‹ Leçons sur l'électricité et le magnétisme (volume 2)Chapitre 134 sur 161 · AV = ~ ^ AB · texte numérisé non relu

AV = ~ ^ AB

ou bien, en désignant par o la densité électrique au point considéré,

p = — Ae.

Ainsi, dans toute région où 0 demeure constant, il n'y a pas d'électricité. Mais, dans les régions où 0 varie, il peut se trouver de l'électricité. Par conséquent, à l'intérieur d'un conducteur sur lequel l'équilibre électrique est établi, il peut y avoir de l'électricité :

1° Si la nature du conducteur varie ;

2° Si le conducteur est homogène, à une distance inférieure à ()v -f- ul) des surfaces terminales.

Examinons particulièrement ce dernier cas.

Nous avons déjà vu (Chap. II) comment, sur un corps métallique homogène jusqu'au voisinage des surfaces terminales, l'électricité se distribue à l'approche de l'isolant qui confine au

(') VoLTA, Sur l'Électricité dite galvanique {Annales de Chimie et de Physique,!^" série, t. XL, p. 225; 1801). Volta employait, dans l'énoncé des lois qu'il a découvertes, le terme, quelque peu obscur, de différence de tension électrique entre deux métaux. Cette différence a été, pour la première fois, regardée comme une différence de niveau potentiel par G. Kirchhoff, dans son Mémoire : Ueber eine Ableitung der Ohm'schen Gesetze, welche sich an die Théorie der Elektrostatik anschliesst {Poggendorff's Annalen, Bd. LXXVIII, p. 5o6; 1849. — Kirchhoff' s Abhandlungen, p. 49)-

corps. Voyons maintenant comment elle se distribue dans les régions voisines de la surface par laquelle le métal confine à un autre métal, homogène, lui aussi, jusqu'au voisinage de ses limites.

Nous admettrons qu'en un point M du corps a, situé à une distance /, inférieure à (X -(- |ji.) de la surface qui sépare le corps a du corps b, surface dont le rayon de courbure est supposé très grand par rapport k (\-+- [x), % et A6 ont des valeurs qui dépendent seulement de la nature des deux corps a et 6 et de la distance /. Nous désignerons ces valeurs par 0(a, 6, /) et A0(«, b, l). Il en résulte qu'une surface parallèle à la surface de séparation des deux corps a et b est à la fois une surface de niveau et une surface d'égale densité électrique. La densité électrique y a une valeur p(a, b, l) qui, elle aussi, dépend uniquement de la nature des deux corps a el b et de la distance / de la surface considérée à la surface de séparation.

Lorsque / égale ou surpasse (À -+- [jl), p(rt, b, l) prend la valeur o et 0(«, b, l) prend la valeur 0«, qui dépend uniquement de la nature du corps a.

La surface de séparation des deux corps a cl b peut-elle renfermer une distribution électrique superficielle?

Par un point M de cette surface (Jig- 89), menons une nor-

Fig. 89.

maie N^ vers l'intérieur du corps a, et une normale N^ vers l'intérieur du corps b. S'il existe au point M une distribution superficielle, elle a pour densité

£V dY

Mais la condition (2) donne

dNa "

ec^N,

dY

t dNh

i^s[dr«^(«'^'«)-^dN;^(^'«'^)]-

D'ailleurs, par hjpothèse (Liv. IV, Chap. II), les dérivées partielles dvi premier ordre de la quantité 0 sont continues, même à la traversée de la surface de contact de deux conducteurs. On a donc

// n'y a pas d'électricité siu' la surface de séparation «, b\ il y en a seulement au voisinage de cette surface.

Nous avons vu comment l'électricité était distribuée à l'intérieur du corps a au voisinage du corps h\ elle est distribuée d'une manière analogue à l'intérieur du corps h au voisinage du corps a; l'ensemble de ces deux distributions possède une propriété remarquable.

Prenons un élément i/S de la surface de séparation («, 6) {^fig. 90); au contour de cet élément, circonscrivons un petit cy-

Fig. 90.

— Ja.,1) h

lindre, normal à la surface, et limitons-le, de part et d'autre de la surface («, b\ par deux bases MIN, PQ, parallèles à la surface (a, 6), et dont la distance à cette surface dépasse un peu (X + jjl).

A ce petit cylindre, appliquons les lemmes de Gauss.

Pour tout élément superficiel diù de la partie latérale du petit

dY cylindre, on a -r^ = o, puisque les générations de ce petit cylindre

sont normales aux surfaces parallèles à (a, b), qui sont les surfaces

de niveau. Pour tout élément superficiel des deux bases MN, PQ,

qui limitent ce petit cylindre, nous avons -^ = o, puisque, a une

distance supérieure à (Xh- [jl) de la surface («, b), 0, et par conséquent V, ne varient plus. Nous avons donc, pour le petit cylindre tout entier,

ce qui prouve qu'il renferme autant d'électricité positive que d'électricité négative.

Ainsi, l' électricité distribuée au voisinage de la surface de contact de deux métaux homogènes forme une couche double, lorsque l'équilibre électrique est établi (').

Ces remarques vont nous permettre d'expliquer théoriquement une expérience, due à M. Pellat (-), par laquelle on peut, dans les cours, mettre en évidence l'existence de la différence de niveau

Fig. 91.

potentiel au contact de deux métaux. L'expérience en question se fait ordinairement avec un condensateur à plateaux. Pour en faire la théorie, nous remplacerons le condensateur à plateaux par un condensateur sphérique.

Imaginons quatre sphères concentriques S,, S2, Sa, S4 {fig. 91).

(") Voyez H. von Helmiioltz, Studien iiber elektrisclie Grenzscliichten {Wiedemann's Annalen, t. VII, p. 337; 1879. — Helmholtz wissenscha/tliclie Abhandlungen, t. I, p. 885). — P. Duhem, Sur la pression électrique et les phénomènes électrocapillaires ; I'° Partie, De la pression électrique {Annales de l'École Normale supérieure, 3' série, t. V, p. 97; 1888).

(*) Pellat, Différence de potentiel des couches électriques qui recouvrent deux métaux au contact {Annales de Chimie et de Physique, 5° série, t. XXIV, p. 5; 1881).

45o LIVRE V. — LES CONDUCTEURS MÉTALLIQUES.

Elles partagent l'espace en cinq régions, que nous numérotons, à partir du centre, 1, 2, 3, 4, 5. La région 5 est illimitée.

INovis supposerons la région 2 remplie d'une matière conductrice a, la région 4 remplie d'une autre matière conductrice b, et les régions 1, 3 et o remplies d'un même isolant i.

Supposons que, dans une première expérience, les surfaces S,, Sa 5 S3, S/, ne portent que leur électricité naturelle et que les deux sphères soient isolées l'une de l'autre. Il est aisé de voir que le système sera en équilibre.

Les diverses surfaces sphériques portant chacune une couche double, la fonction potentielle, en tout point de la région 5, aura

la valeur

Au moment où l'on franchit la surface S/,, la fonction potentielle commence à varier de telle façon que l'on ait constamment

Si l'on pose

à une distance supérieure à (T^-f-ui) de la surface S4, dans la région 4, on aura

Au moment où l'on approchera de la surface S3 , V variera de nouveau pour atteindre, une fois cette surface franchie, la valeur

Si l'on pose

6(a,i, o) — 0(a, i, X -f- fj.)

dans la région 2, à une distance supérieure à (X-f-[Ji.) des surfaces S, et So, on aura

Enfin, dans la région 1, on aura

Vi=o.

Supposons maintenant que, dans une seconde expérience, l'on mette les deux sphères conductrices 2 et 4 en communication

l'une avec l'autre par un fil métallique quelconque, et la sphère 2 en communication avec le sol. On devra alors avoir, pour l'équilibre,

Pour que la dislribution ne fût pas changée, il faudrait que l'on eût

et, par conséquent.

Si a, i. A -I- [x) — 6(6, i, X -+- [x)

ce qui entraînerait

K/, — Ka,

condition qui ne sera pas réalisée, en général, si les deux métaux a et b ne sont pas identiques.

Si cette condition n'est pas réalisée, l'état d'équilibre qui s'établit dans la seconde expérience n'est pas identique à celui qui s'établit dans la première. Il est aisé de voir que, dans le nouvel état d'équilibre, les deux surfaces S) et S^ ne portent que leur électricité naturelle; mais les deux surfaces Sa et Sg portent, outre leur électrisation naturelle, des quantités d'électricité libre égales et de signe contraire. Soient Q,j la charge distribuée sur la surface So et — Qrt la charge distribuée sur la surface S.,. Soient Ra, Rj les rayons de ces surfaces. On verra aisément que l'on a

On a donc ou bien

Supposons que l'on enlève la sphère extérieure et que l'on mesure la charge totale de la sphère intérieure, charge qui se réduit à Qa, puisque, outre Qa, la sphère intérieure ne renferme que des couches doubles. On obtiendra ainsi une détermination expérimentale de

On voit que ce procédé ne détermine pas la valeur de

B{b, i, 1 -f- ;ji) — &{a, i, X -^ ix),

qui serait, dans certaines questions, la plus intéressante à connaître. Cet inconvénient se retrouve dans les diverses méthodes de détermination de la différence de niveau potentiel de deux métaux en contact, comme l'ont signalé Maxwell (') et M. Pellat (-).

La méthode précédente déterminant seulement la différence de niveau potentiel des couches électriques superficielles distribuées sur les deux métaux, on conçoit sans peine que la moindre altération superficielle d'un de ces métaux fasse varier la quantité déterminée par ce procédé; au contraire, la différence de niveau potentiel entre les points intérieurs aux deux métaux n'est point modifiée par cette altération.

§ 2. — Quelques théorèmes sur l'attraction des couches électriques

doubles.

Les considérations développées au paragraphe précédent achèvent de nous montrer l'importance des couches électriques doubles que nous avions déjà eu à considérer au Chapitre IL Aussi est-il indispensable d'établir ici quelques propositions très simples sur l'attraction de semblables couches.

Ces théorèmes reposent sur l'expression de la fonction potentielle d'une couche électrique double, expression que nous allons établir tout d'abord.

Considérons une couche double de très petite épaisseur Çk -+- u.). Soit S la surface terminale qui limite cette couche double; la surface S porte de l'électricité dont la densité superficielle est a; à l'intérieur de la couche double, la densité solide de l'électricité a une valeur p. Les quantités a- et p ont, en général, des valeurs

très o'randes de l'ordre de ;;

Prenons sur la surface S un élément dS. Par le contour de cet

(') Maxwell, Traité d'Électi-icité et de Magnétisme, traduit par Seligmann- Lui, t. I, p. 324.

(») Pellat, Différence de potentiel des couches électriques qui recouvrent deux métaux au contact {Annales de Chimie et de Physique, o" série, t. XXIV, p. 8; 1881).

élément, menons des normales à la surface S; elles découpent dans la couche double un petit volume A, sensiblement cylindrique, de base dS et de hauteur (X -|- [Jl). Soit dv un élément de ce volume.

Ce volume doit renfermer autant d'électricité positive que d'électricité négative, en sorte que l'on doit avoir

(i) adS-^^pdv = o.

Cherchons la fonction potentielle de ce petit volume en un point M qui lui est extérieur. Cette fonction aura pour valeur

r étant la distance de l'élément dS au point M, /' la distance de l'élément dv au même point.

Soient / la distance de l'élément dS à l'élément dv ^ rii la direction de la ligne qui va du premier au second» Nous aurons

et

Mais on a

- — Vo[cos(/', n/)]

1 — 2 - cos(r, rt/)-f- - -f-Vi[cos(/-, n,)]-

-f- V2[cos(r, n,-)]^ -)-...,

V„[cos(/'-, /i/)] désignant le polynôme de Legendre de rang n.

Supposons que la distance /• soit toujours très grande par rapport à ()v-|-pt.). Remarquons que, p étant de l'ordre de r >

la quantité — est en général finie, mais que la quantité — ^ est

toujours extrêmement petite. Observons, enfin, que

Vo[cos(r, n/)] = i, Vi[cos(r, n/)] = cos (r,n/),

et nous aurons

Si l'on tient compte de l'égalité (i), si l'on observe que

cos(r, rii) /■

/'■^ Ofii

si l'on pose enfin

(2) OIl^S -- C p / rf^-,

on aura

(Jrii

S'il s'ag-it de calculer la fonction potentielle, non plus du petit élément A, mais de la couche tout entière, nous aurons pour expression de cette fonction potentielle

(3) Y=^DrL~dS.

Cette expression n'est valable qu'autant que le point M, auquel se rapporte la fonction V, est à une distance de la surface S grande par rapport à (). H- jx).

DÏL sera nommé ['intensité de la couche double en un point de l'élément dS.

Supposons que la couche double considérée soit celle qui se trouve, dans l'état d'équilibre, à la surface de séparation d'un corps conducteur A et d'un isolant o. Dans l'égalité (2), nous devrons faire

dif = dl dS, P = p(A,o, /),

et 0\l sera défini par l'égalité

01I(A,o) = / /?(A,o, l)dl,

ou bien

(4) D\iiX,o)---= -- / lAe(k,o,l)dl.

4Tr£ J^

CHAP. VII. — DIFFÉREiNCE DE POTENTIEL AU CONTACT. .05

Cette égalité nous montre que la quantité DTL(A, o) est entièrement définie lorsqiion connaît la nature du métal k. et de V isolant o.

Considérons de même la couche double qui se forme, dans l'état d'équilibre électrique, à la surface de séparation de deux métaux A et B. Supposons que la direction, désignée dans ce qui précède par /i,, soit la normale «^ vers l'intérieur du métal. Nous aurons encore

dv = dS dl;

l devra varier de — ()v -+- (jl) à H- (X -h a ) ; / variant de — (^ + [J"-) à o, p prendra la détermination p(B, A, — ■ l); au contraire, / variant de o à ()v -f- [x), p prendra la détermination p(A, B, /). On aura donc

OTL=:/ lp{B,X, — l)dl-i- lp{X,B,t)dl,

ou bien

i lp{k,B,l)dl— lp(B,A,l)dl,

ce qu'on peut encore écrire

(7) 3rt(A,B)--l:

J^X,+ [JL ^X+[i "I

f l^e{X,B,l)dl— lù.e{B,A,l)dl\

Celte égalité nous montre encore que la quantité 31L(A, B) est entièrement définie lorsqu'on connaît la nature des deux métaux A et B.

Ces deux quantités, 311 (A, o), 31L(A, B), sont encore susceptibles d'une autre expression.

Considérons d'abord la quantité D1I/(iV, o). La quantité 0 varie

très rapidement, dans le sens de la normale à la surface S; au

contraire, ses variations sont très lentes suivant une parallèle au

plan tangent à cette surface. On peut donc réduire sensiblement

ACk/ A A ' <^2e(A,o, /) Ae(A, o, /)a ^^^

On aura donc

'^'^■°>=4^eX

Une intégration par parties transforme cette égalité en

4TrE L (^t Jo 4to Jq àl

Si l'on observe que

et si l'on intègre le dernier terme, on trouvera

(8) OrL(A,o)= -^[e(A,o,o)-0(A,o,X-h[x)].

D'une manière analogue, l'égalité (7) peut se transformer en

4^£ L "^ "' Jo

Si l'on observe que

rc)e(A,B, /)1 ^^

peçB, A, /)]

0(A, B, o) = e(B, A,o), l'égalité précédente deviendra

(9) 01I( A, B) = -1- [e(B, A, X + fx) - 0(A, B, X -^ ^)\.

4 ir£

Revenons à l'expression de la fonction potentielle d'une couche double quelconque, donnée par l'égalité (5).

Supposons que la surface S soit fermée et que la couche double ait la même constitution en tous les points de cette surface. La quantité Oit aura alors la même valeur en tous les points de la surface S, et l'égalité (5) pourra s'écrire

Mais les lemmes de Gauss nous apprennent qu'en tout point M,

extérieur à la surface S, on a

ài

et qu'en tout point M, intérieur à la surface S, on a

On a donc en tout point M, extérieur à la surface S, et dont la distance à cette surface est grande par rapport à X,

et en tout point M, intérieur à la surface S, et dont la distance à cette surface est grande par rapport à ).,

(11) V=:47rDR.

Faisons quelques applications de ces égalités (lo) et (i i).

i" Considérons un conducteur homogène. La distribution naturelle forme sur ce conducteur une couche double homogène {voir p. 3-6) pour laquelle OÏL est donné par l'une des égalités (6) ou (8). La fonction potentielle de cette distribution naturelle aura pour valeur, à l'extérieur du conducteur, la valeur o et, à l'intérieur du conducteur, la valeur

4TtDlL(A, o)= i[e(A, o, G) — e(A,o, X^ (x)].

C'est ce que nous avions déjà trouvé précédemment [Chap. II, égalités (5) et (6)].

2° Considérons un conducteur hétérogène, formé de deux métaux A et B. Si nous désignons par 8^^,07 Sgo les deux portions de surface fermée qui limitent le conducteur, et par S^g la surface de contact des deux métaux, l'égalité (5) pourra s'écrire plus explicitement

V = D1I(A, o) j^ ^ dSA,o^ 3n,(B, o) g ^c?SB,o-i- 31I(A,B) g ^ ^Sa.b-

Cette expression peut se simplifier, au moyen des égalités (8)

et (9).

4Tr£

Si l'on obsei've que l'on a

e(A,o, \^ ^) = 0(A, B,). -t- IX) = e(A),

e(B, o, X -f- [ji) = e(B, kA-v n.) = e(B),

on pourra écrire

-l-[e(A,o,o)§-i<iS„+9(B,o,o)Sj^;rfS,..J

Considérons d'abord un point extérieur au conducteur. Les lemmes de Gauss nous donnent

en sorte que l'égalité (12) se réduit à

^ = 4ïi r ''■ "• °* S 'ô^, "'''■' -^ ^*''' "' "> S r!i< '^"1 ■

Posons

et

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