CHAPITRE XXXIX
Architecture
Alexandre le Grand fonde en 332 la ville d'Alexandrie, destinée à devenir rapidement un centre de civilisation hellénique en Egypte. A sa mort, un de ses généraux, Ptolémée, inaugure la dynastie qui régna jusqu'à la conquête du pays par les Romains. Les Grecs n'ont jamais constitué qu'une laible partie de la population de l'Egypte et les rois grecs eurent l'habileté pc^litique de se présenter partout, sur les monuments publies, comme les continuateurs et les successeurs des anciens pharaons. Les empereurs romains poursuivirent d'ailleurs la même politique. Ils construisirent de nombreux temples aux dieux indigènes, restaurèrent ou agrandirent ceux qui existaient avant eux. L'architecture ne décèle aucune trace de l'influence de l'art gi'cc et, sans la lecture des inscriptions, on aurait peine à dater correctement les monuments. C'est ainsi, qu'avant la découverte de Champollion, on faisait remonter à des époques fabuleuses, à cause de certains tableaux astronomiques, des temples qui ont été construits sous les empereurs romains.
Le plan des édifices religieux reste le même. Si certains éléments nous paraissentnouveaux, cela tient peut-être seulement au hasard, qui fait que les types architecturaux semblables, mais plus anciens, ont disparu. On pourrait citer comme éléments nouveaux — avec cette restriction — les chapelles du nouvel an, les chambres sur le toit des temples et les Mammisi ou chapelles consacrées à la naissance, tout au moins en tant qu'édifices séparés. Les temples grecs et romains nous permettent d'assister à un développement fort riche des chapiteaux floraux composites, mais ce n'est là que l'application d'un type qui, nous l'avons vu, remonte aux époques précédentes.
510 LEÇONS SUrVaRT ÉGYPTIEN
Nous allons examiner successivement les plus importantes constructions de l'époque ptolémaïque et romaine, en suivant l'ordre géographique du nord au sud. Les restes de ces monuments sont cxtraordinairement nombreux dans toute l'Egypte ; tantôt ce sont des édifices à peu près intacts, tantôt ils se bornent à quelques blocs dont les inscriptions permettent d'établir la date. Nous pourrons nous dispenser d'une lastidieuse énumération de toutes les localités dans lesquelles avaient bâti les Ptolémées ou les Romains.
Dendéra. — I^e temple de Dendéra a été construit par les derniers Ptolémées et Auguste. Le pronaos a une dédicace de Tibère. L'édifice n'a pas été achevé, il fallait encore bâtir la cour à portique et le pylône. I^e plan est simple et clair : l'édifice débute actuellement par im grand pronaos, dont le plafond est supporté par des colonnes hathoriques. Ce qu'on peut appeler la façade du pronaos n'est pas autre chose que la façade d'une salle hypostyle dont on a supprimé le mur du côté de l'entrée, mur qu'on a remplacé par le dispositif de colonnes engagées dans les miu-s bas. Derrière le pronaos se trouve une salle hypostyle à six rangs de colonnes hathoriques (x\rt, pi. 95); à droite s'ouvrent trois chambres : un trésor et deux magasins. A gauche s'ouvrent trois chambres : également un laboratoire et deux magasins ; deux portes extérieures, une à droite et l'autre à gauche, donnent un accès diiect chacune à l'un des magasins. On passe ensuite à une première salle ( entrale, puis à une seconde où l'on rencontre la porte du saint des saints, qui forme comme une niche isolée à l'intérieur de la construction. Autour du saint des saints sont rangées des chapelles réservées aux divers besoins du culte. Au fond, tout à fait dans l'axe, est une chapelle d'Hathor, la divinité du temple. C'est là que se trouvait probablement la statue principale, tandis que le saint des saints était plutôt le reposoir de la barque. Dans la seconde salle' à gauche, par conséquent à proximité de l'entrée du saint des saints, se trouve la garde-robe où l'on conservait les vêtements de la déesse. Dans la partie droite un dégagement conduit à une cour. Nous avons déjà constaté, au Nouvel Empire, l'existence de cours à l'intérieur des temples, cours généralement consacrées au
culte salaire. Ici le fond de la eour est occupé par une petite construction en l'orme de kiosque. Cour et Kiosque constituent le temple du nouvel an. C'est là, (ju'au moment voulu, on transportfiit pour quelques jours l'idole d'Hathor. La fête du nouvel an arrivée, on traversait la première salle, on s'engageait dans un passage menant à un escalier réservé dans l'épaisseur des murailles et conduisant sur le toit de l'édifice. Là, l'idole était placée dans un kiosque construit en pierre, où elle recevait les premiers rayons du soleil levant. La cérémonie terminée, on redescendait par un escalier qui se trouve dans la partie droite du temple, et on remettait l'idole dans son sanctuaire pour une nouvelle année. Le petit édifice sur le toit est formé d'un entablement supporté par une série de colonnes hathoriques, séparées à la partie inférieure par des mius d'entre-colonnement. C'est à peu près exactement, en pierre, la copie des kiosques d'apparat que nous avons étudiés dans l'architecture figurée et dont l'île de Philac nous fournira bientôt l'exemple le plus connu. Dans l'épaisseur des murailles du temple se trouvent disposées, en souterrain et à deux étages différents, des cryptes dont les bas-reliefs reproduisent l'image des objets de culte qui y étaient conservés. Un dehors du temple principal, il y avait ce qu'on appelle le mammisi ou chapelle de la naissance, édifice consacré à la naissance du dieu fils. Nous trouverons à Edfou un mammisi à peu près identique mais mieux conservé. Contentons-nous de signaler ici le type de colonnes florales composites, surmontées d'im cube orné sur les faces extérieures d'images du dieu Bès.
Thèbes — Les rois grecs et romains ont énormément bâti à Thèbes. Sur la rive droite, à Louksor, le sanctuaire des bai'ques a été restauré et décore de bas-reliefs par Alexandre le Grand. A Karnak — et nous ne citerons que les points les plus importants — on rencontre des constructions nombreuses: devant le temple de Khonsou, Evergète I^"^ a érigé un gigantesque portail qui servait d'entrée à la grande enceinte en briques. A côté du temple de Khonsou, il y a un sanctuaire de la déesse Apet, construit par Evergète H, sur un soubassement d'environ trois mètres de hauteur. Ptolémée XIII y a consacré une chapelle d'Osiris i-éunic par un puits avec le saint des saints du temple d'Apet. Au grand
temple d'Amon, la porte monumentale du pylône de Ramsès I^r^ à l'entrée de la salle hypostyle, montre des sciUptures des Ptolémées dans le style de la XIX^ et de la XX^ dynastie, ainsi que d'autres bas-reliefs, datés de Philométor et d'Evergète II. Le sanctuaire des barques ou sanctuaire de granit date de l'époque de Philippe Arrhidée, tutem- du jeune Alexandre IV. Dans les constructions de Tht)utmès III, à l'est du temple, il y a une chambre d'Alexandre, avec des reliefs et des inscriptions au nom de Thoutmès III. La porte orientale de l'enceinte est également de l'époque ptolémaïque.
Le temple de Ptah, qui s'appuie à la partie nord de la grande enceinte, date de Thoutmès III, puis de Shabakos, l'Ethiopien, et des Ptolémées. Ce temple, qui n'est pas de grandes dimensions, est précédé d'un petit pylône devant lequel sont disposées en enfilade plusieurs portes successives, où alternent les inscriptions de Thoutmès III et des Ptolémées, La comparaison des reliefs permet de reconnaître que toutes sont l'œuvre des derniers souverains, qui s'appliquaient par conséquent à pasticher le style des anciennes époques.
On peut étudier ici, plus clairement que nous n'avions pu le faire jusqu'à présent, un dispositif rencontré plusieurs fois déjà. Devant le pylône, se trouve un vestibule constitué par quatre colonnes, disposées par deux de chaque côté de la porte et réunies par des murs d'entre-colonnement. Les deux colonnes qui sont en avant sont partiellement engagées dans une demi-porte. On a déterminé ainsi, devant l'entrée, une sorte de clôture d'où s'élèvent des colonnes isolées aux riches chapiteaux floraux, dont nous avons eu l'occasion de souligner la signification en étudiant l'origine des colonnes. Il n'y a pas de doute qu'il faille considérer de la même manièi'e les grandes colonnes de Tirhaka, dans la cour des Bubastides au grand temple d'Amon. Nous avons constaté l'existence d'un vestibule du même genre, de Nektanebos, au temple d' El-Hibis. Il y en avait un encore, du même roi, au petit temple de Medinet-Habou. Le temple d'Aménophis III à Soleb, au Soudan, montrait déjà une disposition analogue devant la face d'un des grands pylônes.
A Médamout, il reste quelques colonnes d'un temple qui avait été au moins restauré par les Ptolémées. On y voit, côte à côte, des
colonnes papyrifornies fasciculécs du type de la XVIIIe dynastie et des colonnes florales composites de la basse époque. Celles-ci présentent même une variante importante : nous avons vu précédemment que la plupart de ces colonnes à chapiteaux composites avaient un fût lisse, tandis qu'ici on peut voir les différentes tiges dont se composait le faisceau, maintenu serré par des liens à différentes hauteurs. Une disposition analogue, pour des colonnes papyrifornies fasciculées à chapiteau ouvert, a déjà été rencontrée au palais d'Aménophis IV, à Tell-el-Amarna.
Sur la rive gauche du Nil, signalons d'abord qu'Evergète II ajouta une salle au sanctuaire de Deir-el-Bahari. A Deir-el-Mediné il yaun petit temple fort joli, fondé par Ptolémée IV, Philopator, achevé sous Philométor, Evergéte II. La façade est une masse rectangulaire surmontée d'une gorge. On est un peu surpris de ne pas rencontrer le type habituel du pylône, car la porte s'ouvre simplement au milieu du massif. On peut se demander si la forme classique du pylône ne vient pas de la nécessité de décharger le linteau de la porte du poids des matériaux qui risqueraient de l'écraser ; de cette nécessité résulterait une espèce de tour de chaque côté de l'entrée. Ici, étant données les proportions, il n'y avait pas à redouter de poser au-dessus de la porte deux rangées seulement de blocs. A l'intérieur, au fond de la cour, on rencontre deux colonnes, avec demi-porte et mur bas venant buter contre des pilastres hathoriques. Derrière cette espèce de balustrade s'ouvrent trois chapelles. A signaler également une jolie petite fenêtre avec deux colonnettes hathoriques.
A Medinet-Habou, Ptolémée X, Soter II et Ptolémée XIII ajoutèrent un pylône devant le petit temple ; ce pylône était précédé d'un vestibule qui se développe cette fois en largeur ; les quatre colonnes isolées, dressées de chaque côté, ne sont réunies que par des murs bas. Devant ce vestibule encore, on construisit une cour carrée où se trouvent des inscriptions d'Antonin le Pieux, ce qui semble indiquer qu'elle date de l'époque romaine.
Esné. — Le temple d'Esné était, il y a quelques aimées encore, en grande partie enseveli sous des décombres et on n'en voyait que le pronaos d'époque romaine, qui porte des inscriptions de Claude, Vespasien, Decius et Commode. Les colonnes antérieures
du pvonaos ont de riches chapiteaux où l'on reconnaît l'emploi décoratif du cypérus alopécuroidcs, dont la présence caractérise les colonnes de basse époque (Art, pi. 195).
Edfou. — Le temple d'Edfou est consacre au dieu Horus et à son épouse Hathor, la déesse de Dendéra. Il semble que -le temple d'Edfou et le temple de Dendéra aient été constiiiits sur un plan à peu près identique. On n'y relève que quelques variantes de détail, mais le premier est complet. Il possède les éléments qui manquaient à Dendéra : cour à portique et pylône d'entrée. C'est le monument le mieux conservé de toute l'architecture égyptienne. On a pu dire sans exagération que quelques heures de réparations suffiraient pour le remettre en état si des prêtres égyptiens ressuscitaient. Une inscription donne des détails précis sur les différentes phases de la construction : la partie postérieure fut commencée en 237 avant J.-C, sous PtoléméelII, Evei-gètel^'', et la maçonnerie brute en a été achevée sous son successeur Philopator en 212 avant J.-C. La décoration (reliefs et inscriptions), interrompue pendant les guerres qui éclatèrent sous Epiphane, fut reprise en 176 avant J.-C. par l'hilométor et achevée en 147 avant J.-C. sous Evergète II, donc 90 ans après la pose de la pierre de fondation. Evergète II y ajouta aussi le grand vestibule (achevé en 122 avant J.-C.) et l'orna de reliefs. La cour avec ses portiques, la muraille d'enceinte et le pyk>ne furent érigés sous Ptolémée X, Soter II et Ptolémée XI, Alexandre l^^ ; mais les reliefs du pylône remontent seulement à Néos Dionj'sos. L'ensemble ne fut définitivement terminé qu'en 57 avant J.-C. (Baedeker, p. 337).
A l'entiée se rencontre le grand pylône dont la façace porte quatre rainures pour les mâts (Art, pi. 94). De place en place, à différents niveaux, se voient de petites ouvertures qui servent à éclairer la cage de l'escalier intérieur. Le portique court, à l'intérieur, le long des massifs du pylône, ce qui n'a pas encore été constaté jusqu'à présent dans aucun autre temple, sinon à Louksor (Art, pi. 192). Les colonnes ont toutes des chapiteaux floraux composites très riches. Le fond de la cour est occupé par un pronaos dont les colonnes, de types différents, sont cependant répétées symétriquement de part et d'autre de l'entrée (Art, pi. 193). Dans la partie de droite, on rencontre la cour et le petit kiosque
du nouvel an, étroitement resserrés dans un espace extrêmement restreint. Nous avons constaté antérieurement déjà que le sol du temple se relevait de salle en salle jusqu'au sanctuaire, au milieu duquel est un naos de Nekhthorhebet. Toute la partie centrale de l'édilice, depuis le pronaos, est enveloppée dans un mur d'enceinte qui s'appuie directement au revers du pylône. Nous avons eu l'occasion de voir dans les représentations figurées du temple de Tell-el-Amarna qu'il y avait là une sorte de couloir de ronde faisant ainsi le tour de l'édifice. Ce mur d'enceinte et les parois extérieures du temple sont assez rapprochés l'un de l'autre, particulièrement le long du pronaos. Dans ce couloir; mieux que partout ailleurs en Egypte, on a l'impression du monument absolimient intact (Art. pi. lO-t). A une cei'taine hauteur, émergent de la muraille, de place en place, les corps de lions qui servaient de gargouilles. On se rappelle que le toit du temple vient à leur niveau et que le reste de la muraille constitue une sorte de parapet, dissimulant au regard les plates-formes sur lesquelles se passaient les cérémonies rituelles.
En dehors du grand temple, le petit temple dit mammisi est formé d'une chapelle entoui'ée d'un portique à colonnes et à murs d'entre-colonneinent. Devant le naos principal, le vestibide, à peine moins large que le temple, se compose de six colonnes de chaque côté et de quatre en façade reliées par des murs bas. C'est im nouvel exemple, particulièrement clair, de ce type de vestibule. Rien ne permet de croire que les colonnes supportaient un entablement, mais rien ne permet non plus d'affirmer qu'il n'y en avait pas ; dans ce dernier cas la partie antérieure du temple aurait eu l'aspect d'un des kiosques que nous avons déjà rencontrés.
Kom-Ombo. — Le temple de Kom-Ombo était consacré simultanément aux deux divinités Haroéris, à tête de faucon, et Sebek, à tête de crocodile. Au temple de Séti I^', à Abydos, nous avons vu sept sanctuaires mis l'un à côté de l'autre, et la disposition des portes et des colonnes, dans les salles hypostyles, avait pour but de constituer des passages séparés pour chaevm de ces sanctuaires. Ici, on a fait quelque chose d'analogue, bien que plus simplement, puisqu'il n'y avait que deux sanctuaires. On
franchit le pylône par deux portes, on entre dans une cour entourée de colonnes sur les quatre côtés puis, par un pronaos, dans une salle hypostyle ; ensuite dans trois salles consécutives et l'on rencontre enfin les deux sanctuaires entoiu'és de leurs dépendances. Quand on est dans le pronaos, les murs extérieurs, qui débordent siu- la partie centrale du temple, déterminent un couloir d'enceinte au fond duquel il y a toute une série de chambres. Dans la cour, les murs extérievirs se continuent de manière à déterminer à l'entour du temple un second couloir d'enceinte. Le temple proprement dit est de Ptolémée VI, Philométor, de Ptolémée IX, Evergète II et de Ptolémée XIII, Néos Dionysos. Les reliefs de la cour et des murs extérieurs datent des empereurs romains et surtout de Tibère ; même dans l'hypostylc il y a des reliefs de Tibère et de Domitien. On remarquera la variété des chapiteaux du pronaos, où l'on a placé l'un à côté de l'autre les genres les -moins faits poin- être juxtaposés ; ainsi une colonne dactyliforme et une colonne papyriforme à chapiteau ouvert, ce qui produit un effet plutôt désagréable. Au pronaos d'Edfou les types étaient différents mais, comme ils se répétaient symétriquement de chaque côté, l'impression était meilleure.
Philae. — La petite île nubienne était à peu près entièrement couverte de temples dont la conservation faisait l'admiration de tous les voyageurs, jusqu'au moment où hélas ! le barrage d'Assouan est venu noyer les constructions antiques. Il ne sera pas sans intérêt de retracer brièvement l'histoire du temple d'Isis (Art, pi. 91). Les monvuiicnts les plus anciens qu'on y trouve sont le kiosque de Nektanébos (358-341 avant J.-C.) ainsi que le portail du premier pylône. Une grande partie du grand temple proprement dit remonte à Ptolémée I^r et Ptolémée II, Philadclphe (285-247), car c'est ce dernier qui orna de reliefs luie partie des constructions et une porte latérale. Le socle de la barque dans le saint des saints est de Ptolémée III, Evergète pr (247-222). Ptolémée VI, Philométor, consacra en 157 une stèle dressée devant le second pylône. C'est également à son nom que sont les reliefs de la porte du premier pylône, conduisant au temple de la naissance. Ptolémée IX, Evergète II (170-117), fit sculpter des reliefs du second pylône ; dans le Mammisi il fit graver la dédicace de la colonnade de la
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cour, et érigea les obélisques devant le premier pylône. Ptolémée XIII, Néos Dionysos (80-52), est l'auteur de reliefs de la colonnade de la eour du temple de la naissance et du premier pylône. Auguste (30 avant J.-C.) et Tibère (1-1-37 après J.-C.) consacrent des reliefs dans le temple de la naissance et à la colonnade extérieure ouest. Enfin Antonin le Pieux (138-161 après J.-C.) fait encore sculpter des reliefs dans le temple. On a donc travaillé pendant près de cinq siècles à l'achèvement du temple d'Isis de Philae. On s'explique ainsi les irrégularités étranges du plan. A l'entour, diverses divinités ont leurs sanctuaires, par exemple le temple d'Hathor, construit par Ptolémée ^'I, Philométor et Ptolémée IX, Evergète II, avec un vestibvde ajouté par Auguste : enfin le célèbre kiosque d'époque impériale avec reliefs de Trajan (Art, pi. 93). Dans les eolomiades on remarquera la grande variété des colonnes l'iorales (Art, pi. 92). Au temple de la naissance, les chapiteaux floraux sont surmontés d'un chapiteau hathoriquc, ce qui produit un effet assez étrange. Au second pylône, les rainures destinées aux mâts ne sont pas égales sur les deux massifs ; peut-être les a-t-on faites ainsi de manière à racheter la différence de hauteur de deux mâts qui se trouvaient à pied d'œuvre. Derrière le second pylône la disposition du plafond de l'hypostyle détermine, par son ouverture rectangulaire, une cour minuscule, terminée dans le fond par des colonnes autrefois réunies par des entre-colonnements. C'est presque un compromis entre l'ancienne salle hypostyle derrière le pylône, comme à Karnak, et le pronaos ouvert à la partie supérieure, tel qu'il existe par exemple ù Edfou. Les trous qui existent encore dans la corniche montrent qu'on pouvait tendre un vélum pour fermer l'ouverture supérieure.
Quand on veut apprécier le kiosque inachevé il ne faut pas oublier que les I)locs qui surmontent les chapiteaux floraux devaient très probablement être sculptés, soit en chapiteaux hathoriques, soit avec des figures du dieu Bès.
Temples de Nubie. — Les rois grecs et surtout les empereurs Romains ont ajouté toute une série de constructions aux monuments du Nouvel Empire que nous connaissons déjà dans cette région. En général, les temples de Nubie ne sont pas caractérisés
j)ar un travail paiticulièrcnicnt fin et il suffira de signaler brièvement les prineipaux d'entre-eux, en inditiuant l'un ou l'autre détail intéressant.
Le temple de Dcbod a été commencé par le roi nubien Ezekher- Amon au commencement de l'ère ptolémaïque et agrandi par Ptolémée Philométor.
A Kertassi, il reste quelques colonnes d'un kiosque à colonnes florales et hathoriques. Sur les colonnes florales on constatera l'ajoute de détails délicats qui viennent rehausser le travail principal, apportant à l'ensemlile plus de complication ; on ne pourrait cependant reprocher au sculpteiu- d'avoir détruit, par là, l'effet général.
Le temple de Tafé, d'époque romaine, a une façade qu'on ne peut pas précisément qualifier de belle. Elle nous montre ce que devient le type de l'entre-colonnement utilisé par des artistes peu habiles. On a fait monter ces murailles jusqu'aux chapiteaux, qui sont même partiellement engages. Au lieu d'être resté fidèle au type de la demi-porte on a mis un linteau compliqué à trois étages, qui se combine maladroitement avec les chapiteaux floraux.
Le temple de Kalabehé, de l'époque d'Auguste, montre d'abfird un quai, puis une plate-forme, un pylône, ime cour à colonnes, un pronaos et trois salles servant de sanctuaires. Il y a un mur d'enceinte qui s'appuie siu- la cour à portique, et lui second dont la partie postérieure est constituée par la montagne. Dans l'angle de cette seconde enceinte se trouvent les restes d'un kiosque ou peut-être d'une chapelle de la naissance.
A Dendour, Auguste construisit également un petit temple sur un quai. La façade du pronaos est gracieuse et de jolies proportions. (Le mur d'entre-colonnement et la demi-porte ont été détruits).
A Dakké, il y a encore un grand temple, dont une partie date du roi éthiopien Ei'gamcne et de son contemporain Philopator. Evergète II y ajoute un pronaos, les empereurs romains bâtissent le saint des saints et le pylône.
Enfin à Maharraka existe un temple inachevé de l'époque romaine, avec les chapiteaux des colonnes à peine dégrossis.
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Tombeaux. — On connaît quelques tombeaux de l'époque pto- Icniaïqiu' et romaine, se rattachant aux types anciens. Ce sont ou bien des chambres creusées dans la montagne, par exemple une tombe d'Athribis, avec peintui'c de fort mauvais style, ou des chambres souterraines, décorées de reliefs avec des scènes empruntées d'ordinaire au litucl funéraire. A Alexandrie, on a découvert plusieurs grands tombeaux qui se rattachent au type classique de la eatacombe. Le plus important est le tombeau de Kom-ech- C'houkafa, vraisemblal)lement de la fin du premier siècle après J.-C. La partie la plus intéressante au point de vue architectural est la façade ou plutôt le portique de la chapelle principale, où des éléments classiques se mêlent aux éléments égyptiens, dont plusieurs ont subi imc forte altération. L'entablement, quoique mouluré à la greetiue, est orné d'un disque ailé et de deux faucons ; il est supporté par des colonnes qui dérivent directement des égyptiennes, bien que le chapiteau montre, à côté des éléments floraux, des enroulements probablement étrangers à l'art égyptien. Déplus, on a posé ces colonnes sur des socles qui n'ont rien d'égyptien. Au mur du fond on voit en relief des divinités sous forme de serpents, qui tiennent des emblèmes classiques, et au-dessus d'elles des ornements inconnus, en forme de bouclier : tandis que le linteau de la porte copie fort exactement une corniche égyptienne, avec disque ailé, surmontée d'une série de serpents. L'intérieur de la chapelle nous montrera des bas-reliefs où l'art égyptien est déibrmé d'une manière monstrueuse.