Première partie
Il importe de souligner iiiimédiatenicnt la grande importance de la décoration telle qu'elle nous apparaît au Nouvel Empire plus clairement encore qu'aux époques antérieures, siu'tout grâce au nombre beaucoup plus considérable d'objets conservés. Nous avons eu l'occasion déjà de constater aux époques précédentes le rôle joué par la décoration. Mais si. dans de nombreux cas, il était possible de reconnaître que celle-ci avait une valeur en quelque sorte organique, telle qu'elle dérive soit de la technique ou de l'utilité, il n'en est plus de même au Nouvel Empire. Nous sentons maintenant qu'elle est créée pour le seul plaisir (pi'elle ])rocure. On aime l'ornement pour lui-mrMiie : on en met partout, même avec exagération.
Peinture décorative. — Nous avons vu déjà d'une manière sommaire, à propos des maisons, des palais, des temples et des tombes, quelle place était faite à la décoration par les architectes égyptiens, mais nous en avions réservé le détail jusqu'à maintenant, tout au moins pour ce qui regarde les décors qui ne sont pas des tableaux à figures. On se rappelle, en effet, que dans une maison de Tell-el-Amarna nous avons mentionné une peinture de frise tt petits personnages. Sur le sol nous avons constaté que l'on peignait aussi des décors où les animaux et les plantes jouaient un rôle important. Un regard sur les détails de ces dernières figures suffirait à faire constater de quelle manière simple et en même temps caractéristique les différentes espèces végétales ont été représentées (Art, pi. 76). Dans les temples et dans les tombeaux nous avons remarqué qu'il y avait souvent, à la partie supérieure des murs, au-dessus des scènes et sous le plafond, un orneiuciit
qui peut être constitué soit de guirlandes de fleurs, soit d'un motil' que l'on appelle les ■ khakerou », dont l'origine n'a pas encore été clairement déduite. Ce dernier motif a été copié d'âge en âge avec peu de modifications et il n'est pas impossible qu'il ait été aussi mystérieux pour les Egyptiens des basses époques qu'il l'est pour nous-mêmes. On lui préférait souvent la frise florale, dont les lotus étaient l'ornement fondamental. Déjà dans certains tombeaux de l'Ancien Empire on Voit, au sommet de la paroi, des fleurs de lotus disposées les unes à côté des autres, le calice tourné vers le haut. A une époque difficile à déterminer, et peut-être à la suite de simplifications qui ont prêté à confusion, la fleur de lotus s'est retournée et elle pend du haut du plafond comme une cloeliette.
Les tombes du Nouvel Empire à Thèbes ont fourni un répertoire très riche de ces frises florales où le lotus se combine fréquemment avec des gra]ipes de raisins, des fruits ou des boutons d'autres fleurs dont l'identification n'est pas toujours facile. Les guirlandes claires s'associent à de plus serrées et de plus étroites, qui paraissent le plus souvent constituées de pétales de fleurs disposés d'une manière particulière. On la retrouve notamment dans les colliers égyptiens. Si la fleur de lotus est souvent figurée entière avec tous ses éléments, elle est aussi dessinée avec une stylisation fort avancée. On combine les fleurs de lotus avec des rosettes ; les tiges se transforment en spirales, etc.
Les plafonds sont également ornés de peintures, nous l'avons déjà dit à propos de l'architecture. On se rappellera que dans les temples le plafond est décoré de manière à faire oublier sa présence. On y voit le ciel bleu constellé d'étoiles et dans lequel planent des oiseaux sacrés. Cette décoration des temples n'est-elle pas en quelque sorte l'adaptation religieuse d'un ornement assez familier dans la décoration civile V Dans les restes du palais d'Améno- ]>his IIL â Medinct-Habou, on a relevé en effet quelques fragments d'une peinture qui nous montre le ciel, mais sans étoiles, dans lequel s'envolent des oiseaux qui n'ont plus rien de sacré ainsi que des papillons. C'est à peu près le spectacle que devait avoir sous les yeux le chasseur lorsqu'il s'aventurait en barque au milieu des fourrés marécageux peuplés d'une infinité d'oiseaux. Dans les tombeaux des rois on voit souvent, dans les couloirs, des
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séries ck- vautours, les ailes étendues. A y reffarder dv ])rès, on s'aperçoit qu'ils ont sur la tête une eoiu'onnc et qu'ils tiennent entre les pattes des éventails ou ehasse-niouehes, formés d'une plume d'autruehe. Dans eertaines salles des mêmes tombeaux on a représenté de grands tableaux astronomiques, ayant pari'ois même, assure-t-on, la valeur d'horoseopes.
Dans les tombeaux privés il y a devix types de déeorations : .le prenner semble jusqu'à présent uni<iue et nous montre une vigne tapissant toutes les ani'raetuosités de la voûte : e'est au eaveau funéraire de Sennefer, que l'on appelle d'ailleurs le tombeau des vignes. On remarquera à eet égard une partieularité curieuse : à la partie supérieure des murailles il y a une frise de lotus et de gi'appes de raisins, mais on l'a rattachée à la vigne de manière à la relier logiquement à la décoration naturaliste de l'ensemble.
La seconde catégorie de décor est formée par des motifs généralement réguliers, à caractère géométrique, disposés toujours en panneaux rectangulaires. On a reconnu depuis longtemps (juc c'était l'imitation d'étoffes tendues entre des châssis. L'espace couvert est donc considéré comme une sorte de construction légère, à ciel ouvert, au-dessus de laquelle on a tendu des vélums pour se protéger de l'ardeur du soleil. A en juger par les tombes inachevées, ces dessins étaient faits à pinceau libre, sans recourir par conséquent à l'emploi du pochoir. Au tombeau d'Amenmès on voit très bien comment on a procédé : le fond a d'abord été quadiillé, puis on a tracé des losanges, ensuite les parties de remplissage entre les losanges mais en déterminant l'espace où viennent se placer les spirales qui finalement réunissent entre eux les losanges.
Jéquier a publié dans un ouvrage récent un grand nombre de ces motifs de décors de plafonds. Il suffira d'en signaler quelques exemples particulièrement remartiuables. Un motif est formé de grappes de raisins et de rosettes disposées dans des carrés ; les rosettes sont formées chacune par la combinaison de quatre fleurettes. Au tombeau de Souemnout des séries de lignes en xigzag alternent avec des spirales écrasées ; dans les espaces laissés libres on a intercalé des campanes de papyrus et un autre motif floral. Chez Amenemhat des rosaces formées, semble-t-il, de quatre fleurs de lotus sont combinées avec des motifs en forme
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de croix, qui déterminent un ensemble des plus harmonieux et qui prend divers aspects selon le point de vue d'où on l'analyse. IvC plafond de Nekhtmin a une allure plus mouvementée avec ses lignes en spirales qui conduisent le regard toujours plus loin. Quelques exemples i élevés par Plisse et (jue Jéquier n'a pas repris nous montrent l'emploi de motifs plus rares : ainsi im bucrânc et la colonnettc à chapiteau où l'on croirait voir le plus ancien chapiteau ion'quc. Que l'on i-emarque aussi de quelle manière les lignes qui se détachent des spirales se nouent et s'entremêlent. Comme s'il avait peur de perdre un espace utile, le décorateur a trouvé moyen de répéter de place en place l'image d'une sauterelle. Dans un autre, où l'on retrouve à peu près les mêmes enroulements, on les a combinés très hem-cusement avec des flems de lotus. Dans les petits paimeaux ap]iaraissent alternativement des rosaces et des scarabées, les ailes étendues. Un ti-oisième plafond du même caractère nous montre le titre et le nom du défunt Ncferhetep répété régulièrement. Siu- le côté se développe une riche palmette qui suggère à l'esprit la comparaison avec les admirables développements des palmettcs classiques (Art, pi. 77). La manière dont sont disposés ces décors entre des poutres, sans parler du caractère même des motifs, a permis d'y reconnaître l'imitation de tentures, et même si l'on n'avait d'autres documents que ceux-ci on n'hésiterait pas à affirmer déjà que les Egyptiens ont connu les étoffes nudticolores. Une confirmation est apportée par le fait que dans quelques peintures de barques on voit que leurs voiles étaient faites d'étoffes en tout comparables aux peintures des plafonds. Ce n'est du reste pas une innovation du Nouvel Empire et déjà un fragment de bas-relief du temple de Sahoure, à la V^ dynastie, montre une barque royale dont la voile est entièrement décorée de rosettes. C'est sous la forme de voile pour les barques d'apparat, ou sous forme de tentures ou de tapis, que ces produits de l'art décoratif égy])tien se sont répandus dans le monde ancien. Une tombe d'Orehomène en Grèce, d'époque mycénienne, a un plafond sculpté à l'imitation d'une décoration égyptienne. Les palais assyriens nous montrent de même, au seuil des portes, de grandes dalles d'albâtre qui sont ornées de motifs copiés sur des modèles venus d'Egypte.
Mobilier. — Les ])ioduitN de l'art de l'ébénisteric étaient, extiéineinent nombreux au Nouvel Empire. Déjà sur les bas-reliel's des temples nous avons noté les représentations des naos en bois. Nous avons remarqué que eertaines stèles, j)ar exemple dans le l'ond des sanctuaires d'Aliydos, copiaient exactement la l'aeade de ces édieules. La nature même de ces objets en matériaiix fragiles, sans parler du fait que c'étaient les édieules contenant les idoles, exposées aux destructions, explique qu'aucun de ces naos ne nous ait été conservé. C'est un ^•rai hasard qui a fait retrouver au temple de Deir-el-Bahari. sous une couche de débris, im panneau latéral et une porte en ébène. Le panneau est orné à la partie inférieure d'un motif en forme de niches et ensuite de rinq rangées de signes hiéroglyphiques représentant le dad et la boucle. Cette décoration n'est autre chose que la copie de motifs ajourés, tels que nous les avons relevés, par exemple, dans les chapelles des princesses du temple de la XI'' dynastie à Deir-el-Bahari. et comme on les a signalés, copiés dans la pierre, dans certains monuments de la XVIII'' dynastie à Thèbes. à Tcll-el-Amarna et à Soleb. Parmi les peintures de tombeaux montrant des ouvriers à l'œuvre, on connaît quelques scènes exposant la fabrication de meubles similaires. Quant à l'aspect général, il nous est fomni probablement par un objet funéraire de petite dimension, le seul naos égyptien conservé, actuellement à Turin (Art, pi. 183). C'est une caisse rectangulaire terminée à la partie supérieure par la gorge architecturale. Du côte de l'entrée on a constitué un portique avec deux colonnettes à têtes de déesse, supportant un fronton surélevé qui s'appuie sur le toit du sanctuaire proprement dit.
Dans les nombreuses scènes de réception royale le roi apparaît assis sur un trône placé dans une sorte de kiosque ou d'édicule qui, en réalité, ne devait pas différer beaucoup des naos, sinon quMl est ouvert de toutes parts. A en juger par les exemples qui ont conservé toute leur couleur, ces constructions montraient un assemblage de matériaux de diverses teintes. Rappelons que, même dans l'arehitcctiu-e en pierre, au ]>alais d'Améi'ophis IV, il y avait des chapiteaux incrustés, à propos desquels on pouvait parler de l'imitation de la technique de l'orfèvrerie. C'est dans ces édieules légers que l'on a constaté l'emploi de ces colonnettes extrêmement
légères et décorées d'ornements d'une grande variété. Nous les avons examinées à propos do l'architecture figurée. On voit pendre en dessous de la corniche de certains de ces édicules des fleurs et des fruits et l'on peut se demander si ce n'est pas là que se trouve l'origine des guirlandes florales peintes à la partie supérieure des murailles. Les édicules légers auraient été ornés aux jours de fêtes de guirlandes florales, suspendues à la hauteur de l'entablement et allant d'une colonnette à l'autre. Ces colonnettes nous ont montré des chapiteaux fk)raux superposés ; nous avons expliqué cette particularité par un simple procédé de décompositifm graphique des différents éléments floraux utilisés dans la décoration d'un seul chapiteau.
Le roi, dans tout l'éclat de sa gloire, s'assied sur des sièges somptueux qui copient parfois les formes des trônes divins mais qui, d'autres fois aussi, sont plus près des meubles qui nous ont été conservés en nature. Prisse réunit sur vme planche plusieurs de ces sièges. Deux d'entre eux sont assez simples : ce sont des chaises à pattes de lion. Poin* l'une d'entre elles il y a encore — et nous savons que c'est tout à fait logique — une tête de lion vers l'avant, à tel point que le profil de la partie inférieure du siège rappelle les formes générales d'un lion que l'on aurait étiré à l'extrême. L'autre chaise a supprimé la tête de fauve ; une troisième semble se souvenir de la nécessité qu'il y avait de représenter un lion de chaque côté du roi. On le fait, cette fois, en sculptant un lion passant à la hauteur du siège de manière à ce que cette figure formât un appui. On n'a pas eu l'idée cependant de supprimer les pattes de lion aux pieds mêmes du siège. Cet exemple montre comment certains motifs de décoration peuvent se copier indéfiniment, sans que l'on réfléchisse à leur origine. Le quatrième siège semble être une chaise dont la partie inférieure est combinée à la façon des pliants. Dans tous les cas, sut le siège proprement dit est posé un épais coussin dont les ornements rappellent ceux des plafonds. On n'a jamais retrouvé en entier des pièces de ce genre, bien que les tombeaux des rois en aient fourni quelques bons, fragments. On conserve de belles figures de panthères qui servaient d'appui ainsi que quelques morceaux de panneaux provenant particulièrement des tombeaux d'Aménophis II et de Thoutmès IV.