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CHAPITRE XXXVIII ÉPOQUE SAÏTE

Psammétiqiie F"", fondateur de la XXVI^ dynastie, ouvre pour l'Egypte une nouvelle ère de prospérité. La XXVI*' dynastie est une période suffisamment connue poiu- qu'il ne soit pas nécessaire d'en indiquer le cadre historique. Notons cependant que sous le roi Aniasis la ville de Naucratis, dans le Delta, est cédée aux Grecs (]ui s'y établissent. En ô'I'i Fsammétique III est vaincu à Pélusc par C'amhyse, roi des Perses.

La XXVII<^ dynastie est une dynastie perse (4.2.5-404). On place à cette époque, après 449, le voyage d'Hérodote en Egypte. Les trois dernières dynasties ont régné dans le Delta, successivement à Sais, à Mendès et à Sebennytos. En 341 l'Egypte est de nouveau reprise par les Perses et enfin conquise en 332 par Alexandre le Grand.

Architecture. — Nous avons réservé pour ce moment l'étude des quelques documents architecturaux de la période intermédiaire entre la XX*" et la XXVI ^ dynastie. On se souvient de la cour et du pylône bubastides du temple de Karnak. ( "est au milieu de cette cour que se trouvent les restes d'un grand portique au nom de Tirhaka, composé de dix colonnes papyriformes, ouvertes, dont une seidc encore intacte mesure 21 mètres de hauteur. On a prétendu parfois que ces colonnes, dans l'idée de leurs constructeurs, devaient faire partie d'une nouvelle salle hypostyle, dont les dimensions auraient été encore beaucoup plus grandes que pour celle de la XIX« dynastie. Il est vraisemblable, comme Mariette l'avait expliqué déjà, qu'il s'agissait d'une sorte de vestibule, dont les colonnes étaient réunies par des murs bas. Nous allons rencontrer d'ailleurs, dans un instant, une construction du même genre, datant à peu près de cette même époque. Le temple de Karnak montre toute une série d'édifices, le plus souvent

de petites dimensions, et qui datent de l'époque éthiopienne. Ainsi, vers l'angle nord-est de la grande enceinte de briques, se trouve un temple d'Osiris, construit par les Bubastidcs et les Ethiopiens. A Medinet-Habou on peut citer les chapelles de plusieurs princesses : Amenardis I, fille de Kashta ; Schapcnapet, fille de Piankhy, etc. Dans la chapelle d' Amenardis il y a un portail, une cour et un sanctuaire voûté, entouré des quatre côtés par un corridor. Au petit temple de la XVIIIf dynastie de Medinet-Habou un pylône est une addition de l'époque éthiopienne.

De l'époque saïte datent de très nombreux restes de constructions, mais, en général, dans un tel état de ruine, qu'il est difficile de se faire une idée précise des édifices auxquels ils appartenaient. Dans la Haute-Egypte, nous nous bornerons à citer, au petit temple de Medinet-Habou, une cour de Nektanebos, longue de 9™60, large de 8 mètres, avec, sur ses deux grands côtés, quatre colonnes fasciculées à chapiteau fermé, reliées par des murs d'entre-colonnement. C'est une sorte de vestibide, comparable à celui que nous venons de voir à Karnak.

Le seul monument qui soit encore plus ou moins complet est le temple de Hibis, à l'oasis d'El-Khargé. La partie centrale, de Darius 1" (521-486), complétée par Darius II (424-405), est précédée d'un portique de Nekhthorheb (378-361). Ce temple a été déblayé il y a peu d'années par une mission du Musée de New- York, qui n'a publié jusqu'à présent qu'un rapport préliminaire. La salle hypostyle avait douze colonnes, les unes à palmes et les autres papyriformes à. chapiteau ouvert. Vers le fond, les quatre dernières colonnes st)nt réunies par im mur de quatre mètres de haut, séparant l'hypostyle d'une salle des offrandes, suivant un dispositif dont on peut signaler déjà l'équivalent dans un tombeau de Tell-el-Amarna. Les colonnes de cette rangée, ainsi que celles de la salle des offrandes, sont papyriformes à chapiteau ouvert, avec un ornement nouveau de palmettes et de boutons. Le portique de Nekhthorheb a des colonnes à chapiteaux composites.

Nous trouvons ainsi, pour la première fois dans un monument, des colonnes florales composites. Ce type est surtout fréquent à l'époque ptolémaïque, comme nous l'avons dit en étudiant les colonnes ; mais l'invention doit remonter, croit-on, aux archi-

tectes saïtes plutôt qu'à ceux de Tcpoquc grecque. C'est d'ailleurs ce genre de colonne que l'on trouve dans une construction de Nektanebos, à l'île de Philae, le kiosque au bord du Nil, vers le sud, qui faisait partie d'un temple actuellement disparu. Les colonnes qui subsistent ont des chapiteaux floraux composites surmontés à leur tour de chapiteaux hathoriqucs, ce qui nous donne le plus ancien exemple daté de ces curieuses combinaisons, dont l'effet décoratif est contestable.

Dans le Delta, on a signalé en de nombreuses localités des traces de constructions des rois saïtes. A un seul endroit, il reste encore des ruines assez importantes, à Behbit-el-Hagar. « Le temple se composait de granit gris, en partie aussi de granit rouge qui dut être apporté de bien loin. Les ruines ont une circonférence de 400 pas et forment un énorme amas des plus pittoresque de blocs, de fragments de colonnes et d'architraves, de dalles, etc.. Au nord un chapiteau hathorique en granit de grandeur inusitée. Nombreux tronçons de piliers, d'architraves, de frises à tête d'Hathor, de gargouilles en forme de lions accroupis. » (Baedeker, p. 172-3.) On n'a jusqu'à présent publié aucun relevé architectural de ces fragments.

Hérodote déciit en quelques mots les tombes royales de Sais qui étaient placées dans le temple, au-dessvis de la surface du sol ; exposées par conséquent à toutes les causes de destruction, elles ont disparu sans laisser aucune trace. A Thèbes, on a conservé quelques tombeaux, avec d'importantes superstructures en briques. Le temple fiméraire de Mentouemhat a El-Assasif, près de Deir-el- Bahari, a encore deux pylônes de briques avec porte vcutée. Dans la même région se trouve le tombeau de Pctouamenapt, haut fonctionnaire de la XXVI^ dynastie ; il dépasse même en grandeur les tombes royales de Biban-el-Molouk. Sa longueur est de 263 mètres et sa superficie totale de 2.264 mètres carrés. Dans la nécropole de Gizé et dans celle de Saqqara on a découvei't de grands tombeaux d'époque saïte, caractérisés par des puits gigantesques au fond desquels étaient construites des chambres funéraires renfermant un sarcophage. On peut citer n Gi'/c le tombeau Campbell, de l'époque d'Apries, avec un puits de 16"^'Î0 de profondeur.

A Saqqara, près de la pyramide d'Ounas. il y a trois grands

tombeaux de l'époque perse, avec des puits de 25 mètres et de 27 '"50 mètres de profondeur. La chambre du bas était construite en blocs de calcaire et elle était disposée de manière telle que le plancher, l'ait d'une énorme dalle, devait servir de couvercle au sarcophage. C'est là que l'on a pu étudier de curieux dispositifs utilisant le sable pour mettre eu place ces blocs de dimensions colossales. Remarquons que les inscriptions gravées sur les murailles de ces tombeaux sont des copies des textes des pyramides de l'Ancien Empire. C'est le premier exemple que nous constatons d'un retour nettement marqué aux traditions de l'époque memphite. Quand on étudie les titulatures de l'épcique saïte, on y voit réapparaître toute une série de fonctions qui étaient tombées en désuétude depuis l'Ancien Empire. A Thèbes, au tombeau de Aba, fonctionnaire de Ivitocris, fille de Psammétiquc I^"'', il y a des bas-reliefs qui sont copiés, bien que d'une manière peu précise, d'après des modèles de la VP dynastie.

On peut donc dire que l'époque saïte est caractérisée par un retour aux anciennes traditions, et c'est ce qui fait donner à cette période le nom de Renaissance saite. J'ai l'impressioii qu'il y a peut-être quelque chose d'exagéré dans ce qualificatif de Renaissance. Si, au moment de l'histoire égyptienne où nous sommes arrivés, on cherche à s'inspirer des monuments des diverses époques anciennes, cela ne réussit pas à rendre à l'art une nouvelle vie ; rapidement, nous allons assister à sa décadence irrémédiable. La tendance à l'imitation des œuvres anciennes peut se constater déjà dès l'époque éthiopienne, où nous avons eu l'occasion de la noter. On peut voir une statue de Harmakhouti, fils de Shabaka, dont le corps était traité d'une manière qui évoque immédiatement à l'esprit le souvenir des œuvres de la IV*^ dynastie. Une statue, malheureusement sans tête, d'un personnage du nom de Hor, fils de Psammétiquc, au Musée du Louvre, est probablement le monument le plus parfait que l'on possède à ce point de vue (Art, pi. 180). Il est fort intéressant de le comparer avec la statue de Ranefer de la IV^ dynastie. Si la statue de Hor est un peu plus élancée de formes, elle a été traitée de façon à peu près identique. Il n'y a pas de doute que le sculpteur sa'ite n'ait vraiment copié un modèle de l'époque memphite.

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Sculpture. — On possède peu de têtes royales saïtes que l'on puisse dater avec précision. Une de celles dont l'époque a paru indiscutable représenterait Psamniétique 111 (Art, pi. 8i). L'impression générale évoque le souvenir des statues royales des périodes plus anciennes (Ancien ou Moyeti Empire), liien plus que de toute œuvre du Nouvel Empire.

Un certain nombre de têtes royales de l'époque saïte, malluiireusement indéterminées, ont un caractère bien différent. On peut citer une tête à Berlin (Art, pi. 8.5), une autre à Turin (Art, pi. IS.'i), qui sont toutes deux caractérisées par un visage rond et plein, à l'expression plus ou moins souriante. Au premier abord, elles semblent d'un type nouveau, et cependant il est possible de retrouver dans ces œuvres une inspiration de la sculpture royale du commencement de la XYIII^ dynastie. Nous avons eu l'occasion de parler de statues de Thoutmès III, au visage plein, par exemple une statue à Turin. C'est à ce même type qu'appartiennent plusieurs sphinx datés de l'époque saïte au Louvre, au nom d'Akoris de la XXIX*" dynastie et de Nektanebos de la XXX^, mais avec encore plus de mollesse et moins d'accent personnel, suitout pomle dernier.

Une statue d'Ankhnes-Nefert-Ib-Rc, fille de Neko, montre le même type grassouillet. L'allure générale rappelle des statues de reines des époques plus anciennes, mais il suffit de les mettre en présence pour voir le changement considérable qui s'est produit. Tout ce qu'il y a d'imposant et de solennel dans la statue de la mère de Ramsès II, au Vatican, par exemple, a disparu dans l'œuvre saïte, et si on considère la première d'une manière attentive et sérieuse on ne peut s'empêcher de soiu'irc devant la joyeuse commère que paraît être la fille de Neko. Le modelé du corps permet de constater déjà une certaint- tendance à gonfler et a souffler les chairs, tendance qui s'affirmera de plus en plus dans la suite. La belle statuette en bronze, à incrustations d'argent, de la dame Takhoushit au Musée d'Athènes montre les mêmes défauts OU; si l'on veut, jusqu'à un certain point, les mêmes qualités (Art, pi. 189). Au premier aspect, ici comme pour la statue précédente, la femme paraît nue, le vêtement étant collé étroitement sur les formes du corps comme pourrait le faire ime étoffe mouillée. Nous avons vu précédemment que c'est là plutôt un exj)édient

pour esquiver la difficulté de représenter une draperie avec son mouvement réel.

On possède une série assez nombreuse de statues privées d'époque saïte. En général elles sont faites dans des matières très dures et on leur a donné un poli extrême. Citons d'abord un prêtre au Musée du Vatican, contemporain de Psammétique I'''": Les bras qui manquaient sont restaurés et on les a placés dans une position certainement inexacte. Il est probable que le prêtre tenait devant lui, dans la position habituelle, le naos contenant la statue de divinité. On sera frappé par la sobriété du travail, par la sécheresse des formes et en même temps par l'éclat du poli. Un monument du Musée du, Caire est au nom d'un personnage qui s'appelle Psammétique-Xeith (Art. pi. 86 et 187). Il est représenté à genoux, tenant en main un édieule avec statue divine. Ce qui frappe immédiatement, c'est le contraste manifeste entre le corps et la tête. La tête paraît trop petite pour le corps. En même temps, on constate une grande différence dans le travail. Le corps est exécuté d'une façon sommaire (les mains surtout), tandis que la tête a été sculptée avec une miitutie remarquable. Comment expliquer cela ? Le Musée du Caire possède plusieurs statues saïtcs qui ne sont qu'ébauchées, mais les ébauches, à en juger par l'aspect d'e la surface de la pierre, semblent aiTivées à un état de fini relatif (Art, pi. 188). On s'est contenté de dégrossir le bloc en poussant jusqu'à un certain degré le travail d'achèvement ; probablement que le sculpteur avait toujours en magasin un bon nombre de pièces ainsi préparées, de manière à répondre rapidement au désir de la clientèle. Quand il recevait la commande d'une statue, il restait peu de chose à faire au corps. Il fallait préciser la divinité que l'on désirait voir dans le naos, puis enfin sculpter la tête de manière à ce qu'elle ressemblât au personnage que la statue devait représenter. Et tout l'effort de l'artiste était alors concentré sur cette dernière tâche. Nous comprenons ainsi que la tête de Psammétique-Xeith, si elle avait été trouvée à part, nous aurait paru tellement supérieure comme exécution, que nous n'aurions jafnais eu l'idée de la rapprocher de ce corps plutôt loin-d et massif. Quand on regarde la tête de profil, on voit avec quelle perfection toute l'ossature du crâne a été rendue, les pommettes bien marquées, le maxillaire inférieur faisant saillie, les

bosses et les fosses de l'occiput soigneusement étudiées. Le visage est cependant plein et, quand on regarde la tête vue de trois quarts, ou est étonné que cette face charnue soit bien la même (jui, vue de profil, paraissait beaucoup plus sèche. On notera aussi les rides à l'angle de la bouche, siu' le côté du nez, les yeux un peu fatigués, avec un léger pli sous la paupière inférieure, toutes choses qui animent la figure et lui donnent luie valcin- d'expression personnelle.

On connaît plusieurs têtes saites qid se rattachent à la même série et dont quelques-unes méritent d'être classées parmi les plus beaux monuments de l'art antique. Certains ont voulu même les faire descendre à une époque plus récente et ont cherché à y déceler l'influence de l'art grec. Citons d'abord la tête de Berlin, connue sous le nom de i' petite tête verte », et qui est certainement une pièce de tout premier ordre. J'ai l'impression en l'examinant, d'y retrouver quelque chose des tendances qui se faisaient jour, déjà à la fin de l'époque éthiopienne, dans la tête de Mentouemhat, du temple de Moût, et dans une tête de Horsiési, le frère de Mentouemhat. On pourrait la comparer déjà à la tête du Sebekemsauf du Musée de Vienne, datant du Moyen Empire. Voyons maintenant la belle tête verte de Berlin, dont il serait impossible de trop vanter les mérites (Art. pi. 87). Quelle qvie soit l'influence qui se fait jour dans cette pièce, il est certain que peu de monuments de sculpture, de tous les temps, peuvent être placés au-dessus de celui-ci. C'est évidemment en y songeant que Maspero écrivait : « les rides, les pattes d'oie, les bosses du ci'âne, la structvire de l'oreille et du cou sont accusées avec une complaisance minutieuse. La statue n'est plus seulement comme autrefois une pièce du matériel sacré, le support du double divin ou humain, où la forme artistique est un accessoire de nulle importance et n'est estimée que comme une garantie de ressemblance ; sans perdi'C rien de sa signification religieuse, elle est devenue lui objet d'art en soi que l'on admire et que l'on aime autrement que pijur son utilité mystique et pour la façon dont le sculpteur a su interpréter son modèle " (Maspero, Histoii'c, tome III, p. 504). Le savant français paraît insinuer que quelque chose de nouveau fait son entrée dans l'art égyptien avec des œuvres de ce genre; et cependant je ne puis m'empêchcr de songer à certaines pièces

(le l'Ancien Empire, par exemple à la série des nKiniiments du jfroupe de Tanis ou encore à (juclqucs fragments qui s'y rattachent, comme l'admirable tête royale du Musée de Copenhague. Rappelons aussi la tête rase d'Ancien Empire, du Musée du Louvre, au type si individuel et au crâne si soigneusement modelé.

Une œuvre d'un genre bien différent nous est fournie par le groupe du Caire de Psammétique et la vache d'Hathor (Art, ]il. 88). Le motif n'est pas nouveau et il suffira de rappeler la vache de Deir-el-Bahari. Si l'animal a été traité de façon excellente, la figurine du fidèle qui s'est placé sous la protection de la déesse est d'vm art relativement médiocre ; le contraste avec les têtes réalistes que nous venons d'examiner fait paraître celle-ei molle et inexpressive. Si l'on compare en outre la nmseulature avec celle de Hor (Art, pi. 186)^ il est manifeste que Psammétique est plus mou et l'ensemble de sa constitution moins robuste. La même détérioration artistique, si c'en est une, va du reste nous apparaître bientôt dans les bas-reliefs. On connaît toute une série de têtes saïtes à l'expression poupinc' ; elles sont souvent faites dans des matières d'une dureté extrême, dans des brèches par exemple, qui par leur nature même ne paraissaient nullement indiquées pour servir à la sculpture de figures humaines. Le grain est parfois désagréable d'aspect et empêche de saisir exactement les formes. Faut-il croire que dans ce cas, la statuette était peinte, et que tous les cristaux étaient masqués par une teinte uniforme ? L'origine de ces têtes rases .et aux joues pleines remonte aussi, au moins à la fin de l'époque éthiopienne. Telle est la statue de Psherenimaout, fils de Mentouemhat, que l'on peut comparer également aux statuettes saïtes en bois du Musée de Berlin.

Citons encore une intéressante statue saïte qui a appartenu autrefois à la collection Tyschiewiez et qui est maintenant au Louvre. Elle représente im prêtre debout, tenant dans ses bras une stèle. Chose singulière, la statue est entièrement recouverte de fines inscriptions et de figures de divinités, à l'exception de la. figure, des mains et des pieds. Nous avons déjà vu, surtout dans les statues en forme de bloc, qu'on avait utilisé toutes les surfaces disponibles pour y mettre des tableaux et des textes. Mais ici on a fait davantage, puisque même la coiffure est remplie d'inscriptions et que les textes et les figures passent du vêtement à la

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poitrine sans indiquer aueuno transition, ("est à se (kmaiulcr s'il n'y a pas 1;\ une inlluenec de l'art de l'Asie antciieure. (]\\\ connaît de n()nii)reux ixeniplcs d'inscriptions passant, à tra\ers tout, sur les statues et les bas-rclicl's. La stèle que le prêtre tient en main est d'un type ([ui mérite d'attirer l'attention quelques instants. C'est ec qu'on appelle la stèle d'Horus sur les crocodiles. On voit en effet, au centre, le jeune dieu Horus complètement nu, tenant en main des serpents et d'a\itres animaux dangereux, tandis qu'il foule aux pieds des crocodiles. On possède plusieurs monuments de ce geni'c ; ils datent tous de la basse époque (xVrt, pi. 199). Les figures nues, vues de face, sont extrêmement rares dans l'art égyptien et il ne serait pas sans intérêt de les comparer avec les plus anciennes statues grecques. On y constatera des points de ressemblance et des différences sur lesquelles il n'y a pas lieu d'insister ici. On remarquera que la partie inférieure du ventre d'Horus est dessinée en forme de triangle sur le monument du Louvre ainsi que sur une stèle semblable du Musée du Caire. On aurait tort de croire que cette forme soit absolument traditionnelle, car une statuette en bronze, de la collection Ravestein à Bruxelles, représentant également Horus, donne au ventre du jeune dieu un tout autre dessin.

Cette statuette nous amène à signaler l'existence de nombreuses figurines de divinités en niétal, classées le plus souvent à l'époque saïte, mais dont un bon nombre date peut-être de l'époque ptolémaïque. De telles images religieuses ont pu facilement être propagées dans tous les pays voisins de l'Egypte, comme d'ailleurs également de grandes sculptures. En effet, Hérodote raconte qu'Amasis avait épousé une femme de Cyrène : en vertu d'un vœu il fit faire sa statue et l'envoya à Cyrène, où elle existe encore à présent, dit-il. Ï3n outre .\niasis y envoya ime statue doi-ée de Minerve (Neith) avec son portrait. A la Minerve de la ville de Linde il offrit deux statues de pierre, à Junon de*Samnos deux statues de bois qui le représentaient. On les a placées dans le grand temple, dit Hérodote, derrière les portes, où on les Noit encore maintenant. Pausanias signale, encore à l'époque romaine, dans les teinplcs de Mégare, d'Argos, de Mésène et d'I'^rythrée des statues égyptiennes ou égyptisantes.

Les bas-reliefs de l'époque intermédiaire montrent deux teudances. Quand Sheshonq I*""" grave svu' un nua' extérieur de la salle

liyiîostyle de Kaniak un tableau historique, il eopie l'idèlcment les modèles voisins de la XVIII'^ et de la XIX*^ dynastie. D'autre part, des reliefs de l'époque éthiopienne, par exemple à la chapelle de Shapenapit, fille de Piankhy, à Medinet-Habou, montrent des figures extrêmement pauvres et qui imitent péniblement les bons modèles des époques antérieures. A l'époque saïte, les rois ont remis en honneur les meilleurs traditions, à tel point que, lorsque le nom n'est pas inscrit dans les cartouches, il peut être difficile de décider la date exacte des reliefs. Pétrie, par exemple, a trouvé dans ses fouilles de Memphis les restes d'une porte décorée de scènes de la fête de Hebsed. Il les a crus de l'époque du Moyen Empire et, il en était tellement persuadé, que dans un de ses ouvrages, décrivant et caractérisant le style du Moyen Empire, il a cru ne pas pouvoir en donner de meilleur spécimen qu'une tête de roi, empruntée à ces reliefs. Et cependant, on a démontré dans la suite, d'une manière qui semble concluante, qu'ils sont véritablement de l'époque saïte. Certaines scènes de Nektanebos, ù Medinet-Habou, si elles sont assez proches encore comme dessin de l'art du Nouvel Empire, montrent déjà dans les formes une tendance à exagérer le relief et à donner trop d'importance aux rondeurs. Ce défaut ne cessera de s'accentuer, et d'autres reliefs de Nektanebos paraissent négliger les bons modèles au point de tomber vraiment dans le hideux, bien que le sculpteur se montre d'une habileté surprenante dans le travail de la pierre. La figure loyale agenouillée d'un relief xlu British Muséum ne rappelle plus en rien le souvenir de Séti I^r à Abydos.

Dans les monuments privés, il est possible de distinguer bien des manières. De délicates plaquettes en ivoire de la collection Mac- Gregor ont pu passer pour des œuvres de l'Ancien Empire, tant elles les pastichaient à merveille (Art, pi, 191). Le portrait de Petouamenapt, provenant de son tombeau à Thèbes, pourrait aisément passer pour une bonne œuvre du Moyen Empire. Nous avons dit qu'un tombeau de Thèbes copiait, mais d'une manière lâche, des scènes de l'Ancien Empire. Un relief du Musée de Florence montre le même manque de vigueur dans la copie des scènes de métiers du Nouvel Empire. Quelques petits bas-reliefs accusent très nettement la tenda.nce à l'enflure et laisseraient déjà entrevoir une influence grecque, ce qui serait important au

point de vue de leur date. Ce sont les reliefs conserves princi])alenicnt à Alexandrie et au Caire, sur lesquels Maspero a particiilicreincnt attiré l'attention il y a quelques années. Il suffira de regarder deux fragments du tombeau de Zanefer, fils de Ankh- Psammétique (Art, pi. 89 et 90). Sur le premier nous voyons des porteurs et des porteuses d'offrandes, reproduisant le thème bien connu ; mais personne ne songerait à les confondre avec les scènes analogues d'aucune autre période. Il y a aussi une certaine accumulation de détails qui enlève quelque chose à la clarté de la scène. Sur le second fragment, nous assistons à un concert : un vieillard joue de la haq^e. une femme frappe sur im tamboiu'in, tandis que deux autres battent des mains. La draperie de la joueuse de tambourin dénote une influence manifeste de l'art grec, mais la tête du joueur de harpe ressemble fort aux têtes des chanteurs aveugles de Tcll-el-Amarna (Art, pi. 172) et à la tête du joueur de harpe au tombeau de Paatenemheb au Musée de Leiden (Recueil, pi. 34). On a l'impression qu'on se trouve en présence de l'œuvre d'un artiste qui a étudié, non seulement les productions indigènes des différentes époques, mais aussi l'art étranger de la Grèce. Ce sont les produits de l'atelier, ou d'un égyptien curieux de ce qui se passe en dehors de son pays et ne suivant plus à la lettre la routine que nous supposons, ou d'un gi-ec qui se serait assimilé par une grande pratique les manières égyptiennes des âges divers. Les œuvres de cette période saïte nous ont montré des influences fort diverses, et l'expression de " renaissance » peut se justifier si l'on entend par là simplement im retour savant vers les traditions abandonnées depuis des siècles.

On peut rattacher à l'étude des bas-reliefs les grands sarcophages d'époque saïte, dont les parois sont couvertes d'inscriptions et de tableaux emprimtés à ces livres infernaux des tombes royales thébaines. La gravure des textes et des figures est d'une minutie extrême, dans une matière d'une dureté invraisemblable. « Le plaisir de triompher de la difficulté, dit Maspero en parlant des sculpteurs saïtes, les entraîna souvent à la courtiser, et l'on vit des artistes de mérite user des années et des années à ciseler des couvercles de sarcophages ou à découper des statuettes dans les blocs les plus revêches ». (Archéologie égyptienne, seconde édition, page 235).

Arts industriels. — 11 suffira de citer quelques pièces. En émail, la couleur favorite est le vert. On en faisait des vases dont le Musée de Bruxelles possède un remarquable spécimen (Recueil, pi. 94), des bouteilles plates en forme de gourdes, connues sous le nom de vases de nouvel an, des aryballes en forme de hérissons, de têtes grecques casquées mais avec inscriptions égyptiennes, des statuettes funéraires, des figurines de divinités, etc.

Un panneau de porte de tabernacle en bois doré, incrusté de pâtes de verre, au nom d'Amasis, au Louvre, montre la persistance des procédés de l'orfèvrerie ancienne. Quelques bijoux cloisonnés datent d'ailleurs de l'époque saïtc. Une série de vases en argent, découveits à Mendès, sont des pièces d'une exécution technique vraiment supérieure. On connaît de beaux bronzes, entre autres des appliques de meubles. Le plus remarquable est certainement le grand lion en bronze de Horbeit au Musée du Caire ; il servait d'extrémité à la barrière mobile de la porte d'un temple (Art, pi. 190).

On rattache généralement à l'époque saïte la série nombreuse de modèles de sculpteurs dont nous nous sommes occupés déjà. Un certain nombre de ces pièces remontent sans doute à l'époque saïte, mais pour la plupart il est certain qu'elles datent plutôt de l'époque ptolémaique. Pour la ronde bosse, ce sont généralement des têtes fort impersonnelles qui, sur les faces latérales et postérieures, portent des indications de mesures qu'Edgar a pu rattacher au second canon, en usage principalement à la basse époque. Les têtes royales ont la face ronde et pleine. Les bas-reliefs montient des figures de rois, de reines, de divinités, parfois d'animaux, travaillées le plus souvent avec une extrême minutie, dont on rencontre l'équivalent dans les bas-reliefs ptolémaïques. On a parfois retrouvé deux pièces qui montrent deux états d'un même sujet : la première ébauche dégrossie et le travail achevé. 11 y avait dans l'ancienne collection Hoffmann un modèle de tête de^ivinité, particulièrement important par le fait qu'il porte une inscription en grec, disant que « l'image d'ïsis a été faite et consacrée comme ex-voto par vm certain A])ollonios », par conséquent ^un grec. Citons encore les modèles d'hiéroglyphes sculptés avec une finesse et une précision remarquables. Que l'on examine à titre d'exemple

le signe « mes « publié par Darcssy et si soifjiieiisenient exéeuté, que l'on a pu y reeonnaître elairenient. iK)ur la i^rcmièrc l'ois, les trois' peaux d'animaux qui en eonstituent la partie intérieure. Signalons enfin l'existence d'un certain nombre de modèles d'arcbitecturc, colonnes, chapiteaux, etc.

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