CHAPITRE XXXIII
De nombreuses localités possèdent des tombes du Nouvel Empire, mais nous pouvons sans ineonvcnient négliger tous les sites accessoires. Il out'fira de mentionner les tombes du commencîement du Nouvel Empire à El-Kab, qui, au point de vue de l'histoire de l'art, ne présentent rien de particulièrement important à noter. Nous nous occuperons d'abord de TcU-el-Amarna et de Memphis, puis de Thèbes.
Tell-el-Amarna. - Les momunents funéraires découverts dans la nouvelle capitale d'Aménophis IV se répartissent en deux grands groupes : le groupe du nord et le groupe du sud. Il faut y ajouter im monument isolé dans une gorge du désert et qu'on ajjpcUe souvent la tombe royale.
Il n'est pas sûr que ce tombeau ait été destiné réellement au roi, bien que le texte des stèles parle d'mie tombe royale et que Barsanti, qui l'a trouvé, y a découvert des fragments de statuettes funéraires royales. D'aucuns prétendent que ce n'est que la sépulture des princesses. D'ailleurs la décoration n'en a jamais été achevée, ce qui est du reste le cas, comme nous allons le voir, pour presque tous les tombeaux d'Ef-Amarna. Il est curieux que les tableaux conservés se rattachent, pour la plupart, à la mort d'une des princesses et aux rites funéraires célébrés en son honneur. Dans les bas-reliefs on voit une scène de culte qui se passe devant l'entrée du temple ; un autre tableau montre les peuples étrangeis participant à l'adoration du disque solaire : les Asiatiques, les Libyens, les Nègres acclament la divinité d'Aménophis IV et se prosternent dans des attitudes diverses. A deux endroits différents du tombeau on a représenté ime scène, unique jusqu'à présent dans le répertoire, pourtant si riche, des tableaux funéraires de
l'ancienne Egypte : on assiste aux derniers moments d'une princesse. Le roi et la reine se lamentent au pied du lit de mort de leur enfant ; à l'extérieur de la chambre les serviteurs et les servantes se livrent à toutes les manil'estations de levn- douleur. Une femme, tenue à bras le corps par une autre, semble vouloir se précipiter vers la chambre mortuaire. Dans un autre endroit du tombeau on a relevé les restes d'un tableau de lamentation qui compte parmi les dessins les plus parfaits de l'art égyptien. Toutes ces femmes qui gesticulent et qui pleurent sont disposées avec beaucoup de variété et les attitudes, notées en quelques traits simples, font une grande impression. C'est dans le même tombeau que se trouve une scène que nous avons examinée précédemment ;\ propos des édiculcs légers. Une statue de Meket-Aten est disposée sur un socle autour duquel on semble avoir construit une sorte de kiosque en matériaux végétaux ; le roi. la reine et leur fille aînée vénèrent la jeune morte.
Les tombes des grands persojinages ont été réparties au flanc de la montagne en deux groupes principaux : l'un au nord, l'autre au sud. On a cherché s'il n'existait pas l'un ou l'autre élément capable d'établir une chronologie de ces sépultures : on aurait pu alors suivre le développement du style des reliefs au cours des quelques années de règne d'Aménophis IV. Le premier fait sur lequel on a voulu s'appuyer est le nombre des princesses qui figurent dans les représentations des différentes tombes. On connaît par leur nom six princesses, filles d'Aménophis IV. Nous avons vu en étudiant les stèles que les trois premières sont nées vers la fin de l'an 4. de l'an 6, de l'an 8, et ceci permettrait, lorsqu'on constate l'apparition de l'une des princesses sur un monument, de déterminer approximativement l'année du règne. Quand on dispose les tombeaux suivant cette donnée, on constate qu'il y a une princesse par exemple au tombeau de Mahou et de Rames, deux dans le tombeau d'Ani, puis dans d'autres tombeaux trois, puis trois et quatre, puis quatre, puis enfin cinq et six. Or on peut constater que pour tous les tombeaux du sud il n'y a jamais plus de trois filles, tandis que dans les tombeaux du nord il y en a trois et davantage. En s'appuyant sur ce seul élément, on pourrait donc affirmer que les tombeaux du sud sont plus anciens que les tombeaux du nord. Mais une grave difficulté
se présente. Aniénopliis l\ a donné :ï son tlicn. le diseiiie solaire, un nom particulier eoniprenant, eoninie le nom d'un souverain, deux cartouches. Dans la première forme sous latjuelle ces cartouches appaiaisseiit, ])ar exemple sur les stèles, dès les premières années du règne, il y a encore dans un des cartouches une image d'une divinité sous forme animale : le faucon. A un certain moment ce dernier reste des anciens cultes dut disparaître également et, par le fait, apparaît une nouvelle version du nom de la divinité. On a rcmai-qué que la plus ancienne forme est presque invariable dans les tombes du sud et sur les stèles. On la trovne quelquefois aussi dans le groupe du nord, mais précisément dans les tombes d'Ahmes, Pento\i et Panehesi, où l'on voit respectivement trois et quatre filles. On peut en déduire que le cartouche du premier type tombe en complète désuétude dès l'an 10 du règne. Et ceci cadre parfaitement avec le ijremier argument. Mais voici où l'affaire se complique. Dans la tombe de Mahou, où il n'y a qu'une fille représentée, les cartouches d'Aten ont la forme la plus récente; de même dans le tombeau d'Ani,où il n'y a que deux filles. Cela remet évidemment en questioia toute l'affaire et empêche de tirer une conclusion assurée de ces observations. (Davics, t. II, p. 7 et t. IV, p. 14).
On doit donc actuellement renoncer à classer les tombes strictement par ordre chronologique et se contenter d'examiner le répertoire des scènes qu'on y rencontre.
Chaque tombe offrant au premier plan le roi et la famille royale, on serait toujours tenté de croire, à première vue, qu'on entre dans une sépultm-e royale. Aménophis IV est chez lui, pi-enant son lepas en compagnie de la reine, des princesses et même de sa mère Tii. Le roi, accompagné de sa femme et de son escorte, sort de son palais pour se rendre au temple et y faire les sacrifices. C'est à ce propos que l'on a dessiné les plans du palais et des temples dont nous nous sommes occupés précédemment. Entre les deux édifices on voit le cortège royal, le char qui porte le roi, la reine et l'une des princesses, ou bien les divers chars montés par le roi, la reine, les princesses et leurs suivantes ; puis, to>it à l'entour, les gens de l'escorte, représentés chacun à leur rang. Les soldats égyptiens ou la garde étrangère, composée de Sémites, de Nègres, de Libyens, s'élancent d'une course rapide pour suivre
le mouvement du cortège. Si l'on compare ces soldats à ceux de la procession de Dcir-el-Bahari, on constatera une différence complète entre les coureurs qui se tenaient bien droits, mais dont les pieds avaient l'air de toucher à peine le sol, et ceux-ci, coui'bés en avant, lancés à une allure trop rapide.
Au tombeau d'Ahmes on a pu reconstituer, en relevant soigneusement tous les restes sur la muraille, un tableau fort gracieu.x : le roi, la reine et l'aînée des filles sont ensemble dans un même char. Le roi et la reine ont pris une attitude aussi gracieuse qu'intime, tandis que la fillette semble s'amuser beaucoup à surveiller l'allure des chevaux. Le disque solaire plane au-dessus du couple royal. Un des rayons terminés en main, vient placer im signe de vie devant les narines du roi et de la reine.
Arrivé au temple, le roi monte à l'autel, fait le sacrifice, à peu près de la même manière que nous l'avons vu représenté dans le tableau supérieiu- des stèles. Au tombeau d'Api, le roi et la reine offrent au dieu des bijoux, tandis que tiois princesses qui accompagnent leurs parents agitent des sistres. Les bijoux consistent en des pectoraux composés de deux cartouches du dieu adorés par les princesses. Pour le bijou tenu par le roi, il y a une princesse debout de chaque côté ; pour le bijou tenu par la reine, il n'y a qu'une figure assise. C'est en quelque sorte la consécration au dieu des trois princesses. Remarquons combien ces figures royales sont déformées et décharnées à l'extrême. Nous n'hésiterons pas à y reconnaître le maximiun de l'exagération, comme dans les tableaux des stèles.
Sur les images qui nous montrent le temple et ses dépendances, on voit aussi figurés les prêtres, les prêtresses, les serviteurs et particulièrement, en mi groupe remarquable, les musiciens et les chanteurs. Au tombeau de Merira, le pi'cmier grand prêtre d'Aten, se trouve le groupe justement célèbre des aveugles, dont les têtes caractéristiques ont été rendues avec im rare bonheiu- d'expression (Art, pi. 172).
Une scène fréquente est ce ((u'ijn appelle la distribution des récompenses. Dans la cour se sont rassemblés de nombreux personnages, et l'un d'eux, le bénéficiaire de la fête, au premier rang devant le l)alcon, reçoit les présents que lui fait le roi. C'est ici que nous trouvons les représentations les plus détaillées du
LES TOMBES DE TELl,-KI.-A>rAKNA ET UK MKMl'llIS 427
(I balcon d'apparition » que nous avons étudié précédemment et dont un exemple en pierre existe dans la première cour de Mcdinet-Habou. La balustrade d'appui était décorée d'un tableau symbolisant les victoires du roi. Au centre se trouve le sisfue de réunion que nous avons signalé plusieurs fois. Les liens qui d'ordinaire sont noués par des Nils, servent ici A attacher par le cou des prisonniers appartenant aux diverses races vaincues par les Égyptiens. Des tableaux de l'espèce étaient quelquefois constitués par des plaquettes en faïence multicolore. Le roi et la reine s'appuient au coussin qui borde la balustrade et ils lancent dans la cour des objets divers : colliers, pièces d'orfèvrerie, destinés à récompenser les services de l'un ou l'autre haut personnage. On voit même au tombeau de Ai que celui-ci a\'ait reçu une paire de gants et ceux-ci, objet probablement de haute nouveauté, faisaient l'admiration de tous ceux (jui voyaient Ai sortant du palais les mains gantées. Les princesses aident leurs parents dans la distribution et paraissent prendre grand plaisir à la fête. Le bénéficiaire, souvent accompagné de sa femme, reçoit les cadeaux, tels Aï et Tii sa femme, le cou déjà chargé de colliers, levant la tête vers la tribune royale, pleins d'orgueil et de reconnaissance. Dans la cour nous rencontrons une nombreuse assemblée ; les équipages d'abord, puis les membres de la garde étrangère, composée de délégations des différents pays, les serviteurs, porte-éventails et chasse-mouches, les hauts dignitaires, les scribes empressés à noter sur leiu-s tablettes les incidents de la cérémonie et à recueillir les paroles ipii sortent des lèvres dti roi : Ce sont « les journalistes de l'époque ", comme on l'a fait remarquer très justement. Au tombeau de Aï, des personnages manifestent leur joie en se trémoussant, en bondissant et en exécutant des sauts désordonnés. A l'extérieur du palais se presse la foule qui n'a pu entrer à l'intérieur. On voit le corps- de gai'de. « Les factionnaires ont entendu le bruit et les réjouissances, ils questionnent des enfants et les envoient aux nouvelles. Premier factionnaire : « Garçon, en l'honneur de qui ces réjouissances ? — La fête est pour Aï, le père divin, et pour son épouse Tii. On les a faits gens de l'or ». Second factionnaire : <' Ecoute ! va voir ces grandes réjouissances ; je veu.x savoir ce qui en est ; fais vivement. — On te satisfera, tu peux t'en rapporter à moi ». Un troisième factionnaire est déjà
renseigné par la renommée grossissante et à un ami qui le questionne il répond : " Lève-toi et tu venas : c'est l'excellente chose (jue le pharaon a faite pour Aï, le père divin, et Tii. Pharaon leur a donné par millions les charges d'or et toutes sortes de richesses ». A un enfant qui se repose de ses courses, un camarade dit. en posant un sac sur un pliant : « Veille sur ce sac et sur ce pliant pendant (juc nous allons voir ce que l'on fait pour le père divin Aï ». (Lagier, p. 104-105). N'est-il pas intéressant de trouver des scènes épisodiques de cette espèce insérées par les dessinateurs au ïuilieu des tableaux officiels les plus solennels ? Si les bas -reliefs des temples nous ont montré les grandes peintures historiques, nous trouvons ici les scènes de genre comme on n'en renecjntrera peut-être plus dans l'histoire de l'art avant les Flamands.
Parfois les tableaux nous font assister aux devoirs de la charge royale. Le souverain vient recevoir le tribut des vassaux, ce qui donne lieu à une fête solennelle. Une autre fois il est en toiu'née d'inspection et va vérifier les postes de police dans la région du désert. Il reçoit le rapport du gouverneur, qui lui présente le chef de la police Mahou. Le même fonctionnaire s'est fait représenter sur les mui"s de son tombeau, venant au rapport devant le gouverneur et son conseil pour lui faii'c part de la capture de brigands.
Comme on le voit, les personnages pour qui les tombeaux ont été faits n'apparaissent le plus souvent qu'au second plan, et partout ils sont éclipsés par la figiu'e royale. Près de l'entrée des tombeaux on trouve généralement des images du définit agenouillé et adorant le dieu Aten. Devant ces figures se rencontre la copie du célèbre hymne au soleil, composé par le roi ou tout au moins sous son inspiration. Ces figures des défunts agenouillés dans l'adoration sont intéressantes à comparer, car nous y surprendrons peut-être quelque chose de la transformation du style. Dans le groupe du sud il n'y a qu'une princesse au tombeau de Rames. Or, si l'on compare la figure du défunt agenouillé aux monuments de la première moitié de la XVIIP dynastie, on constate que le dessin a subi, dans une forte mesure, l'infkience artistique qui déforma les traits d'Aménophis IV. La même influence paraît encore manifeste, bien que plus modéi'ée, dans le groupe d'Aï et de sa femme Tii adorant le dieu. Regardons à présent Mahou, et nous verrons immédiatement que tout ce qu'il y avait d'exa-
géré (liins les deux exemples préeédcnts a (lis])arii et que le portrait de Mahou peut être mis sur le même- pied que les plus beaux basrcliel's de la fin de laXVIlI'' dynastie. Or eliez Maliou, nous l'avons dit tout à l'hein-e, il n'y a également qu'une prineesse, comme chez Raniès, mais les cartouches divins sont de la seconde forme. S'il est vrai que cette seconde forme n'apparaît que vers l'an 10 du règne, il faut bien admettre que le nombre des princesses n'a pas de valeur comme argument chronologique. On s'imaginerait difficilement que deux tombes si différentes aient été construites à la même époque, peut-être la même année ; on serait davantage porté à croire que la tombe de Mahou est d'une époque plus avancée dans le règne, à un moment où, comme nous l'avons vu à propos de la sculpture, on en était revenu déjà des exagérations du début. L'art égyptien après sa crise est en train de recouvrer la santé. A Tcll-el-Amarna les scènes funéraires sont d'une grande rareté dans les tombeaux, restés pour la plupart inachevés. La mort inopinée d'Aménophis IV refroidit sans doute brusquement l'enthousiasme et la dévotion envers le dieu Aten ; la plupart des hauts personnages s'empressèrent d'abjurer leur erreur, quittèrent la ville nouvelle pour regagner Thèbes. Là reposaient leurs ancêtres ; c'est là aussi qu'ils voulaient eux-mêmes reposer. Mais alors pourquoi, dans ce moment de réaction et d'aversion, les tombeaux d'EI-Amarna n'ont-ils pas été détruits ? C'est qu'il y avait une « tranche » de la vie de ces courtisans qui s'était passée dans la nouvelle capitale du roi hérétique et il importait que l'âme pût revivre ces épisodes comme les autres. Le double, lorsqu'il viendrait hanter les environs de la capitale abandonnée, trouverait sur les parois des tombeaux tous les événements importants qui s'étaient déroulés là, et il n'y trouverait que cela. Les Egyptiens haut placés avaient souvent des tombeaux dans des localités très éloignées l'une de l'autre, ("est ainsi que l'on a constaté, il n'y a pas longtemps, qu'un prince de Siout, du Moyen Empire, gouverneur du Soudan, avait été enterré à Kerma, à la mode soudanaise, au milieu d'esclaves sacrifiés, tandis qu'on connaissait depuis longtemps son tombeau, du type classique, à Siout même.
Memphis. — Dans la Basse-Egj'pte, un rôle exceptionnellement
important a toujours été rempli par Mcmphis, même à l'époque où Thètîes était la capitale incontestée. Si le personnel de la cour était enterré à Thèbcs, nous savons que les plus hauts dignitaires de Memphis, notamment les grands prêtres de Ptah, choisissaient poiu' leur sépulture la nécropole avoisinant les pyramides de l'Ancien Empire. Malheureusement, les tombeaux de la XVIIP dynastie et de la XIX*" dynastie ont été pillés et détruits, en majeure partie au commencement du XIX"^ siècle de notre ère. Des fragments plus ou moins nombreux sont arrivés à cette épcjque dans plusieurs grandes collections européennes ; plus tard Mariette en a retrouvé à son tour lors de ses recherches à Saqqara. Dans les dernières années Quibell en a exhumé un bon nombre. Mais il n'a pas été possible jusqu'à présent de réunir ces l'ragments dispersés ; une publication d'ensemble permettrait peut-être de reconstituer de grands tableaux. Les morceaux les plus considérables sont actuellement à Leiden. On connaît des pièces séparées à Londres, à Paris, à Bruxelles, à Berlin, à Copenhague, à Bologne, à Florence, à Alexandrie, au Caire, etc. On poiu'rait citer, comme les plus anciens en date, les fragments de Pa-Aten-em-heb à Leiden, le nom de ce personnage étant composé avec celui du dieu d'Aménophis IV. Son tombeau daterait donc de cette époque. Sur une des parois se trouve un admirable groupe de prêtres et de miisiciens, dont les têtes sont exécutées avec une perfection qui fait penser au grovipe des musiciens aveugles du tombeau de Merira (Recueil, pi. 34). Le joueur de harpe, tout spécialement, a une tête d'un modelé vraiment remarquable. Près de ce panneau on n'est pas peu surpris d'en trouver un autre oîi les scènes sont dessinées d'une manière assez sommaire. On a tiré d'un manuscrit religieux la vignette figurant les champs d'Ialou, tels qu'on les connaît par l'étude des papyrus à illustrations. Le mort et sa femme sont arrivés dans les régions infernales, ils y adorent les divinités, circulent en canot, s'asseyent devant un sacrifice, puis ils se livrent à des travaux agricoles, labourant, coupant les blés. Le dernier registre donne ime composition de ce qu'on appelle la géographie infernale. Tout cela est fait d'une manière presque négligée et, en tout cas, nullement comparable à la fine exécution de la paroi voisine.
Une autre représentation des champs d'Ialou, mais d'un travail
beaucoup supérieur, est connue i)ar \m beau fragment du Musée de Bologne, qui provient d'iui tombeau très important (l'\m personnage du nom de Horemliel). Des fragments du même tombeau sont à Leiden. au British Muséum, à Alexandrie, à Vienne et au Caire. Ce qui donne un intérêt particulier à ce tombeau c'est que Iloremheb, auquel il était destiné, est plus tard monté sur le trône d'Egvpte : c'est l'Horembeb de la fin de la XVIIP dynastie. Voilà pourquoi, sur le fragment montrant les champs d'Ialou, on a ajouté après coup le serpent royal devant la coiffui'e des petits personnages que nous voyons ici se livrant aux travaux des champs.
Plusieurs fragments de Bologne montrent des .scènes épisodiques, malheiu-eusement fort incomplètes, mais qui sont d'une exécution VI aiment supérieure. Sur l'un d'eux nous .avons un bon exemple trarchitectuic figurée. Le centre du morceau est occupé par une maison représentée de la manière la plus simple. A gauche, la porte avec le battant ouvert : devant elle, le serviteur en train de balayer ; un peu plus loin, à sa droite, l'arroseur, puis un surveillant. Le profil de la maison est marqué par un seul trait vertical qui monte de chaque côté et se continue par le profil du toit à double pente. Celui-ci repose au centre sur une mince colonne papyriformc à chapiteaxi ouvert. Dans l'angle intérieur, à droite, on a dessiné ime salle séparée, dont la porte est également marquée. C'est le magasin renfermant des vases et des provisions diverses. A l'intérieur de ce qui paraît la salle principale de la maison on voit un pliant, une table chargée dt victuailles et des vases posés sur des supports. Sur le côté, des serviteurs s'empressent de l'approvisionner. A droite un homme porte, au moyen d'une balance, des vases enfei mes dans un filet. A gauche, un serviteur court en tenant en main une outre vide, et l'on peut constater que cette dernière figure est posée ti'ès librement dans le champ, sans ligne de base, et qu'on l'a dessinée de plus petites dimensions que les personnages du premier plan. Sur un autre bloc, une scène extrêmement mouvementée se déroule sur un sol dont les lignes ne sont pas parallèles, à peu près comme dans certains tableaux militaires, .\u-dessus, il y a deux chars, puis un coureur. Au-dessous on voit, au centre, un cavalier dont le cheval est lancé au galop, les quatre pattes ayant quitté le sol. Ce sujet est exceptionnel
dans l'art égyptien. A droite il y a un groupement de figures fort rare également. Six hommes ont chargé sur leurs épaules une lourde poutre et la transpoitent sous la surveillance d'un contremaître. Un autre fragment nous donne le plus beau groupe de captifs nègres que l'on puisse relever sur les bas-reliefs d'Egypte. Ces pauvres gens sont assis sur le sol dans des poses variées, avec des gestes un peu simiesques ; les têtes, très différentes l'une de l'autre, sont disposées dans des attitudes bien étudiées. Les surveillants (pii les dirigent et dont l'un brandit une verge sont dessinés par les mêmes ouvriers qui ont fait les reliefs d'El-Amarna. L'Egyptien qui est debout au milieu du tableau a une coupe de visage des plus caractéristique.
L'analogie de style paraîtra plus grande encore si l'on considère le fragment de Leiden. où le roi et la reine sont représentés. C'est bien Aménophis IV et sa femme ; mais certainement tout ce qu'il y avait d'outré dans le rendu du corps, et spécialement dans la finesse des attaches, a été sagement laissé de côté. Vraiment, on peut dire sans exagérer que pour trouver dans l'art antique quelque chose qui égale le beau corps de reine que nous avons ici, il faut aller chercher les points de compaiaison parmi les reliefs les plus parfaits de la Grèce classique. Le fragment de Leiden provient d'une scène, comme on en connaît de nombreux exemples, où le roi comblait de présents le haut fonctionnaire au moment où celui-ci lui amenait les tributaires étrangers.
Le Musée de I^eiden a conservé encore quelques excellents fragments qui nous montrent des épisodes de la même cérémonie. Nous avons déjà rencontré plusieurs exemples de combinaisons de nombreuses figures; il en est peu qui vaillent un groupe d'étrangers par la variété des attitudes et ladiversité des types ethnographiques. Bien que l'ensemble soit inscrit à peu près exactement dans un carré relativement restreint, le dessinateur a réussi à placer neuf personnages sans produire de la confusion. Sur le sol, deux sont étendus à plat, l'un sur le ventre, l'autre sur le dos. Un peu au-dessus un troisième, qui vient de se prosterner, commence à se relever. Un peu au delà, et s'ouvrant comme en éventail, trois têtes légèrement étagées conduisent par transition au niveau des trois personnages du dernier plan, debout et levant les bras en signe d'acclamation. Les vêtements et les coiffures offrent une
très grande variété, chaque détail servant à préciser l'image en caractérisant un pays ou même une tribu. Dans un tableau symétrique, en i'aee, les Egyptiens amènent devant le roi une bande nombreuse d'éniigrants qui demandent asile à l'Egypte, comme le tirent les (ils de Jacob à la suite de la famine (Recueil, pi. 35-37). Ce cortège mérite notre attention. En avant Horemheb lui-même, debout, les bras en l'air, reçoit la récompense de son zèle et de ses services ; on lui suspend au cou de nombreux colliers, on en dépose sur des plateaux ; ici aussi on peut constater clairement qu'un serpent royal a été ajouté après coup à la partie antérieure d'une coiffure qui n'était pas une coiffure royale. Après avoir occupé les plus hauts emplois sous le règne d'Aménophis IV et de ses successeurs immédiats, Horemheb devint roi à son tour et se fit creuser une tombe rt)yale, en bonne et due forme, dans la vallée des tombeaux à Thèl)es ; nous en avons déjà parlé. Pourquoi laisser subsister le tombeau de Memphis en se contentant d'ajouter l'insigne royal au front du grand fonctionnaire ? Pour la même raison qui a déterminé la conservation des tombeaux de Tellel-Amarna. On ne pouvait supprimer de l'existence. d'Horemheb ses années d'activité à Memphis et, pour que son âme pût les l'cvivre lors de ses visites à la nécropole de Memphis, les scènes du tombeau lui étaient nécessaires. On aurait pu, peut-être, arriver au même résultat en consacrant une partie de la tombe royale de Thèbes à la vie administrative d'Horemheb, avant son accession au trône, mais cela aurait paru plus choquant que le moyen auquel on a recouru, en surchargeant les reliefs du tombeau de Memphis.
A l'occasion de l'étude de l'architecture figurée, nous avons examiné déjà le fragment de bas-relief du Musée de Berlin, provenant de la tombe du grand prêtre de Ptah de Memphis (Art, pi. 173 et 174). Nous avons analysé les kiosques construits en matériaux légers sur la route de la nécropole. Nous nous y arrêterons maintenant pour signaler toute la beauté de la scène même des funérailles. Les attitudes de douleur démonstrative et exubérante des fils qui suivent le cercueil de leur père, contrastent avec le calme et la dignité du prince et général, des deux gouverneurs et des hauts personnages de l'administration. H y a là, vers le centre, trois têtes d'une beauté particulière, d'une finesse et d'une élé-
gance qui rappellent les reliefs de la renaissance italienne. A côte des kiosques, on remarquera également des hommes et des femmes qui se lamentent dans des attitudes variées. Dès l'Ancien Empire nous avons déjà rencontré une scène d'enterrement ; des personnages se laissaient tomber dans les bras de ceux qui les accompagnaient. Si leurs gestes voulaient dépeindre une douleur profonde, l'émotion véritable manquait dans la manière dont les attitudes avaient été rendues, tandis qu'ici on est frappé par la réalité du sentiment exprimé. Au Musée du Caire, se trouve un fragment provenant aussi d'im tombeau memphite du Nouvel Empire, et sur lequel deux femmes se lamentent au pied de la momie, au moment où l'on exécute les dernières cérémonies avant la mise au tomlieau. Leurs gestes et letn- expression atteignent le point culminant de l'art pathétique en Egypte. Il y a une très grande différence entre ce fragment et un autre du même musée, souvent vanté, et qui nous montre aussi un épisode de funérailles. On y voit une bande de femmes qui jouent du tambourin et des castagnettes en se trémoussant dans tous les sens : il y a bien du mouvement, de l'animation dans le tableau, mais on sent qu'on se trouve, cette fois, en présence de danseuses et de musiciennes ù gages qui ne sont nullement saisies par l'émotion comme les deux pleureuses faisant un dernier geste de tendresse à l'égard de la momie d'un être aimé.
Deux fragments du Musée de Leiden doivent enfin être signalés comme donnant ensemble — car ils proviennent du tombeau d'un personnage nommé Meri — une sorte de répertoire général des scèn'es les plus fréquentes. On y voit la pvu'ifieation de la momie, la célébration des rites devant la statue du mort, le sacrifice d'offrande devant le défunt et sa femme, l'exécution des travaux agricoles, divisés en plusieurs épisodes dont chacun est réduit à l'indispensable : labourage, semailles, récolte du lin, récolte du blé, transport des moissons. Sur l'autre bloc on a le sacrifice devant une statue du mort assis, un autre devant le mort debout avec liste complète des offrandes, enfin la représentation des funérailles : le catafalque jjorté sur un brancard, attelé néanmoins à des bœufs, un premier groupe de pleiu'euses, les porteurs de coffrets, le transport du coffre qui contenait les vases eanojjes, mi nouveau groupe de femmes se lamentant, ramassant de la poussière qu'elles se jettent sur la tête, le défilé des prêtres, etc.
On aura pu remarquer à plusieurs reprises la qualité exceptionnelle du travail d'un certain nombre de ces reliefs. Certaines têtes, particulièrement du défunt et de sa femme, sent traitées avec un soin minutieux et en même temps avec une délicatesse extrême. On pourrait citer, en terminant, la figure d'Amcnmès et de sa femme au Louvre, luie charmante image d'enfant assise au pied de ses parents vers lesquels elle se retourne et qui rappelle, au moins par l'attitude générale, la fresque des princesses d'El-Aniarna. Le Musée de Bruxelles possède im bon i'ragment pro\enant d'un tombeau memphite du commencement de la XIX"^ dynastie et qui nous donne un portrait très soigné d'un fonctionnaire de Ramsès II, du nom de Ramsès-Xekhtou. Les deux premiers exemples étaient en relief simple : ce dernier, en relief dans le creux.