‹ Leçons sur l'exploration de l'oeilChapitre 10 sur 24 · LEÇON D INTRODUCTION. XVII · texte numérisé non relu

LEÇON D INTRODUCTION. XVII

rieurs. Or, l'indice de réfraction» de ces milieux pou! varier comme la position de l'écran par rapport au foyer des milieux réfringents, et le médecin est alors appelé à constater des troubles de la réfraction, troubles dont la fréquence est très-grande. Quelques mots suffiront à vous faire bien comprendre l'importance de ces troubles fonctionnels et la nécessité de posséder de bonnes méthodes d'exploration pour en constater l'existence. En effet, l'œil, examiné au point de vue de la réfraction de ses milieux, se présente sous trois formes principales, que le professeur Donders a étudiées avec tout le soin qu'il apporte à ces délicates recherches. 11 y a, messieurs, un œil normal, un œil type, qui possède la propriété de ramener en un foyer sur la surface antérieure de la rétine les rayons lumineux parallèles qui nous arrivent de l'infini, des étoiles par exemple, mais il est bien plus fréquent de rencontrer des yeux disposés de façon que ces mêmes rayons parallèles, venant de l'infini, fassent leur foyer en avant de la rétine : l'œil est alors dans cet état qu'on désigne sous le nom de myopie, et l'on peut dire, sans crainte d'être contredit, que les très-faibles degrés de myopie sont d'une fréquence extrême. Enfin, on rencontre chez des hommes jeunes, en dehors des altérations séniles qui ont lieu dans l'œil, une conformation du globe qui laisse le foyer des rayons parallèles se faire en arrière de la rétine, et c'est là une lésion qu'on a désignée sous le nom d'hypermétropie. Voilà des indications très-sommaires sur un ensemble de troubles fonctionnels très-fréquents, mais elles ont pour but de vous indiquer rapidement tout un groupe de lésions morbides aujourd'hui bien étudiées. Je reviendrai avec de plus grands détails sur ce sujet difficile, car je veux vous initier aux méthodes d'observation physico-mathématique que nous pos-

sédons, pour déterminer exactement à laquelle des trois formes dont je viens de parler, répond un œil donné. Vous saisirez tout de suite toute l'importance pratique de ces études, quand je vous dirai que des malades, atteints d'une simple hypermétropie et que des verres appropriés soulagent très-bien, ont subi naguère, subissent même encore quelquefois entre des mains peu expérimentées toutes les tortures du rigoureux traitement auquel on condamne les malheureux frappés d'amauroses cérébrales.

Mais l'œil n'est pas seulement un appareil dioptrique analogue aux systèmes de lentilles que nous trouvons dans les cabinets de physique, il possède le merveilleux pouvoir de s'adapter à la vision d'objets situés à des distances très-différentes, et de distinguer avec netteté des étoiles situées à l'infini, et des objets à peine éloignés de l'œil de quelques pouces. On a beaucoup discuté sur la cause de ce pouvoir d'accommodation, mais aujourd'hui la science semble fixée sur ce point, grâce aux travaux d'un homme dont le nom vous est déjà connu, le professeur Hclmholtz, et d'un physiologiste hollandais, M. Cramer. Mesurant, chacun de leur coté, et sans connaître réciproquement leurs travaux, les surfaces de la cornée et du cristallin dans la vision de près et dans la vision de loin, ces physiologistes habiles sont arrivés à constater que l'accommodation de l'œil se faisait surtout par un changement dans les courbures du cristallin : le cristallin, disposé normalement pour voir des objets situés à une grande distance, éprouve une augmentation forte dans la courbure de sa face antérieure, légère dans celle de sa face postérieure, lorsque l'œil veut distinguer des objets rapprochés de nous. Vous savez, messieurs, qu'avec les lentilles à très-court foyer comme le cristallin, on

LE(jON D'INTRODUCTION XIX

peut faire varier beaucoup la distance de l'objet sans que le loyer se déplace sensiblement; on a même calculé qu'un objet pouvait se déplacer de l'infini jusqu'à une distance assez rapprochée de nous, sans que le loyer quittât l'épaisseur de la rétine. Toutefois, si cet objet se rapprochait notablement de la lentille oculaire, le foyer serait reporté en arrière de la surface rétinienne, si l'appareil de l'accommodation n'agissait pas pour ramener sur la rétine le foyer des rayons lumineux. C'est alors qu'intervient le pouvoir merveilleux dont je vousai parlé: l'œil s'accommode à la vision des objets rapprochés, et cela s'effectue sous l'influence de la contraction d'un muscle, nié à tort par quelques anatomisles, mais dont l'existence est incontestable, le muscle ciliaire, dont j'aurai plus tard l'occasion de vous entretenir. Il se produit aussi pendant l'accommodation de l'œil un rétrécissement notable de la pupille, et une convergence des axes optiques.

A ces trois aeles physiologiques: augmentation dans les courbures du cristallin, rétrécissement de la pupille, convergence des axes optiques, répondent des actes morbides dont nous serons souvent appelés à constater l'existence. Ainsi nous devrons nous assurer si le trouble de l'accommodation porte sur l'un de ces trois actes physiologiques ou sur leur ensemble. En effet, le muscle ciliaire peut cesser de se contracter sans (pic la pupille soit agrandie d'une façon anomale, et cependant les images des objets extérieurs ne se feront plus sur la rétine, mais au delà de cette membrane ; la pupille peut être seulcmcn t dilatée par une paralysie des libres radiées de l'iris, et de là résultera l'affection qu'on désigne sous le nom de mydriasc; enfin, la convergence des axes optiques peut ne plus s'effectuer par insuffisance d'action d'un des muscles droits internes, et

cette espèce de paralysie musculaire , en obligeant les objets extérieurs à ne plus taire image sur les points identiques des deux rétines, amènera une certaine forme de diplopie dont on peut facilement préciser la nature par l'emploi rationnel des verres prismatiques. Il n'est donc aucun de ces actes morbides qui ne puisse être soigneusement déterminé quand on apportera à son examen l'analyse physico-physiologique. Je vous ferai connaître les expériences à l'aide desquelles Helmhollz et Cramer ont nettement établi les changements qui se passent dans l'œil pendant qu'il s'accommode à la vision d'objets rapprochés, et je vous donnerai les moyens de constater ces troubles de l'accommodation qui, il y a peu d'années encore, étaient rangés parmi les amauroses graves et traités comme tels. La connaissance de ces recherches vous fera éviter ces erreurs dont se rendent coupables ceux qui ne veulent pas employer ces méthodes d'observation sans lesquelles il n'y a pas de diagnostic exact.

Dans les conditions de la vision normale, les images de beaucoup d'objets extérieurs peuvent se faire à la fois sur une grande étendue de la surface rétinienne. Ainsi, pendant que je fixe mon œil sur le point de réunion des deux lignes tracées sur le tableau, j'aperçois en même temps le haut et le bas du tableau, puis quelques-uns des objets situés à droite et à gauche de lui. On désigne sous le nom de champ visuel tout l'espace dans lequel la vue est possible sans que l'axe optique change de direction. Eh bien ! il importe au médecin consulté pour un affaiblissement de la vue, de bien connaître l'étendue du champ visuel, car chez quelques individus ce champ visuel se rétrécit tellement qu'il ne leur permet pas de se conduire seuls dans les rues, quoiqu'ils puissent encore distinguer de petits caractères

Page 1