série de cai'iiés déterminant les proportions des personnages. Souvent on se bornait à indiquer quelques rapports fondamentaux de proportions par des points sur des lignes. Il sufi'ira de mentionner le mur du tombeau de Souemnout. Il est évident que les décorateurs se guidaient dans leur travail par des cahiers de modèles. Erman a cité un cas fort intéressant où des scènes du temple de Deirel-Bahari ont été copiées littéralement dans un monument d'une époque plus tardive. Cela ne s'explique que de deux façons : ou bien le même cahier était encore en usage, ou bien l'on était allé relever des modèles dans un temple célèbre pour ses beaux bas-reliefs. L'existence des cahiers semble encore prouvée par le fait que, dans im même tombeau ou dans des tombeaux différents, on peut relever des figures identiques, bien que l'un ou l'autre détail intérieur, comme par exemple la coiffure, puisse différer. On pourrait comparer à cet égard deux figures des processions de porteurs d'offrandes au tombeau de Khaemhat. La seule
différence est d'abord dans l'objet tenu en main jiai- un porteur d'offrandes et qui eaelie l'eniplaeenient où, plus loin, on a gravé l'inscription donnant le nom d'un second. En outre, dans ce cas, l'homme tient en main une oie : dans le premier il en tenait cinq, mais combinées par superposition, comme les Egyptiens savent le faire, sans que cela prenne plus de place.
Au cours de leur travail les sculpteurs s'aidaient aussi de modèles. Une plaque dans la collection Pétrie de Londres nous montre deux têtes différentes l'une de l'autre et qui pouvaient servir de maquette dans l'exceution (Recueil, pi. 74). Dans la collection Bissing à Munich, un merveilleux modèle de sculpture montre d'un côte le relief d'une tête de prince, sculptée en creux, et de l'autre une tête de cheval qui est une pure merveille, comparalîle seulement aux admirables chevaux des frises du Parthénon. On connaît également une série de modèles pour le portrait d'Aménophis IV ; nous nous en sommes occupés précédemment.
Style. — L'examen attentif de plusieurs bas-reliefs, surt(nit des effigies royales, permet de suivre la même transformation du style que nous avons notée pour les statues. Sans entrer dans la démonstration de détail, il suffira de regarder quelques exemples typiques. L'Aménophis I'^'' de Karnak est l'égal des rois du Moyen Empire, par exemple le Sésostris I"^"". Aménophis III à Louksor nous donne une figure ferme et élégante que nous pourrions appeler peut-être la perfection du style traditionnel égyptien. Le petit bas-relief d'Aménophis IV et de sa femme, au Musée de Berlin, cité antérieurement, montre le maximum dans le style outré. Si l'on pivnd immédiatement ensuite un tableau d'adoration, au sommet d'une stèle de Toutankhamon, dont une partie a été remaniée, on trouvera dans les figures intactes un exemple typique de ce que l'art égyptien a produit à la fois de plus élégant, mais aussi de plus mièvre, dans les années de réaction qui suivirent la mort d'Aménophis IV. Séti I^'', au temple d'Abydos, montre le relief égyptien sorti de sa crise, mais ayant cependant gardé quelque chose de doux et d'agréable de l'expérience qu'il vient de faire. Les nombreux monuments de Ramsès II sont fort irréguliers de facture : à côté de morceaux excellents il y en a de
négligés, qui font déjà prévoir les tableaux sans vigueur de Ranisès III, à Mcdinet-Hatjou. On le voit, le i)as-relief a suivi une marche identique à celle que nous avons étudiée dans la sculpture en ronde bosse.
Miniatures. — On possède de nombreux exemplaires de papyrus du Livre des morts, de l'époque du Nouvel Empire, rehaussés de tableaux et vignettes. On peut citer parmi les meilleiu's spécimens le papyrus de Youaa et Touiou au Caire, les papyrus d'Ani, d'Hounefer au British Muséum, dont les vignettes sont célèbres à juste titre. Deux papyrus ayant appartenu à des reines de la XXI^ dynastie, au Musée du Caire, fournissent de beaux exemples de sûreté et de finesse d'exécution (Art, pi. 179). La peinture des vignettes peut avoir exercé ime influence sur la décoration murale des tombes : cela paraît ressortir de la comparaison d'une représentation des champs d'Ialou, au papyrus d'Ani, avec une peinture du tombeau de Scnnezem.
Il faut mentionner également, comme exemple de la verve des dcssinateiu's égyptiens, des papyrus de caricatures dont on connaît quelques exemplaires. On y voit notamment les animaux qui parodient les scènes des temples ou des tombeaux. Le concert d'animaux du Musée de Turin, où l'âne, le lion, le crocodile et le singe exécutent un quatuor, est certainement d'un dessin spirituel et amusant. C'est une transposition bien venue des scènes de musique que l'on voit dans les tombeaux thébains. Un dessinateur égyptien a même laissé un papyrus erotique d'un caractère tel, que les égyptologues ne se sont jamais risqués à le publier.
Ostraca. — Enl'in, le savoir-faire des dessinateurs égyptiens peut encore s'apprécier par l'examen de pièces bien fragiles. En déblayant des monuments antiques, particulièrement les tombeaux des rois, on a souvent ramassé des éclats de calcaire, quelquefois même des éclats de poterie (Recueil, pi. 90), sur lesquels, dans l'intervalle du travail, aux heures de repos et de loisir, des dessinateurs ont croqué en traits rapides des figures souvent fort belles ; l'essai d'un pinceau était peut-être parfois le seul prétexte à des dessins de ce genre. Le Caire et Berlin en ont des séries remarquables. Un roi est assis sur son trône, mais dans une attitude
nonchalante que l'on n'a pas relevée jusqu'à présent sur aucun des monuments officiels. La pose du bras droit justifie complètement les épaules vues de face, avec une tête de profil. Sur un autre éclat de calcaire, également à Berlin, on a esquissé une figure de danseuse que pourraient signer avec orgueil bien des dessinateurs modernes. On croirait voir une belle fille sauvage, sorte de ba:cchantc, exécutant une danse échevelée. L'acrobate de Turin est connue depuis longtemps et l'on a vanté à juste titre la souplesse du corps et le mouvement si juste des reins. Les cheveux pendent sur le sol en une épaisse masse qui s'est retournée dans la culbute et l'on regrette, ne fût-ce qu'un instant, que le dessinateur ait oublié de faire pendre aussi le gros anneau attaché à l'oreille. Mentionnons enfin un bel ostracon du Musée du Caire, avec un dessin de chien d'une étonnante vérité.