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CHAPITRE XXXII

Jusqu'ici nous nous sommes occupes à peu près exclusivement de bas-reliefs historiques; abordons maintenant les scènes religieuses. On peut constater d'abord que les tableaux sont disposés souvent en deux séries symétriques, calculées d'après la division du temple en deux parties ci)ri-espondant au nord et au sud, c'est-à-dire à la Haute et à la Basse-Egypte. Dans une partie du temple, les processions de Nils et de nomes nous montreront des personnages personnifiant les régions de la Basse-Egypte ; dans l'autre, des personnages de la Haute. Le roi adorera, d'un côté, les divinités de la Basse-Egypte ; de l'autre, celles de la Haute. Cette répartition est essentiellement basée sur cette fiction qui fut maintenue à travers toute l'histoire égyptienne, que le pharaon réunit entre ses mains le pouvoir sur deux Egyptes différentes, qui ne se sont jamais fusionnées au point de constituer une entité. Ce procédé de division est poussé si loin, qu'il se trouve sur un seul tableau. On représentera la divinité deux fois, dos à dos, et le roi fera deux fois l'offrande. Nous en avons déjà remarqué des exemples frappants sur la partie supérieure des stèles (Art, pi. 175). Ainsi, à Tell-el-Amarna, au sommet des stèles frontières on remarque d'abord la représentation du ciel, constitue par une sorte de voûte terminée par des triangles ; sous la voûte céleste se trouve le soleil déversant ses rayons sur la terre. Plus bas, nous pourrions regarder indifféremment la partie de droite ou la partie de gauche, en faisant abstraction complète de l'autre, et cependant le sujet entier nous serait connu. En effet, il y a deux fois la même scène : le roi, la reine et deux princesses sont debout, adorant le disque solaire ou agitant un sistre ; d'un côté ils regardent vers la droite, de l'autre \crs la gauche. Au sommet de la stèle de Toutankhamon, que nous avons signalée précédenmient à ])ropos du style des reliefs, nous trouvons une disposition analogue. Tout en haut se voit le ciel, sous lequel plane le disque ailé, celui-ci occupant exacte-

ment l'axe central ; en dessous, à droite comme à gauche, Amon et la déesse JMaut reçoivent les offrandes du roi. Ces dispositions symétriques avec réduplieation des ligures apparaissent aussi dans la décoration des temples. Un linteau de porte provenant d'iui temple de la Basse-Egypte, au Musée de Bruxelles, nous servira d'exemple (Recueil, pi. 39). Toute la partie supérieure du bloc est occupée par le ciel. Au centre se retrouve le disque solaire étendant ses ailes au-dessus de la figure du roi Séti P'', debout, regardant vers la droite, la jambe gauche' en avant, c'est-à-dire dans la pose habituelle. De chaque côté du disque solaire, le grand dieu protcctciu-, on a représenté deux statues, car le socle placé sous les ])icds des divinités démontre que ce sont bien des statues. A droite Horus, à gauche Seth, déversent sur la tête du roi le contenu de vases. Ce qui s'en échappe n'est pas de l'eau, mais la vertu même des purifications, exprimée par les signes hiéroglyphiques de vie et de ])rospérité. Cette image principale, placée au-dessus de la porte, signifie sons doute qu'avant de franchir le seuil le roi devait subir la purification représentée. Les deux tableaux disposés à droite et à gauche du linteau montrent le roi présentant des offrandes à deux divinités. Ces deux tableaux latéraux venaient se placer exactement au-dessus des montants de la porte, décorés sur toute leur hauteur par des scènes d'offrandes analogues et en relation avec les divinités adorées dans la chambre même à laquelle la porte donnait accès.

De quelle manière disposait-on les inscriptions qui expliquent les sujets des tableaux ? Nous voyons que les signes sont tournés dans divers sens et que l'ensemble des inscriptions encadre régulièrement les figures. I^'écriture hiéroglyphique se prêtait particulièrement à ces combinaisons, car on pou\'ait écrire dans quatre sens différents, c'est-à-dire de droite à gauche ou de gauche à droite en lignes horizontales, puis de droite à gauche et de gauche à droite, mais en lignes verticales. Les inscriptions peuvent de la sorte accompagner chacune des figures et la direction même du texte indique à quelle image il se rapporte. Le roi regarde vers la droite, dans la partie centrale : l'inscription placée au-dessus de sa tête se déroule horizontalement de droite à gauche. Au-dessus du dieu Horus, déversant le liquide et regardant vers la gauche, l'inscription est disposée en trois lignes verticales où les signes

vont (le orauche à droite. Le dieu Si-tli regarde vers la droite et sa légende en trois lignes verticales a les signes disposés de droite à gauche, et ainsi de suite. Tout l'esjjace laissé libre pai- les figures est utilisé par les inscriptions (pii se répartissent sur le panneau d'une manière extrêmement régulière.

Les artistes donnaient à des sujets placés l'un à côté .de l'autre des dimensions parfois fort différentes selon l'espace disponible. Prenons par exemple im mur séparant deux chapelles voisines dans la partie postérieure du temple de Séti P'', à Abydos (Temple de Séti I^"", fig. 7). Sur les montants des portes trois petits tableaux superposés remplissent la largeur du montant jusqu'au linteau. Sur le mm* adjacent on s'est contenté de superposer deux tableaux, mais de plus grandes dimensions. Celui qui se trouvait en dessous est à peu près l'agrandissement exact d'un des petits tableaux que l'on voit à droite, sur le montant de la porte.

Les principaux sujets représentés peuvent pratiquement se classer en deux divisions principales : les cérémonies royales et les cérémonies du culte. Cette distinction toute superficielle est basée sur le fait que, d'une part, le roi paraît être le centre des actions qui. d'autre part, s'adressent directement à la divinité. En réalité, les cérémonies royales font partie, elles aussi, des cérémonies du culte.

Cérémonies royales. — On peut citer une série assez nombreuse de reliefs. Commençons par les tableaux relatifs à la naissance divine, dont on connaît des exemples principalement à Deir-el- Bahari et à Louksor. On y voit comment les dieux préparent la naissance du roi qui sera leur descendant et héritier. Dès sa naissance, les dieux et les déesses le reconnaissent comme étant de leur race, l'adoptent. L'enfant, à peine né, est soigné par des nourrices divines, présenté aux dieux qui le reçoivent dans leurs bras. Les déesses donnent le sein au roi, représenté comme un homme déjà muni de tous les insignes habituels de la royauté, portant sur la tête les diverses coin-onnes, tenant en main les sceptres et les attributs les plus variés. Il y a quelque chose d'un peu comique à voir, dans un bas-relief de la première salle hypostyle du temple de Séti P"", à Abydos : Ramsès II sur les bras d'Isis, qui lui tient le menton, puis le passe à quatre déesses, de quatre

localités différentes, qui, à tour de rôle, lui présentent le sein (Temple de Scti 1^^, fig. 1). Il semble bien qu'à chaque nourrice corresponde une coiffure différente du roi. L'impression risible que provoque le sujet, au premier abord, fait bientôt place à l'admiration lorsqu'on examine les images avec plus d'attention ; on constate que certains de ces tableaux d'allaitement royal ou d'adoption comptent parmi les plus beaux de la sculpture égyptienne. Il est tout à fait charmant, celui qui orne un mur du temple de Séti I" (Temple de Séti I^r, pi. 14). La déesse Maut est assise sur un trône : elle présente le sein avix lèvres du jeune roi, dont elle tient le torse d'un geste maternel. Elle penche la tête en avant pour regarder son royal noin-risson, à qui elle adresse ces paroles, eni'egistrées dans l'inscription s'adressant à celui-ci : « C'est moi qui suis ta mère, qui ai créé ta beauté ; je t'ai nourri de mon lait ». Le critique, il est vrai, peut regretter qi\e le mouvement général, si juste, ait été faussé dans l'uii ou l'autre détail par suite de ces erreurs dans les lignes intérieures des silhouettes, signalées précédemment. Le roi ne pourrait pas nous montrer sa poitrine vue de i'ace ; nous devrions le voir de dos, mais alors son bras gauche devrait être caché derrière le torse ; quant au bras droit, il devrait passer devant et non derrière le bras de la déesse. Je croirais volontiers que toute la dislocation vient du fait que, pour donner la pose réelle, il eût fallu que le roi avançât la jambe droite, ce qui est une impossibilité pour le dessinateur ég\'ptien ; mais du moment que la jambe gauche est en avant, il n'y a plus moyen de disposer les bras autrement qu'ils le sont, quelle que soit l'absurdité générale du groupement.

De nombreuses scènes sont ensuite consacrées au eoiu'onnement du roi, puis à ce qu'on peut appeler le renouvellement du couronnement, s'il faut vraiment donner cette signification à la mystérieuse fête de Heb-sed. Parmi les incidents du couronnement, un des plus frappants et que l'on répète volontiers, est la remise au roi de ses couronnes, insignes, scepti'es, armes, etc. Le dieu est assis sur son trône ; il tient en main par exemple le fouet, le sceptre en forme de crochet, le glaive recourbé et il les présente au roi, qui, soit debout, soit à genoux, tend la main pour les recevoir (Temple de Séti Jer, pi. 10). Les dieux présentent souvent aussi une sorte de palme à encoches, espèce de crémaillère à laquelle

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sont suspendus des signes représentant les eélébrations de fêtes : c'est lui présage d'un règne long et heiu-eux (Temple de Séti P"', pi. 11 et 12). Le roi tend également la main pour recevoir le chapelet de fête engagé tout en haut de la crémaillère (Temple de Séti P"", \)\. 13). Citons encore l'inscription du nom du roi sur les feuilles ou les fruits d'un arbre sacré k Héliopolis. Amf>n, la crémaillère en main, est assis sur son trône ; Ptah est derrière lui, armé du même insigne. \u centre du tableau est l'arbre sacré, en partie caché par le roi agenouillé au premier plan, tandis que le dieu Thot se tient à droite, tenant en main la palette de scribe et traçant l'inscription. Il est suivi de la déesse Scshet, chargée spécialement des annales ; c'est pourquoi elle est mise en relation avec les scènes de couronnement. Au temple de Séti I®"", à Aloydos, sur un tableau de la chapelle du roi on la voit même occupée à écrire ou à peindre les hiéroglyphes des. inscriptions (Temple de Séti pf, fig. .5). Elle est debo\it, tenant en main la palme de fête et l'écritoire et elle trace délicatement sur la miu'aille le nom du roi. On peut citei enfin les scènes relatives à la fondation des édifices religieux, où l'on voit le roi, assisté des dieux, délimiter l'aire du temple, tracer le plan sur le sol, mouler les briques, poser la première pierre, consacrer les matériaux qui serviront à la construction.

Culte divin. — L'étude des tableaux relatifs au culte a pu être faite d'une manière précise, grâce à la comparaison de deux sources d'information. On possède, en effet, sur des papyrus, les rituels de.s dieux dont on connaissait les chapitres dispersés sur les murailles des temples. Ceux-ci apportaient, en outre, les illustrations qui manquent dans les papyrus. M. Moret a étudié le Rituel du culte divin journalier en Egypte et nous ferons bien de prendre le résumé de son excellent livre comme base de l'examen que nous allons faire de quelques tableaux : « Les formules et les gestes " sont destinés à être dites ou exécutés par le prêtre de service " (littéralement « le prêtre en son jour ») ; théoriquement ce prêtre )i est le roi en personne, qui célèbre le culte divin comme fils et » successeur des dieux. Mais eu fait le roi, ne pouvant officier » tous les jours ni dans tous les temples simultanément, délègue « ses pouvoirs au « grand prêtre de service ». Celui-ci, dépouillant

» sa propre personnalité, devenait le substitut du roi, déelarait » qu'il était pharaon ou spécifiait que « le roi l'avait envoyé » auprès des dieux '>. Dans les tableaux des temples c'est aussi « le » pharaon lui-même », et nul autre, qui officie. L'objet auquel » s'adressait le culte était la statue du dieu; elle était généralement » en bois doré, peint et incrusté de pierreries. Les membres en » étaient articulés de telle sorte qu'on pût en mouvdi^- la tête, » les bras et les jambes. La statue, de petite taille, était debout, » ou souvent assise sur un trône, dans un naos de bois ou de » pieri'e placé au centre du sanctuaire. Les portes du naos étaient » fermées et un sceau d'argile retenait les liens du ven-ou en » dehors des heures d'ouverture. Le naos était souvent remplacé » par vme barque d'apparat reposant sur un socle. La statue du » dieu y était cachée dans la cabine et on la tirait de l'arche poiu- )) les cérémonies. Le culte de la statue divine comportait des M gestes précis dont les tableaux nous donnent le détail, accom- » pagnes de fornudes appropriées. Le cérémonial réduit à sa plus » simple expression comprenait plusieurs parties : l^* Le roi ou le » prêtre piu-ifiait le sanctuaire et sa propre personne par des fumi- » gâtions et des libations de nombre variable. 2° Il ouvrait le naos » et se prosternait devant le dieu ; il purifiait la statue et la prenait » dans SCS bras pour lui rendre son âme. Puis, la porte du naos >) refermée, le roi sortait un instant. De nouveau le naos était M ouvert, de nouveau le roi se prosternait. Une adoration plus /) développée suivait, accompagnée de la présentation d'offrandes » choisies et de l'image symbolique de la déesse Mait. 3° Le roi » faisait la toilette de la statue divine : purification, vêtement, » fard, huile, parfum, insignes, bijoux de nombre variable. » 4° Une dernière série de purifications et, après avoir apposé » le sceau d'argile siu- la porte, le roi quittait le sanctuaire » (Moret, p. 4 à 6).

Le temple de Séti I'''", à Abydos, par la multiplication des sanctuaires, apporte des séries de scènes rituelles fort complètes, sans compter que par la perfection du travail ces sculptures comptent parmi ce que l'art égy])tien novis a conservé de plus parfait.

Le mobilier du culte est considérable, à en juger d'après les bas-reliefs ; nous en examinerons les principaux objets. On connaît

déjà les barques saerces et le mobilier qui les entourent, d'après le sanet\iaire d'Amon. Nous avons pu constater que l'édieule eontenant la statue était posé sur la barque même ; mais il semble qu'il n'en était ])as toujours ainsi, à en juger d'après une autre représentation. Elle date aussi de Séti I*^"", puisqu'elle est gravée sur un des murs du temple de Kourna. La barque se présente avec son équipage de figurines divines et royales et. à première vue, on pourrait croire qu'il n'y a aucun changement. Cependant Pédicule central descend cette fois jusque sur les barres qui servaient à transporter la barque lors des processions. Il est donc conçu comme une sorte de boîte, faite surtout pour dissimuler temporairement l'image du dieu qui se trouvait au ceiitre de la iiarque. En certaines circonstances la barque pouvait sortir de cette espèce d'abri pour naviguer sur un lac sacré.

Dans le sanctuaire d'Osiris, ùAbydos, sur l'une des parois nous trouvons une barque (Temple de Séti I'"''. pi. 19), tandis qu'en face nous avons à faire cette fois à im autre emblème sacré (Temple de Séti P"", pi. 20). C "est un pieu surmonté d'une châsse de forme à peupi'ès conique. Sur la base, où se fixe le pieu, se voient plusieurs l'igurines royales correspondant à l'équipage des barques. Le tout est fixé à des barres permettant de porter l'objet sacré aux processions. Devant et des deux côtés, une série <■ d'étendards » surmontés par des figures de divinités sont fichés en terre. Entre les étendards on voit aussi im grand sceptre de la foi'me de celui qui se trouve souvent entre les mains des défunts sur les statues funéraires de l'.^ncicn Empire. On reconnaît également deux bâtons, faisant partie de l'équipement du dieu, et qui correspondent peut-être au grand bâton que nous avons vu aussi entre les mains des personnages représentés par les statues.

Des sceptres et pieux analogues sont également représentés sur les murs de la salle hypostyle, dépendant du sanctuaire d'Osiris (Temple de Séti P'', pi. 28 et 29). On y voit le roi présentant à ces fétiches des offrandes, absolument comme il pourrait le faire devant des divinités à formes humaines. Il leur présente en effet à boire et à manger ou bien encore des pièces de vêtements. C'est ainsi que nous voyons un des fétiches d'Osiris, le dad ou didou, d'abord dressé par le roi, puis habillé d'un jupon. Un peu plus loin, nous retrouvons avec plus de détails l'objet sacré qui se

trouvait clans le sanctuaire d'Osiris. Nous voyons mieux comment il est composé. C'est im pieu surmonté d'une masse conique, à la partie supérieure de laquelle apparaît le masque du dieu lui-même, et l'on sait par diverses indications que c'était la châsse contenant la tête du dieu Osiris. A la base du pieu deux petites l'igures royales agenouillées le soutiennent et viennent nous rappeler l'attitude que nous avons remarquée plusieurs fois dans les statues en ronde bosse. Ici, le roi accompagné d'une prêtresse jouant le rôle de la déesse Isis, est occupé à oindre ou à farder les cheveux de la tête divine.

Voici maintenant d'après le rituel journalier quelques épisodes qui se répètent avec peu de variantes d'une chapelle à l'autre (Temple de Séti P'', pi. 18 et s.). Il n'y a généralement que deux personnages : le dieu et le roi qui lui fait face ; le dieu tourne le dos au fond du sanctuaire. Le roi brûle de l'encens, s'incline pour saluer au moment où il pénètre. L'action suivante consiste à mettre les mains sur le dieu, ce que nous appellerions la première prise de contact, de manière à s'assurer que toutes les purifications nécessaires ont obtenu pleine efficacité et que le roi peut impunément toucher l'idole. Le roi s'agenouille, présente un vase où brûle une flamme ; et, comme la même scène se répète deux fois de suite, sans aucune modification, on pourrait ci'oire à une erreur du décorateur si le texte explicatif ne nous citait deux chapitres différents du rituel. Un peu plus loin nous retrouvons encore des scènes identiques de présentation de bandelettes, ou plus exactement de vêtements ; le texte détermine que l'on pouvait présenter la bandelette blanche, la bandelette verte, la rouge et une quatrième dont la couleur n'est pas précisée. Puis c'est le tour des bijoux et des ornements divers, contrepoids de colliers, sceptres, anneaux de bras ou de jambes ; on passe ensuite à la coiffure : on la remet droite (Art, pi. 169), on y fixe les différents accessoires, cornes, plumes, etc. A en juger par les variantes, il semble que l'action se renouvelait pom- plusieurs statues divines placées dans le même sanctuaire. Nous voyons, par exemple pour le dieu Ptah, luie statue debout succédant à une statue assise. Il y a autant de raison de faire pour les dieux ce que nous avons vvi qu'on faisait pour les rois ou les particuliers. Leurs tombeaux nous ont montré des statues les représentant dans difi'érentcs attitudes :

il fallait bien que l'ânu' put se tenir debout ou s'asseoir suivant ses eapriees. Dans la ehapelle d'Horus, le roi lave l'autel avant d'y déposer les otïrandes (Temple de Séti I'"'", pi. 41) ; il présente ensuite deux vases de vin à la déesse Isis (Temple de Séti I''"', pi. 3(J et Art, pi. 170). Nous jxmvons nous arrêter un instant à ce tableau pour remaïqiier, encore une fois, le parfait équilibre de la composition. Le panneau est séparé des précédents par de longues lignes d'inscriptions allant du haut en bas de la min-aille. A droite, la déesse est assise sur son trône, la tête siu'montée de la coiffure habituelle des reines, dépouille de vautour, couronne à uraeus, disques et grandes plumes, qui montent jusqu'au-dessus du panneau. En face d'elle, le roi se tient debout, les bras levés, pour présenter l'offrande. Poiu' permettre aux deux têtes de se trouver au même niveau on a surélevé le trône de la déesse, évitant ainsi l'erreur commise dans bien des groupes en ronde bosse et qui consistait, pour sauvegarder le principe d'isocéphalie, à donner au personnage debout ou au personnage assis des proportions notablement différentes. Au-dessus de la tête du roi, un faucon disposé en angle occupe le coin du tableau. Les inscriptions au-dessus du roi, comme au-dessus de la déesse, remplissent l'espace vide, mais avec assez de réserve pour laisser la scène principale clairement dégagée, ce qui n'est pas toujours le cas. Entre le roi et la déesse une seide ligne verticale qui, contrairement à l'habitude, n'a pas même été séparée du champ par des traits, indiqiie quelle est l'action exécutée par le roi. Nous y trouvons un bel exemple de la souplesse, dirait-on bien, des signes hiéroglyphiques. Les premiers mots « présentation du vin à » se trouvent disposés par rapport à l'iinage du roi ; « Isis la mère divine » se trouvent au contraire tournés comme ils doivent l'être par rapport à l'image de la déesse, puis la formule se termine dans le sens des premiers mots. Par conséquent la direction de l'inscription varie au cours de la phrase.

En un autre endroit, dans une des dernières salles du temple, les tableaux présentent une variante notable. Le temple de Séti l^^ à Abydos, on ne doit pas l'oublier, est un édifice funéraire consacré au culte du roi. Jusqu'ici le roi faisait des sacrifices à la divinité. Or, voici un tableau où nous trouvons encore, il est vrai, un Osiris sous la forme habituelle; mais l'inscription a soin

de nous avertir qu'il s'agit du roi Séti I'''". qui est dorénavant identifié au dieu des morts Osiris, et cette fois ce n'est plus Séti P'' lui-même qui peut présenter l'offrande. Dans les temples de divinisation royale, tels que nous en avons signalé pour Ramsès II en Nubie, nous avons relevé le fait que le roi était en adoration devant sa propre image installée parmi les dieux. Ici ce n'est plus la même chose : le roi est un mort ; on a accompli pour lui les rites, il est parti dans le monde des dieux et le culte qui s'exécute sur la terre fa't partie des attributions d'un personnage spécial que l'on appelle l'Anmoutef. C'est le prêtre du culte royal et ce rôle semble avoir été joué par le prince héritiei", fils, et successeur par conséquent, du roi défunt. C'est lui que nous voyons dans notre tableau jetant de l'encens sin- la flamme ; il et suivi d'ime femme agitant un sistre, que les inscriptions désignent comme étant la déesse Isis. C'est probablement la reine ou une prêtresse jouant le rôle d'Isis à l'égard de son époux et frère, Osiris, auquel le roi s'est substitué (Temple de Séti I^'', pi. 46). On remarquera la beauté d'exécution de ces bas-reliefs d'Abydos, dont nous venons de passer en revue quelques spécimens. Le dessinateur qui a tracé ces figures sur la nunaille était d'iuie habileté réellement consommée. Ses traits sont élégants, souples, les formes en général d'une proportion admirable et le scvdpteui' était certainement à la hauteur de celui qui lui avait ainsi marqué sa tâche. Il attaquait le calcaire à fin grain avec une sûreté véritablement déeoncei tante, dégageant les silhouettes qui n'ont que quelques millimètres de saillie, modelant les différents plans, malgré ce peu d'épaisseur, d'une manière telle que les chairs paraissent vivantes. Aux endroits où le soleil a frappé pendant des heures nombreuses et où le mur a conservé la polychromie, quand on touche les sculptiu-es on croirait ressentir le contact de la chair vivante. Evidemment, à première vue, pour le visiteur non initié il y a des étrangetés de formes, mais nous y sommes suffisamment habitués maintenant pour qu'elles ne nous empêchent plus de goûter toute la grâce ou toute la fermeté, selon le cas, de certaines de ces figures royales ou divines d'Abydos. Les deux déesses Maat et Renpct, de la seconde salle hypostyle, sont justement célébrées (Temple de Séti I<^"", fig. 2). A quelques pas de là, c'est avec une admiration toujours grandissante qu'on

regarde ce Iteau Séti \^^. présentant à (J.siris l'iniai^f île la vérité (Art, pi. 72). Sur le front des sanetuaires, il y a des théoiies de iiomes ageiiouillés, dont les corps caractéristiques sont enlevés avec un véritable brio (Temple de Séti 1'^''. pi. 1.")). Dans le sanctuaire du roi, la tête du prêtre A/imouteF a été modelée avec im soin minutieux. Si on la compare aux nombreuses têtes royales (>n voit ijue, vraiment, quand le dessinateur et le sculpteur voulaient en prendre la peine, ils pouvaient diversifier leurs types (Temple de Séti I'^'', fig. .5). Les images royales ont été — et cela se comprend — exécutées avec un soin particulier. Je citerai parmi les meilleures le tableau du sanctuaire d'Harmakis, où le roi est occupé à remettre la coiffiu'e du dieu (Temple de Séti I'''', pi. 2G et Art, pi. 169). En présence de cette figure, on ne peut que confirmer de la nianière la plus complète ce qu'écrivait Maspero : « On a prodigué partout un calcaire blanc de Tourrah, d'un grain " admirable, paré de ces reliefs ciselés finement, les plus beaux Il peut-être qui sid)si,stent dans la \ieille Egy])te. Les maîtres qui I) les ont sculptés et peints appartenaient à l'école tbébaine et leur Il dessin présente l'analogie la ])lus frappante avec celui des monu- II ments dédiés par Aménophis IH, mais leur ciseau s'y révèle n plus souple et plus libre : on y saisit l'influence des artistes >• qui composèrent le modèle des scènes d'El-Amarna. Ils ont I) prêté le profil du roi aux dieux et aux déesses, \ui profil pur et » doux, au nez anguleux, aux lèvres fermes, aux yeux en amandes, Il aux .sourcils mélancoliques ». (Histoire, tome H, p. 381-82). Mais à propos de ce profil du roi on peut faire cependant une constatation curieuse. On aurait pu croire qu'au moment d'attaquer la décoration du temple, le chef dessinatem- avait fixé un portrait Il ne varietur " que l'on se contenterait de répéter autant de fois qu'il le faudrait. Et cependant il n'en est pas tout à fait ainsi. Que l'on compare deux têtes royales prises siu' les murs d'une même chapelle, et un peu d'attention permettra de constater (jue l'angle facial des deux n'est pas identique. Si on les superpose en faisant coïncider aussi exaetemeiit que possible les deux oreilles, on s'aper^'oit que dans une des images la partie inférieure du visage est sensiblement projetée en avant, suivant la manière évidenmient héritée des sculpteurs de Tell-el-Amarna, dont Maspero vient précisément de noter l'influence.

Le temple de Séti !<"' nous permet de constater une fois encore la rapidité de la transformation, pour ne pas dire déjà de la décadence, de l'ai-t égyptien à peu d'années de distance. Il suffit de franchir quelqi.cs pas pour passer des reliefs de Séti I" à ceux de Ramscs II. Parmi ceux-ci, il y en a qui sont vraiment très beaux, entre autres l'épisode du roi chassant au lasso le taureau qui va servir au sacrifice (Temple de Séti I«r, pi. i8). L'allure générale de cette scène est remarquable et donne une impression de mouvement intense, mais comme le dessin est plus maigre et plus sec ! C'est d'un travail évidemment plus rapide et qui est moins soucieux de la belle exécution. Veut-on lui comparer un fragment de scène funéraire sculptée au soubassement d'une des salles du temple de Ramsès III à Medinet-Hal>ou : on crttirait difficilement que l'on avait à faire aux praticiens des ateliers royaux, tant le style du dernier exemple est négligé ; mais il semble que l'on entrevoie déjà, dans la manière du Ijas-reliel' de Ramsès II, quelque chose du mouvement de décadence qui a conduit à ces figures sèches et étriquées du relief de Ramsès III.

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