‹ Leçons sur l'art égyptienChapitre 9 sur 63 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Puisque les signes de l'écriture nous ont conservé des images qui appartiennent au plus vieux fonds de la civilisation pharaonique, il n'est pas sans importance d'examiner en ce moment les signes qui représentent des édifices ou des parties d'édifices. Nous avons chance, en effet, d'y relever quelques-uns des éléments fondamentaux de l'architecture égyptienne.

Une planche de Griflfith (Ptahhetej). 1. 1. pi. 12) réunit un certain nombre d'hiéroglyjjhes d'architecture de l'Ancien Empire. Le plus simple est le plan de maison, tlésigné par un rectangle avec, à la partie antérieure, une ouverture qui correspond à la porte. En réalité c'est plutôt un enclos qu'une maison. Deux variantes montrent, à la partie supérieure, une série de serpents dressés, qui sont une terminaison fréquente des murailles, comme on le verra. Deux spécimens représentent une sorte de labyrinthe rudimentaire constituant un enclos fermé, avec une cloison qui. en même temps qu'elle cache l'entrée proprement dite, détermine une sorte de couloir d'accès. Un autre signe, trois fois répété l'un à côté de l'autre, détermine une grande enceinte rectangulaire, avec une petite construction dans un angle. Cela représente, dans les hiéroglyphes, im château ; le nom propre particulier du château s'inscrivait au milieu de l'enceinte. Une enceinte crénelée contient, à l'intérieur, une constinction que les inscriptions appellent un palais. Nous rencontrons ensuite une construction plus complexe : c'est une sorte d'éd'cule dont les parois sont constituées par des éléments entrelacés. A la partie supérieure on y voit dessinée une gorge, caractéristique de l'architecture égyptienne ; au bas s'ouvre une porte. Une construction semblable paraît abritée par un toit, supporté par deux pieux fourchus. On remarquera encore le s'gne du grenier, trois fois répété, sous l'aspect d'une construction circulaire terminée en

coupole, évidemment faite en terre battue ou en pisé, ])eut-être en briques. On aura reconnu la pyramide, sans qu'il soit nécessaire d'insister. Deux signes donnent l'image d'une sorte de kiosque, ou même de tente, supportée par une colonnettc et dont les parois sont dessinées à l'imitation d'une natte. Comme élément isolé nous rencontrons d'abord une colonne, avec tenon d'assemblage à la partie supérieure ; puis deux jjiliers de forme polygonale terminés aussi par un tenon. Dans l'un des cas la reproduction permet même de voir, par le relief, que les pans étaient légèrement creusés en forme de cannelures.

La stèle du roi Serpent (Art, pi. 101) présente un encadrement architectural important. Le rectangle. Surmonté du faucon et terminé à la base par un assemblage de lignes verticales et hcizontales, se retrouve à profusion sur les inscriptions des objets d'offrandes des tombes de la I'^ dynastie. li'ensemble du décor se réduit cependant parfois à quelques traits négligemment dessinés ; dans l'exemple du roi Serpent au contraire, l'indication des détails est très soignée et permet de discerner trois massifs ])lus élevés, entre lesquels sont disposées deux portes.

L'explication de plusieurs autres signes hiéroglyphiques plus compliqués sera réservée poui le moment oîi nous étudierons l'architecture de l'Ancien Empire.

Nous constatons déjà par ce rapide examen, que les édifices représentés par les hiéroglyphes sont, povu' la plupart, des constructions simples, 'mpliquant avant tout l'emploi de matériaux légers : bois, paille tressée, pisé ou briques. Les édifices de ce genre ayant disparu pour la plupart sans laisser de traces, si nous voulons ersayer de les reconstituer c'est aux représentations figurées que nous devrons nouf reporter. Parfois cependant, on les a copiés, en les agrandissant, avec des matériaux solides. Sous la forme de constructions en pierre ils se sont conservés jusqu'à nos jours, bien que méconnaissables à première vue.

Quelques représentations figurées, principalement des édicules religieux, tabernacles ou sanctuaires, méritent d'attirer notre attention. Un mur d'une des chambres d'Osiris, dans le temple de Séti 1er, à Abydos, nous en donne deux premiers exemples (Temple de Séti I^r, pi. 20). La statue du dieu est enfermée dans une sorte de chapelle dont les cloisons latérales ont été supprimées.

A PROPOS DES HIKKOGLYPHES ARCIIITEtTUH.VUX 57

évidemment afin de permettre de voir ce qid se passe à l'intérieur de l'édicide. Deux eornichcs superposées, surmontées ehacune d'une série do serpents ou uraeus, marquent la cloison antérieure et la cloison ])ostérieurc. ou plus exactement les deux parois latérales. ])uisque la chapelle est figurée vue de côté. Une ligne incurvée passe au-dessus de la coi'uiche la ])lus élevée et s'ajipuie, par devant, .sur un étroit montant ; elle indique l'armature siu" laquelle est posée la toiture. La légère saillie en avant donne le profil de la gorge qui régnait au-dessus de la porte. Cette dernière est dessinée ouverte, mais elle est réduite à une mince planchette, suffisante i)our marquer l'existence du battant de la porte, sans toutefois sacrifier une partie du mur à dessiner la porte à sa grandeur réelle. Dans la même série de reliefs, au-desbus du précédent, on voit un emblème sacré disposé dans une chapelle semblable. Le roi, faisant office de prêtre célébrant, était tout à l'heure dans le sanctuaire ; maintenant il est à l'extérieur et il tient en main un encensoir, dont l'extrémité pénètre à l'intérieur de la chapelle.

Le dieu Ptah, qui est la prineij)ale divinité de Memphis, est souvent représenté dans un édieulc léger, manifestement fait au moyen de bois assemblés. Dans un exemple du temple d'Abydos également, on en verra bien le détail (Temple de Séti Ifr, pi. 25). Cette fois, la porte est réduite à .m mince petit battant ])lacé à la partie supérieure du support de devant de la toiture, de manière à ne pas cacher la figure du roi, dont les mains s'avancent à l'intérieur de l'édieule. On remarquera que par une inconséquence curieuse, les bi'as du roi sont figurés devant le montant de la chapelle au lieu d'être placés derrière. Comme dans le premier exemple, les parois latérales sont supprimées. Ailleurs, au contraire, on verra par les indications de détail qu'elles étaient faites en nattes tressées : comme au tombeau de Ourarna II, à Cheikh Saïd (V^ dynastie).

Un certain nondjre de bas-rel'efs funéraires nous font encore connaître de légers kiosques, dans lesquels on disposait des offrandes destinées à l'âme du définit. Ces édicides, faits de matériaux extrêmement légers et fragiles, se disposaient vraisemblablement le long du ])areours du cortège des funérailles. Un basrelief de Berlin montre, par exemple, des consti-uctions de

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l'espèce, où les éléments végétaux jouent le plus grand rôle. L'étude de l'origine des colonnes expliquera quelques détails de cette image. (Art, pi. 173 et 174).

Le tombeau d'Aménophis IV à Tell-el-Amarna offre une série de sculptures consacrées à la mort et aux funérailles d'une princesse. On assiste, entre autres, à une scène de lamentation qui se passe devant la statue de la jeune morte. Cette dernière est placée sous un léger édicule, composé de montants verticaux supportant un vékmi ou des nattes.

Ces types de constructions n'avaient pas seulement une destination religieuse ou funéraire. En réalité, dans le culte des dieux comme dans le culte tles morts, on ne faisait que copier les usages des vivants. Les Egyptiens, en effet, disposaient volontiers dans leurs jardins des petits pavillons de plaisance ou de repos, construits en matériaux légers. Une tombe de Tell-el-Amarna montre Aménophis IV, servi par la reine et les princesses ; le souverain est assis sous une espèce de grand baldaquin à double corniche, surmontée d'une série de serpents. Les deux colonnes qui lui servent de soutiens sont d'un type très compliqué. Au bord inférieur des corniches pendent des guirlandes de fleurs. Sur les murs du tombeau du grand prêtre Meryra, à Tell-el-Amarna. on a représenté un jardin en forme de croix, divisant en quatre groupes les magasins du temple. Dans ce jardin se trouve un pavillon du même genre, supporté cette fois par quatre colonnettes à type floral, avec une corniche surmontée de serpents. De plus, les colonnes sont reliées par une sorte de balustrade ou de mur bas également surmonté de la frise d'uraeus. Il est probable que dans le premier cas on avait supprimé les deux colonnes centrales et le mur d'entre-colonnement. de manière à laisser voir clairement les personnages qui étaient à l'intérieur de l'édifice. Nous n'avons, je le répète, conservé en nature aucun de ces kiosques aussi fragiles que gracieux et élégants, mais cependant les architectes égyptiens en ont laissé des copies alourdies, en matériaux « d'éternité » : tel le fameux kiosque de l'île de Philae (Art, pi. 93).

Le désir de ne pas s'écarter des formes, en quelque sorte consacrées, de ces édicules légers, a donné naissante, dans les constructions en matériaux solides, à toute une série de dispositions curieuses, dont il suffira d'examiner un exemple dès mainte-

nant. Dans le sanctuaire d'Hathor à Deir-el-Bahari, construit au commencement de la XV^IIP dynastie, une façade ou plutôt un encadrement de porte, copie soigneusement un assemblage architectural. Une analyse sommaire permet d'affirmer que celui-ci n'est pas approprié à la place qu'il occupe et que ses proportions sont telles qu'on doit penser plutôt à un rappel d'idées qu'à une composition d'architecture raisonnée. A la partie centrale la porte et son encadrement sont entourés d'un ornement de bordure, tandis que le dessus est couronné par une frise, dont on étudiera plus tard l'origine. Cette première partie constitue déjà un édicule complet qui est placé tout entier sous un toit supporté par des colonnes. Les colonnes, du type polygonal, sont surmontées de têtes de la déesse Hathor, à laquelle le sanctuaire était consacré. Chose curieuse, vers le haut on a dessmé, sur les piliers même, deux protubérances qui rappellent des seins, comme si le support tout entier représentait la déesse. On constatera égaleniert que des cornes étaient fichées sur les piliers ; or, la déesse Hathor est souvent représentée sous forme de vache. La figuration des murs d'entrecolonnement complète l'ensemble, que nous pouvons vraisemblablement nous représenter comme une chapelle entourée d'une colonnade sur laquelle repose une toiture, type que nous aurons l'occasion de rencontrer dans les constructions de temples de la XVIIIe dynastie.

La plus importante de ces figurations architecturales dessinées en projection sur un mur, est fournie par les stèles des tombeaux, surtout de l'Ancien Empire, et nous y consacrerons la deuxième partie de cette leçon.

Au tombeau de Ptah-Hetep I^r, à Saqqara, un^des murs de la chapelle réunit, l'un à côté de l'autre, les deux types les plus fréquents. Il suffit de comparer les photographies des deux stèles pour comprendre immédiatement pourquoi l'une doit être appelée la stèle ornée, et l'autre la stèle simple ou ordinaire. (Art. pi. 106, où l'on voit seulement la stèle simple).

La stèle ornée est caractérisée par une série de pilastres en saillie et de niches en retrait, par des assemblages et des découpages qui paraissent à claire- voie. De chaque côté les montants encadrent une cavité centrale, que nous pouvons appeler tout au moins provisoirement une porte. Au-dessus de celle-ci, un

grillage correspondrait assez l)'en à une fenêtre destinée, sans doute, à éclairer l'intérieur de la constructioii.

On n'aura pas manqué de remarquer immédiatement l'analogie que présente cette stèle ornée avec le décor du roi Serpent, aussi bien qu'avec la disposition des miu's extérieurs du tombeau royal de Négada. En effet, le décor de la stèle ornée peut se retrouver comme nous l'avions dit, à titre d'indication générale seulement, sur toute une série de documents égyptiens.

Reprenons maintenant le problème d'une manière plus détaillée.

Le sarcophage découvert dans la chambre de la pyramide du roi Mycérinus est entièrement décoré sur ses quatre faces du motif de la stèle ornée ; celui-ci se répète trois fois sur chacun des longs côtés, une fois sur chacun des petits. Chaque face est arrêtée par un tore en saillie et surmontée de la corniche. On pourrait citer, peut-être, une demi-douzaine de sarcophages de grands personnages de l'Ancien Empire qui montrent tous des dispositions analogues (Recueil, pi. 14). Ainsi, sur le sarcophage de Khoufou-Ankh, au Musée du Caire, si les deux petits côtés offrent à peu près la même disposition que le cercueil de Mycérinus. chacun des longs côtés donne une fois seulement le motif de la stèle, mais en l'élargissant. N'est-ce pas assez pom' supposer que sur le saicophage de Mycérinus nous nous trouvons en j)résence d'un resserrement des éléments architecturaux, suivant le procédé que nous relevions pour la représentation de la porte des édicules du temple d'Abydos ?

Le fait de décorer ainsi les sarcophages sur leurs quatre faces prouve bien qu'il s'agit dans l'espèce de l'imitation d'une construction indépendante ; en effet, de grands monuments de l'Ancien Empire nous montrent le même type appliqué dans des proportions considérables. Le Choûnet-ez-Zébîb d'Abydos, dans lequel on a voulu voir ime forteresse mais qui est plus vraisemblablement un monument funéraiie, est une grande enceinte bâtie en briques et dont les parois extérieures montrent la disposition en pilastres et en niches. A l'intérieur, qui est creux, on a trouvé des restes de construction. Le tombeau royal de Négada est constitué d'un noyau central, comportant une chambre servant à la sépulture et quatre chambres qui sont les magasins ; une fois le mort mis en place et les portes murées, on a construit tout à l'entour

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un grand nmr d'enceinte, dont la surface extérieure présente de nouveau la disjwsition caractéristique qui nous occupe. On divisa plus tard Tcspacc libre entre le noyau central et le mur d'enceinte par des murs de refend. Ceux-ci s'appiiyaut sur la partie nuu'ée des portes, il est sûr que le centre employé comme sépulttire proprement dite a été bâti le ju'emier avant que l'on ait commencé les mms qui enveloppent le tout.

Un certain nombre de tombeaux de l'Ancien Empire répètent la même série de pilastres et de niches sur les quatre faces, tandis que les autres se bornent à l'employer pour ime façade seulement ou même une partie de façade, de préférence celle dans laquelle s'ouATe la porte conduisant à 'a chapelle consacrée au culte. Que le mur soit en briques ou bien en pierre, la disposition reste identique. Lorsque les murs sont en briques, ces dernières sont recouvertes d'un enduit siu- lequel on a peint soigneusement tous les détail?.

Le même décor architectural se développant sur toute une muraille, se trouvera parfois à l'intérieur des monuments comme dans la chambre funéiaire de la pyramide d'Ounas, autour du sarcophage ; ou encore, en soubassement, comme dans le sanctuaire d'un des tombeaux de Béni-Hassan. Mais le plus souvent on s'est contenté d'en représenter quelques éléments, réduits à une ou deux portes avec leur encadrement. Pour les deux portes il suffira de reprendre le monument que nous connaissons déjà, la stèle du roi Ser])ent. Nous identifierons maintenant sans hésitation ce que représente la partie inférieure.

Pom-quoi s'est-on borné à deux portes ou plutôt pourquoi en a-t-on mis deux au lieu d'une seide ? En Egypte nous con staterons souvent la répétition de deux éléments semblables. C'est ainsi que nous verrons que des rois ont eu deux tombeaux, qu'il était fréquent. de placer deux statues du défunt dans la chapelle fimérairc. L'origine de ces dédoublements doit être évidemment cherchée dans les habitudes de la royauté égyptienne : il n'y avait pas un royaume d'Eg\^)te mais un royaume de la Haute et un autre tic la Basse-Egv^)te, bien que tous deux fussent léunis sous le sceptre d'une setde et même personnalité. « Pharaon », en égvqitien, signifie proprement la doiible grande maison. Ainsi toute l'administration est-elle divisée en deux parties ; même

dans le culte on ne négligera jamais de faire la part des deux Egyptes, dans les offrandes aux dieux. Il est donc naturel de mettre deux stèles ornées dans les monuments royaux peut-être différentes de forme dans le principe. Pour le? grands personnages on fait la même chose, en vertu de la règle qui domine tous les rites funéraires égyptiens. Ceux-ci commencent en effet par être approjjriés exclusivement à la personne royale ; petit à petit ils passent aux membres de la famille royale et aux grands dignitaires avant d'être concédés à ceux qui en méritaient la faveur ; enfin peu à peu ils passaient par « contagion » à toute la nation égyptienne. C'est en vertu de ce principe que dans le tombeau de Sabou ou de Niankh-Re, pour ne citer que ces exemples, le mur du fond de la chapelle est occupé par un décor architectural douVile. C'est pour cela également que dans le tombeau d'un personnage du nom de Sitou. on a trouvé deux stèles ornées, conservées au Musée du Caire (Art, pi. 29). On peut y relever clairement la présence d'un motif très caractéristique, composé de deux fleurs combinées comme en une composition héraldique et qui se retrouve partout de la même manière sur ces monuments. Il est disposé dans un encadrement constituant une ouverture, dans laquelle il se détache en découpure. On remarquera aussi sur cet exemple que la niche centrale est fermée par une porte dont on a soigneusement indiqué les deux pivots inférieur et supérieur.

Mais souvent aussi le motif de la niche n'est représenté qu'une fois, comme nous l'avons vu déjà tout à l'heui'c dans le mastaba de Ptah-Hetep. La figuration d'un seul des éléments équivalait, semble-t-il, à la représentation architecturale complète. Il y aurait bien une autre explication. Ce serait de croire à l'existence de constructions de l'espèce, de dimensions extrêmement diverses, allant du tombeau qui mesure des centaines de mètres en longueur jusqu'à des chapelles de quelques centimètres de largeur, mais qui toutes reproduiraient les mêmes formes générales, et ceci serait assez bien dans les habitudes égyptiennes.

Le motif unique est répété parfois à plusieurs exemplaires l'un à côté de l'autre, ce qui ne manque pas de rappeler les grands monuments complexes envisagés tout d'abord, sans qu'il y ait cependant identité absolue. En effet, il ne s'agit plus du motif

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continu mais bien d'un motif simple que l'on multiplie en ne lui laissant chaque fois que sa valein- individuelle. On pourrait citer comme exemples les noms d'Horus, sur le nuu' d'enceinte du temple de Sésostris I^r, à Licht, ou bien les stèles décorées sur des parois de certains cercueils du Moyen-Empire.

Il est temps d'examiner maintenant un détail caractéristique de toutes ces séries de représentations : les montants ou plutôt quelques-uns d'entre eux sont ornés de peintures, dans lesquelles on a reconnu depuis longtemps l'ini'tation de nattes ou d'étoffes tendues par des liens. Sur la stèle de Ptah-Hctep, on peut voir clairement les liens qui passent dans des anneaux et qui s'enroulent autour d'une traverse à laquelle la natte ou le tapis était fixé. Sur une stèle d'Abousir, à la partie supérieure, on voit que les liens s'attachent à de petites traverses de bois, fichées entre les poutres principales. Ces détails, marqués en peinture, permettent en outre de se rendre compte qu'il s'agit, dans l'ensemble, de constructions en bois, faites d'assemblages de poutres de dimensions différentes, constituant par leur ajustage une sorte de kiosque ou de véranda, avec décor ajouré. Sur les châssis principaux on tendait alors les nattes et les tapis dont il vient d'être fait mention, de manière à abriter l'intérieur contre le soleil ou le vent. Là où le tombeau est fait en briques recouvertes de stuc, le peintre a très minutieusement imité, à la surface des principales poutres, les nervures et les nœuds de la pièce de bois. Il serait difficile dans ce cas de vouloir soutenir, avec plusieurs auteurs, que cette disposition en forme de niche devrait son origine à l'emploi de la brique.

Un cercueil en bois de la nécropole de Tarkhan, daté de la I'^ dynastie, donne un exemple qui ajoute un détail précieux. Les panneaux dans lesquels s'ouvrent les portes sont reliés entre eux par des traverses rondes. L'intérieur apparaît ainsi clôturé sérieusement par une barrière sur laquelle viennent s'appliquer, à des hauteurs diverses selon les besoins, les nattes ou tapis.

Passons maintenant à l'examen de la stèle simple et ordinaire et commençons par la comparer à la stèle ornée. Le mur du tombeau de Ptah-Hetep nous les montrait précisément l'une à côté de l'autre, indiquant ainsi clairement qu'il faut les considérer

comme une variante l'une de l'autre. On trouve souvent dans les tombeaux de l'Ancien Empire deux stèles simples, à la place des deux variétés du lombeavi de Ptah-Hetep. Nous retrouvons les mêmes éléments fondamentaux dans les deux types : la porte au milieu, encadrée de montants. Au-dessus de la porte, dans la stèle décorée, il y a une fenêtre à étroites rainures ; dans la stèle simple, il y a bien un panneau central décoré, mais de chaque côté duquel se trouve vme rainure. Il existe, du reste, des types intermédiaires où, sur une stèle simple on a, par exemple, à droite et à gauche de la porte un montant avec décor floi'al ajouré ; ou bien encore, de chaque côté du panneau supérieur un assemblage décoré. Nous n'hésiterons pas à dire, par conséquent, que les deux stèles ne sont qu'une seule et même chose avec des variantes de décoration.

La stèle simple est probablement l'édicule qui contenait la statue. Voyons, en effet, des représentations des reliefs de tombeaux d'Ancien Empire qui vont éclairer ce point. Au mastaba de Leyde, nous assistons au transport de la statue au tombeau. Elle est placée debout, dans une sorte de grande armoire dont la porte à deux battants est largement ouverte. .\ la jiartie supérieure se trouve un couronnement en forme de gorge. L'édicule est tiré sur un traîneau par des bœufs et un prêtre brûle de l'encens devant l'effigie du défunt. Pour le passage de l'eau, le naos ou chapelle a été placé sur un bateau, et cette fois les portes en sont fermées.

On reconnaîtra immédiatement la chapelle en question dans le tombeau d'Any à Tell-el-Amarna. où la chambre du fond, occupée par la statue du mort, est précédée d'une porte qui reproduit dans son aspect général les formes du naos de l'Ancien Empire. Le tombeau de Rames, à Tell-el-Amarna, nous apporte une variante d'ailleurs fréquente mais bien instructive. On s'est ici dispensé de creuser dans la montagne une chambre réservée à la statue. Le groupe d\\ mort et de sa femme a été simplement sculpté dans le rocher, encadré par la porte. Faut-il 'nterpréter autrement les stèles simples de l'Ancien Empire lorsque, dans les niches centrales, on voit une statue du mort en relief (Arl, pi. 125 et 27). Que l'on examine, jiar exemple, la stèle de Itti- Ankliars, au Musée du Caire. Hésitera-t-on à l'appeler une repré-

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sentation <le la chapelle contenant la statue du défunt, simplement parce que l'assemblage qui encadre la niche est un peu plus compliqué ? Dans la stèle d'Ankhavs, la porte de la chapelle est ouverte et l'on voit la statue, tandis que dans la stèle de Nefer-Heteps. par exemple, au tombeau de Ti, les deux battants en sont fermés.

Dans la stèle ornée, on peut trouver la même relation entre l'édicule aux portes fermées ou bien ouvertes. Le plus souvent, comme nous l'avons vu. les deux battants sont fermés et les peintures notent le détail des verrous. Dans un tombeau, comme celui de Hesi à Saqqara, au contraire, dans le fond de chacune des niches était placé un panneau île bois représentant chaque fois une figure de mort. (Art, pi. 28 et 120).

Les textes égy]3tiens désignent généralement les stèles par « rout » ou « routi », ce qui veut dire porte ou double porte et le déterminatif du mot copie parfois-- Tassemblage caractéristique de la stèle ordinaire. Dans un cas, au tombeau de Ti (corridor I, mur est), le même assemblage détermine le mot « ra-per » qui veut dire proprement un temple. Nous avons là une confirmation de l'idée qui vient d'être exprimée et d'après laquelle la stèle n'a pas seulement la valeur d'une façade ou d'une porte, comme on l'a souvent soutenu, mais d'un édicule complet dont on s'est contenté de figurer la façade.

Nous avons à examiner, pour finir, un troisième type apparenté aux deux premiers. Cette fois, il s'agit encore d'un édicule, mais dont les parois ajourées montrent une complexité plus grande dans les détails des assemblages découpés.

Commençons par considérer les trois représentations d'édiculcs funéraires q.ii Se trouvent figurés sur le sarcophage de Kaouit, provenant d'un tombeau de la XI'^ dynastie à Deir-el-Bahari. Pour l'un d'eux c'est un assemblage rectangulaire, apparenté très manifestement aux stèles oinées et surmonté d'une gorge. Un autre représente, à la partie inférieure, deux grandes niches ou portes, surmontées d'un panneau divisé en plusieurs sections, occupées par des découpages imitant des formes d'hiéroglyphes ou d'amulettes. Le troisième qui, d'après l'incurvation de la partie supérieure, semble vu de côté est compris, dans l'ensemble, à peu près comme le deuxième spécimen. Il est divisé de la

même manière à la partie inférieure, tandis que le décor ajouré, au lieu d'être inscrit dans un rectangle, est enfermé au-dessus, dans une ligne courbe. On notera de plus que ce troisième édicule semble posé sur des pieds. C'est donc une espèce de grande armoire ou de chapelle, dans laquelle pouvait être enfermée la statue de la princesse Kaouit.

Il se fait heureusement que nous avons dans le temple de la XI^ dynastie, à Deir-el-Bahari, la copie en pierre de l'édicule funéraire des princesses, dont les caveaux ont été trouvés dans l'enceinte du temple. L'examen des reconstitutions, soigneusement faites par Madame Naville, est extrêmement instructif. Il en résulte que, vraisemblablement, la représen^^ation du troisième édicule, sur le sarcophage de Kaouit, nous donne l'aspect du meuble original en bois, dont les deux autres ne sont que les transpositions en pierre : une image l'eprésenterait la face antérieure, la seconde nous montrerait la face latérale. En effet, considérons la façade du sanctuaire de la princesse Sadeh et nous identifierons clairement les formes générales du premier édicule. Sur la face latérale du sanctuaii'e de Aashit, nous reconnaissons la disposition du second édicule, mais avec la différence que l'on a conservé la forme circulaire à la partie supérieure de l'ornement ajouré. La peinture des fragments confirme à l'évidence l'imitation du bois. Toute la texture en a été soigneusement reproduite à la suiface de la pierre. On a mis le même soin à Varier l'aspect du décor ajouré, marquant l'encadrement général dans une espèce de bois, et en déterminant par des teintes différentes l'emploi d'essences. de couleurs variées pour les ornements ajourés. L'ivoire intervient également dans la composition de ces décorations, où l'on rencontre comme motifs principaux les têtes de faucons, les amulettes appelées « dad », les colonnettes j)olygonales et enfin, la composition florale que nous aVons relevée sur les stèles ornées.

Des édicules semblables se retrouvent de temps en temps dans les monuments d'époque postérieure : telle la stèle qui occupe le centre du mur du fond des sanctuaires du temple de Séti I^"", à Abydos (Temple de Séti, pi. 16 et 17 et Art, pi. 152). Prisse a copié dans des monuments du Nouvel Empire des assemblages tout à fait analogues de l'époque de la XYIII" dynastie. Une

tombe de Teli-el-Amarna, la tombe de Toutou, en donne encore un exemple très démonstratif copié dans la pierre. Il s'agit cette fois d'une niche au fond de laquelle était placée la statue du défimt, ce qui précise, si c'était encore nécessaire, la destination de l'édicule.

On pourrait comparer d'ailleurs, pour finir, deux peintures de tombeaux thébains. L'une montre une paroi occupée parunenithe creuse pouvant contenir une statue et qui, dans la partie supérieure, est peinte à l'imitation des claires-voies. De chaque côté, des personnages s'avancent, présentant des offrandes funéraires. Rapprochons cette disposition de celle d'un mur du tombeau de Nekht : on constatera que l'économie générale de la composition est identique. Mais ici la niche à décor supérieur ajouré est remplacée par la stèle simple, habituelle surtout sous l'Ancien Empire, telle que nous l'avons analysée précédemment. Cette dernière comparaison prouve à l'évidence l'identité de fonction des trois types de constructions : stèles décorées, stèles ordinaires et chapelles à claire-voie. Toutes trois sont vraiment les édicules funéraires dans lesquels étaient placées les statues du culte et il vaudrait mieux ne plus parler de stèles en forme de fausse porte, destinée exclusivement à l'âme. On chercherait en vain dans les textes un passage qui confirme cette interprétation.

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