CHAPITRE XXXVI
LES ARTS DÉCORATIFS ET INDUSTRIELS Deuxième partie
Métal. — Les vases dccoratils que représentent les monuments sont d'ordinaire d'un dessin assez compliqué et, lorsque la eoulcvnest conservée, ils paraissent en or rehaussés d'incrustations nnilticolores. Ce sont de véritables pièces d'apparat déposées le plus souvent dans les trésors des temples et que leur nature même tlestinait à une disparition complète. On se rappellera peut-être que, sous l'Ancien Empire, nous avons eu l'occasion de rencontrer des vases en bois doré avec incrustations multicolores, provenant du temple de Neferirkere, et qui étaient vraisembablement la copie de pièces d'orfèvrerie.
Prisse a réuni la plupart de ces vases décoratifs du Nouvel Empire. Une première série nous montre des vases au galbe élancé, dont les parois paraissent gravées, agrémentés d'ornements h. la base, aux anses, et dont le couvercle est formé de têtes d'animaux, du dieu Bès ou d'ime fleur de lotus renversée. Un des vases a la forme générale du signe de vie et deux figiu'es de captifs agenouillés lui servent d'anses. Sur une antre planche il y a des vases à sujets : deux captifs sont liés à ime eolonnette qui supporte un grand cratère ; deux étrangers supportent à la hauteur de la tête un grand vase. Deux autres pièces nous apportent les premiers spécimens d'une série nombreuse, caractérisée par la présence de motifs floraux qui paraissent se détacher du bord, tandis qu'au centre d'autres décors sont élevés sur un socle. Une troisième planche m(mtre principalement des bassins ornés de fleurs qui paraissent piquées le long du bord extérieur. On remarquera, en même temps, les spécimens de pieds de vases en menuiserie, qui se rattachent au type d'assemblage dont il a été question. Quand ces vases apparaissent dans les momunents figurés, c'est
dans les temples ou dans les tombeaux. Dans les temples, il s'agit des scènes d'offrande an dieu : dans les tombeaux, ee sont des scènes de tritjutaircs. Citons quelques exemples particulièrement démonstratifs. Sur une des parois décorées par Thoutmès III, au temple de Karnak, le roi avait fait représenter des séries d'objets d'offrandes exécutés au moyen du produit des conquêtes asiatiques. Les objets les plus divers sont accumulés les uns à côté des autres avec leur nom et l'indication de la matière. On y voit, entre autres, de nombreux vases, dont quelques-uns comptent parmi les plus compliqués. A vm certain endroit, il est dit formellement que plusieurs vases ont été exécutés suivant " le désir du cœur de sa Majesté elle-même ». Cela indique bien que ces pièces d'apparat, offertes avi temple, ont été fabriquées en Egypte,. j)ar ordre du roi, avec des matières précieuses venant de l'étranger. Pom-quoi jugerait-on différemment lorsqu'au tombeau de Rekhmara nous voyons, dans un exemple cité déjà précédemment, les Kefti apporter des vases dont plusiein-s sont caractérisés par les motil's en bordures ? On a signalé l'analogie entre certaines pièces portées par les Kefti et des produits de la civilisation mycénienne. Mais il paraîtrait néanmoins hardi d'affirmer que tous les vases que nous voyons ici se rattachent à l'industrie égéenne. Ne croirait-on pas plus volontiers à une influence générale de l'Egypte sm- le monde méditerranéen ? Il ne faut pas nécessairement attribuer les vases à ces Kefti, pas plus que nous ne nous sommes crus autorisés à considérer comme étant de fabrication nègre tous les meubles représentés sur des scènes de tribut des peuplades du Sud. D'ailleurs, des vases semblables se trouvent placés dans les mains d'autres étrangers et particulièrement on les voit mis en relation avec les habitants du Retenou, en Asie. Dans un tombeau de Tell-el-Amarna on a relevé une série de ces vases, à couvercles en iorme de têtes d'animaux ; pour l'un d'eux une tête de gazelle se détache de la panse en guise d'ornement. Au tombeau de Houi, contemporain du roi Toutankhamon, les gens du Retenou apportent des vases analogues. Dans le même tombeau, parmi le tribut des Ethiopiens, il y a des pièces remarquables et d'un genre un peu différent. On voit d'abord des coupes bordées de têtes de nègres ; au centre s'élèvent des constructions, une fois en forme de pyramide, et environnées de palmiers. Un grand plateau, dont
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le centre est oeeupé pai' une pièee ideiiticjiie, paraît entièrement couvert d'une plantation de palmiers en or, au milieu desquels on voit des indigènes, des girafes et des singes grimpant dans le l'euillage. Ce plateau, autour duquel pendent des étoffes et des peaux, est placé sur un support qui paraît décoré d'incrustations. On songera difficilement à faire honneur, de ce travail compliqué, aux orfèvres nègres et l'on préférera y reconnaître un travail où se retrouve une conception pareille à (relie des équipages de petites figures votives dans les barques divines.
Au temple de Karnak, dans les bas-reliefs historiques de Séti I^'"', il y a également une collection de ces vases décoratifs, eonnnc on en rencontre aussi dans le temple de Ramsès III à ÎNIediiiet-Habou. C'est le moment de rappeler cet étui en forme de colonnette, tenu par une figiu-e royale, et qui était présenté au dieu Osiris au temple de Séti pf à Abydos.
Les auteurs qui se sont ()eeu])és en détail de ces vases ont présenté des explications assez diverses, surtout lorsqu'il s'agit des décors qui se trouvent rangés le long du bord. Borchardt a prétendu y reconnaître un procédé poiu- repiésenter le décor gravé à l'intérieur du vase. Les Egyptiens, par un procédé analogue H ceux qu'ils mettent en œuvre dans leur perspective, auraient disposé les éléments de ce décor au-dessus du vase même. Schaefer préfère soutenir la thèse qu'il s'agit de pièces d'apparat sans rôle utilitaire, et qui présentent réellement autour du bord un décor découpé. Il cite micas analogue et l'rappant dans les diadèmes des reines et dés princesses. Jolies, sans rejeter complètement l'explication de Schaefer, prétend que dans de nombreux cas ces fleurs en bordures ne doivent pas être interprétées autrement que les fleurs réelles placées dans des vases, sinon qu'il s'agirait de bouquets faits en or, comme nos bouquets d'autel. Tout ce qui se trouve placé vers le centre, sur des socles, doit être interprété comme des figures qui se trouvent réellement dans le vase. On ])ouri'ait citer à ce sujet une coupe en métal, trouvée par Newberry au-dessus du tombeau de Rekhmara, et à l'intérieur de laquelle se trouve luie vache posée sur un socle peu élevé.
Dans le tombeau de Youaa il y avait quatre vases de fabrication funéraire, qui copient exactement les types qui se tiouvaient représentés précisément dans le tombeau de Tell-el-Amarna, dont
un épisode vient d'être cité. C'est à l'occasion de la visite de la reine Tii dans la nouvelle capitale qu'eut lieu la réception au cours de laquelle ont été présentés les vases en question et il n'est pas impossible que nous ayons maintenant les copies qui en auraient été faites pour le tombeau des parents de la reine.
Dans une trouvaille à El-Basta, près de Bubaste, le Service des Antiquités a eu la chance de mettre la main sur quelques pièces d'orfèvrerie qui nous permettent de nous faire au moins une idée de la richesse et de la perfection d'exécution de ces vases décoratifs (Art pi. 81). Une petite cruche a la panse décorée au liurin d'une série de cœurs imbriqués les uns dans les autres, tandis que l'anse est formée par une chèvre d'or qui se dresse sur les pattes de derrière et vient mettre son mufle au niveau de l'embouchme du vase. Le motif est hardi et l'exécution excellente. Une autre, à la panse garnie d'oves et au col ciselé de motifs floraux a pour anse une figiu'ine de lion couché. Sur une troisième, de très petites dimensions, on retrouve des décoi's floraux, des oies qui battent de l'aile, un chat à l'affût, et l'anse formée d'un anneau est fixée par un motif floral rivé. Une coupe en forme de calice de lotus est de proportions élégantes et, comme elle porte le cartouche de la reine Taousert de la XIX*^ dynastie, la date en est assurée. Il y avait dans la même trouvaille des coupes ou plutôt des bassins en argent, au décor à zones concentriques gravées à la pointe. Pour l'une d'entre elles, la zone centrale donne des figurations aquatiques : barques, oiseaux, poissons, nageuses. La zone extérieure est occupée par des animaux et — détail :V noter — par la répétition de palmettes, rappelant l'art de l'Asie antérieure, de chaque côté desquelles se dressent des animaux. On remarquera aussi la belle insertion de l'anse mobile.
Le Musée du Louvre possède la coupe en or que Thoutmès TII donna à Thoutii, l'un de ses hauts fonctionnaires, pour le récompenser de ses bons services. La décoration a été composée de telle façon que la coupe remplie d'eau paraisse un bassin dans lequel se meuvent les poissons au milieu des plantes aquatiques.
Dans le tombeau de Hâtai, à Thèbes, du commencement de la XVIIP dynastie, où l'on a trouvé entre autres choses une belle cuiller à faid et ime boîte représentant un esclave agenouillé qui supporte un grand vase, il y avait aussi une coupe en bronze
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d'un très beau décor ciselé. I.e pourtour est une zone étroite où se renconti'cnt les motifs si familiers aux Egyptiens: les barques, les oiseaux, les poissons. Au centre, un grand tableau a comme fond des fourrés de papyrus représentes d'une manière très libre. Comme dans les peintures du pavement de Tell-el-Amarna, on y voit les oiseaux, les rats qui montent à l'assaut des nids, ainsi que le l)étail ; une vache allaite son veau et se retourne pour le lécher ; un taureau terrassé par un lion s'abat sur les genoux. On a signalé l'analogie que présentent de telles pièces av'ec les coupes en métal gravé découvertes à peu près dans tout le bassin de la Méditerranée orientale.
Le métal était euiployé sous forme d'appliques, comme nous l'avons vu dans la décoration des meubles. On pe\it considérer comme une pièce de ce geme ime figure en bronze découpé delà collection Mac (iregor. Le thème est bien connu : c'est un poileur d'offrandes qui tient sur ses épaules un animal et qui en conduit un autre à côté de lui. On ne manquera pas d'être surpris de trouver le visage de l'homme représenté de face. Nous pouvons ici toucher à la question des appliques métalliques dans l'architecture. Certains avaient autrefois voulu reconnaître dans quelques-unes des colonnes figurées, les plus compliquées, la preuve que les architectes égyptiens avaient fait appel au métal, mais cette idée a été abandonnée depuis longtemps. Tl serait d'autant plus inopportun de la ressusciter, que nous avons montré précédemment comment ces superpositions infiniment légères de chapiteaux floraux pouvaient être expliquées par un procédé de décomposition giaphiqiie. Cependant, une pièce conservée au Musée de Bruxelles permet de poser un point d'interrogation. Il s'agit d'une plaque découpée, d'un très joli dessin, et qui faisait manifestement partie d'une bande circulaire étendue. Elle provient d'une famille de Grez-Doiceau, dans le Brabant, et elle a été rapportée d'Egypte par Jean Looz, soldat de Bonaparte en Egypte, qui a toujours prétendu l'avoir arrachée de la base d'une colonne « dans une grande église >■.
Les textes parlent souvent d'incrustations de métal sur métal, par exemple pour les portes du tem])le. Nous verrons bientôt, à une époque ])lus tardive, de très beaux exemples de pièces métalliques à incrustations qui permettent de reconnaître une technique
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qui, depuis des siècles, avaient appris à vaincre les difficultés les plus grandes. Pour le Nouvel Empire il suffira de citer le merveilleux poignard de Aahmès I^r, trouvé dans le cercueil de la reine Aah- Hctep. Le manche est terminé par quatre têtes ; la poignée est incrustée ; le raccord avec la lame se fait par une tête de taureau ciselée ; la lame elle-même est en métal plus foncé, sur lequel s'enlèvent de délicates incrustations. Ce sont d'un côté, après un premier cartouche royal, un lion qui donne la chasse à vm taureau, et quatre sauterelles : sur l'autre face le second cartouche royal et vmc série de palmettes. Dans la même trouvaille il y avait une hache d'apparat au manche incrusté, à la lame rehaussée de scènes multicolores. On remarquera particulièrement sur l'un des côtés le sujet traditionnel du roi abattant son ennemi, mais traité d'une manière grêle et mesquine. Qu'on n'oublie pas qu'à ce moment-là, à la fin de la XVIP dynastie, la famille princière thébaine commençait la lutte pour reconquérir l'Egypte sur les Hj'csos et que toutes les productions artistiques du temps montrent une singulière détresse. Le dessin d'im griffon étonne aussi sur cette arme, fabriquée à un moment où les contacts avec la Méditerranée ne devaient pas être particulièrement nombreux.
Bijoux. — Dans tous les monuments figurés, il est possible de relever de nombreux exemples de bijoux ; personne malheureusement n'a songé jusqu'à présent à les grouper systématiquement. C'est d'autant plus regrettable que si les pièces réelles du Nouvel Empire sont rares, elles manquent complètement pour l'époque la plus brillante de la XVIIIf dynastie. On peut se rendre compte par les peintures et les reliefs des formes nombreuses de diadèmes et de colliers, de pectoraux, de boucles d'oreilles, de bracelets. On a cité déjà les pectoraux consacrés par Aménophis IV et qui étaient figvn-és dans un des tombeaux de Tell-el-Amarna. Les princesses du tombeau de Menna, au temps de Thoutmès IV, avaient sur la tête des diadèmes assez compliqués. On peut y noter im décor floral posé sur le bord supérieur et auquel il a été fait allusion plus haut. On remarquera aussi la grandeiu- exagérée des boucles d'oreilles.
C'est à Mariette que l'on doit la découverte des meilleurs bijoux du Nouvel Empire. Une première trouvaille a été faite dans le
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cercueil de la reine Aah-Hetep eu même teuips que le poignard et la hache qui viennent d'être examinés. 11 y a d'abord un pectoral qui, à première vue, semble une œuvre de beaucoup inférieure aux pièces plus simples et plus claires du Moyen Empire. Avec de l'application on parvient à démêler cependant toute l'image : dans im bateau trois personnages sont debout. Au centre, le roi ; à droite le dieu Amon, à gauche le dieu Ra, tous deux occupes à verser de l'eau sur la tête du roi. Au-dessus de chacun des dioix un faucon et un vautour étendent leurs ailes. Dans les espaces vides on a inséré d'abord les deux cartouches royaux, puis la déclaration que le roi est aimé du dieu Ra et du dieu .\m<)n. l^n premier bracelet est incontestablement mieux venu. De même que le pectoral il est fait suivant l'ancienne technique des cloisons d'or dans lesquelles sont incrustées des pierres et des pâtes. Le vautour sacré étend ses ailes et étale les formes de son corps autour du bras. Un sec<md bracelet est beaucoup moins bon. parce que, encore une fois, il est trop compliqué. Sur un fond d'émail s'enlèvent toute une série de figures : à droite on voit le roi Aahmès i\ genoux devant le dieu Geb qui lui fait des passes. C'est un motif que nous connaissons ; mais quelle malencontreuse idée d'avoir voulu donner la même taille au roi agenouillé et au dieu assis, ce qui a pour résultat de mettre l'un à côté de l'autre un grand roi et un petit dieu. A gauche, des génies à tête de chacal sont dans la pose de l'acclamation. Un troisième bracelet est formé d'un anneau de métal avec décor gravé et à torsades. On y a inséré un cartouche royal de grandes dimensions, flanqué de part et d'autre de sphinx sculptés en or. Le motif n'est pas très heureux et il ne semble pas qu'il ait été souvent imité. Pour obliger la pièce à se maintenir droite, on a mis \me sorte de support qui prenait appui sur le bras. Le même trésor encore a donné, entre autres, une série de chaînettes en fils d'or tressés, terminées par des têtes d'oiseaux et auxquelles étaient suspendues des amulettes de formes diverses, par exemple un scarabée en or travaillé avec une grande minutie et une étonnante fidélité. Une autre chaînette supporte au contraire trois mouches d'or, à incrustations, fortement stylisées. On sait par des inscriptions que ces mouches étaient de véritables décorations honorifiques.
La seconde trouvaille de Mariette a été laite au Sérapéum.
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le fameux tombeau du taureau solaire de Memphis. Dans la tombe in\ iolée d'un Apis, décédé sous le règne de Ranisès II, avaient été placés, comme ex-voto, plusieiu's bijoux précieux, parmi lesquels se trouve un pectoral, qui certainement est à peu près l'égal des meilleures productions anciennes. On reprochera peut-être au portique d'être un peu lourd. A l'intérieur, les motifs se superposent : d'abord le cartouche contenant le nom de Ramsès II, puis un oiseau qui étend les ailes, mais qui a une tête de bélier, l'animal sacré d'Amon. Enfin, tout en bas, \ui vautour développe en eoiube ses ailes de manière îi les faire remonter jusqu'il la partie supérieure de l'espace central. Le corps dvi vautour n'est pas dans l'axe, car il n'est pas seul à remplir sa ftmction protectrice ; à côté de lui se dresse un grand serpent. On aura reconnu les deux déesses de la Haute et de la Basse-Egypte. Comme il restait un angle vide aux deux coins du bas, on s'est contenté d'y insérer deux amulettes, sortes de « passe-partout ", le dad ou didt>u. Un second pectoral du Sérapéimi est encore à jour, mais toute la partie centrale est occupée par un grand scarabée flanqué ;\ droite et à gauche par les déesses Isis et Nephthys. Le pectoral du vizir Paser est plein et répète le même motif. La meilleuie pièce de la série est peut-être le grand oiseau aux ailes étendues et ;\ tête de bélier ; il n'est pas autre chose qu'im pectoral dégagé de tout encadrement et simplifié autant que possible. Il est probable que ce bijou, destiné à être porté siu' la poitrine, était une figuration de l'âme. I>e caveau de l'Apis a l'oin-ni des chaînettes et des amulettes au nom du prince Khaemouast, fils de Ramsès II ; une boucle ou coulant de chaînette, et enfin un faucon dont les ailes s'étendent en s'incurvant vers le haut d'un mouvement élégant, et qui s'adapte mieux y la poitrine que les ailes 'étendues raides de l'oiseau à tête de bélier.
Au cours de ses fouilles dans la \allée des rois, Davis a trouvé plusieurs bijoux du loi Siphtah et de la reine Taousert : une couronne de fleurettes ; puis im bracelet avec représentation d'une scène d'offrande où le roi assis sur une chaise reçoit en mains la coupe que vient de lui présenter la reine (Art, pi. 184). Une boucle d'oreille, que Van hésite un peu :i appeler ainsi ù cause de ses dimensions considérables, forme un assemblage compliqué comprenant une fleur, un gros bouton et des pendeloques qui devaient s'entrechoquer et faire un bruit de grelots. Dans ses fouilles d'Abydos,
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Mariette avait trouvé une autre boucle d'oreille, au nom de Ramsès XII. C'est une grande rondelle, si grande qu'on a peine à s'imaginer qu'elle devait être insérée dans le lobe de l'oreille. .Sur la faee antérieure elle est décorée de serpents sacrés, du disque aux ailes étendues et de deux groupes de serpents : le groupe infériem- est attaché avec des chaînettes d'or.
Quelques bijoux faisaient partie de la cachette qui a fourni le trésor d'El-Basta. entre autres un collier fait de perles noml)reuses. En comparant avec des peintures on a pu rétablir le collier dans ini ordre vraisemblable pour l'exposer au Musée du Caire. On a trouve également de\ix gros bracelets portant le nom de Ramsès II (Art. pi. 81). Ces dernières pièces sentent manifestement la décadence et sont d'un style, riche si l'on veut, mais très lourd. L'idée d'avoir orné le plat du bracelet de deux canards à la tête retoin-née et dont les (u>rj)s se fondent en une seule masse de lapis-la7,uli, peut paraître discutable. On ne niera pas cependant que le décor en granulé soit d'une rare perfection et témoigne, faute d'un goût impeccable, d'une sûreté d'exécution à peu près sans rivale. Avant de quitter les bijoux notons encore un bracelet du Louvre, avec figures de griffons, qui a perdu une bonne partie de ses incrustations, ce qui permet de voir bien clairement de quelle manière étaient constituées les cavités, séparées par les cloisons d'or, dans lesquelles on insérait les pierres ou les pâtes.
Les bijoux d'or de ce genre n'étaient évidemment ])as à la portée de tout le monde et on en fit de bonne heure des imitations moins dispendieuses. Les pectoraux de bronze doré avaient leurs cavités remplies non de pierres multicolores, mais de pâtes tendres et teintées. Un pectoral de l'ancienne collection . Hilton Priée, aujourd'hui au Musée de Bruxelles, est une des pièces les plus remarquables de ce genre. Des bijoux de l'espèce ont donné naissance il la technique des émaux cloisonnés, qui eut plus tard un développement si important.
Les bagues du Nouvel Empire sont parfois d'une forme originale, par exemple une bague au Musée du Caire, en fils d'or ingénieusement contournés, et une autre, au Musée du Louvre, avec deux petites figures de chevaux, minutieusement ciselées, et qui représentent l'attelage fameux du char de Ramsès II lors de son attaque devant Kadesh.
Quelques miroirs en bronze ])()li avaient euninie niauehe de fines figurines de femmes. On peut nientionnei également quelques pinecs de toilette, auxquelles on a fort ingénieusement appliqué des formes d'animaux.
Terre. — Outre des statuettes et figurines dont Pusagc n'est pas toujours déterminé, on faisait en terre cuite des bas-reliefs, en général assez grossiers d'exécution, par exemple sur un chevet au Musée du Caire. La céramique qui paraît avoir subi certaines influences étrangères, se montre avec un répertoire de formes plus riches qu'aux époques précédentes. Quelques vases sont oniés à la partie supérieure de têtes de la déesse Hathor, ou de têtes d'antilopes, ou encore de têtes de vaches. A la X^'TII<' dynastie on connaît des vases dont la panse est ornée de ])eintiu-es représentant des guirlandes et quelquefois, mais d'une faeon tout à fait exceptionnelle, de motifs animés.
Email. — L'invention de l'émail est aussi ancienne que la civilisation égyptienne, car son emploi est connu dès la I'''' dynastie. Jusqu'à l'époque du Nouvel Empire on est, en général, resté fidèle à une seule qualité d'émail, d'un bleu assez foncé. A l'époque où nous sommes arrivés, la palette de l'émailleur se développe avec une grande richesse. L'intensité de ton du bleu atteint son point culminant et, à côté de lui. apparaissent à peu près toutes les autres coulcxn's, même le blane. On s'entend à faire des statuettes funéraires, dites Oushcbtis, d'une perfection vraiment étonnante. Avec quelle délicatesse les ouvriers ont réussi h justaposer sans incorrection et sans la moindre baviuT les teintes différentes sur une même pièce, par exemple les hiéroglyphes de l'inscription d'une statuette! L'émail joue un rôle architectural reniarqual)le. Nous avions vu aux anciennes époques que l'on employait des ])laquettes de revêtement, mais ce procédé est dépassé de cent coudées par certaines applications de pièces d'émail qui imitent en quelque sorte la technique de la mosaïque. Dans un temple de Ramsès IH, dont les restes ont été retrouvés à Tcll-el-Ychoudiyé, il y avait des frises décoratives, des plinthes, des inscriptions, des tableaux entièrement faits de petits morceaux d'émail multicolores et à incrustations minutieusement juxtaposés et ajustés. Dans un
carreau do rcvctciiicnt (l'uiu' poulcur, on découpait sois;fncusemcnt les inscriptions iiicroglypliiqiies et, dans le creux, oi> insérait des hiéroglvplies d'une autre couleur. Des panneaux représentaient, en décors multicolores, des captifs liés. Ces plaques sei'vaient à constituer pioliablenient des scènes royales ou à orner le soubassement du balcon, car les ligures en question correspondent exactement aux représentations de captifs dont nous avons vu le détail sur un des balcons de Tell-el-Amarna. Dans les restes du palais de Medinet-Habou, de nombreuses plaquettes de ce genre et des décors architecturaux se rattachant à la même technique ont été trouvés dans des conditions qui ont permis d'en établir l'emploi d'une manière plus précise encore.
Quand on regarde quelques-unes de ces plaquettes on comprend que l'industrie de l'émail n'avait en réalité plus aucun progrès à réaliser et que les fameux panneaux polychromes de Babylonie et de Perse n'ont fait que continuer une tradition venue d'Egypte.
On connaît de nombreux vases en émail, pai'ticulièrement des coupes décorées à l'extérieur et à l'intérieur. L'extérieur est souvent traité comme un calice de lotus. A l'intérieur on voit des fleurs, des poissons, des antilopes, des vaches, des musiciennes, etc. On peut citer ensuite de jolis calices, imitant dans leur galbe plus ou moins resserré des fleurs de lotus entr'ouvertes. Quelquefois la surface externe a perdu son décor de fleurs qui fait place à un bas-relief qui se dérovde tout à l'entour, montrant généralement des scènes guerrières ou aquatiques. Un vase de Tounah, qui a appartenu à la collection Wallis, est un des exemples les plus remarquables de cette dernière catégorie.
Dans certains temples les Egyptiens avaient coutume de porter des ex-voto en faïence sous forme de vases, d'amulettes, de sistres, de bâtons de jet, de supports de vases, de bracelets, etc., etc. Ces offrandes ont été trouvées en masses considérables au temple d'Hathor au Sinaï et au temple de la Vache à Deir-el-Bahari. Les fragments publiés permettent de se faire une idée de la variété de décors de ces pièces.
Le Victoria et Albert Muséum de Londres possède le plus grand objet votif en faïence connu : c'est im sceptre qui a \'"âO de haut et qui a été fait en plusieurs fragments de 25 centimètres de haut, rajustés et assemblés finalement par une dernière cuisson.
Verre. — On connaît depuis longtemps des vases en pâte de verre, au décor multicolore, dont plusieurs proviennent d'Egypte, mais dont un plus grand nombre ont été trouvés dans le domaine méditerranéen. On les a appelés longtemps des verres phéniciens. Il y a quelques années Pétrie a exhumé à Tell-el-Amarna les restes d'une fabrique, ce qui impliquait qvi'on les faisait en Egypte. Depuis, dans des tombeaux royaux de Thèbes, on a trouvé de nombreux fragments dont plusieurs portent dans la pâte même les cartouches d'Aménophis II. Ceci permet d'assurer qu'on les faisait vraiment en Egypte à la XVIII*' dynastie et que le vase en verre du Musée de Munich qui porte un cartouche de Thoutmès III pourrait bien être contemporain de ce roi. Pétrie a décrit avec beaucoup de précision les procédés de fabrication de ces verres multicolores, dont la technique s'est manifestement pro pagée dans les pays voisins et s'est conservée pendant de nombreux siècles.
Pierre. — Il reste à signaler la richesse de formes des vases de pierre, de différentes sortes, au Nouvel Empire. Les plus beaux sont en basalte et en albâtre. Ils servaient à tous les usages possibles. Citons des vases à fard, à forme, de colonnette, parfois tenue par un singe. Certains vases ont une anse qui est traitée en forme de singe ou en forme de tête d'antilope, reproduisant ainsi certains modèles que nous avons vus dans les vases en métal. Les exemples sont si nombreux, qu'il est difficile de citer quelque pièce. Si l'on voulait en mentionner un spécialement, on pourrait l'emprunter à la tombe, d'une richesse inépuisable, des parents de la reine Tii : un vase en albâtre, au col élancé, est décoré d'une anse, à motif floral, du meilleur goût.
Les produits de l'art industriel égyptien se sont répandus dans tout le monde connu alors et leur influence a certainement été grande sur le développement de l'art des autres peuples ; partout on signale la présence de scarabées, de figurines, de perles, de coupes en émail ou en métal. Parfois on a voulu chercher dans l'art industriel du Nouvel Empire des traces d'une influence de l'art des peuples voisins et surtout des Mycéniens. Faut-il vraiment recourir à cette hypothèse ? L'Egypte, consciente de sa
civilisation, qvi'ellc considérait comme infiniment supérieure ù celle de tous les autres peuples, devait être peu portée à imiter l'étranger, tandis cju'au contraire, elle était si riche, qu'elle a pu donner à pleines mains ; à tel point que là où nous sentons une analogie il semble plus juste de l'attribuer d'abord et jusqu'à preuve du contraire à rinlluc née de l'Egypte sur ses voisins.