‹ Leçons sur l'art égyptienChapitre 45 sur 63 · CHAPITRE XXXI LES RELIEFS HISTORIQUES DES TEMPLES · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXI LES RELIEFS HISTORIQUES DES TEMPLES

L'image la plus fréquente dans les reliefs des temples est l'image royale, que l'on rencontre partout, aussi bien dans les scènes à caractère historique que dans les scènes à caractère religieux. Si l'on prenait la peine de relever toutes les représentations des différents rois d'Egypte connus sur les monuments, on constituerait une galerie telle qu'aucun pays du monde ne parviendrait à l'égaler. Et les tableaux nous montrent non seulement les rois, mais encore les différents membres de leur famille. Il y aurait de la sorte une étude curieuse à faire, en confrontant ces documents, au point de vue des différentes races qui se sont succédé sur le trône d'Egypte. Mais on sait qu'on ne peut attacher à toutes ces représentations une valeur trop précise, tant au point de vue de la ressemblance des modèles qu'au point de vue de leur caractère ethnographique.

Le temple de Deir-el-Bahari, pour choisir un exemple, a fourni une série de bonnes images des parents de la reine Hatshepsout. On en possède, ce qui n'est pas fréquent pour d'autres monuments, d'excellents relevés, dus à la main fidèle et exercée de Carter. On y trouve successivement la reine Senseneb, mère de Thoutmès I^'', le père d'Hatshepsout, puis la reine Aahmes, sa mère; Hatshepsout et son mari et demi-frère, Thoutmès II ; enfin Thoutmès III, qui était le fils de la reine Isis et dcmt la relation de parenté avec Hatshepsout n'a pas été déterminée jusqu'à présent d'une manière à supprimer toute contradiction. Hatshepsout est représentée comme un roi, sans que rien ne décèle son sexe, et elle porte même la barbe iiabituellc des souverains. Dans la comparaison du relief de Thoutmès III, avec les statues connues de ce même roi, nous avons constaté combien peu de points communs pouvaient être relevés entre eux.

Hatshepsout a occupé sur le trône d'Egypte un rang qui lui

fut contesté immédiatement après sa mort et Thoutmès III, son successeur, prit soin de mutiler ses images, ce qui explique partiellement l'aspect lamentable des i-elicfs de Deir-el-Bahari, d'autant plus que les mutilations ne se sont pas arrêtées là. Plus tard, en effet, au moment de la réforme d'Aménophis IV, c'est aux images divines qu'on s'en prit et elles furent, elles aussi, en grande partie effacées des murailles. On en jugerait par exemple par une chapelle de Thoutmès I"''. Dans im naos, un emblème d'Anubis a été gratté : l'image de la reine figurée en adoration devant lui a disparu entièrement, tandis que la figure de Thoutmès pr a été laissée intacte. Au-dessus, dans le cintre, on a effacé, à peu près jusqu'aux dernières traces, deux figures de chacals couchés siu' des bases, ainsi que le cartouche de la reine qui se trouvait au centre du tableau. Il est vrai que plus tard, à la XIX'' dynastie, on chercha à réparer une partie des dégâts en rétablissant, mais en simple contour, au trait le plus souvent, les figures des divinités et surtout l'image d'Amon. Quant à la reine, on ne se soucia nidlenient de la faire réapparaître dans la décoration ; au contraire on substitua souvent à son nom celui de Thoutmès II.

On peut trouver un exemple particulièrement caractéristique des mutilations et des restaurations successives sur le pyramidion d'un obélisque d'Hatshepsout à Karnak. Dans le texte, le nom d'Amon avait été gratté ; plus tard on l'a rétabli à sa place. L'image d'Amon avait été effacée jusqu'au sommet des grandes plumes qui surmontent sa coiffure. Avec im éclairage favorable on parvient à suivre les lignes qui délimitent les nmtilations. Plus tard, en retaillant légèrement la pierre, on a pu à nouveau sculpter une nouvelle image d'Amon, mais celle-ci n'est plus dans le style du commencement de la XVIII'' dynastie ; elle dénote clairement le style de la période de la restauration thébaine.

Un fragment du Musée de Bruxelles, provenant de Deirel-Bahari, donne aussi un bon exemple d'un bas-ielief mutilé puis restauré. On y voit la partie supérieure du corps d'un roi, que les restes de cartouche appellent Thoutmès II. Mais avec un peu d'attention, on constate que le cartouche royal est sculpté à un niveau légèrement inférieur aiix deux signes hiéroglyphiques qui se trouvent sur le côté et qui sont les restes d'une inscription

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de la reine Hatshepsout. I.e visage, ainsi que les cornes qni ornent la coil'ture, sont également à un niveau inférieur ; seule, l'épaule qui se trouve en avant l'ait partie du relief priinitit".

Les mutilations subies par les reliefs de Deir-el-Bahari sont d'autant plus regrettai)les, que ce qui reste est en général d'un style excellent. L'Egypte, qui, depuis peu, avait recouvré son indépendance en chassant les Hycsos, se reportait aux traditions des époques antérieures les plus brillantes. On aura parcouru les bibliothèques des temples en recherchant les meilleurs modèles, de manière à restaurer ou à relever les ruines en s'inspirant du passé. Dans certaines parties de Deir-el-Bahari, par exemple dans la chapelle des offrandes, il y a des processions de serviteurs que l'on pourrait croire copiées exactement sur les modèles des temples et des tombeaux de l'Ancien Empire. Au-dessus de la tête des figures royales planent des faucons et des vautours dessinés identiquement de la même manière qu'aux temples des pyramides de la V'' dynastie. Et ces grandes figures d'oiseaux, posés dans les angles supérieurs des tableaux, qu'on n'aille pas croire que ce sont de simples éléments décoiatifs. Ce sont les divinités protectrices qui planent au-dessus de la figure royale. C'est le thème connu déjà par le faucon du trône de Khéphren ainsi que la vache de Deir-el-Bahari, ou par le singe juché sur les épaules d'un scribe. Ces grandes images d'oiseaux permettent de signaler encore un bon exemple des procédés de rabattement dans la perspective égyptienne. L'oiseau est pris en plein vol, les deux ailes s'ouvrent perpendiculairement à l'axe du corps. Comme l'Égyptien n'a pas appris à les représenter ainsi, il commence par rabattre celle qui se trouve le plus près de son œil ; au lieu de la dessiner en raccourci, il la fait descendre sur la muraille. Quant à celle qui se trouve de l'autre côté, il la ramène en avant et l'étalé tout du long devant le corps de l'oiseau. De la sorte, pour la première aile on voit le dessus, et pour la seconde l'intérieur.

Le temple de Deir-el-Bahari nous a conservé plusieurs séries de reliefs d'un type plutôt rare, mais dont on n'a publié, ù peu près, que des dessins au trait ; ce qui s'explique en grande partie par ce qui vient d'être dit au sujet des mutilations. On trouvera dans la grande publication de.Naville les détails les plus exacts de tout ce qu'on a pu lire encore sur les murailles. Ici, c'est la représen-

tation du transport des obélisques placés tous deux sur un gigantesque bateau, traîné par toute une flottille. Là, ce sont les reliefs du portique, dit de la Naissance, où tous les épisodes successifs de la naissance di^•ine de la reine avaient été minutieusement retracés. C'est dans cette série que se trouve notamment l'admirable portrait de la reine Aahmes mentionné précédemment. Plus loin, ce sont les célèbres tableaux relatifs à l'expédition au mystérieux pays de Pount, que les égyptologues s'accordent assez généralement à placer sur les bords de la mer Rouge, dans la région du pays des Gallas et des Abyssins. Amon s'était plaint à la reine de la qualité inférieure de l'encens qu'on employait dans le culte et il lui avait donné la mission d'aller chercher de l'encens et des arbres qui le produisaient dans leur pays d'origine. Obéissant aux ordres divins, la reine équipe une expédition, qui revient au bout d'im certain temps à Tlièbes, rapportant les produits précieux de Pount. Un événement aussi important méritait d'être commémoré dans le temple de la reine. Nous y voyons, en effet, le voyage, l'arrivée au pays lointain, dont on dépeint l'aspect, d'une manière évidenunent très schématique. Les négociations s'établissent avec les indigènes. On charge les bateaux pour le retour et ceux-ci cinglent vers rEg\-pte. Dans la représentation du pays, on a cherché à apporter un souci d'exactitude qui mérite d'être remarqué. Les habitations des indigènes sont figurées, ombragées par les arbres : elles sont constituées d'une partie inférieure, en charpente sur laquelle étaient fi.xées des nattes, et d'un étage ou grenier conique auquel on accède par une échelle. La faune du pays est dépeinte. Dans l'eau on a représenté toute une série d'animaux rares pour les Egyptiens et où l'on a reconnu des espèces particulières à la mer Rouge. Les habitants du pays se présentent au-devant des Egyptiens, leur apportent les produits du pays; les chefs de la région viennent faire leur soumission devant l'envoyé de la reine d'Egvpte. L'ne figure est particulièrement curieuse dans ces bas-reliefs. C'est celle de la reine de Pount, dont les formes anormales ont été expliquées de différentes manières : les uns veulent retrouver dans sa silhouette en « S " et dans ses paquets de graisse des caractères ethnographiques encore existants chez les Hottentots d'aujourd'hui, tandis (jue d'autres préfèrent expliquer ses formes monstrueuses par une maladie. Tous ces détails sont d'une

telle minutie et d'une telle nouveauté, qu'il n'est pas possible que les Egyptiens les aient dessinés d'après le récit des voyageurs. 11 faut vraiment admettre que les scribes-artistes de l'expédition ont croqué sur place les persoimages et les autres détails, puis ont reproduit les bas-reliei's d'après les dessins originaux. D'autres reliefs encore ont été consacrés à des épisodes de fêtes célébrées ù ïhèbes lors du retour de l'expédition. Dans un premier fragment, on voit les équipages des bateaux défilant à un pas accéléré, tenant entre leurs mains des armes, des étendards, des branches, des feuillages ; leurs mouvements ont été représentés avec beaucoup de vie, sans que néanmoins aucune de ces figures ne soit d'un dessin supérieur à ce que nous avons vu dès l'Ancien Empire. Un peu plus loin des serviteurs portent sur leurs épaules le palanquin royal, sorte de trône fixé aux perches. A celles-ci est suspendue par des liens une petite plate-forme carrée avec tabouret. Il s'en est fallu de peu que les dessinateurs n'aient représenté le siège royal en perspective exacte. En effet, les pieds de devant, les pieds de derrière, les appuis et les extrémités du dossier sont presque en perspective normale. Les pieds ont encore le plus souvent la forme de pattes de lions. Le meuble est ici encore compris d'une manière logique : de chaque côté on voit, en effet, une tête de lion qui surmonte les pieds de devant, tandis que le dossier repose sur les pattes de derrière. Au cours des déblaiements du temple de Deir-el-Bahari on a trouvé un beau fragment de tête de lion stylisé, vraisemblablement détaché aussi d'un siège de ce genre (Recueil, pi. 69). Sur la face, il y a des espèces de nervures, comme on peut en relever sur les pieds de meubles dès la I""^ dyna.stie ; les poils des moustaches se sont régularisés et sont dessinés en une sorte de palmette, comme on la trouve également sur des monuments de l'art de la Mésopotamie.

Tandis qu'à Deir-el-Baliari tous les bas-reliefs appartiennent à une seule et même époque, le temple de Louksor, et surtout celui de Karnak, permettraient de suivre le développement du style au cours du Nouvel Empire. A Louksor, on trouve trois manières: d'abord le style d'Aménophis III, ensuite celui de l'époque de Toutankhamon et d'Horemheb pour les reliefs de la grande colonnade et enfin le style de Ramsès II pour la cour et le pylône. Tandis que, sous Aménophis III, rien ne sort des cadres tradition-

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nels, les reliefs de Toutankhanion on d'Horeniheb sont d'un style extrêmement vivant et animé. Malheureusement ils sont, pour la plupart, dans un triste état de mutilation et ce n'est que par un examen très attentif que l'on arrive à se rendre compte du contour des figures. Il y a là, par exemple, des nègres qui dansent d'une allure particulièrement mouvementée, et aussi des femmesacrobates faisant des tours devant l'arche d'Amon. Les unes se renversent en arrière, se rattiapent sur les mains, prêtes à faire la pirouette complète, comme sur l'ostracon de Turin. D'autres font, semble-t-il, le saut périlleux puisqu'elles lancent violemment le corps en arrière tandis que les mains se portent vers les épaules, les coudes pointant en avant. Ces cabrioles s'exécutaient avec accompagnement de sistre, afin de donner un divertissement au dieu, pendant que les prêtres s'empressaient à lui offrir des aliments Si ces morceaux de sculpture nous montrent un progrès sensible sur l'art égyptien traditionnel, il n'en est pas de même pour les parties sculptées par Ramsès II. Dans une procession de princes, de hauts fonctionnaires et de prêtres, apportant des bouquets, conduisant un bœuf gras, présentant des pains ou des gâteaux, les figures sont correctes, le bœuf est gras à plaisir, mais il y a cependant dans l'ensemble une sécheresse qui fait prévoir une rapide décadence de l'art. Nous reviendrons dans un instant au grand tableau historique de la façade du temple de Louksor.

Si étrange que cela paraisse, il n'existe, jusqu'à présent, du grand temple de Karnak, qu'un très petit nombre de bas-reliefs qui aient été reprt)duits d'une manière satisfaisante. Nous n'aurons, par conséquent, malheureusement pas à nous y arrêter longuement. Dans la salle de Thoutmès III, dite jardin botanique, le roi avait fait représenter, sur le soubassement des auu'ailles, les plantes et les animaux des pays étrangers. On les a étales les uns à côté des autres, à peu près comme les planches ou les figures d'un ouvrage. C'est un nouvel exemple de préoccupation, nous dirions bien d'ordre scientifique, intervenant dans l'art égyptien. Nous examinerons plus tard, à propos de l'art industriel, un bas-relief de Thoutmès III montrant la série nombreuse des objets précieux offei'ts au temple d'Amon à la suite des campagnes en Asie.

Les murs extérieurs au nord de la salle hypostyle sont décorés d'une série de reliefs relatifs aux expéditions militaires de Séti I*^"".

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Jusqu'à ))n'scnt. quand nous av()ns roncontrô des tableaux militaires des rois égyptiens, par exemple aux temples des pyramides, nous avions à faire en quelque sorte à des tableaux " passepartout», c'est-à-dire qui pouvaient (souvenir, avec de légers changements, à peu près pour n'importe (luelle guerre. La présence d'un de ces tableaux sur les murs d'un temple ne suffit donc )>as pour permettre à l'historien d'affirmer que le roi, au nom duquel il avait été exécuté, avait véritablement fait une expédition vers telle ou telle région. Il est probable d'ailleurs qu'aux époques anciennes les guerres présentaient plutôt le caractère d'une rapide razzia, où la supériorité des Egyptiens avait facilement raison des tribus voisines (jui. s'empressant de se soumettre, payaient le tribut pendant longtemps, sans songer à se révolter. Avec le Nouvel Empire la situation change. Les grandes expéditions d'Asie, notamment, mettent les armées égyptiennes en contact avec les troupes exercées d'empires voisins, capables parfois de balancer la fortune des pharaons. Pour la première fois, sous Thoutmès lO, nous avons conservé de véritables annales, donnant le détail des expéditions et relatant lein-s épisodes les plus importants. Dessinateurs et scidpteurs, sur l'ordre du roi, apportèrent aux scribes leur collaboration et illustrèrent les textes gravés sur les murs des temples. Ainsi furent composés de véritables tableaux que, cette fois, nous pouvons regarder comme des pages d'histoire. Puisque le roi concentre en lui toute la valeur de son peuple, l'histoire est arrangée de manière à glorifier le roi, à souligner sa reconnaissance envers les dieux, les vrais auteurs de la victoire. A la salle hypostyle de Karnak, ])our Séti T^r, nous voyons les épisodes suivants : 1° la marche à travers le sud de la Palestine ; 2° la bataille avec les Shasous ou bédouins ; 3° la prise de la ville de Pekanan ; i" la prise de la ville de Yenoam ; ô° la soumission des chefs du Liban ; 6° et 7° le roi lie et ramène les prisonniers ; 8° la réception en Egypte; 9" la présentation à Amon des Shasous prisonniers et des vases précieux: 10'' la même chose, mais avec les prisonniers syriens ; 11" les prisonniers sont abattus devant Amon : 12" première bataille avec les Libyens ; 13° seconde bataille avec les Libyens ; 1 1." retoui victorieux après les guerres libyennes ; 15" présentation des prisonniers libyens et du butin à Amon ; IG" la prise de la ville de Kadesh ; 17" bataille contre

les Hittites ; 18° transport des prisonniers hittites ; 19° présentation à Amon des prisonniers hittites et du butin ; 20° les prisonniers abattus devant Amon. Comme cette simple énumération permet de le constater immédiatement, les tableaux sont relatifs à deux expéditions en Asie et une en Libye. Les premiers épisodes montrent avec netteté la défaite des ennemis, ce qui conduit naturellement aux donations de prisonniers et de butin au temple. C'est bien encore la même donnée qu'auparavant, mais, dans les épisodes des expéditions, les artistes se sont efforcés d'apporter des détails précis. Mais, même ainsi, ils ont encore condensé les tableaux au point de les réduire à de véritables schémas. Prenons par exemple la prise de Pckanan. Le tableau se divise en deux parties : à droite, le roi est seul sur son char, il tire de l'arc ; à gauche, la ville se dresse au sommet de la montagne; dans l'intervalle on voit les guerriers jetés en désordre sous les pieds des chevaux du char royal ou s'enfuyant sur les jientes de la montagne ; au pied des murs de la ville quelques habitants demandent grâce. Bref, toute la peuplade mise en déconfiture n'espère plus son salut que de la clémence du pharaon.

Le successeur de Séti I^r, Ramsès H, semble avoir encouragé ces efforts en vue de créer la peinture historique au sens exact du mot. Un épisode de sa vie fournit à cet égard un prétexte parfait. L'an cinq de son règne, une coalition des Hittites et des peuples voisins oblige le roi à passer en Asie avec son armée. Arrivé à quelque distance au sud de la ville de Kadesh, des espions donnent à l'armée égyptienne des indications inexactes, tendant à faire croire que l'ennemi s'était retiré à une assez grande distance. Ramsès II, confiant, expédie en avant la plus grosse partie de son armée à la poursuite de l'ennemi. Celui-ci met à profit la diversion et surprend Ramsès II avec la petite troupe qui l'accompagnait ; si l'on en croit les textes, dix-huit à vingt mille soldats d'élite se préparent à attaquer le roi resté à peu près seul. Averti à la dernière minute et confiant dans l'assistance d'Amon, Ramsès soutient vigoureusement le choc et jusqu'à huit fois il charge l'ennemi, en rompt les lignes et le précipite en désordre. Le lendemain la bataille reprit avec l'aide des troupes égyptiennes qui avaient rebroussé chemin, et la défaite des Hittites fut si complète, que la ville de Kadesh dut se rendre et la paix se rétablir. LTn tel épisode

qui mettait le roi on si brillante situation lut exploité de diverses manières. jOn en éerivit sur les miu-s des temples un récit sobre et calme, on en eomposa une sorte de poème épique qui a été conservé sur pierre et sur papyrus, on en représenta les divers épisodes en de grands tableaux (jue l'on retrouve plus ou moins dé-veloppés sur plusiein-s moniniients importants du règne : au temple d'Abydos, au Ramesseum à Tlièbes, sur la façade du grand pylône de Louksor, à Ibsamboul, sans parler de quelques restes relevés à Derr et à Karnak. Xatm-ellement, il ne s'agissait plus ici de recourir aux modèles traditionnels : il fallait à peu près tout créer pour la circonstance. A dire vrai, le résultat artistique n'est pas très brillant et lorsqu'on note les œuvres les plus remarquables de l'art égyptien on ne cite guère les tableaux militaires de Ranisès II ; on ne peut nier néanmoins que, placé en présence d'un problème aussi nouveau que compliqué, l'auteur des basreliefs a réussi à composer des scènes assez claires qui illustrent d'une manière aisée les descriptions des textes. Ainsi l'épisode tragique, le moment où le roi se trouve seul, environné des nuées de chars ennemis, est dépeint d'une manière ingénieuse, au moins au pylône de Louksor. Le calme imperturbable du roi combattant sans relâelie, disloquant les escadrons, provoquant instantanément la terreur et la déroute parmi les ennemis, tout cela est rendu à la perfection, étant donnés les moyens dont disposaient les dessinateurs d'alors. Il a bien fallu rompre les cadres des registres réguliers qui n'auraient jamais permis de retracer une scène aussi complexe d'une manière intelligible. L'inconvénient a été de disposer des figures, au moins dans deux sens différents, et de produire ainsi une certaine confusion à des endroits où cependant l'ennemi n'est pas en déroute; mais sinon aurait-on jamais compris que le roi était réellement entouré ? A l'extrémité du tableau, on remarquera une série de chars égyptiens superposés de manière à se recouvrir partiellement l'un l'autre, ce qui se rapproche sensiblement de la perspective cavalière. On a fait, là, dans le sens de la hauteur, ce qui est l'habitude dans le .sens de la largeur, quand on met plusieurs personnages en rang. Que l'on jette un coup d'oeil, au moins rapide, sur quelques-uns des épisodes d'après les tableaux d'Ibsamboul. On rencontre d'abord l'armée égyptienne en marche, l'infanterie en masses profoiules, les

honinics tiennent leurs boucliers, inibricjucs cuninie les tuiles d'iuie toiture; ils sont encadres par la division des eliars. On «rencontre ensuite le camp égyptien que le dessinateur a peuple de nombreux tal)leaux épisodiques. Les groupes de personnages et d'animaux sont disposés à des plans difi'érents, sans que ceux-ci soient séparés par les lignes conventionnelles des registres. On y trouve des figures dt dimensions différentes, comme si le dessinateur avait compris la diminution de taille en proportion de la distance, bien qu'il ait employé le procédé à tort et à travers. On rencontre ensuite le conseil de guerre ; le roi assis sur son trône délibère avec ses généraux tandis qu'on applique la bastonnade à des espions qui révèlent l'inmiinenee du danger. Plus loin encore on assiste à la prise de Kadesh. Au bas de la scène il y a encore un registre régulier, mais dans le milieu, traversé par le cours sinueux de la rivière, les personnages posés sur des lignes incurvées montent, descendent, avec l'intention de produire im effet de pittoresque, mais malheureusement avec un résultat que l'on ne peut certainement pas admirer beaucoup. Le roi en char court le long de la rivière, précipite dans l'eau les chars de ses ennemis ; des chefs importants se noient, d'autres se sauvent. De petites inscriptions à côté des figures précisent le détail des événements. Enfin, à l'extrémité du tableau la bataille est gagnée et le roi vient assister du haut de son char au défilé des prisonniers et au dénombrement des mains coupées.

Au point de vue de la composition des scènes et particulièrement des masses en mouvement, il faut faire ime place spéciale à un bas-relief du temple de Beit-el-Oualy. Ramsès II y est représenté vainqueur d'une peuplade nègre. Le tableau est composé à peu près de la même manière que pour Séti l''^. A droite, le roi en char tire de l'arc; à gauche, on a figuré avec assez de pittoresque, bien que d'une manière très sommaire, le village nègre. On voit dans ce dernier les femmes et les enfants, un blessé que l'on ramène. Entre les deux se trouve la masse de nègres et, vraiment, le dessinateur les a disposés de façon à donner l'impression d'une foule en déroute, sans cependant que l'image cesse d'être claii'e.

Le temple de Medinet-Habou nous a conservé de nombreux tableaux militaires de Ramsès III. On pourrait cependant dire, en général, qu'ils ne nous apprennent pas grand'chose de neuf

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jui point de vue artisticiuo. Le seul thème qui soit sans exemple auparaA'ant est la bataille navale. Le tableau est fort eonl'us et n'appartient eertaincment pas aux meilleurs reliefs égyptiens. Le dessinateur, voulant montrer avec trop de détails le désordre introduit au milieu de la flotte, n'a réussi qu'à rendre son tableau à peu près indéchiffrable. Il a même été jusqu'à retourner complètement un bateau. En général, d'ailleurs, le style des reliefs de Medinet-Habou est bien en dessous du niveau des productit)ns de la XIX"^ dynastie, sans même parler de celles de la XVIIP dynastie. Près de la porte, qui mène du temple au palais royal, le tableau présente une disposition nouvelle. Au lieu de frapper un ennemi avec sa massue, le i-oi brandit une lance et s'apprête à la pas.ser à travers la poitrine du vaincu. Signalons encore dans les diverses parties du temple, notamment à la haute porte, les nombreuses représentations de captifs appartenant à des peuples divers. La publication de bonnes photographiques de ces étrangers serait très utile pour l'étude des races anciennes, sans compter qu'elles nous feraient connaître l'habileté des artistes à saisir les caractéristiques des différentes races et à les exprimer en peu de traits. Nous avons constaté qu'à cet égard ils avaient des devanciers de talent depuis l'Ancien Empire. Enfin Medinet-Habou possède quelques beaux tableaux de chasse (Art, pi. 73) : le roi force dans leur retraite et perce dt ses flèches, des lions, des ânes sauvages et des antilopes, des taureaux ou des buffles. Les attitudes des animaux morts ont été saisies avec tant d'exactitude et de variété, que la pensée se reporte spontanément sur les célèbres tableaux de chasse du palais d'Assourbanipal. Mais qu'on n'oublie pas que ces derniers datent du septième siècle avant notre ère, tandis que Ramsès III vivait vers douze cents avant Jésus-Christ. Quand Assourbanipal fit exécuter ses bas-reliefs, les Assyriens avaient battu deux fois l'Egypte et poussé leurs armées jusqu'à Thèbes. Les bas-reliefs égyptiens auraient-ils servi de modèles aux décorateurs des palais assyriens ?

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